‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 64 sur 115 · DÉCRET IMPÉRIAL CHINOIS · texte numérisé non relu

DÉCRET IMPÉRIAL CHINOIS

SUR l'enseignement du SAINT-ÉDIT

« A vrai dire, si les missionnaires ne s'étaient pas fait de grandes illusions sur la portée pratique de l'édit du 15 mars, bien des personnes avaient cru y voir une orientation nouvelle des idées officielles chinoises en matière religieuse ou tout au moins l'indice qu'une ère d'absolue tolérance allait enfin s'ouvrir.

(1 Aussi n'est-ce pas sans un certain étonnement que ces mêmes personnes ont vu apparaître le nouveau décret promulgué, le 28 septembre suivant, par l'impératrice douairière, au sujet de l'explication du Saint-Edit de Kang-Hi et du commentaire de son fils Yong-Tcheng.

>( Tous nos sujets, dit le décret, mandarins et gens du peuple, doivent conformer rigoureusement leur conduite aux enseignements que ces instructions contiennent. Nous enjoignons donc par le présent décret aux vice-rois, aux gouverneurs des provinces, ainsi qu'à tous ceux qui y exercent quelque fonction, de se conformer scrupuleusement aux nombreux décrets des empereurs, nos prédécesseurs, de s'adonner sérieusement et à la propagation et à l'explication desdites instructions. En conséquence, les cercles littéraires et les écoles établis tant dans la capitale que dans les provinces feront de l'explication claire des instructions en question la base de leur enseignement. Que lespréfets, sous-préfets et directeurs des études des préfectures soient rendus responsables de cette affaire et soient

tenus de présider eux-mêmes les explications... Que personne ne considère le présent décret comme une vaine formalité. — Décret impérial'. »

« Si nous prenons maintenant le Saint-Edit de Kang-Hi, nous y lisons la maxime suivante, parmi les seize qui le composent et qui forment en quelque sorte le décalogue (il n'y a pas d'autre mot) que l'on serinp au jeune Chinois dès qu'il est en état déparier :

« Flétrissez toute secte étrangère, afin d'exalter « les doctrines orthodoxes! »

« L'empereur Yong-Tcheng appuie cette prescription, déjà suffisamment claire par elle-même, du commentaire suivant :

« ... Quant à la religion catholique, elle est également contraire aux canoniques : et c'est uniquement parce que ses prêtres sont versés dans les sciences mathématiques que la Cour les emploie. Mais qu'on ne l'ignore point : toutes ces fausses doctrines qui séduisent le peuple tombent sous le coup des lois, et, pour punir ces trompeurs et leurs artifices, l'État a des châtiments prévus... »

« Dans un pays où la tolérance serait depuis longtemps passée dans les mœurs, la contradiction entre le nouveau décret et celui du mois de mars ne serait pas, à la rigueur, absolue; et l'on conçoit qu'on puisse répudier une doctrine, mais respecter néanmoins ceux qui la professent, ou du moins les traiter avec courtoisie.

1. Celle traduction est empruntée à CEcho de Chinp, excellent organe des intérêts français à Shanghaï.

« Mais la Chine est loin d'en élre là, et le nouveau décret est d'autant plus grave: 1" que le texte du Saint-Edil et de son commentaire est connu de tous ; 2° qu'il a déjà, à maintes reprises, servi de prétexte aux lettrés pour légitimer leurs campagnes, voire même leurs persécutions, contre le christianisme. Ne lisons-nous pas, dans unautre classique, le passage suivant, relatif à toutes les sectes non orthodoxes, prises en bloc :

« ... Enfin, il y a des hommes dignes d'être exterminés qui, profitant de ces fourberies, font des attroupements, s'érigent en maîtres de doctrine, répandent partout leurs ■ instructions, s'attirent des disciples, tiennent des réunions nocturnes et se dispersent au jour ; enfin, quand leur nombre est devenu considérable et les circonstances propices, il leur vient d'autres envies ; ils commettent divers crimes, excitent des troubles et des révoltes ; que si ensuite, pris par es mandarins et convaincus de crimes dignes de mort, ils eadurent la bastonnade et les entraves, les fers aux pieds et aux mains dans la prison, si leurs femmes etleurs enfants souffrent avec eux et sont entraînés dans leur ruine sans espoir de salut, toutcel.\ vient de ce qu'ils

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