‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 13 sur 115 · Les Chamites..., par Vii;wà-Milra, Paris · texte numérisé non relu

Les Chamites..., par Vii;wà-Milra, Paris

que tous ne se dirigcrenl pas à l'ouest, mais qu'une partie navigua à l'est et arriva jusqu'aux vastes régions qui forment aujourd'hui l'Empire du Milieu.

Les plus anciens livres chinois nous disent que les cent familles, les ancêtres des Chinois actuels, qui arrivaient de l'ouest, du mont Mérou, par les hauts plateaux du continent, trouvèrent le pays déjà occupé par un peuple brun. Ce peuple brun, qui fut refoulé sur les côtes, sur les rivières, dans les montagnes, existe encore avec ses mœurs, sa langue. Ne seraient-ce pas là les descendants des Ghamites, les premiers habitants de la Chine auxquels il faudrait faire remonter l'origine de l'édifice singulier qu'on appelle pagode?

D'après le P. Shotter, missionnaire d'une de ces tribus, des Miao, des traditions conservées dans leurs chants font venir les premiers ancêtres par mer sur des barques. « Voilà ce que me dit un vieux sorcier, dit le Père ; c'est lui qui m'a dicté tous les noms principaux des étapes par où étaient passés ses pères pour venir au Kouy- Tchéou'. »

Tuon-loh a plusieurs autres temples, et un en particulier dédié à Gonfucius, et appelé temple des lettrés ; mais je ne le visitai pas.

J'ai dit qu'un grand nombre de personnes de Tuon-loh et des environs s'étaient fait inscrire comme catéchumènes et

1. Annales de la Société des Missions Etrangères, 1899, p. 266.

montraient beaucoup de l)onne volonté pour apprendre le catéchisme. Que ce mouvement de conversions ait vexé le démon, cela semble naturel.

Le missionnaire me raconta qu'outre plusieurs ennuis qui lui avaient été suscités d'une façon extraordinaire et qu'il imputait au grand ennemi du genre humain, plusieurs faits mystérieux étaient arrivés à sa connaissance.

Après avoir passé deux jours au milieu des excellents catéchumènes de Tuon-loh, je me préparai à revenir à l'arsenal. Je dus accepter un palanquin qu'ils m'avaient préparé. Ils m'accompagnèrent en grand nombre jusqu'à la rivière, en tirant des pétards de cinq en cinq minutes, de sorte que tout le monde sortait des maisons pour voir le grand personnage qui passait.

Je ne revenais pas les mains vides : ces braves gens avaient voulu me faire cadeau de fruits, de confiseries chinoises, etc. Je rapportais aussi un grand nombre de statues. Je les avais exhortés à se défaire de leurs dieux impuissants et à me les donner, leur promettant en retour des images du Seigneur Jésus et de sa sainte Mère, des chapelets et autres objets de piété. Plusieurs me firent remettre les tablettes de leurs ancêtres et de très vieilles idoles de bronze et de bois, qui ont dû être adorées pendant bien des années. Il y en a de toute grandeur et de toute forme, de grot esques, de hideuses et quelques-unes un peu plus artis-

tiques, plusieurs Boudlias à la figure béate, au ventre énorme, les lèvres et les oreilles pendantes, assis lesjambes croisées sur une feuille de lotus. 11 y a Taiplé Sinkon, le dieu protecteur des marchands; Titson-ou, assis sur un animal fabuleux, divinité tutélaire du monde ; Goen-soV, aussi protecteur de l'univers; Quanim, aux bras innombrables, la déesse de la miséricorde ; Tou-Ti-Kon, gardien de l'argent; Kuangta, dieu de la guerre; Kue-sing. génie de la littérature; Ma-tsou, la déesse des matelots ; Ngou- Hieng, le dieu des voleurs! Une de ces statues représente un homme à l'aspect terrible , de la main gauche il tient un sceau et de la droite une verge de fer : c'est Tiukou-pien. qui vivait sous la dynastie des In. lise distingua dans la guerre. Après sa mort, l'empereur lui donna un nom chinois signifiant « ministre du ciel '> et ordonna de l'invoquer contre les démons, disant qu'il lui avait conféré le pouvoir de les chasser.

