‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 6 sur 115 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'arsenal; lanccmonl de deux croiseurs. — Fleuves de Chine; le Min. — Villages ; conseil des aniieus. — Ln leiTil)le chàlinu ut. — Rizières cl engrais. — Fours à briller les papiers l'crits. — Ile de .Nan-laï; quartier européen de Fou-Tehéuu; la capitale du Fo-Kien; pont des dix mille années; monuments publics. — Cimelière français. — Tondjeau cliinois. — Un Jésuite devenu idole. — Consultant le sort. — Puits de M»'' Gentili. — Cou-Iian, paradis d'été des Européens, surtout des ministres protestants. — La bourboule. — Fuite des ministr&s devant la persécution. — Leurs pertes.— Sa Majesté le tigre. — Onze martyrs prolestants. — La sainte montagne.

En 1896, le Gouvernement Chinois signait un contrat avec le Gouvernement Français, par lequel celui-ci s'engageait à fournir des ingénieurs de la marine, des maîtres et contremaîtres pendant cinq ans. Ils devaient être logés et payés par le Gouvernement Chinois. Leurs obligations étaient de réparer les vaisseaux de guerre de la marine chinoise, d'en construire de nouveaux; en un mot, de faire à peu près tous les travaux qui s'exécutent dans nos arsenaux maritimes. Ce contrat va de mars 1897 à 1902. Les ingénieurs français emploient environ dix-huit cents ouvriers qui sont payés par le Gouvernement Chinois.

Pendant mon séjour à l'arsenal comme aumônier, j'ai assisté au lancement de deux croiseurs. Le premier eut lieu le 30 janvier 1899. Une bonne partie de la société européenne de Fou-Tchéou et des environs avait répondu à l'invitation de M. le directeur. Le vice-roi, le maréchal tar-

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lare, une centaine de mandarins et une miiltilude de CAiinois, habillés les uns de loques, les autres de riches vêtements de soie aux voyantes couleurs ou de précieuses fourrures, quelques centaines de soldats et de marins avec force bannières, le canon tonnant des forts et des navires de guerre ancrés dans le fleuve, tout cet ensemble offrait un spectacle pittoresque, original et impressionnant.

Le lancement était annoncé pour une heure et demie. Le programme comportait ! sacrifice de deux porcs et de deux moutons ofierts à la déesse Ma-tsou, prolectrice des marins. Je me rendis à l'arsenal une bonne heure avant pour être témoin de cette curieuse cérémonie païenne; mais tout était déjà fini. Les mandarins l'avaient avancée de plusieurs heures, préférant sans doute faire leurs prostrations et leurs sacrifices en l'absence des Européens.

Dès le matin, ils s'étaient rendus en grand nombre au temple de Ma-tsou, qui domine l'arsenal, pour demander à la déesse de la mer de prendre le nouveau croiseur sous sa protection; puis ils s'étaient réunis dans une petite lente préparée près du bateau.

C'était une loge ouverte par devant et splendidement décorée. Dans le fond était peint en rouge un gigantesque caractère, T^OM, qui veut dire félicité; autour on voyait quatre chauves-souris. C'est là un de ces jeux de mots auxquels la langue se prête facilement et que les Chinois aiment tant. Le mot chauve-souris a le même son que félicité. Au lieu d'écrire le son, ils peignent souvent l'animal. Il y en a habituellement quatre, pour représenter les

quatre bonheurs qui sont l'ambilion de tous les Chinois : beaucoup d'argent, bonne santé pendant de longues années, beaucoup d'honneurs et des enfants mâles qui vous honorent après votre mort.

A l'heure fixée, les dernières amarres du croiseur fui eut enlevées au son du clairon.

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