‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 58 sur 115 · LA PESTE A FOU-TCHÉOU · texte numérisé non relu

LA PESTE A FOU-TCHÉOU

De retour à la capitale du Fo-Kien, j'ai trouvé le directeur du Séminaire dans une grande tristesse. La peste

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DEUX .\>S EX ClirXE.

bubonique, qui fait tant de ravages à Fou-Tchéou et aux environs, avait atteint l'un de ses séminaristes et l'avait emporté en quelques heures.

C'était un jeune homme de grande espérance, me dit-il, et sur le point de commencer sa philosophie. Il avait eu comme un pressentiment. La veille du jour où il est tombé malade, il a demandé à faire une confession générale. En sortant de communier, le lendemain matin, il sentit les premières atteintes du terrible fléau. Il se plaignait d'un mal à la tête.

Dans la soirée, il dit au directeur qu'il sentait des douleurs à l'aine, où il lui était sorti un bubon. On envoya chercher le médecin, qui administra des remèdes énergiques ; la nuit se passa tranquillement. Le matin, avant de dire sa messe, le directeur alla voir son élève et lui demanda comment il se trouvait. Il répondit qu'il ne se sentait pas mieux; il n'avait cependant pas l'air d'être sérieusement malade. Le Père revint après la messe et trouva le jeune homme sans connaissance. Il eut juste le temps de lui administrer l'Extrême-Onction avant qu'il rendît le dernier soupir. Il devint aussitôt tout noir et l'on dut se hâter de le mettre en bière et de l'enterrer.

On avait vu la veille plusieurs rats crevés autour du séminaire. Un d'eux fut aperçu se dirigeant du côté de l'eau et expirant avant d'y être arrivé. Ce phénomène se manifeste presque dans toutes les maisons atteintes de la peste. Les uns croient que ce sont les rats qui l'apportent ; d'autres, au contraire, pensent que les rats n'en sont que les premières victimes, les microbes se développant plus

vite dans ces rongeurs que dans le corps liumain. Cette dernière opinion est celle de notre médecin.

Il n'y a aucun moyen de connaître le nombre des victimes de cet épouvantable lléau ; car il n'y a ni police, ni statistique, ni enregistrement de décès, pas plus que de naissances. Le Gouvernement chinois ne s'occupe pas de ces choses-là. Mais, d'après les renseignements que j'ai pu recueillir de divers côtés, le nombre des morts est fort grand. Cette épidémie inspire naturellement une horrible épouvante aux malheureux Chinois, sans leur faire prendre, du reste, aucune précaution d'hygiène et de propreté. A voir leurs rues infectes et leurs taudis nauséabonds, on se demande comment la peste ne fait pas encore plus de progrès.

Ils font, il est vrai, force superstitions, offrant des sacrifices de porcs et de chèvres, brûlant des bâtonnets dans les pagodes et sur leurs autels domestiques. J'ai rencontré plusieurs processions dans les rues où des gens habillés en grands diables effrayants frappaient sur des gongs et tamtam en accompagnant des poussahs hideux et faisant un bruit infernal. Quand c'est le soir, ils ajoutent des lanternes de papier de diverses couleurs. On dirait alors une scène de l'enfer. Il y a quelques mois, la peste étant partout, ces processions faisaient rage dans les environs. Les malheureux habitants avaient visité, en se lamentant, toutes les pagodes, tous les miaos des alentours, et le diable sait s'ils sont nombreux.

-Un jour, l'iiifernale procession se dirigea vers ma chapelle. J'étais absent et les Sœurs en furent bien etïrayées. Une douzaine de garnements étaient déjà installés sous le porche de la chapelle, se mettant des masques, des barbes postiches et s'apprêtant à jouer une comédie quelconque comme ils font dans leurs pagodes, car les démons leur ont dit souvent, par la bouche des possédés, si nombreux en Chine, que c'est ainsi qu'ils veulent être honorés et que c'est par de tels moyens qu'ils se laisseront apaiser.

Les Sœurs eurent grand'peine à faire déguerpir les mimes diaboliques. Ils s'en allèrent en maugréant, ne comprenant pas pourquoi on les empêchait d'honorer à leur façon le Dieu des chrétiens. Ils s'étaient dit sans doute (jue, s'il pouvait quelque chose pour arrêter la peste, ils ne devaient pas le négliger.