Le P. Kong, prêtre chinois, m'a aussi envoyé une collection de divinités, de sorte que j'ai tout un Olympe chez moi. Je les garde dans l'espérance qu'un amateur voudra peut-être les avoir. Je les lui céderai volontiers pour une provision de chapelets, d'images et de statues catholiques.

On savait que le christianisme avait été prêché à Tuonloh au xvii^ siècle; mais toutes traces semblaient en avoir été effacées par les persécutions. Le P. Oaon en a cependant découvert quelques vestiges intéressants. Un de ses catéchumènes, jeune homme d'une vingtaine d'années, lui dit un jour que, dans la chapelle domestique de sa famille,-

se trouvait un tableau des ancêtres représentant trois personnages avec des chapelets et des croix passés au cou, ainsi qu'une pierre marquée de plusieurs croix.

Le prêtre se fit apporter ces objets et reconnut en effet non pas le chapelet boudhique, mais bien le cliapelet de cinq dizaines de grains avec une croix. Quant à la pierre, c'était, à ne pas s'y méprendre, une pierre sacrée, marquée de quatre croix parfaitement gravées. Le tombeau des reliques était là pour enlever tout doute. Malheureusement il était vide.

Un autre catéchumène dit un jour au P. Ouon : " Il y a un champ près des murs de la ville qui s'appelle encore : le champ au-dessus de la maison du Maître du Ciel '. Or au-dessous de ce champ se trouve précisément une pagode entourée de vieux arbres qui semble vraisemblablement avoir été l'église catholique. «Nous allâmes la visiter. Nous ne pûmes, il est vrai, découvrir ni inscription, ni aucun signe indiquant qu'elle eût d'abord servi au culte catholique ; mais ceci n'infirmerait pas la présomption que fait naître la curieuse appellation du champ qui l'avoisine ; caries païens, pour éviter toute revendication des chrétiens, pourraient bien avoir fait disparaître toute preuve de leur usurpation.

M^ l'évêque de Fou-Tchéou, très compétent dans les choses de Chine, regarde comme fort probable que saint Thomas vint jusque dans l'Empire du Milieu annoncer la bonne nouvelle.

(. Nom [lar Iciiuel les catholiques exclusivemi'iit désigneiil Dieu, en Chine.

L'autorité du bréviaire chaldéen donne beaucoup de force à son opinion : » L'erreur de l'idolâtrie, dit-il, a été chassée de l'Inde par le moyen de saint Thomas. Les Chinois et les Éthiopiens ont été convertis par saint Thomas. Le royaume des cieux a volé et est descendu aux Chinois par le moyen de saint Thomas. »

Les canons synodaux du patriarche Théodose parlent de la Chine comme province dépendante du métropolitain qui signait : u Métropolitain de l'Inde et de la Chine. »

Nicéphore dit même que non seulement saint Thomas, mais saint Philippe et saint Barthélémy ont prêché l'Evangile jusqu'en Tartarie.

Nous lisons dans Kircher : <c La foi de Jésus-Christ a donc été premièrement établie dans ces royaumes (Inde, Arménie, Géorgie), par les aputres saint Thomas, saint Philippe et saint Barthélémy, puis portée dans les autres Etats de l'Orient par les successeurs des mêmes apôtres. Depuis l'an du salut 400, les sectes hérétiques pervertirent la Tartarie asiatique ; mais, quoique la véritable foi de Jésus-Christ ait souvent été altérée, elle a néanmoins toujours persévéré dans la Tartarie orientale. » [Chine illustrée, p. 124.)

M'' Favier conclut : « Il paraît donc certain que saint Thomas lui-même ou pour le moins ses premiers disciples évangélisèrent la Chine '. »

La vallée de Tuon-loh est vraiment très belle. Au retour, la marée étant haute, je pus admirer à mon aise ses vastes rizières si bien cultivées.

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