‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 82 sur 115 · DKCRKT DU 2" JOUR DE LA 9'' LUXE (6 OCTOIIRE · texte numérisé non relu

DKCRKT DU 2" JOUR DE LA 9'' LUXE (6 OCTOIIRE

A cause de la rareté de la pluie tombée dans le pays qui environne la capitale, Nous avons enjoint à Y-koang, à P'ouwei et a d'autres de prendre respectueusement des liàtonnets d'encens el de se rendre dans les principaux temples pour invoquer dévotement les esprits célestes; mais jusqu'à présent la pluie bienfaisante, n'a pas encore inondé la terre. Le besoin d'eau devenant de plus en plus grand. Nous ordonnons à Tsai-y, à Tsai-yng, à Tsai-lien et à P'ou-luen de se rendre respectivement, le i" de cette même lune, le premier au temple Ta-kao-t"ien, le deuxième au temple de Ché-yng-kon, le troisième au temple de Tchao-bien-mao el le quatrième au temple d'Yng-houo-miao, pour y bri'der respectueusement de l'encens en Notre nom.

Il arrive parfois que certains districts souffrent de l'e-vcès d'humidité, tandis que d'autres sont éprouvés par

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la sécheresse. Alors les inondalioiis sont à craiiitlre ; de nouveaux sacrifices sont offerts au ciel et, si les prières sont exaucées, de solennelles actions de grâces ont lieu.

Dans l'étrange décret qu'on va lire, l'impératrice a tenu à récompenser le génie de la rivière Jong-ting, grâce auquel la rivière est restée dans ses bornes durant l'été excessivement pluvieux de 1900.

« Un Mémoire Nous a été présenté pour Nous faire savoir que, lors des grandes crues de l'été cl de l'automne, on a réussi à protéger le pays contre l'inondation. La rivièi'c Jong-ting a^'ant eu plusieurs fois de fortes crues, l'iiilendant de la rivière a pris des mesures énergiques pour protéger les berges. A présent que l'automne est fini, Nous constatons que, grâce à la protection cachée el efficace de l'esprit lutélaire, on a joui d'une heureuse tranquillité, et Nous en sommes profondément touchée. E i conséquence, Nous ordonnons que dix paquets de bâtonnets d'encens du Thibet soient envoyés à Tch'en K'ing-Ki, intendant de la rivière Jong, pour que celui-ci les remette respectueusement au temple de l'esprit Ta- Wang (le grand roii et les offre à l'esprit en reconnaissance pour la protection accordée. <>

Je viens de lire un autre décret impérial qui ne manque pas d'intérêt. Il fait l'éloge d'un fidèle vice-roi récemment décédé et il ajoute :

« Par faveur spéciale,Nous accordons à Li-Hung-Tchang

le droit de porter un nom posthume et celui de recevoir les honneurs funèbres d'après les règles établies pour les vice-rois. Nous lui remettons en outre toutes les punitions encourues dans sa carrière publique et lui restituons les litres ou dignités dont il aurait été privé. »

LE FONG-CHOUÉ

Beaucoup de superstitions ont revêtu, sans doute, à leur origine, un caractère religieux. Mais, aujourd'hui, ce caractère spécial a tout à fait disparu. « Elles sont à la religion ce que le brouillard est à l'eau. » Les superstitions chinoises sont des fantaisies brodées sur de primitives croyances. Ce sont des morceaux isolés, des bribes de foi, mais bien plus fortes que cette foi elle-même, qui, depuis de nombreux siècles, n'est plus soupçonnée. Un Chinois dépouillera un temple de ses idoles boudhiques ; mais il n'enterrera pas son père sans avoir consulté à ce sujet un savantgéomancien. 11 riravolontiersdesfiguresetdesorânes énormes des divinités taoïstes ; mais il tremblera de peur si son voisin élève un mur un peu haut qui risque de contrarier le fong-choué de sa maison.

