Holcombe, The Real C/iinaman
2. Celle l'ihiijue di' Conrurius pst bien définie par Tcheng Ki-loiig, dans^ son livre: les Chinois peints par evx-niémcs: « Sa doctrine est celle d'un ctief d'école ([ui a laissé des maximes morales, mais qui ne s'est pas livré à des spéculations philosophiques sur les destinées de l'homme el la. nature de la divinité. »
peut donner ce qualificatif au confucianisme — se mélangèrent clans l'esprit des Chinois au point de ne plus former que ce singulier amalgame que les Chinois nomment : Trois en Un, c'est-à-dire trois religions réunies en une seule.
(I Fait extraordinaire : à mesure que la Chine vieillit, nous voyons le nombre des superstitions augmenter. Elles étaient beaucoup plus rares au temps de Confucius que maintenant, et il ne faut peut-être pas en chercher la raison ailleurs que dans l'influence du boudhisme et particulièrement du taoïsme.
« Ce nombre prodigieux de superstitions a comme résultat, non seulement de paralyser les affaires de l'État, mais démettre des entraves à l'initiative individuelle. Il plonge la Chine dans un singulier mélange de fanatisme, de atalisme et de lâcheté, et s'oppose grandement au perfectionnement de l'organisation sociale. Il faut avoir le flegme d'un Chinois pour ne pas devenir fou au milieu d'un pareil amas d'idées superstitieuses.
« Le Chinois vit dans une véritable gangue de superstitions toutes plus ridicules, plus terrifiantes les unes que les autres. Presque toujours il y croit fermement et les redoute. Mais il croit toujours, aussi énergiquement, aux nombreux moyens préconisés pour se proléger contre les funestes influences, conjurer le mauvais sort. Et ces moyens, bien qu'ils puissent paraître invraisemblables, non
pas seulement à nous, occidentaux, mais aux Chinois euxmêmes, n'en sont pas moins considérés comme de précieux talismans.
« Nous allons en passer quelques-uns en revue.
« On voit souvent, dans les campagnes, se dresser des pagodes élancées, élégantes. Beaucoup sont des tombeaux ou appartiennent à des temples. Quelques-unes n'ont d'autre but que de protéger la contrée contre certaines mauvaises influences. Ces sortes de paratonnerres pour » fong-choué » sont toujours bàlis dans un endroit indiqué par l'astrologue. Le nombre de leurs toitures est impair, les nombres pairs étant de mauvais augure. Ces édifices sont élevés par les souverains et les gouverneurs de province, ou par souscription publique.
« Les particuliers ont à leur disposition des moyens plus simples et plus économiques pour corriger un « fongchoué » préjudiciable à leur maison. Ils placent sur le toit une petite niche, rapidement occupée par les moineaux, et dans laquelle ils déposent une petite divinité déterre ou de porcelaine.
<( Les Chinois supposent que toute sorte de mauvaises influences, qu'ils ne se donnent la peine ni de définir, ni de classifier, même d'une façon sommaire, peuvent pénétrer dans leur maison, surtout si une petite rue débouche directement sur la porte principale. Aussi, place-l-on à l'entrée de celle-ci une petite colonne de pierre, surmontée d'un lion portant certains caractères à sens fatidique. Ou bien, on élève une petite pagode. Mais l'on a surtout grande confiance dans une pierre apportée à prix exorbitant de la
célèbre moulag'ne de Taé-Ghan. On la plante devant la maison, bien en face de la ruelle, et on y grave cette inscription au-dessous de la tête d'un animal fabuleux : « Celte pierre, venue do la montagne Taé-Ghan, ose résister ! » Une de ces pierres existe près de la légation de France, devant une boutique de charbonnier. Le sens des caractères qu'elle porte est : « Cette pierre du mont Taé a le pouvoir de résister ! »
<c Les moyens sont nombreux pour protéger la maison contre ces fâcheuses influences.
« Sur la toiture, on place un chat en terre cuite, ou bien trois flèches fixées dans un tube de terre, ou bien un petit lion de terre cuite, assis sur son derrière, regardant dans le sens de la direction des rangées de tuiles du toit. Ces objets n'ont d'autre but ({ue d'écarter certaines influences voisines et délétères, qui pourraient rendre la maison aussi peu hygiénique que peu profitable aux affaires.
(( A quelques mètres en avant de la porte d'entrée de beaucoup de maisons, on voit se dresser un mur, de 2°', 50 à 5 mètres, tantôt simple, tantôt à trois faces, portant ou non des gravures d'animaux, comme tigre, dragon : c'est le Yng-péï, le bouclier protecteur contre le Sha-Tchi, les « dangereuses vapeurs », qui cherchent à pénétrer dans les habitations.
« Contre ces " dangereuses vapeurs » etle mauvais sort en général, un héros célèbre de la dynastie de Tchéou, Kiang Taé-koung, joue un rôle capital et économique. Sur une feuille de papier rouge, collée sur la porte, on écrit : « Kiang Taé-koung est ici, vous n'avez rien à craindre ! »
DEUX AXS EX CIIIXE. 2S
Gela suffit à calmer les transes des plus superstitieux.
