I. Missions catholiques, 1889, p
GIIAriTRE XIII
Siiang-haï. — Les Jésuiles cl leurs œuvres. — La concession française. L'ii village modèle. — ConsiJr'rations sur la décadence de la Cbiae. Hong-Kong. -- Canlon. — Macao.
Shang-haï, ['i mai inOO.
Je suis à Shang-haï, en roule pour la France, où les affaires que vous savez me retiendront probablement plusieurs mois.
C'est avec un serrement de cœur facile à comprendre que j'ai quitté le Fo-Kien et les excellents amis que j'y avais, mon église, mon école, les chères Sœurs de Saint- Paul de Chartres et leurs œuvres, qui vont probablement souffrir de mon absence.
A quelques centaines de mètres des murs de la ville de Shang-haï, du sud au nord, coule 1p Wang-pou, vaste et profonde rivière alimentée par les mille canaux de la province. Celle énorme masse d'eau va se jeter, à 50 Icilomètres de la ville, dans le grand fleuve Bleu, appelé Yang-tse-Kiang.
Shang-haï est le centre principal des missions des Jésuites français en Chine. J'ai visité leurs magnifiques établissements de Zi-Ka-\\'ei, à quelques kilomètresde la ville. C'est un ensemble merveilleux d'inslitulionsqui font grand lionneur aux religieux de la Compagnie: noviciat et scolaslicat pour les jeunes Jésuiles, résidence pour lesanciens,
écoles primaires et collège pour les Chinois, orphelinat (le garçons, atelier de sculpture et de peinture d'où sortent des autels, des stations de chemins de croix, des statues et tout ce qui est nécessaire pour l'ornementation des églises, imprimerie et ateliers de reliure, decharpenterie, de cordonnerie, etc..
Zi-Ka-Wei est célèbre dans tout l'Extrcme-Oiienl par l'observatoire qui rend tant de services à la navigation dans ces parages tempétueux. Un vieux Jésuite a passé sa vie à former unnuiséo d'histoire naturelle, qui contienl des centaines de pièces fort rares et qu'on chercherait vainement ailleurs. Un Jésuite indigène édite un journal chinois illustré.
Il porte le titre de Y-ouen-lou [copies de ce qui est utile à apprendre) et se compose de dix pages chinoises doubles, format grand in-8°, et est imprimé sur de beau papier jaune avec une netteté et une correction qu'on chercherait vainement ailleurs. Le numéro coûte 10 sapèques (5 centimes) et pai'aît deux fois par semaine. Il a pour but de servir de lecture aux Chinois catholiques et en même temps d'ouvrir les yeux du Gouvernement et des mandarins surles vues désintéressées et charitables des missionnaires. Il joint l'utile à l'agréable : outre des nouvelles politiques et commerciales reproduites d'après les journaux quotidiens et les feuilles étrangères, des décrets impériaux, des bulles et des encycliques, des articles théologiques, on y trouve des renseignements précieux sur l'histoire du catholicisme en Chine, des descriptions géographiques et quelquefois des cartes géographiques traduites en
chinois, qui permeltent de suivre les événements politiques.
A un jet de pierre, et séparé par un canal, se trouve un vaste établissement des Sœurs Auxiliatrices des Ames du purgatoire, comprenant : orphelinat pour les filles, noviciat de Sœurs indigènes, hospice de vieilles femmes, écoles de jeunes filles, etc. Enfin, tout à côté, un couvent de Carmélites, le seul couvent de Sœurs contemplatives en Chine.
J'ai visité les églises de Shang-haï, qui sont fort bien tenues et très fréquentées ; car celle chrétienté est florissante.
J'ai traversé la vieille cité pour aller voir l'église catholique dont un Jésuite chinois est chargé. A côté de la ville européenne aux rues droites, aux larges avenues plantées de beaux arbres, aux maisons propres et élégantes, l'antique cité chinoise, enfermée dans ses murailles croulantes, est restée ce qu'elle était, malpropre, incommode, s'enlaidissai.t tous les jours. On la parcourt le plus vite possible dans la crainte d'être suttbqué par ses odeurs acres et d'attraper la peste.
On trouvera peut-être que cette description du grand emporiuni : « l'anneau fortement soudé ' qui unit à l'Europe, à l'Amérique, à l'Australie l'immense Empire du Milieu », est faite de couleurs sombres et grisâtres comme le ciel du pays tt comme les eaux de son fleuve. On ne s'en défend pas. D'après un Père Jésuite, l'œuvre de hi civilisa-