‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 49 sur 115 · Idem, p. :{til · texte numérisé non relu

Idem, p. :{til

funèbre pour le repos de sou àme. Toute la colonie française et étrangère avait répondu à l'invitation de M. le Directeur de l'arsenal. Il avait même invité les mandarins des environs, qui n'ont pas manqué de venir. Avant la messe, entendant causer dans l'église, j'allai voir qui se rendait coupable de celte irrévérence. Quel ne fut pas mon étonnement d'apercevoir cinq ou six mandarins installés dans les bancs, le chapeau de cérémonie sur la tête et tenant conversation comme dans un salon ! J'étais fort ennuyé de célébrer le saint sacrifice devant ces païens, dont les sentiments m'étaient trop connus ; mais je n'y pouvais rien.

Cependant, dès qu'on commença à chanter, ils se turent et demeurèrent debout jusqu'à la tin, le chapeau toujours sur la tète, trouvant sans doute très drôle, entre autres choses, que ces Français fussent tête nue. Une personne présente me dit qu'elle n'avait jamais vu des hommes plus ahuris. Gela se comprend. Us étaient venus par politesse, et c'était la première fois qu'ils assistaient au saint sacrifice de la messe. Remplis de préjugés et d'idées bizarres sur les chrétiens, ils étaient bien incapables de comprendre. En élevant la sainte Hostie au-dessus d'eux, j'ai supplié le Sauveur de tous les hommes d'éclairer l'esprit et de toucher le cœur de ces mandarins ; puisset-il m'avoir entendu I

Si les mandarins se convertissaient, ils entraîneraient le peuple à leur suite. C'est ce que les Jésuites avaient espéré au xvii^ siècle ; mais, hélas ! les choses n'allèrent pas ainsi. Le mandarin chinois est trop orgueilleux pour admettre qu'une doctrine venant de l'étranger puisse lui

être utile ou nécessaire. On sent qu'il est froissé, profondément blessé ' de ce que ces diables d'Européens, comme ils les appellent, viennent pratiquer au milieu d'eux un culte ditïérent du leur. Si saint Pierre avait converti Néron et les proconsuls de son temps, l'Empire romain fût certainement devenu chrétien plus vite ; mais ce ne fut pas la volonté divine. Les apôtres et les chrétiens durent inonder l'empire de leur sang pendant trois siècles avant de voir les grands s'incliner devant la Croix. Ce furent les petits et les humbles, souvent le rebut du peuple, qui alors remplirent la salle du festin, où les grands avaient été invités, mais où si peu acceptèrent d'entrer.

En Chine, les choses se passent exactement de la même manière. Jusqu'à présent il n'y a guère que des humbles, des pauvres, qui acceptent la religion de l'humble et pauvre Jésus. Il faut espérer que le tour des grands viendra; mais quand"? C'est le secret de Dieu.

A propos des mandarins qui s'appellent eux-raèmes : père et mère du peuple, voici une fable chinoise qui dépeint au naturel le sentiment du peuple à leur égard.

Confucius. voyageant un jour dans une des provinces de ia Chine, vit une femme, assise sur la pierre d'un tombeau, soupirer profondément. Le sage eut pitié d'elle et envoya un de ses élèves, Tsalo, pour s'informer du motif de son chagrin.

— «Tu pleures comme si tu étais frappée d'un grand malheur ! dit Tsalo en l'approchant.

Page 1