LES RELIGIONS DE LA CIIINK. — SUPERSTITIONS
Vestiges de la Iradition priiiiilive dans les anciens érri^ains cliinois. — Lao-Tze. — Confuciiis.— La déesse iMa-lsou et la sainte Vierge Marie. — Le dragon. — Bateau porte-bonheur. — Quelques supeistitions. — Décret impérial pour demander la pluie. — Le Fong Ctioué. — Les génies protecteurs ; dégradation de l'un deu.x et promotion d'un autre. — Entcricment cl}inois. — Traits de mœurs; mes domestiques.
Il semble manifeste que, dès les temps les plus reculés, les Chinois reconnaissaient expressément l'existence d'ua Dieu suprême appelé par eux Shang-ti. Ce nom veut dire littéralement : " le Souverain Empereur. »
Quelle est la nature, quels sont les attributs de ce Dieu suprême? Les documents authentiques vont nous l'apprendre d'une manière claire et précise.
On lit dans la première des grandes odes des royaumes, composée en l'honneur de Wen-Wang, le père de la dynastie Tchéou : « C'est Shang-ti qui l'a préparé et lui a donné l'empire au moment, propice. Wen-Wang est au ciel à la droite et à la gauche de Shang-ti, dont les dons se sont étendus à la postérité de ce saint roi. »
La septième ode débute ainsi : « Grand est Shang-ti ; il regarde le monde inférieur ; plein de majesté, il examine les quatre plages, cherchant qui donnera la sécurité au peuple. Il cherche parmi les dilïérents Etats à qui il pourra
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donner la puissance siiprêmc ; il regarde à l'écarl et trouve là seulement celui qui peut donner la paix au peuple. »
Il est dit dans la troisième décade : « Immense est Shang-ti, le souverain des peuples d'ici-bas. Majestueux, terrible est Shang-ti ; ses décrets sont pleins d'avertissements, de châtiments. »
<( J'ai apporté mes off'randes, un bélier et un taureau. Le ciel m'assiste en cette offrande... J'ai offert le grand sacrifice à Shang-ti. C'est Shang-li qui donne l'enseignement aux rois. »
A côté de ce maître souverain, les livres sacrés des Chinois mentionnent un autre supérieur appelé T'ien, « Ciel». Les sinologues ont beaucoup discuté pour savoir si T'ien est le même personnage que Shang-ti, ou s'il est différent. Il semblebi en qu'il en diffère, car tout ce que les livres sacrés disentdu T'ien peut être pris métaphoriquement. Il n'en est aucun qui le représente comme un être personnel. Un commentateur a dit : " tous les êtres tirent leur substance du ciel. » D'après la philosophie chinoise, le T'ien serait donc la grande substance d'où les êtres émanent. C'est ainsi, sans doute, que Rome entendit cette doctrine en défendant d'appeler Dieu simplement T'ien, « ciel », et en ordonnant de le nommer T'ien tchou, « Maître du ciel ».
Les anciens Chinois admettaient également l'existence d'esprits de différentes espèces, êtres indépendants et personnels.
L'un de leurs plus vieux livres dit : « L'homme ne cherche-t-il pas à avoir des amis? Les esprits, s'il est fidèle,
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écouteront sa voix : il vivra en paix et en harmonie. »
u Le peuple soutfrant de cruelles injures proteste do son innocence auprès des esprits et d'en haut et d'en bas. »
(1 Qu'elle est vaste, qu'elle est parfaite la puissance des esprits! Nous regardons et ne l'apercevons pas; nous écoutons et nous n'entendons rien ; ilspénèlrenl les choses, et l'on ne peut les tenir à l'écart. » (Shi-King.'l
Ils admettaient la spiritualité de l'àme, qui est de la nature des esprits, dit le Li-Ki, et immortelle.
La croyance à la félicité future e^t affirmée dans les livres sacrés d'une façon très frappante.
0 Wen-Wang est au ciel à côté de Shang-ti. — Les ancêtres vivant au ciel maudissent leurs descendants coupables et bénissent les bons, écoutent leurs prières. » (Ode 11, 5.)
