‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 42 sur 115 · Lettres de Jersey, dans En Chine, du P. Le Roy, p. 36i · texte numérisé non relu

Lettres de Jersey, dans En Chine, du P. Le Roy, p. 36i

DEIX ANS EX CHLNE. 15

venlioii extérieure de la Mère de Dieu est d'une fréquente occurrence parmi ses chrétiens, et il prend de là occasion pour les exciter à une grande confiance envers elle. » Récemment, écrit-il, eu 1895, les protestants, pour me vexer, firent arrêter un de mes serviteurs, nommé Toa. Us le livrèrent sous un prétexte futile aux satellites, qui le jetèrent en prison. Indigné, je rebroussai chemin jusqu'à ma chapelle que je venais de quitter, et j'ordonnai de préparer mon palanquin de cérémonie pour me rendre chez le mandarin. Mes gens voulaient m'en dissuader, me disant que probablement je ne serais pas même reçu, ou du moins très mal reçu.

« Pendant les préparatifs, j'allai aux pieds de la très sainte Vierge et récitai avec toute la ferveur possible cinq dizaines de mon rosaire. Arrivé au Yamen, les satellites firent tout leur possible pour m 'empêcher de voir le grand homme. 11 dormait, me disaient-ils ; il ne recevait pas, etc.. Devant mon insistance et ma résolution, ils portèrent tout de même ma carte. Le mandarin me reçut fort bien. Après les saluts et les préliminaires, je lui dis : « On vient de commettre une indignité à mon égard. 11 n'est pas permis d'arrêter le serviteur d'un Européen sans informer celui-ci ; or, vos satellites viennent de jeter en prison un de mes serviteurs à mon insu. Je suis sûr que vous n'avez pas eu connaissance d'un pareil procédé. »

« Certainement non >■, dit-il; et, sur l'heure, il envoya chercher ses sbires et les condamna à recevoir chacun cent coups de bambou pour l'avoii' ainsi compromis.

« Alors S9 préseiitè^reiil les protestants, accusant Toa d'une offense imaginaire. » Si mon serviteur est coupable, dis-je, qu'il soit cité régulièrement devant le tribunal et il viendra; mais son arrestation indue est une injure pour moi et je demande que le grand homme veuille bien me le livrer pour que je l'emmène. » " Rien de plus juste, me dit le mandarin ; seulement, s'il est cité, vous me l'enverrez.» J'en fis la promesse et j'emmenai triomphalement mon Toa à la grande stupéfaction de tous.

« Vous pouvez être certain, me disait-on, que vous devez ce succès à l'intervention du ciel. Voilà dix-liuit mois que cet événement a eu lieu, et Toa n'a pas été appelé au tribunal.

(< Les protestants étaient dans une grande fureur contre moi, naturellement. Ils publièrent partout que j'avais acheté le mandarin en lui donnant mille dollars. Je n'avais envoyé que cinquante Ave Maria à la très sainte Vierge ' ».

Je tiens le fait suivant du prêtre chinois P. Ouon : « Le mois passé, écrit-il (octobre 1899), un enfant de cinq ans, chrétien et fils d'un chrétien de Tuon-loh, tomba tout à coup fort gravement malade. Un moment on le crut sur le point d'expirer. On ne pouvait lui ouvrir la bouche, même avec un instrument, tant les dents étaient serrées. Ses yeux étaient fermés, et tout le corps froid comme l'eau.

(< Le père vint me trouver en pleurant et me raconta dans quel état désespéré était son fils. Je le consolai de

i. El Correo sino-anamita, I89.Ï, p. 71.

mon mieux, lui recommandant de prier avec confiance la très sainte Vierge Marie et de faire prier toute sa famille avec lui. Je lui donnai un petit papier sur lequel était écrite une louange de l'immaculée Mère de Dieu'.

« De retour chez lui, avec toutes les personnes qu'il put réunir, il récita le rosaire près du petit malade. Ayant fait tremper le papier dans de l'eau, il en versa sur la bouche de l'enfant, puis essaya de l'ouvrir; il le put suffisamment pour lui faire avaler quelques gouttes. L'appelant ensuite par son nom (Liou-Ghiou), le malade ouvrit les yeux et put avaler toute l'eau et même le petit papier qui s'y était à peu près dissous.

« L'enfant s'endormit alors, reposa quelques heures, au bout desquelles il prononça ces mots à haute voix : « Sainte Mère de Dieu ! » On constata qu'il était réellement guéri. Sa mère, qui jusque-là avait refusé de se convertir, promit de se faire instruire. Elle est maintenant catéchumène. »

Une femme chrétienne du village de Liéou était très dévole envers la sainte Vierge. En 1807, à la sixième lune, elle s'en fut au fleuve pour laver ; son fils, âgé de quatre ans, la suivit. Il avait un rosaire passé au cou. En jouant, il tomba dans l'eau et disparut. La mère, ne sachant nager, était impuissante à le sauver. Elle se mit à appeler au secours et surtout à recommander son fils à la protection de la Mère de Dieu. Soudain, près de la rive, elle vit le rosaire de son enfant flotter sur l'eau. Elle y courut, le sai-

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