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etlulius, qui la font ressembler à une ruche fort animée, dont la reine est roiivrioi-e la plus active. Née en Chine de ministres protestants, épouse de ministre, et minislresse ellemême, elle est à la fois mère de famille, catéchiste, prêclieuse, maîtresse d'école, pharmacienne, journaliste, etc. Gomme toute fille, elle a une pointe de curiosité. De sa colline voyant tous les jours ma chapelle, elle brûlait de savoir ce qu'il y avait à l'intérieur. Quand arrivèrent les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, elle n'y tint plus. Il fallait voir de près ces nonnes papistes. Accompagnée de son mari, de quelques-uns de ses enfants, de quelques amies de Fou- Tchéou, ministresses comme elle, un jour elle traversa le fleuve et la petite bande évangélique vint frapper à ma porte.
— (c Nous savons combien vous êtes complaisant, me dit M""^ Hubbard, en forme d'e.xorde insinuant, et nous venons vous demander deux faveurs ; oh! j'espère que vous les accorderez, n'est-ce pas?
— 0 Si c'est en mon pouvoir. Madame. De quoi s'agit-il donc?
— « Nous voudrions bien voir l'intérieur de votre chapelle et faire connaissance avec les religieuses!
— « Je crois que les Sœurs, dis-je, seront heureuses de vous voir. Je vais les appeler de suite; mais que leur dirai-je sur le but de votre visite? Que peut-être vous voulez mettre vos enfants en pension chez elles?
— <i Oh! non, dit-elle vivement, pas précisément. » Les Sœurs vinrent donc saluer des voisins, sans savoir,
du reste, qu'ils étaient protestants; mais, ne sachant pas
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l'anglais el la bande américaine ignorant le français, la conversation ne fut pas Irôs animée. Je dus répondre au nom des Sœurs à bon nombre de questions plutôt naïves. Les religieuses baissaient modestement les yeux, ce qui contrastait avec l'air... déluré des diaconesses.
— « Maintenant, pourrions-nous voir votre église?
— (i J'ai plus d'objections, répondis-je, à vous laisser entrer dans l'église qu'à vous faire voir les Sœurs.
— « Et pourquoi donc, if you please?
— « Voilà ; que vous le croyiez ou ne le croyiez pas (cela ne fait pas de différence), le Seigneur Jésus, vrai Dieu et vrai homme, est réellement présent dans mon église, et, gardien de la demeure de mon Maître, non seulement je ne puis permettre aucune irrévérence en sa présence ; mais encore je dois exiger que tous ceux qui apparaissent^' devant Lui manifestent leur respect pour un si « grand Seigneur ■■.
M"^ Hubbard, manifestement un peu piquée et rouge de surprise, m'interrompit pour me poser cette question naïve et quelque peu impertinente : « Vous-même, croyezvous réellement que Jésus soit dans votre église?
— « Madame, répondis-je, si je ne le croyais pas, je ne serais pas ici. Les catholiqiies ont cru cela depuis le temps de saint Pierre ; aujourd'hui, au moins 250.000.000 de catholiques en sont persuadés, et cette foi sera celle de l'Église catholique jusqu'à la tin du monde, n'en doutez pas. Je crois si bien moi-même cette vérité que je suis disposé à donner ma vie pour la défendre. »
Le bonhomme Hubbard, qui jusque-là laissait le verbe à
sa moilié, comme il lui laisse manifestement porter culotte, prit timidement la parole et dit : « Oh ! espérons que ces différences d'opinions disparaîtront un jour du milieu de nous; du reste, nous servons tous le même Maître, et, comme dit Paul...
— <i Ail rigJil, interrompit M""" Hubbard, nous \ous promettons bien d'être respectueux dans votre église. Vous verrez que vous serez content de nous.
— <c Alors, dis-je, vous insistez pour que je vous présente au Seigneur Jésus !
— « Mell! well! Ces deux petits mots voulaient dire : que vous êtes agaçant, tout de même !
— " Puisque vous promettez d'être respectueux envers l'Hôte divin du tabernacle, je veux bien vous introduire ; mais, auparavant, je crois devoir vous avertir que celte visite n'est pas exempte de danger pour vous.
— " /«t/ct'J.' Gomment cela? lit-on en choeur.