Quand un Chinois est atteint parle fléau, la famille fait le vide autour de lui et, comme dans chaque maison il y a toujours une provision de cercueils (parfois c'est le seul meuble), on met le pestiféré en bière dès qu'il a expiré. Il arrive même qu'on n'attend pas le dernier soupir pour lui rendre ce devoir. Dans ces cas, on ne pleure pas le mort et la plupart des cérémonies compliquées des funérailles sont supprimées..

J'eus la malechance, une fois, de rencontrer une de ces processions diaboliques dans l'étroite rue qui relie le quartier européen de Fou-Tchéou à la ville chinoise.-J'étais en chaise, porté par quatre coolies. Pendant unebonne heure je dus subir un .spectacle écœurant. Je ne pense pas exagérer en disant que plusieurs milliers de personnes formaient cette

procession. Des groupes de bonzes précédaient et suivaient les châsses des idoles. Seigneur du ciell quel nonibre d'idoles! Il y en avait plusieurs centaines de toute taille et ^ie toute forme. Des mannequins de 2 à 3 mètres de haut habillés en diable étaient portés par des hommes cachés à l'intérieur qui, au moyen de cordes, faisaient mouvoir leurs bras, leurs yeux, leur langue. Plusieurs fois l'un de ces hommes dissimulés frappa brutalement ma chaise avec un bras ou un pied du mannequin. J'étais tout juste rassuré.

Peu de personnes respectables suivaient cette procession. Il me sembla qu'on avait recruté, pour la former, tous les mendiants et les misérables de Fou-Tchéou. Ils portaient les brancards des idoles, des drapeaux ou bannières, la plupart en loques, avec des images de dieux ou des caractères chinois. D'autres portaient de grands écrileaux au bout d'un bâton. D'autres traînaient sur le pavé de lourdes pièces de bois, sans doute en esprit de pénitence. Beaucoup avaient dans le même but une cangue au cou.

La plupart des habitants de la rue étaient sur le pas de leur porte ou à leurs fenêtres, regardant passer la procession et paraissant y prendre un grand intérêt; la preuve, c'est que beaucoup de ces spectateurs, parmi lesquels des enfants, avaient le cou emprisonné entre les deux planches de la cangue. Je remarquai certaines de ces cangues sculptées avec soin, ornées de fleurs ou de dessins.

Dans cette multitude, personne ne priait vocalementnine chantait. Je ne vis aucune lèvre remuer, ce qui n'empêche pas qu'un bruit infernal emplissait la rue. Il était produit par les gongs et les tambours échelonnés de distance en dis-

tance qu'un bonze ou un mendiant frappait à coups redoublés, par les pièces de bambou traînées sur les dalles, cl surtout par les incvilables pétards qui éclataient à chaque instant.

Lorsque finalement j'arrivai à la maison de la Sainte- Enfance, l'horrible procession n'avait pas fini de défiler; mais j'en avais vu assez et trop : je me hâtai de me soustraire à ce triste spectacle.

Korigan, témoin d'une procession semblable, fait lesréfiexions suivantes :

« La seconde chose qui me frappa, ce fut, et je le dis comme je le pense, sans arrière-pensée, ce fut, qu'on me pardonne, l'air niais de la troupe, ou plutôt l'air bête de chaque manifestant en particulier.

" En France, j'ai vu bien des processions dans ma vie. J'ai même souvenance de tel suisse qui, sous sa dignité d'emprunt, cachait difticilement son air... naturel. Car il avait été choisi surlout pour sa prestance. Mais, malgré le suisse et derrière lui, les enfants chantaient, les fidèles étaient recueillis. Tout le monde, même le suisse, avait l'air de quelqu'un (|ui pense à quehiue chose.

<i Ici, pendant la procession, les enfants ne chantaient pas, les fidèles ne pensaient absolument à rien et les prêtres... je n'en ai pas remanjué.

« Je veux bien que ma présence à cheval, sur le tianc droit de la colonne, ait détourné les regards. Etait-ce une distraction? non, tout le inonde était distrait depuis le départ. On dirait encore mieux que la distraction n'est pas possible dans ces circonstances, car elle supposerait qu'il y

eût possibilité d'un recueillement dont quelque chose vous fait sortir.