Ce mot de fong-choué àernanàe une explication. A peine arrivé en Chine, l'Européen doit façonnerson oreille et son intelligence à un certain nombre de termes et d'expressions qui, au premier abord, manquent pour lui totalement

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de sens. Peu à peu, par une accoutumance rapidemcul acquise, ces mots lui deviennent familiers.

Le fong-choué ' est difficile à définir, non seulement à cause de son caractère protéiforme, mais surtout parce que notre intelligence d'Occidentaux n'a jamais conçu rien d'identique pouvant servir de base de comparaison. Littéralement, fon/j-clwué veut dire voit et eau, mais qu'il y a loin du mot à mot aux idées qu'il représente ! On pourrait, d'une façon générale, le considérer comme une sorte de superstition topoijraphique . Pour les Chinois, un point quelconque de l'Empire du Milieu est un centre de forces, d'influences spirituelles, sur la nature desquelles ils n'ont que des idées vagues, peu ou pas comprises, mais d'autant plus redoutées et respectées. La moindre perturbation apportée aux choses environnantes, soit par des travaux, soit par des constructions, l'intention seule de faire des changements, suffisent à modifier en bien ou en mal — en mal le plus souvent — ces influences spirituelles. C'est, en somme, une sorte de géomancie spéciale à chaque parcelle du sol chinois, variable d'un point à un autre.

Le mot fo)ig (vent) représente l'invisible; le mot cltoué (eauj, ce qui peut être saisi. L'association des deux forme un agrégat de forces toutes-puissantes, intangibles, occultes, mal définies, mais pourtant capitales par leur influence sur la destinée humaine.

Pourquoi a-t-on donné ce nom àe fong-choué? Peut-être parce que le vent et l'eau sont, aux yeux des Chinois, les

1. La Peitri (le face, dont il est souvent question, et le fong-choué soqI les d :ux « cliinoisismcs " le> plus courants.

deux plus fréquents véhicules de la bonne el de la mauvaise chance,. el que ce sont eux qui peuvent nuire le plus souvent à la prospérité commerciale, c'est-à-dire à la forlune, chose importante par excellence pour les Célestes.

Le fong-chouè est capricieux. 11 favorise celui-ci et contrarie celui-là, sans motifs apparents. Vous bâtissez une maison dans tel endroit? vous contrariez le fong-choiiè : ruines, calamités, malheurs, que sais-je? vont fondre sur vous. Mais, si c'est moi qui bâtis à votre place, j'aurai peut-être le fong-chouè favorable, d'où prospérité et fortune pour moi et ma descendance. Tl est aussi capricieux pour les hommes que pour les choses. Il verra d'un bon œil s'élever un parc à pourceaux; maisil n'aurait pas été satis-

ait de l'érection au même endroit d'un monument funé-

aire.

C'est surtout en matière d'enterrement et de construction que le fong-cltoué joue un rôle capital.

Un Chinois qui vient de perdre son père est beaucoup moins obsédé par le chagrin que par la préoccupation de savoir si les restes du défunt auront ou non un bon fo)igchouè. Non qu'au fond l'intérêt qu'il porte au mort soit grand ; il n'est grand qu'en raison de son propre intérêt de fils. Les sentiments de piété filiale, en elfet, ne sortent pas des limites d'un étroit égoïsme. Le culte rendu aux morts

par les Chinois pi'OC('>tle d'un lout autre esprit que celui qui, en pareille matière, nous anime en Occident. Ce culte a comme poiiit de départ une idée superstitieuse : la peur. si on n'Iionore pas bien l'esprit du défunt, de le mécontenter, partant d'indisposer son foiig-choué , et parla d'attirer toute espèce de malheur sur soi et les siens.