— " Voici ; il est arrivé parfois, je le sais pertinemment, que le Seigneur Jésus, toujours plein d'une bonté infinie, n'a pu résister au besoin d'éclairer et de toucher des âmes comme les vôtres, au moment où elles se présentaient devant Lui. Que diriez-vous s'il allait en agir ainsi à votre égard? comme, du reste, je vais me permettre de le lui demander en vous accompagnant. »
J'avais dis tout cela avec bonhomie, en souriant ; mais mes visiteurs se rendaient bien compte qu'au fond j'étais sérieux, tout en les plaisantant. Je faisais une intéressante élude de mœurs.
Je me levai pour aller à l'église, où tout le monde me
suivit. Après avoir fait une génuflexion profonde, je restai agenouillé au bas de l'église. Le ministre Hubbard n'osa pas entrer ; il se contenta de regarder du senil de la porte. M'"" Hubbard, les petits et les petites Hubbard et les diaconesses entrèrent lentement, semblant marcher sur la pointe des pieds. Après une inclination de tète à l'autel, toutes restèrent debout, semblant l'admirer ; car, ce jour-là, il était très bien orné de fleurs naturelles; mais bientôt tous les yeux allèrent des statues aux stations du chemin de croix, aux vitraux, etc. C'était au temps de Noël, et dans une petite crèche un ravissant enfant Jésus attira bientôt tout le groupe ; on se regardait, on se communiquait ses impressions à voix basse! Enfin, après une inspection d'environ un quart d'heure, ces dames sortirent, me reraercicrenl et me dirent combien elles avaient été intéressées.
Un peu plus tard, je voulus faire moi-même la connaissance de l'intéressante chrétienté de Fou-ciang. Je m'y rendis accompagné de l'aimable sous-directeur de l'arsenal, et, au retour, j'écrivis les pages suivantes.
La sous-préfecture de Fou-ciang est à une douzaine de lieues de Fou-Tchéou, capitale de la province. Pour s'y rendre, on remonte pendant deux heures un des affluents de la rive droite du Min. A droite et à gauche, de verdoyantes plaines de riz nourrissent une nombreuse population dont nous voyons les villages semés de chaque côté le long des collines. Autant la vue de ces plaines
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cultivées comme des jardins réjouit le regard, autant l'aspect morne des collines l'étonné et l'attriste. L'imprévoyance chinoise en a depuis longtemps coupé tous les arbres et la pluie a fait glisser dans la plaine toute la terre végétale.
De l'endroit où la petite rivière cesse d'être navigable jusqu'à Fou-Giang, on compte 6 lieues. On traverse de belles plaines de riz dont la monotonie est rompue par deux chaînes de collines. Cjà et là quelques champs de cannes à sucre, d'arachides et de patates. Près des villages sont de petits jardins où trois ou quatre espèces de légumes ■seulement sont cultivées.
Il semble que ces collines furent jadis couvertes de plantations de thé. On y voit encore de nombreux arbustes abandonnés au milieu des broussailles. La concurrence des Lides a tué cette industrie en beaucoup d'endroits du Fo- Kien.
Fou-ciang est situé dans une plaine de 2 à 3 lieues d'étendue ;ses fortifications en pierre de taille et en briques sont assez bien conservées, quoique n'étant plus entretenues depuis longtemps. Aussi, par-ci par-là, les fossés sont-ils comblés, et quelques pans de mur écroulés ; plusieurs des portes tombées de vétusté n'ont pas été remplacées. La ville a, dit-on, de 25 à 30.000 habitants.
Grâce aux dons de la Propagation de la Foi, l'évêque y a bâti une belle église. La toiture et les bas côtés sont soutenus par dix colonnes monolithes d'environ 7 mètres de hauteur, fort bien travaillées et dont beaucoup d'églises de France seraient fières.
Le niaîlre-aulel en pierre du pays est surmoalé d'une belle statue du Sacré-Cœur venant de Lyon. Elle a été achetée avec les dons des lecteurs des il/m7'o;/.s' crt//;o//(jfî/é?s en 1899. Elle fait ressortirla nudité de cette pauvre église. A peine quelques chandeliers en bois ; des ornements tout à fait insuffisants, pas de lustres, pas de tableaux, ni chaises, ni bancs.