<i Je me demandais donc à quoi pensait, ce que croyait cette bonne troupe de badauds marchant les uns derrière les autres. Je crus résumer la situation en me persuadant que tous en général et chacun on particulier ne croyaient à rien.

« C'est pourtant un peuple religieux! me disais-je.

u Oui, mais les individualités n'ont ni foi, ni conviction, ni principe, ni affectiori. ni doctrine, ni ce qui est essentiel à l'homme relig-ieux.

« Le Chinois, individuellement parlant, serait donc simplement superstitieux? — Je le crois; »

Quand donc ce pauvre peuple ouvrira-t-il les yeux? Lorsqu'il se voit affligé, il sent d'instinct qu'il doit s'adresser à une puissance supérieure; mais, au lieu de recourir à la Providence de son Créateur, il s'adresse, hélas! à ses idoles impuissantes ou plutôt aux méchants démons qui se moquent de lui.

Un autre fléau de la Chine est le suicide. On ne trouve pas de village un peu important qui n'enregistre un ou deux cas dans le courant d'une année. Dans les villes, c'est encore plus fréquent.

Les causes en sont multiples. Elles tiennent au caractère, aux mœurs et superstitions des Chinois. D'abord le suicide paraît plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Cela tient à l'état d'infériorité où la femme se trouve. Les familles ne se fractionnent pas si aisément que chez nous. Les fils, en se mariant, continuent à vivre sous

le loit de leurs j^arenls, cl il n'eslpas rare de. rencontrer 15 ou 20 femmes dans une famille. Les brus sont soumises à l'autorilé de leur belle-mère. Il}' a entre belles-sœurs une hiérarchie résultant de l'âge. La femme de l'aîné a le pas sur celle du cadet, laquelle a le droit de commander à à celles des frères plus jeunes; de là des sources permanentes de contestation, des tiraillements pour tout et pour rien, des vexations fréquentes pour des questions de préséance, de jalousie, d'intérêt. On en arrive facilement aux gros mots, aux insultes, aux gitles, puis au tsi, c'est-àdire à une fureur extrême et, à la suite d'une de ces " ventrées de colère », suivant l'expression chinoise, la femme aveuglée, affolée par sa rage, se livre sur elle-même à un acte de violence. Une loi défend de conseiller à quelqu'un le suicide ou de l'obliger à le commettre ; mais la loi reste souvent lettre morte.

Il est des cas nombreux où le chef de la famille, afin de sauver la face, c'est-à-dire l'honneur chinois, oblige moralement une personne sur laquelle il a autorité à disparaître, ce qui veut dire à se suicider.

Le suicide des jeunes filles dont le fiancé meurt avant le mariage ou celui des veuves n'est pas blâmé, mais plutôt encouragé par ce peuple dégradé.

On m'a parlé d'une jeune fille de Fou-Tchéou dont le fiancé mourut avant la célébration du mariage. Elle résolut de ne pas lui survivre, et, lorsque les parents la virent ainsi

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Llctermiiiëe à s'ùler la vie, ils lui demandèreiil d'accomplir cet acte d'une façon solennelle qui altirerait l'attention sur leur famille et la couvrirait d'honneur. Au jour fixé, la jeune fille fut donc portée en palanquin à la maison de son fiancé défunt. On avait élevé une estrade au milieu de la chambre principale. Elle y prit place après avoir adoré les tablettes de ses ancêtres et avoir offert un sacritice à leurs mânes. Les parents et amis étaient accourus pour être témoins du spectacle. Les parents du jeune homme moit vinrent les premiers se prosterner devant celle qu'ils avaient choisie pour belle-fille; ils lui otirirenl ensuite du thé et des sucreries. Elle monta alors sur un escabeau, et de là passa le cou dans un nœud coulant qui avait été préparé et qui pendait au-dessus d'elle, puis donna un coup de pied à l'escabeau (jui la supportait. On la laissa tranquillement mourir ; on la déposa ensuite dans un beau cercueil qui fut enterré solennellement à côté de celai de son fiancé.

Son nom fut inscrit sur les tablettes de sa nouvelle famille et ces malheureux pa'i'ens l'invoquent comme une divinité.