La crainte du fong-chouè, plus que les sentiments filiaux de respect et d'alfeclion pour les morts, entre en jeu dans le culte des ancêtres, dont parlent, avec beaucoup d'enthousiasme ceux qui ne le connaissent pas et qu'on compare à nos fêtes des morts. Convenances, habitudes ou sentiments sincères, peu importe la cause qui nous fait à certaines dates accomplir des pèlerinages dans les cimetières; elle est toujours désintéressée, et c'est ce qui lui donne son caractère élevé. Chez le Céleste, nous trouvons deux mobiles bien ditîerents : la crainte et le calcul; il faut tâcher de bien disposer en sa faveur les esprits des morts ; ainsi, honneur et fortune pourront librement se répandre sur les descendants.

Aussi peut-on prévoir toutes les hésitations, tergiversations, transes et émotions par lesquelles passera une famille, avant d'avoir choisi un endroit bien propice pour y enterrer un des siens.

L'inhumation se fait toujours attendre. Le temps écoulé entre la mise en bière et l'enterrement est proportionné à la fortune et à la position sociale de la famille.

Les gens du peuple, les paysans, doivent, pour accomplir la cérémonie funèbre, avoir recueilli les sommes d'argent nécessaires. Souvent ils fixent pour l'inhumation

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une époque où, les travaux des champs étanl finis, ils pourront se donner tout entiers au plaisir de cette fête ; car c'est une fête qu'un bel enterrement.

Les Chinois possèdent, en général, un cimetière de famille, dans lequel ils désirent être ensevelis. Jamais l'inhumation ne se fait sans consulter l'astrologue. Qui sait si le terrain favorable au père et au grand-père ne serait pas funeste au fils? Le docteur en fong-chov.è intervient alors, muni de livres spéciaux, d'un compas et d'un petit miroir pour voir passer les effluves du fong-choué. Il faut savoir si, au-dessus de l'emplacement de la tombe, il n'y aura pas une étoile et au-dessous un dragon, si le vent n'y soufflera pas trop; si, dans le voisinage, il n'y a pas un ravin, une dépression de terre permettant au vent d'arriver par en bas, dans la tombe, et de déplacer de fond en comble les os en moins de vingt ans. Il faut tenir compte aussi de l'aspect du terrain environnant, de la configuration des collines et des montagnes qui peuvent se trouver à quelque distance, de l'ombre qu'elles projettent. Il faut encore regarder soigneusement l'angle que forment les ruisseaux et les rivières du voisinage et déterminer, avec le compas du géomancien, le point où leurs affluents se joignent à eux. Enfin, il ne faut pas oublier, toujours d'après les traités du fong-choué, que deux courants, connus sous les noms de Tigre et Dragon, traversent la terre et que toute tombe bien placée doit avoir l'un à sa droite,

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l'autre à sa gaiiclie. (In clocleur eu fong-choué peal les trouver et les détinir à l'aide d'un compas, de la direction des ruisseaux, des aspects de la terre, mâle et femelle, de la proportiou de l'une ou de l'autre, de la couleur du sol. Le peuple ne comprend rien à ce charlatanisme, mais n'en paye pas moins volontiers ce qu'on lui demande.

Les tombes d'une même famille sont, en général, protégées du côté du nord par un petit mur de terre de 1"',80 à 2 mètres de hauteur, disposé en demi-cercle pour rappeler la forme d'un dossier de chaise. En même temps qu'il protège le défunt contre les mauvaises intluences, il permet aux parents de supposer que leur mort est aussi bien dans sa tombe qu'assis dans un bon fauteuil.

Pauvre peuple chinois ! comme toute créature humaine, il a l'âme naturellement religieuse. Ils s'est bâti des temples innombrables, qu'il a remplis de milliers de dieux. Il les honore par des sacri»^:c's, des prières, des cérémonies sans cesse renouvelées. Mais comme le grand ennemi du genre humain a abusé de lui et continue à le tromper!

Satan est vraiment le prince de ce vaste empire. Outre les idoles que tout le monde honore, chaque famille a son génie protecteur, de même chaque village, chaque mandarin, en entrant en charge, en reçoit un.