Au xviii'' siècle, Fou-ciang eut une église et des chrétiens ; mais les terribles persécutions du siècle dernier firent tout disparaître. Quand, il y a dix ans, un prêtre y fut envoyé pour reprendre l'œuvre de l'évangélisation, il n'y avait plus de trace de christianisme. Cependant, la tradition recueillie sur les lèvres des vieillards apprit au missionnaire des choses fort intéressantes, par exemple que dans le temple des ancêtres on conserve encore une eau mystérieuse trouvée dans l'ancienne église et à laquelle même les païens attribuent la puissance de chasser les démons ainsi qu'ils l'ont expérimenté plusieurs fois, assurent-ils. Le P. Bienès, de qui je tiens ce détail, essaya plusieurs fois, mais en vain, de se faire remettre celte eau. De l'église démolie parles persécuteurs, il ne subsiste que les fondations en pierre de taille, sur lesquelles s'élève actuellement une boutique chinoise.
Le souvenir de l'un des anciens chrétiens de Fou-ciang est encore très vivant. C'était un lettré très riche et qui semble avoir eu des goûts artistiques remarquables. Avant
sa conversion il avait fondé une bonzerie dans un site pittoresque dont je parlerai plusloin, ainsi qu'une tour-pagode mieux bàlie que toutes celles que j'ai vues jusqu'ici. Il transforma son jardin en une merveille; malgré l'abandon où il est laissé, on ne peut retenir un cri d'admiration en le voyant aujourd'hui. La moitié est occupée par une pièce d'eau, ombragée par deux arbres in\menses. Le reste est coupé d'allées, agrémenté de grottes, de kiosques, de grandes pierres aux formes curieuses, etc.
Au-delà de Fou-ciang continuent jusqu'à la mer, sur une étendue de 4 à 5 lieues, les rizières et les champs de patates, parsemés de nombreux villages.
Là. l'irrigation ne semble pas si facile. Des étangs ont été creusés et l'eau qui s'v accumule durant la saison des pluies sert à arroser les plantations pendant la sécheresse. L'eau est élevée au moyen de petites norias manœuvrées soit avec les pieds, soit avec une manivelle. Tout propriétaire sait construire une noria. C'est une chaîne sans fin en pièces de bois, avec des planchettes espacées de 10 centimètres, se mouvant dans un petit canal en bois. Les planchettes forment des godets ; ils font entrer l'eau dans le canal, qui la déverse en jet continu dans la rizière.
Ces norias ne doivent pas avoir une valeur déplus de 7 ou 8 francs. Cependant, certains propriétaires sont trop pauvres pour se les procurer. Ils ont alors recours à un système des plus simples et fort ingénieux. Qu'on se figure un baquet attaché à deux longues doubles cordes. Deux hommes, placés à 10 mètres l'un de l'autre près de la mare, tiennent les bouts de ces cordes dans leurs- mains.
Ensemble ils impriment au baquet un mouvement qui le fait suffisamment plonger dans l'eau pour qu'il s'y remplisse à pou près : le mémo mouvement le projette sur le bord de la rizière et l'eau y coule presque aussi abondamment que si elle était soulevée par une noria.
Parfois le Chinois remplace son compagnon par un simple pieu fiché en terre auquel il attache un côté de la corde et alors il manœuvre seul ; mais ce dernier système est plus rarement employé, seulement sans doute en cas de nécessité. Ce doit être plus pénible et le résultat doit être bien moins satisfaisant.
A quatre heures de marche de Fou-ciang se trouve la petite ville de Gou-sen, où M*' Masot vient de faire ériger une petite église, un presbytère et un catéchuménat.
L'église est neuve et toute proprelle, mais aussi nue et aussi peu meublée que celle du Fou-ciang. Son seul ornement, on peut dire, est une belle statue du Saint Cœur de Marie, venue aussi de Lyon et don des fidèles lecteurs des Missions catholiques; les chrétiens en sont très fiers. Ils m'en témoignèrent toute leur reconnaissance. Je leur demandai de prier souvent pour leurs bienfaiteurs de France, leur disant que ceux-ci leur enverraient encorequelque chose.
Il y a un mouvement considérable de conversions dans cesparages ; malheureusement l'évêque ne peut enti'elenir, ni surtout former d'assez nombreux catéchistes pour instruire les milliers de catéchumènes qui se présentent.
