‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 25 sur 115 · Missions cal/ioliques, 1891, p · texte numérisé non relu

Missions cal/ioliques, 1891, p

à sa dame, missionnaire comme lui, que je trouvai en compagnie d'une femme docteur de la secte des Baptistes dirigeant des établissements semblables à ceux que je venais de voir, situés de l'autre côté de la baie. Sur l'invitation de celte Baptiste, je me rendis à son hôpital, dont je parcourus les salles toutes neuves, très bien aménagées et pleines de malades.

Ces missionnaires protestants me donnèrent des renseignements fort intéressants sur leurs œuvres actuelles, les résultats obtenus et ceux qu'ils espèrent dans l'avenir. Dans cette seule ville de Swatow, les Sociétés qui les envoient ont dépensé des sommes considérables, des centaines de mille francs et au delà. Et dire qu'il en est ainsi dans toutes les principales villes de l'Extrême-Orient, de la Chine, du Japon, des Indes et d'ailleurs. Je doute qu'on se fasse une idée en France des efforts inouïs, toujours grandissants, faits par toutes les sectes du protestantisme pour étendre leur intiuence parmi les populations païennes du globe.

Admirable est l'énergie déployée par ces ministres anglais ou américains, par des femmes et des jeunes filles en grand nombre, qui ont bravement quitté leur pays et leur famille pour aller au bout du monde porter ce qu'ils croient sans doute le véritable évangile de Noire-Seigneur. Ils ne propagent que l'hérésie, c'est un malheur pour eux et pour le monde; mais la plupart d'entre eux me semblent de bonne foi. Dans tous les cas, ils font d'excellentes oeuvres de charité et de miséricorde, que Dieu doit récompenser d'une manière ou d'une autre.

Hélas! ces ministres contimiont à regarder l'Église catholique avec suspicion et jalousie; car ils ont hérité des préjugés des générations précédentes. Il n'est pas rare, dans leurs revues, de saisir cet esprit de dénigrement et même de calomnie qui fait mal au cœur. Les diverses sectes se rendent assez justice entre elles, parlent de leurs œuvres respectives; mais, chose remarquable ! elles font généralement le silence sur les Missions catholiques, si ce n'est de temps eu temps pour s'en plaindre ou leur décocher quelque trait. Quant aux lecteurs qui lisent les revues protestantes traitant des missions de Chine, par exemple, ils doivent à peu près, me semble-t-il, ignorer l'existence des Missions catholiques, riches cependant d'un million de fidèles dans l'Empire du Milieu. Leur manière de parler est celle-ci : « Vers 1850, au commencement de l'évangélisation de la Chine... le révérend un tel porta le premier l'Evangile au Hou-Pé... » Comme si les Missions catholiques n'existaient pas avant l'époque où les canons de l'Europe ouvrirent aux révérends les portes du Céleste- Empire! Comme s'il n'y avait pas des catholiques au Hou- Pé et dans les autres provinces depuis plusieurs siècles.

Quelquefois, les récriminations sont tellement absurdes qu'elles portent à rire plutôt qu'à s'irriter, par exemple ce passage du CJw.rch Times du 7 avril 1899 : « Comme toute autre société, la nôtre a eu ses épreuves aussi bien que ses succès. Le rôle de pillards qu'ont joué envers elle les missionnaires romains n'a pas été une des moindres. Constamment fidèle à la politique qu'elle suit dans le monde entier et qui consiste à aller récolter là où d'autres

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ont semé, Rome s'est précipitée sur les brisées de notre Church missionary Societi/... attendant bien souvent, avant de pénétrer dans une contrée, que tout danger eût été écarté pour ses émissaires, et, une fois sur les lieux, préférant le prosélytisme à la conversion. » Gomme c'est exact! Pour ce qui concerne la Chine en particulier, les Dominicains y étaient dès 1555, les Jésuites dès 1583 et les protestants y sont arrivés vers 1850.

Le révérend Snodgrass écrivait en 1898 dans le Japcui Mail :

(( Les principes de Rome sont une menace à la paix publique. » Et il concluait : ■' Une croisade d'éducation et une vigilante opposition aux erreurs de Rome sont les seuls remèdes efficaces contre les dangers d'une semblable organisation religieuse. »

Si les ministres sont si nombreux en Chine, s'ils font tant d'œuvres, c'est que les Sociétés d'Angleterre, d'Amérique et d'ailleurs qui les envoient mettent à leur disposition un budget en quelque sorte illimité. Si les missionnaires catholiques n'élèvent pas autant d'hôpitaux, de pharmacies, d'écoles et le reste, c'est que leurs ressources sont misérablement restreintes. Il manque à l'Église catholique des ouvriers apostoliques plus nombreux, des ressources plus abondantes, et aux peuples des pays catholiques il manque cette générosité qui devrait les porter à contribuer davantage à la diffusion chez les peuples païens de la véritable foi.

