Job, V, o
do dire qu'ils sont crottés tous les deux jusqu'aux oreilles.
Si le propriétaire n'a pas de buffle pour préparer son lopin de terre, il le travaille tout seul avec sa pioche, presque son unique instrument aratoire. Quelquefois, à la petite charrue de bois, il attelle un homme, ses enfants, une servante, ou même sa femme.
Le lendemain, on passe une espèce de herse, toujours dans l'eau, afin de rendre le champ bien uni. On laisse écouler l'eau et le terrain est prêt à être planté.
Le riz est d'abord semé très épais dans des plates-bandes d'un terrain léger ou de terreau, préparées comme cidessus, mais très bien fumées. Lorsqu'il atteint environ 15 centimètres de haut, on l'arrache par petites touffes pour le transplanter. Une ficelle est tendue dans le champ, le long de laquelle les toujQPes du jeune riz sont enfoncées dans la boue à 25 ou 30 centimètres de distance et les lignes sont à peu près espacées de même les unes des autres.
Dès que la rizière est plantée, le bienheureux Chinois l'inonde ', veillant qu'il y ait toujours de 5 à 10 centimètres d'eau dans le champ, jusqu'à la maturité de la récolte. Quelquefois l'eau vient toute seule par des canaux préparés à l'avance, et il suffit de les ouvrir ou de les fermer, suivant l'occasion ; mais souvent aussi il faut pomper l'eau au moyen des norias ou autrement, ce qui est très pénible.
Quelques semaines après la plantation, a lieu un travail difficile et fort désagréable, mais nécessaire. La boue s'est plus ou moins durcie autour de la jeune toulfe et la
1. lieati qidseminatis super aquns mu! tas! (Isaie, xxxii, 20).
DEUX ANS EN CHINE \il
croissance serait empêchée, si l'on ne mettait pas la plante à l'aise. On voit alors les hommes et souvent aussi les femmes, à genoux dans les rizières, repassant toutes les touffes avec les mains, égalisant la boue tout autour. Ils suivent ainsi les lignes et en font trois à la fois. Ils en ont une entre les jambes et une devant chaque main. Ils vont ainsi, à genou.x; dans l'eau et la boue jusqu'au ventre, des journées entières, grattant autour des plantes, aplanissant le terrain, etc. Quelles lièvres et maladies ne doivent-ils pas attraper en faisant cette besogne !
Environ un mois avant la récolte, ils repassent encore les lignes des rizières pour arracher les mauvaises herbes; mais alors ils font écouler l'eau et marchent courbés entre les lignes. lisse livrent à ce travail par bandes et généralement font la causette ; de là l'expression des passants que les rizières parlent. En effet on entend un bourdonnement de voix sans voir personne ; car le riz est alors assez grand pour cacher les travailleurs.
Pour le Chinois, le riz est la chose de première nécessité, le fond de la nourriture, sans lequel il conçoit à peine qu'on puisse vivre.
— « Pourquoi ètes-vous venu de si loin dans notre pays? me disait un vieux Céleste.
— Il Pour vous faire connaître Dieu et vous enseigner le chemin du ciel. »
Signe de doute.
— Il Que niangiez-vous dans votre pays de France?
— « Je mangeais du pain, du poisson, des fruits et mille autres choses.
— « Mangiez-vous du riz?
— (< Quelquefois ; mais assez rarement.
— « Ah I je le vois mainleaanl! C'est pour manger notre bon riz que vous êtes venu en Gliine. »
Mon Chinois avait trouvé, et il eût été bien inutile d'essaj-er de lui démontrer le contraire.
Quand le riz est trop cher, ou dans les provinces où il ne peut venir, les habitants se contentent naturellement de blé, d'orge, de millet, de patates douces, etc. S'ils peuvent quand même se procurer un peu de précieux riz, ils le réservent alors pour un jour de fête. Ils considèrent comme les plus malheureux des hommes ceux qui ne connaissent la chère denrée que par ouï- dire.
Partout où l'eau d'une rivière peut être amenée par un canal, partout où jaillit une source, on trouve une rizière. Souvent ces canaux supposent les efforts réunis de milliers d'hommes. De même l'aménagement des rizières accuse le travail des générations passées. Dans les valées, au pied des collines, les terrains nivelés s'étagenl au-dessus les uns des autres, en sorte que les eaux en descendant des hauteurs, remplissent d'abord les rizières supérieures, d'où elles se déversent dans les autres jusque dans la plaine.
On conçoit que l'eau, l'élément essentiel d'une rizière, soit très chère aux Chinois. Plus qu'ailleurs peut-être, leurs poètes ont célébré sur tous les tons » cette douce et bonne mère de tout ce qui respire' », comme l'appelait saint