Étonnant pays que cette Chine! L'Église ne peut presque y trouver aucune ressource matérielle. La propriété esj
extraordinairement morcelée, divisée en lopins innombrables, presque toujours insuffisants à nourrir leurs possesseurs. La population est très dense. Beaucoup même n'ont pas de terre et travaillent chez les autres; quand ils gagnent 150 sapèques (0 fr. 40 de notre monnaie) par joui', ils sont ravis. Les familles sont très nombreuses. Aussi comprend-on que les Chinois, qui semblent chaque jour à la veille de mourir de faim, soient âpres au gain et peu portés à la générosité. Quand ils sont dans l'aisance, ils sont obligés de le dissimuler, sans quoi ils seraient pressurés par leurs mandarins qui trouvent toujours des prétextes pour extorquer des sapèques.
Entre Fou-ciang et Gou-sen, je rencontrai le cortège du sous-préfet.
Le pays, paraît-il, est infesté de pirates, que le souspréfet en question néglige de poursuivre. Le vice-roi lui avait envoyé l'ordre de les exterminer et il revenait de son expédition, pompeusement entouré de ses satellites et de ses guerriers. Il ne ramenait aucun pirate ; mais il rapportait plusieurs milliers de piastres que ces honnêtes industriels Inï avaient données à condition d'être laissés tranquilles. 11 va maintenant faire un rapport où il expliquera qu'il est allé sur les lieux, qu'il n'a trouvé que de fort braves gens et que les dénonciations faites contre eux étaient des calomnies.- La prose du sous-préfet sera sans doute accompagnée d'un millier de piastres, afin que le vice-roi soit plus disposé à la croire véridique. Ceci est
si nalurel en Chine que personne ne s'en étonne. Heureux encore les chrétiens lorsque, en des cas semblables, ils ne sont pas accusés d'être les fauteurs des pirates ou pirates eux-mêmes!
A une demi-heure de Gou-sen se trouve une colline pittoresque composée de blocs de pierre entassés les uns sur les autres, des blocs énormes, quelques-uns gros comme des maisons et affectant parfois les formes les plus fantastiques. On dirait une montagne écroulée. Il est vraisemblable, enetïet, que c'est le reste d'une montagne que les vagues de la mer auront désagrégée, emportant la terre et les cailloux pour ne laisser que les plus grosses pierres; elles auraient certainement fait le bonheur des bâtisseurs de menhirs et de dolmens.
Ces blocs superposés forment des grottes et des cavernes naturelles du plus bel effet. La beauté de ce lieu n'avait pas échappé au riche lettré de Fou-ciang dont j'ai parlé. Avant sa conversion, il y avait fondé une bonzerie qui subsiste toujours. Un des monolithes qui a roulé au pied de la colline a été façonné par les bonzes en un Boudha de 4 mètres de hauteur. Ledit Boudha se tire l'oreille droite, et l'artiste a essayé de lui donner une expression d'hilarité béate; mais le visiteur le trouve si grotesque qu'il ne peut s'empêcher de rire de pitié.
Cette statue est l'objet d'une curieuse superstition. Les Chinois et Chinoises qui n'ont pas d'enfant mâle y viennent-
en pèlerinage. Voici comment ils s'y prennent pour faire arriver leur supplique à destination : Ils se mettent à une vingtaine de pas de la statue, où les bonzes entretiennent toujours un tas de cailloux de grosseur convenable, et ils les lancent sur la monstrueuse idole. Lorsqu'ils réussissent à frapper l'abdomen, ils sont persuadés que, l'année suivante, un fils leur naîtra. La statue est criblée de coups de pierres, preuve que les pèlerins sont nombreux ; mais ils doivent être très maladroits, car les marques de la lapidation se voient jusque sur la figure.