Pourquoi les lidèles du monde catholique sont-ils si apathiques, si indilférents au sujet des missions chez les

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nations païennes? S'il y avait un grand amour de Dieu dans leurs âmes, s'ils étaient reconnaissants pour tant de bienfaits dus au catholicisme, ne feraient-ils pas au moins ce que les prolestants font partout ? Or, c'est humiliant à avouer, ils sont loin de le faire. La seule Eglise anglicane a dans les pays de missions plus de 1 i.OoO missionnaires et leur donne par an plus de 30.000.000 de francs. Les autres sectes d'Angleterre et d'ailleurs font plus que doubler ces chiffres. On est au-dessous de la vérité en disant que le protestantisme a, au moins, 30.000 missionnaires dans les missions avec un budget dépassant probablenient 75.000.000 de francs. Ce serait une moyenne de 2.500 francs pour chacun.

Je ne pense pas que dans ces mêmes pays de missions il y ait plus de IM.OOO prêtres catholiques et peut-être 5.000 religieuses avec un budget ne dépassant guère 10.000.000 de francs. La comparaison de ces chiffres se passe de commentaires.

Le point sur lequel je voudrais voir les catholiques imiter les protestants, c'est la prière plus assidue, plus fervente pour la conversion des infidèles. Non seulement les protestants remuent ciel et terre pour ramasser de fabuleuses sommes d'argent, et soutenir ainsi leurs missions ; mais surtout ils prient le Seigneur, en particulier et en public, de hâter l'e temps où toutes les nations de la terre (y compris les catholiques sans doute) appartiendront à ce qu'ils croient être la véritable Église de Jésus-Christ.

Ils ont beaucoup de prières, assurément très belles, qu'ils adressent à Dieu dans ce but. En voici quelques

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extraits : « Nous vous conjurons spécialement, ô Père plein de miséricorde, d'abaisser vos regards sur nos frères les missionnaires. — Faites que nos cœurs se rapprochent d'eux de plus en plus, et, pendant qu'ils portent un fardeau dans les pays étrangers, accordez-nous la grâce de les aider et de les secourir ici, dans notre pays, par nos sympathies et nos prières. »

<( Ayez pitié de ces idolâtres aveugles que le dieu de ce monde relient dans un cruel esclavage. Eloignez-les des idoles afin qu'ils servent le vrai Dieu vivant... »

« 0 Dieu qui aimez ceux qui donnent de grand cœur, répandez vos grâces les plus abondantes sur ceux qui aident généreusement de leur bien l'œuvre qui a pour but de faire connaître votre nom'. »

Si les fidèles protestants prient pour les missions et ouvrent largement leur bourse en leur faveur, c'est que leurs ministres et leurs évoques ne cessent de les exhorter. En juillet 1899, une espèce de Concile de l'Église anglicane se réunit au palais de Lambeth, à Londres. Ils étaient cent quatre-vingt-quatorze évêques. Ils publièrent une lettre encyclique dont voici quelques extraits concernant les missions : « L'affaire des missions est une alïaire dont doit s'occuper quiconque prend le nom de chrétien et pas un seul office de l'Église ne saurait être considéré comme complet si, entre autres choses, on n'y plaide auprès de Dieu la grande cause de la propagation de l'Évangile. » Nous, catholiques, ayons le courage de méditer ces paroles.

1. Traduction du P. lUigey, les Missions anf/licanes, p. ILS cl 1 l'.t.

Considérant ensuite les résultats obtenus, ces prélats anglicans ajoutaient : « Nous avons des raisons spéciales de rendre grâces à Dieu du réveil et de l'accroissement de zèle qui s'est produit dans notre communauté tout entière pour cette œuvre principale de l'Eglise, l'œuvre pour laquelle l'Eirlise a reçu sa mission de Noire-Seigneur Jésus- Christ'. "

A la tla d'octobre 181)8, le D' Temple, iiriiuat de celte Eglise anglicane, s'exprimait ainsi dans un sermon prêché à Oxford : o 11 faut qu'il n'y ait pas une seule paroisse chrétienne où il demeure possible que cette dernière mission de Noire-Seigneur (celle de répandre la foi chez les intidèles) ne soit pas connue absolument de tous. Si nous négligeons cet appel divin, noire vie spirituelle en souffrira'. »

Ah! si dans l'Église catholique on prêchait dans toutes les paroisses aux fidèles la nécessité de prier pour la conversion des infidèles et de fournir, chacun selon ses movens. les ressources nécessaires au maintien et à l'extension de l'apostolat catholique, comme l'œuvre de l'évangélisation des peuples païens changerait d'aspect!

Presque en face de ma chapelle, de l'autre côté du fleuve, est la résidence d'un ministre congrégationaliste américain, le révérend Hubbard. Il s'est construit une coquette maison au milieu d'un bosquet de verdure, où l'on trouve presque tout le confortable du home américain. Elle est peuplée d'une nichée de jeunes Hubbard espiègles

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