CARTE DE VISITE CHINOISE DU 1'. M.-B. COTIIONAY
assez bien à trois sons chinois. On peut voir les trois caractères sur la couverture de ce livre. Ils ne sont employés que pour suggérer à l'oreille la manière dont se prononce mon nom de famille, Go-tho-nay. Par conséquent, la signification de ces trois lettres bizarres n'est pas en cause. Si, cependant, on désirait savoir ce qu'elles veulent dire en elles-mêmes, je. ne refuse pas de révéler leur signification. La première, en commençant par le haut, donne l'idée d'une enceinte fortifiée, d'un faubourg; la seconde, d'un chameau ; la troisième, d'un vase de cuivre à trois pieds !
Je suis armé maintenant pour faire visite aux lettrés.
L'arsenal de Fou-Tchéou, bâti par des ingénieurs françaisen 18(39 et lesannées suivantes, est établi, prèsdu fleuve Min, à 15 kilomètres environ au-dessous de cette ville et à 25 kilomètres de l'embouchure du fleuve. Toute une flotte y fut construite pour le compte du Gouvernement Chinois de 1869 à 1874. Pendant ces cinq années, de 50 à 60 Français, à la tête desquels était M. Giquel, lieutenant de vaisseau, dirigèrent plusieurs milliers d'ouvriers chinois, qui élevèrent de vastes constructions. On y installa les outils modernes les plus perfectionnés, sur le modèle de nos arsenaux maritimes, pour la construction des vaisseaux de guerre.
D'accord avec l'évêque du Fo-Kien, AI. Giquel fit venir un Dominicain de Lyon, le R. P. Alphonse Sautel, pour donner les secours religieux au personnel français de l'arsenal. Une chapelle et une résidence pour le Père furent bâties à quelques centaines de mètres des limites de
l'arsenal, sur le bord du lleuve. Mais, en 1874, les Français s'élant retirés, le R. P. Sautel les suivit et sa chapelle fut démolie.
Pendant ces cinq années, les Chinois avaient essayé des'instriiire à l'école des ingénieurs français. A l'expiration du contrat, ils crurent pouvoir se passer d'eux; mais ils se convainquirent bientôt que leur apprentissage avait été trop hàtif et qu'ils n'avaient ni la science ni les qualités nécessaires pour une tâche si difficile. Laissés à euxmêmes, ils gaspillèrent l'argent mis à leur disposition et ne produisirent rien de sérieux. Les bâtiments et les^ machines se détériorèrent rapidement. Le Gouvernement Chinois finit par s'apercevoir que cet arsenal maritime, qui avait coûté si cher, lui était à peu près inutile. Il négocia donc de nouveau en 1896 avec notre Gouvernement l'envoi d'une autre mission d'ingénieurs français capables de réorganiser l'arsenal de Fou-Tchéou. C'est M. Gh. Do^'ère, un éminent ingénieur des constructions navales, qui fut chargé de cette œuvre difficile.
Gomme M. Giquel, il voulut avoir un aumônier pour la petite colonie française qui allait s'établir sur les bords^ du Min. A cet effet, il s'adressa à l'évêque du lieu, M*' Masot, qui, ayant connu autrefois le R. P. Alphonse Sautel, lui écrivit pour demander que la Province de Lyon voulût bien mettre un Père à sa disposition pour prendre soin de ce petit troupeau, comme elle avait fait vingt-neuf ans auparavant. Telles sont les raisons et lescirconstances qui me tirent envoyer en Extrême-Orient.