Qui assigne ces prétendus génies protecteurs aux individus ou aux populations? Je ne sais comment la chose se passe dans les autres provinces; mais, au Fo-Kien, voici comment on procède.

Le vice-roi, représentant de l'empereur. Fils du Ciel, est censé avoir un pouvoir illimité sur le peuple des esprits,

pouvoir qu'il peut déléguer et qu'il délègue en effet, moyennant finances bien entendu. Des lettrés sachant tenir un pinceau et formuler un décret en langage pompeux achètent donc une communication de ce pouvoir divin.

Un chef de famille veut-il un génie prolecteur pour sa case, il va trouver le lettré, lui expose sa demande et celuici aussitôt lui fabrique un document signé, parafé avec de grands sceaux rouges, et dans lequel, pour un an ou deux ou pour toujours, on assure que telle famille sera sous la protection soit d'une idole déjà connue, soit le plus souvent d'un animal, tel que le renard blanc, le loup jaune, le vieux tigre, le dragon à la crête brillante, etc. Le bonhomme paye suivant sa fortune, emporte son document et va, lui et toute sa famille, faire chaque jour des prostentions et des offrandes à son prétendu génie protecteur installé soit dans la maison, soit dans le jardin, sur une pierre, sur un tronc d'arbre, etc.

Le chef d'un village fait la mémo démarche auprès d'un lettré et obtient un génie protecteur du même genre, que tout le village révérera, en l'honneur duquel on fera des processions, des illuminations, des sacrifices, etc.. Si le peuple a de bonnes récoltes, au lieu de remercier le Créateur, qui fait lever son soleil et tomber sa pluie, il rendra ses actions de grâces à son diabolique protecteur.

Si la sécheresse ou le typhon a ruiné ses récoltes ou si une épidémie s'abat sur lui, le Chinois s'étonne d'abord, prend .souvent patience, mais parfois cependant se fâche contre le génie qui est ou négligent ou impuissant. Dans ce cas, le peuple donnera ses dernières sapèques pour

faire chanjrer ce génie qui n'a rien protégé, ou même poulie faire punir.

J'ai sous les yeux un document des plus curieux qui n été récemment copié dans un temple de Fou-Tchéou, et que M*-" Masot a ou l'obligeance de me traduire. Le voici :

DÉGRADATIO.N Dl DIKU YOL'\<;-TSUE.\

Lo pioux e( saint grand empereur, t'f avec le ciel grand createiir souverain et Mont sacré oriental, lait savoir ce qui suil :

11 est arrivé à notre connaissance que l'administrateur gênerai et assislant du second ordre. Young-tsuen,est un paresseux, el ne pense qu'à mener joyeuse vie, manquant cimlinuellemenl à ses devoirs ; il est donc juste qu'il soit dégradé. C'est pourquoi nous ordonnons aux six ministères de notre cour qu'ils aient à effacer de notre tableau officiel le nom de l'administrateur général et assistant du second ordre, el (|ue ce soit le vice-président du même tribunal ou bureau de l'administrateur général qui prenne sa place, etc.

Que le présent soit fidèlement exécuté.

Le il' de la 'J" lune.

Moi, LE Moxt-Souvi:r.\i.\ oriental.

La pièce suivante n'est pas moins curieuse. A la diôérence de la précédente, elle accorde un honneur insigne à l'idole Ichen, qui sans doute s'était bien comportée.

promotion du GOUVERXEIR ICHEX

Xous, Siànfj-hol'ng, protecteur du royaume, par décret impérial duc majestueux et admirable, ayant autorité dans toute la pro-

vincedu Fo-Ivien, nous concédons au o-ouveincur Ichen que, dans les processions p(ibli(|aos, il puisse être porté par huit serviteurs dans un palanquin, et (ju'il soit vénéré par tout le peuple.

Nous, LE SlANC-HOVNG.

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