Un peu à gauche de la bonzerie est une vallée où les gros blocs ont roulé en plus grande abondance et en plus grand désordre qu'ailleurs. Ils finissent par former un tunnel d'une trentaine de mètres, au fond duquel jaillit une source d'eau limpide et fraîche. Nous bûmes avec plaisir à cette fontaine de Bandusie comme si elle eût donné un vin délicieux; car la chaleur caniculaire nous avait fort altérés'. Autour de la source les blocs ont laissé un espace suffisant pour permettre à une dizaine de personnes de tenir commodément. L'air et la lumière pénètrent à travers les interstices. C'est un endroit charmant ; les bonzes y ont disposé une table et des bancs de granit. Au-dessus de l'endroit où jaillit la source, on lit deux grands caractères chinois profondément creusés et qu'en peut traduire ainsi : « Cette eau jaillit douce comme le miel. "
i, 0 fons Bandusiae, splendidior vitro
Dulci digne mero...
Te flagrantis atrox hora canicuise Nescit tangere...
(Horace, Odes, m, 13.)
Pour sortir de ce tunnel, il n'est pas nécessaire de revenir sur ses pas : un escalier et une autre ouverture permettent de remonter. On passe de terrasse en terrasse par des marches creusées dans le roc; quelquefois on franchit un abîme sur un pont de pierre naturel ou fait de main d'homme. Arrivé au sommet de la colline, on a une vue superbe sur Gou-sen et cent autres villages semés dans la plaine au milieu des rizières; à l'horizon, la mer de Chine déferle sur le rivage; à droite et à gauche, dans le lointain, sont deux chaînes de montagnes dénudées. Sur l'un des plus grands blocs de ce sommet, une main poétique a gravé dans la pierre trois lettres d'un pied de longueur qui signifient : << Le Ciel seul peut être plus beau. »
En rentrant à Fou-Ciang, je remarquai une montagne qui porte à son sommet un monument en forme de gigantesque casque prussien.
— « Qu'est ceci? demandai-je au prêtre chinois qui m'accompagnait.
— « Ah ! me dit-il en riant, hoc est miraculum.
— <i Gomment? Quel miracle? »
Il m'expliqua qu'au temps jadis vivait à Fou-ciang un mandarin qui avait mal à la tAle toutes les fois qu'il devait siéger à son tribunal. 11 consulta le devin sur ce phénomène étrange et voici quelle fut la réponse de l'oracle :
« Le génie de la montagne est fâché contre le manda-
rin qui ne lui fait jamais de révérence en passant près de hii. Il se venge en lui donnant mal à la tête toutes les fois qu'il veut siéger. Qu'il érige un monument au sommet de la montagne en prescrivant à tous de l'adorer, et il sera apaisé. »
Un missionnaire du Fo-Kien, le P. J. Masip, Dominicain, vient de découvrir la tombe du P. Diego Tin, Franciscain, qui fut enseveli en 1756 dans la sous-préfecture de Xaou-ou, lieu éloigné de 85 lis au sud-ouest de cette ville. Il a recueilli en cet endroit l'intéressante tradition suivante :
Des vieillards de la bourgade lui ont conté qu'au temps de l'empereur Kang-tsi, il y avait, près du village, un arbre fatal au peuple des environs. Cet arbre avait la propriété maligne d'ensorceler quiconque s'en approchait. Après avoir fait en vain toutes les superstitions d'asage en semblable circonstance, les gens s'adressèrent à un chrétien de Fo-gan, qui était venu se fixer au village de Pélin, et lui demandèrent de détruire l'arbre fatal. Le chrétien y consentit, à la condition que tous promettraient de se faire chrétiens. Ils s'y engagèrent, et, au jour convenu, le chrétien, avec le peuple et des charpentiers, se rendit près de l'arbre pour le scier. D'abord le chrétien fil mettre tout le monde à genoux, arrosa l'arbre d'eau bénite, prit un crucifix devant lequel il récita une courte prière ; il donna
LE P. DOMIMnl/E KONG, P.lrlTRE r.lILNOIS liK FOU-U:llK(JL
ensuite l'ordre de scier l'arbre, ce qui se fit sans difficulté. Les gens, fidèles à leur parole, se firent tous instruire et devinrent chrétiens.
M" Masot, vicaire apostolique de Fou-Tchéou, a bien voulu me permettre de traduire la relation qu'il écrivit après sa visite de la sous-préfecture de Fo-gan. Elle fait assez bien connaître Tune des chrétientés les plus intéressantes et les plus anciennes de Chine. Le vénérable évêque la fait précéder de considérations que tout missionnaire trouvera fort justes. La voici :