I. .Mn"^ Masot, dans le Curreo Sino-Anamita, 1888, p
que mal certains ouvrages sur leurs souvenirs, peut-être en s'aidanl de fragments qui avaient surnagé.
Les Chinois ont toujours beaucoup cultivé la poésie. Leur collection de poètes est très riclio, bien que les ouvrages de beaucoup d'entre eux aient péri. Voici quelques préceptes de l'art poétique chinois qui seraient approuvés sans aucun doute par Horace et Boileau : <( L'élévation des pensées, la continuité des images, la douceur et l'harmonie, font la vraie poésie. Il faut débuter avec noblesse, peindre tout ce qu'on dit, laisser entrevoir tout ce qu'on néglige, ramener tout au but et y arriver en volant. La poésie parle le langage des passions, du sentiment, de la raison; mais, en prêtant sa vois aux hommes, elle doit prendre le ton de l'âge, du rang, du sexe et des préjugés de chacun... «
Le Che-King, livre de vers, est le plus précieux recueil des anciennes poésies chinoises. Les lettrés du Céleste- Empire en font leurs délices. « Les six vertus, disent-ils, sont l'âme du Che-King; aucun siècle n'a flétri les fleurs brillantes dont elles y sont couronnées, et aucun siècle n'en fera éclore d'aussi belles. ■>
On lira peut-être avec plaisir un spécimen de ces antiques poésies, vieilles probablement de plus de trois mille ans. C'est une plaintive élégie marquée au coin d'une douce et touchante sensibilité.
PLAINTE d'une ÉPOUSE LEGITIME RÉPUDIÉE
Semblables à deux nuages qui s'étaient unis au haut des airs, et que les plus violents orages, semblait-il, n'auraient pu séparer,
nous (Hinns liés l'un à l'autre par un éternel hymen ; nous ne devions plus faire qu'un cœur. La moindre division causée par la colère ou le dégoût eût été un crime; et toi, lel que celui qui arrache les herbes et laisse la racine, tu me bannis de la maison, comme si, infidèle à ma gloire et à ma vertu, je n'étais plus digne d'être ton épouse et pouvais cesser de l'être ! Regarde le ciel et juge-toi. Hélas ! que je m'éloigne avec peine ! Mon cœur m'entraîne vers la maison que j'ai quittée. L'ingrat ! il ne m'a accompagnée que quelques pas; il m'a laissée à sa porte: il trouvait doux de me quitter. Tu adores donc le nouvel objet de tes préférences, et vous êtes déjà comme un frère et une sœur qui se sont vus dès l'enfance. Va! ton infidélité souillera ton ifnuvel hymen et en empoisonnera les douceurs. 0 ciel! cet hymen, tu le célèbres avec joie. Je suis devenue vile à tes yeux, tu ne veux plus de moi, et moi je ne voudrais plus de tes repentirs. Quelles ne furent pas mes peines sur le fieuve rapide où je voguais avec toi! A quels travaux ne me suis-je pas dévouée pour les intérêts de la maison? Je me sacrifiais pour te rendre heureux. Tous les cœurs qui sont venus vers toi, c'est moi qui les ai attirés ; et tu me méprises et m'oublies! Ainsi donc c'est la fortune que tu aimais dans ton épouse et j'ai perdu tous mes charmes dès que je t'ai rendu heureux! Que de douceur et de félicité je préparais à notre vieillesse! Une autre t'en dédommagera, et je languirai dans l'opprobre et la douleur. Hélas ! que tes derniers regards étaient terribles! Ils ne respiraient que la haine et la fureur. Mes maux sont sans remède. II s'offense de ma tendresse et rougit de mes bienfaits.