Le principal agent de l'homme est spirituel ; quand il meurt, le Koui (principe vital matériel) va dans la terre, mais son esprit s'élève dans un état de glorieuse splendeur. « Les os et la chair retournent à la terre, mais l'âme, par sa puissance, va partout. Il n'est pas d'endroit où elle ne puisse aller. » (Li-Ki, II, 2, 3, 13).
Il semble que les anciens Chinois aient eu l'idée de la création; ainsi un commentateur du Yi-King dit : <i Ti est le maître des créations et des transformations, l'origine du ciel et de la terre. Il est l'être vénérable; il a établi son décret et donné le commencement au ciel, à la terre et à l'homme. »
Les « cent familles », en émigrant du berceau de l'humanité, emportèrent manifestement un trésor de vérités
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révélées au commencement par Dieu au genre humain. Ces vérités se sont peu à peu altérées; cependant on en trouve encore des traces nombreuses dans les antiques livres de la Chine. Les extraits suivants le prouvent clairement :
« Celui qui est lui-même son principe et sa tin a créé le ciel et la terre. >- (Tchouang-Tse.)
« Il y a une vie qui n'a pas reçu la vie. » (Lié-Tse.)
" Quand le ciel et la terre furent créés, il n'y avait ni homme ni femme ; Nu-hoa pétrit de l'argile pour en faire un homme ; c'est la vraie origine du genre humain. » (Toungfou-Toung.)
« Il n'y avait d'abord que le ciel et la terre, enfin un homme et une femme. » (Confucius.)
« Au sommet de la montagne K'oun-loun est un jardin où un doux zéphir souffle sans cesse. Ce jardin est placé près delà porte fermée du ciel. » (Hoe-nan-Tse.j
« L'homme habitait alors au milieu des bêtes ; l'univers n'était qu'une famille; on cultivait la vertu; rien ne pouvait donner la mort. » (Tchouang-Tse.)
« Le désir immodéré de la science a perdu le genre humain. » (Hoe-nan-tse.)
« La gourmandise a perdu le monde ; il ne faut pas écouter les paroles de la femme. » (Lo-pi.)
« Les eaux immenses se sont répandues et ont submergé toutes choses. » (Confucius.)
« Sous Yao l'empire n'était pas formé, les eaux stagnantes couvraient de tous côtésla campagne' .» (Mencius.)
En 1878, Léon XIII écrivait à MM. Bonnetty et Perny,
t. Extrait de l'ouvrage de M«'' Favier, Pékin (189S .
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des Missions Étrangères, qui lui présentaient un livre intitulé ■.Vestiges des dogmes chrétiens lli'ès des ancieiis livres chinois. " Nous vous félicitons, chers Fils, de ce que, vous aidant des savantes recherches faites au siècle dernier par l'un des Pères de la Compagnie de Jésus, missionnaire dans ces régions, et étudiant avec une attention nouvelle les livres sacrés des Chinois et ceux de leurs anciens sages, vous en avez tiré des vestiges clairs des traditions et des dogmes de notre sainte religion ; vestiges qui prouvent qu'elle a été depuis longtemps annoncée dans ces contrées, et que, par son antiquité même, elle précède de beaucoup les écrits des sages dont les Chinois tirent la règle et renseignement de leur religion. »
Les traditions primitives se sont donc obscurcies au point de devenir méconnaissables, et la voix de ces sages dont parle le Pape s'est substituée à la voix de Dieu. Le boudhisme est encore venu ajouter à la confusion, en sorte qu'aujourd'hui c'est un mélange sans nom, sans dogmes fixes, sans principes avouables.
Les Chinois sont, dit-on, boudhistes, ou taoïstes ou confucianistes. Ils sont rarement l'un à l'exclusion de l'autre. Ils se prosterneront tour à tour devant le hideux Boudha, l'idole taoïste ou la tablette de Confucius. Le lettré chinois qui est censé être confucianiste, mais qui est le plus souvent athée, appellera successivement ou à la fois les prêtres boudhistes et taoïstes pour présider les funérailles d'un parent ; s'il est mandarin, il ira périodiquement au temple de Boudha se prosterner devant les idoles du lieu.
J'ai déjà suffisamment parlé du boudhisme.
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