‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 85 sur 115 · I. Pri>ph''tœ eJHs in peeunia clicinabunl [W · texte numérisé non relu

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poil- et au suicide ; c'est pour faire venir une troupe de comédiens dont la présence sera une cause de désordres et d'abominations qui lui sont chers. Son oracle aura parfois pour but de semer la division dans les familles el de produire des inimitiés qui seront la cause de meurtres el dureront pendant plusieurs générations. Si parfois il révèle une chose cachée, donne un remède qui guérira une maladie, c'est afin de confirmer ses adeptes dans son culte, leur inspirer confiance et pouvoir mieux les tromper ensuite.

Gomment le démon fait-il, se demande M'-''' Ghatagnon, pour tromper ces pauvres païens et les retenir ainsi sous son empire? Avec la permission de Dieu, il se manifeste à ses croyants et leur rend quelques services qu'il fait payer fort cher, selon son habitude. Surtout il se fait craindre; carie Chinois, comme tous les païens, paie un tributàses idoles, plus par crainte que par dévotion.

Le démon agit encore en maître en Ghine, comme en Europe avanlle christianisme; il dévoile certains secrets, révèle ce qui se passe à dislance, et même s'aventure à prédire l'avenir par la bouche des pythonisses et des sorciers, qui soutirés nombreux et plus habiles que nos spirites dans l'art d'évoquer les morts et les dieux infernaux.

Le magnétisme, le somnambulisme ettoutes les sciences occultes n'ont pas de secrets pour nos païens chinois; ils connaissent même fort bien le baquet magique, comme le prouve le fait suivant qui m'a été rapporté par un missionnaire digne de toute créance :

Un chrétien vint un jour le consulter. Il était au service d'un aventurier qui vivait largement, sans ai^oir ce-

pendant aucun moyen avoué d'existence. Toutes les fois qu'il étail à bout d'argent, il se retirait dans une chambre secrète, où se trouvait un grand baquet d'eau; il allumait une lampe, et après quelques simagrées, il disparaissait dans le baquet. L'office du domestique consistait à surveiller la lampe pendant l'absence plus ou moins prolongée de son maître. Malheur serait arrivé à celui-ci, si la lumière s'était éteinte. Tout à coup, le domestique en faction voyait la surface de l'eau se rider, l'homme apparaissait et sortait du baquet comme il y étail entré ; je me trompe: il en sortait les poches pleines d'écus. Où était-il allé ainsi, emporté par le diable?Où avait-il trouvé cet argent? C'était son secret qu'il ne disait à personne'.

Le diable est méchant et pervers ; il a une haine intense de l'homme, on dirait qu'il se délecte à le tourmenter, même dans son corps par la possession, l'obsession et toute espèce de vexations, quand Dieu, pour des raisons à lui connues, juge à propos de le permettre.

Pendant mon séjour en Chine, les prêtres européens et les prêtres chinois m'ont raconté des cas de possession ou d'obsession diabolique, en très grand nombre. Je vais en rapporter quelques-uns que j'ai notés ou que je me suis fait écrire par les prêtres chinois. Après qu'ils m'en avaient fait le récit, je leur demandais de me l'écrire en latin. N'ayant guère l'habitude de cette langue, parfois ils trouvaient le travail fastidieux; mais je ti-iomphais de leurs objections en renouvelant leurs provisions de chapelets, d'images et de médailles pour leurs chrétiens.

1. A.'innlen (le la Société des Missions étrangères. I89S, p. iii.

Je n'ai été le témoin oculaire d'aucun des faits que je vais rapporter; mais j'affirme que les évêques et les prêtres qui m'ont fait les récitsque je vais transcrire m'ont semblé d'une entière bonne foi et d'une sincérité que je n'ai pas le droit de soupçonner. Peut-être pourrait-on expliquer tel cas, tel phénomène, telle circonstance par une raison de l'ordre naturel; mais dans l'ensemble de ces faits, il me paraît difficile de ne pas voir, avec les missionnaires du Fo-Kien, l'intervention des anges déchus, ennemis acharnés do Dieu et des hommes. J'ai ajouté quelques faits tirés de publications que je cite.

Les esprits forts, je le sais très bien, enlisant les faits extraordinaires que je rapporte, ne manqueront pas de me traiter d'esprit faible et crédule. •

Que m'importe? je suis en bonne compagnie : saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, Bossuetet quantité d'autres gens simples, comme eus, ont cru à l'existence des démons, à leur rage qui les pousse à nuire aux hommes autant qu'ils le peuvent. Ils ont cru que, lorsque Dieu le leur permet, pour des raisons à Lui connues, les démons tentent les hommes dans leurs âmes ou les vexent dans leurs corps par l'obsession ou la possession'.

« Le démon, a écrit Bossuet, considérant que la majesté de Dieu est inaccessible à la colère, décharge sur nous toute l'impétuosité de sa rage, comme on voit un ennemi impuissant qui, ne pouvant atteindre celui qu'il poursuit,

1. Diabolus etiam nunc potest quidem, Deo permittentp, homines teniare quantum adanimam et vexare quantum ad corpus (Saint Thomas, Summa tlieoL, p. HT', q. 49, art. 2, ad 2"J.

repaît en quelque sorte son esprit d'une vaine imagination de vengeance en déchirant sa peinture. Furieux et désespéré, il ne songe plus qu'à tout perdre après s'être perdu lui-môme, et envelopper tout le monde avec lui dans une commune perte... Son esprit entreprenant et audacieux... l'incite jour et nuit contre nous '. »

Un savant, qui traitait de fables tous les phénomènes de ce genre contenus dans les quatre évangiles et expliquait ceux de notre temps par de grands mots tirés du grec, me disait un jour : « Tous ces cas d'obsession et de possession dont vous me parlez ne sont pas réels ; car ils ne peuvent pas l'être. Du reste, ajoutait-il, vous voyez bien que nos pays civilisés sont exempts de semblables phénomènes. Si le diable en était l'auteur, pensez-vous que cet artiste restreindrait ses opérations aux pays païens? »

'< Ma conviction, dis-je à ce monsieur, est que ces phénomènes ayant lieu peuvent exister. Et ne croyez pas, ajoutai-je, que les possessions diaboliques soient inconnues en pays civilisé ou chrétien. J'avoue qu'elles y sont plus rares qu'en pays païen, par la raison que le diable y est moins libre d'exercer sa malice. La croix qui lui est en horreur est plantée partout; le saint sacritice de la messe est offert en des milliers de lieux. A peu près tous les hommes sont baptisés. Dans les pays civilisés, les méchants eux-mêmes qui semblent vivre en païens sont néanmoins protégés contre le (b'inon par le caractère sacré imprimé dans leur àme le jour de leur baptcnio cl de leur

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