.\utrefois les mandarins eux-mêmes assistaient à ces exhibitions criminelles; ils ne le font plus depuis une farce qui leur fut jouée par une veuve qui avait prétendu se suicider et qui, au moment de renverser l'escabeau fatal, demanda à l'assistance la permission d'aller d'abord donner à manger à ses porcs. Elle ne revint jias et l'assistance fut frustrée du spectacle.

Les hommes se suicitleiil surtout pour deux raisons : parce qu'ils sont ruinés ou par vengeance contre un ennemi.

C'est vers la riu de l'année chinoise que la première cause amène le plus de morts violentes. C'est une coutume universelle que les dettes doivent se paver et tous les comptes se régler avant l'expiration de l'année. Le débiteur qui ne peut donner satisfaction à son créancier avant le T' du nouvel an perd tout crédit, c'est un homme ruiné : il n'a plus qu'à s'expatrier ou à se tuer. Aussi, vers la fin de l'année, une activité incroyable règne dans les boutiques, les magasins et partout. 11 en est qui se cachent le dernier jour de l'année pour que leur créancier, qu'ils ont réussi à éviter jusque-là, ne les attrape pas au dernier moment. Le créancier fait tout son possible pour joindre son débiteur avant qu'une nouvelle année soit commencée. On rencontre parfois le premier jour del'an un homme atfairé, arpentant précipitamment les rues une lanterne allumée à la main : c'est le créancier qui n'a pas encore pu présenter ses comptes à un débiteur; pour lui, il fait toujours nuit tant qu'il n'est pas payé, et, s'il peut trouver son homme avant midi du premier de l'an et qu'il ait alors sa lanterne allumée, la loi sera de son côté. Beaucoup donc se suicident pour éviter d'être jetés en prison, pour échapper aux toilures raffinées qu'on leur intligerail et pour se soustraire à la honte et à la misère.

Un proverbe chinois, qui a force de loi, dit : u La vie se paye par la vie. » Si vous êtes cause qu'un individu s'est tué par suite de vos procédés ou de voire conduite à son

égard, vous avez une mauvaiseaftaire sur les bras. Ne seraitce qu'un mendiant éconduit qui se coupe la gorge devant votre porte, vous aurez des démêlés sans fin et fort coûteux avec la justice. Deux marchands .se font concurrence, celui qui se sent battu avale de l'opium et va mourir dans la boutique de son adversaire. Un plaideur perd son procès : il va se pendre à la porte de celui qui l'a gagné. Voilà des moyens de se venger; car celui chez qui le cadavre est trouvé sera ruiné, sinon exécuté par la justice.

Les Chinois redoutent beaucoup le suicide par vengeance. Dans la Cité chinoise, M. Simon cite le cas suivant pour montrer la crainte qu'inspire le suicide d'autrui :

« Un homme chargé de sapèques rencontre, sur un pont, un pickpocket qui les lui enlève : — » Bandit, rendsmoi mes sapèques! » Le voleur court toujours. — « Filou, si tu ne me rends pas mes sapèques, je me noie 1 >>

<' Et l'autre aussitôt de rapporter l'argent dérobé. »

Doux pays, où la crainte du suicide semblerait remplacer la police !

La statistique n'existant pas en Chine, il est difficile de se faire une idée exacte du nombre des suicides ; mais il doit être considérable. Un missionnaire qui est depuis longtemps dans ce pays donne la proportion de 1 par 2.000 ou 3.000 personnes.

Le premier empereur de la dynastie actuelle, Ghountsé, s'est suicidé. Le premier empereur de la dynastie précédente, celle des Ming, s'était aussi suicidé. Voici ce qu'il écrivit avec son sang avant de commettre cet acte de désespoir :

« J'ai perdu le royaume que j'avais reçu de mes pères... je vais donc me fermer les yeux pour ne pas voir mon empire détruit ou dominé par un tyran. Je vais me priver de la vie parce que je ne pourrais souffrir d'en être redevable au dernier et au plus indigne de mes sujets. Je ne puis plus paraître devant ceux qui, ayant été mes enfants et mes sujets, sont présentement mes ennemis et des traîtres. Puisque l'Htat meurt, il faut que 1? prince meure aussi. »