« Tous les ans, on colle sur les portes de devant et de derrière des maisons chinoises les images des génies de la porte, les menn-chèu, désignés dans le langage populaire sous le nom do Kia-Kouan, c'esl-à-dire fonctionnaires du logis. Sur la porte d'entrée, on colle à droite l'image de Tsin-Kion, à gauche celle de King-te. Sur la porte de derrière, adroite, Ghen-ton;à gauche, Lu-léi. Ces génies sont quatre généraux fameux de la d3'naslie des Tang,que l'empereur Taé-tsoung consacra esprits tutélaires des portes, parce qu'ils les protègent contre les inlluences funestes, les démons.
« On trouve l'origine de celle habitude superstitieuse dans une légende rapportée par l'histoire de la dynastie des Tang.
'< Les Chinois supposent que beaucoup d'esprits vivent dans l'autre monde, pauvres et dénués de tout. Mais leur misère ne les empêche pourtant pas d'exercer une grande influence sur les destinées humaines. Aussi, les Célestes ont-ils pensé à s'attirer leurs bons offices, en parant à leur dénûmentdans la terre des ombres, et certaines cérémonies sont faites pour envoyer d'ici-bas, en même temps que des remerciements, quelque nourriture à ces pauvres esprits.
« Il me reste à parler, maintenant, des fétiches, des cltarmes. Ils sont très nombreux. On pourrait supposer que leur insuffisance, depuis longtemps démontrée par les
l.N'TKRIEL-R DE r.iUODE. — IDOLES. — 1>S JRlPflO.NS li JLDIIKIUES
résultais négatifs qu'ils donnent, aurait dû engager les Chinois à chercher ailleurs. Il n'en est rien.
(( La couleur rouge garantit contre les mauvais esprits. Les habits rouges sont d'excellents préservatifs. Les parents placent souvent des morceaux d'étoffe de cette teinte dans la doublure des blouses de leurs enfants pour qu'ils ne soient pas mutilés par les démons.
« Un excellent porte-bonheur est une chaîne d'argent portée au cou et achetée au moyen de sapèques provenant d'au moins cent familles différentes. C'est un des fétiches auxquels renoncent le plus difficilement les néophytes chrétiens.
« On voit, aussi, dans beaucoup de maisons, des pièces de monnaie de différentes dj^nasties, montées ensemble au moyen d'un fil rouge et représentant la forme d'un sabre; avec pareil talisman, le bonheur coule à flots.
« Heureux celui qui peut suspendre à la porte de sa chambre un couteau ayant servi à assassiner : pas un mauvais esprit n'osera l'approcher.
<( Des feuilles d'iris et d'armoise placées au-dessus du lit, une branche de pêcher en Heurs fixée au linteau de la porte, suffisent pour écarter le malheur.
« Sur eux, les Chinois portent accrochés à un bouton de leur blouse une petite courge, un morceau de jade ou d'ivoire sur lequel sont gravées certaines inscriptions heureuses : Puissiez-vous avoir une calme longévité, — Puissiez-vous connaître les trois bonheurs i longévité, paternité, mandarinat). Des dessins représentant la chauvesouris, une pêche, un cerf, une grue, sont autant d'in-
dices de félicité et de long'iie vie; de petits couteaux en argent, spéciaux contre les maléfices, sont suspendus par une chaîne au cou des enfants. Il en est de même des clous ayant servi à clou or un cercueil. On les place dans la natte et surtout on les fait monter dans des bracelets qui sont portés parles enfants mâles jusqu'à seizeans, c'est-àdire à l'époque où <- ils sortent de l'enfance ».
« Beaucoup de charmes sont écrits sur des morceaux de papier cousus dans la doublure des habits. Plus souvent, on les fait brûler et les cendres sont avalées dans du thé.
Il Pour terminer, je parlerai des superstitions médicales^. Les traités de médecine sont farcis d'idées superstitieuses : on y parle d'influences occultes, mal définies, jouant pourtant un rùle bien déterminé dans la genèse de beaucoup de maladies. Mais la superstition est surtout intéressante à étudier dans ses rapports avec la thérapeutique.
« Beaucoup de maladies sont attribuées à l'influence néfaste d'esprits malins. On peut avantageusement lutter contre eux , grâce à de petits morceaux de papier de couleur jaune, à de petites pièces d'étoffe de teinte rouge portant certaines inscriptions cabalistiques. Ces charmes sont fixés dans la doublure des habits ou, ce qui vaut mieux, brûlés : les cendres sont ensuite avalées dans du thé.
'( On peut encore effrayer les malins esprits et leur faire quitter le corps du patient, en battant les matelas et les couvertures du malade avec une branche de pêcher ou de
1. Communicali 1.1 fail; à la Société d'Anthropologie de Paris, 1898.
saule pleureur, ou bieu avec un fouel Joui la corde revêt la forme d'un serpent... »
FOr-TCHÉOU, LE MIN ET LES ENVIRONS
La sécheresse désole trop souvent certaines provinces de la Chine, leFo-Kien spécialement; mais, si la pluie ne vient pas désaltérer les champs desséchés, par contre il pleut des décrets impériaux pour exhorter le peuple à invoquer les génies de la pluie, fléchir le Ciel par des bonnes œuvres et mériter enfin des ondées bienfaisantes.
En voici un échantillon :