13 septembre i89<S. — A propos de suicide, voici une curieuse histoire que je tiens du prêtre chinois Ouon, mon voisin. Une femme païenne de Tuon-loh, qui avait toujours vécu en bonne intelligence avec son mari, se mita le maudire et à l'injurier d'une manière étrange et sans raison aucune. Son mari, qui est catéchumène, en fut fort surpris. Il s'impatienta d'abord, puisse fâcha et gronda sa femme. Celle-ci entra exaspérée dans sa chambre, prit une corde et se pendit à une poutre. Heureusement quelqu'un l'aperçut avant qu'elle fût morte et coupa la corde. La malheureuse paraissait sans vie, mais les soins qu'on lui donna la firent revenir à elle, après un quart d'heure detemps environ. Lelendemain, son mari raconta au P. Ouon ce qui s'était passé. Celui-ci envoya aussitôt un catéchiste et deux chrétiens pour exhorter cette pauvre femme et purifier la maison de toutes les idoles et autres choses superstitieuses. Ils aspergèrent la maison d'eau bénite ; ils en mirent aussi sur le front et sur le cou de cette femme. Deux jours après, elle était bien remise.

Elle dit alors à son mari que, le matin du 12 août, elle avait vu dans sa cuisine trois femmes qu'elle avait connues autrefois et qui s'étaient suicidées par la strangulation. Elles m'ont ordonné, ajouta-t-elle, de te dire des injures et de te maudire parce que tu étudies la doctrine pour devenir chrétien. Je me sentais comme forcée de leur obéir, et je le fis dès que j'en trouvai l'occasion, car quelqu'un me faisait parler malgré moi.

Le mari fut fort étonné sans doute de ce qu'il avait vu et entendu; mais il dit à sa femme qu'il ne croyait pas à ce qu'elle lui contait. Quelque temps après elle fut encore saisie par une douleur de tète très vive ; elle donnait des signes tels qu'on en voit chez les personnes obsédées par le démon. On eut encore recours à la prière et à l'eau bénite et elle fut bientôt soulagée, puis guérie. Aujourd'hui elle est catéchumène.

Que penser de l'apparition de ces trois suicidées ordonnant à cette pauvre femme de dire des injures à son mari parce qu'il étudiait la doctrine chrétienne et l'obsédant ensuite au point de la décider à se suicider elle-même? Tout cela peut s'être passé simplementdans son imagination par un artifice du démon. C'est ce qui doit plus probablement arriver dans ces sortes d'apparitions diaboliques; car les damnés restent en enfer. Cependant, saint Thomas suppose des cas où lésâmes des saints et des damnés apparaissent aux vivants réellement et en personne iprœsentialiteri '.

1. Quamois aliquando aniniœ snnetorum cel damnatoruni prœsentinliler adsint ubi apurent, non tamen credendum est hoc semper accidere. Aliquando enini kajusmodi appariliones fi un

DEUX ANS EN CTIINE '.VX't

2Ô ap>-il 18U0. — Une personne digne de foi vient me raconter que, dans un village peu éloigné d'ici, une veuve avait fixé jour et heure pour se pendre. Tout était prêt. Les parents et des centaines de curieux attendaient. Pendant qu'on défilait devant la veuve en faisant les prosternations d'usage et en la vénérant, vient à passer une dame anglaise, missionnaire protestante à Fou-Tcliéou. Elle s'enquiert du but de ce rassemblement. Elle fait des remontrances à la veuve et à la foule, leur ex|iliquanl que c'est criminel de se donner la mort. Fort mal accueillie d'abord, elle a le courage d'insister. Elle oti're d'emmener la veuve si elle veut renoncer à son dessein, lui promettant de la nourrir et de lui donner un bon logement.

Après bien des hésitations et des pourparlers sans fin, la femme et les parents consentent, à la condition que l'Anglaise remboursera 5.000 sapèques, environ 12 francs. C'était le prix des vêtements de cérémonie achetés par souscription à la veuve qui allait se pendre.

La missionnaire donna les 5.000 sapèques séance tenante, et emmena la femme qu'on couvrit de huées et qu'on poursuivit à coups de pierres.

Certainement elle n'aura pas de monument élevé à sa mémoire.

vel in dormiendo vel in oigilandn, opérations bonorum vei malorum spiritaum ad instruetionem vel deceptionem vitenlium (Summa theoL, III* part, supplém., q. 69, art. 3, ad. 3").

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