‹ Deux ans en Chine; extrait du journalChapitre 91 sur 115 · I. M. (le llubncr · texte numérisé non relu

I. M. (le llubncr

lion moderne n'a clé bonne ni pour les âmes ni pour le peuple. Celui-ci, plus riche peut-être, esl en réalité encore plus misérable '.

Un missionnaire me disait récemment qu'il reconnaîtrait un chrétien au milieu de cent païens. J'ai observé ailleurs que le baptême transfigure un êti-e humain ; c'est peut-être encore plus manifeste en Chine. La « coupe du pays» reste bien la même, mais comme l'expression devient différente ! Sur ces physionomies transformées par la grâce divine on lit la confiance, le respect, la modestie, la sérénité à la place du scepticisme, de l'indifférence, de quelque chose de dur et de répugnant, qui se peint habituellement sur la figure des païens. J'ai entendu des étrangers, protestants comme catholiques, constater la différence que la foi chrétienne imprime sur le visage humain, sur le maintien en général. Rien de plus vrai.

C'est ici le point de la Chine d'où il est probablement le plus facile de correspondre avec les diverses provinces de l'empire ; aussi les missionnaires des différentes Congrégations qui l'évangélisent y ont-elles établi des procures. Celle des Missions Étrangères est fort bien placée, à côté du Consulat de France et dominant la belle rivière où viennent s'ancrer les plus grands bateaux de guerre. Elle est vaste et commode. J'y reçois actuellement une aimable hospitalité.

La France a ici une concession, petite république s'administrant elle-même par son consul et un conseil muni-

l. P. Le noy, s. J.

cipal. Elle a une police composée de Français et d'indigènes. Les Chinois y habitent en grand nombre, mais ne peuvent pas posséder. Ils payent un impôt qui sert à l'entretien et à l'éclairage des rues et à l'amélioration de la concession. Ils préfèrent de beaucoup demeurer sur la concession étrangère, car ils savent qu'ils n'y seront pas vexés par les mandarins et qu'une fois leurs taxes payées on no les réclamera pas de nouveau.

C'est un grand plaisir de trouver sur divers points de l'Empire du Milieu, à côté des villes chinoises, partout les mêmes, quelque chose qui ressemble aux villes de France: des rues larges et bien tenues, des avenues plantées d'arbres, des maisons à plusieurs étages avec un style élégant, des fontaines et des monuments publics.

La France a encore des concessions à Hankeou, à Canton, à Choug-king, à Tientsin et à Quang-Tchéou-Wan.

La concession anglaise de Shang-haï, celle des Américains, réunies aujourd'hui sous les noms de Foreign Seulement, n'étaient guère qu'un marais parsemé de tombeaux. C'est maintenant une fort belle ville pourvue de magnifiques quais bordés de palais construits par les princes marchands d'Angleterre et des États-Unis. Les faubourgs sont semés de belles villas, où des grands arbres entourent l'inévitable pelouse si chère aux Anglais pour le lawntennis. Bon nombre d'Allemands et de Portugais de Macao sont aussi établis sur cette concession.

Avec la coopération des Pères Jésuites, des industriels proteilanls ont fait à Shang'-haï une expérience qui pourrait être une révélation pour ceux qui cherchent la solution du dildcile problème du salaire de l'ouvrier, de la moralité des usines, des grèves à éviter, etc..

Il a été entendu entre les missionnaires et les directeurs d'une tilature^de coton que tous les ouvriers et ouvrières seraient catholiques' et qu'un Jésuite leur serait attaché comme aumônier. Les heures de travail, un juste salaire et diverses autres choses ont été réglées à l'amiable et convenues d'avance entre les diverses parties intéressées.

» La semaine dernière, dit un rédacteur de VEclio de Chine, grâce à l'obligeance de M. J. Jones, le directeur de V International Cotton Mill, j'ai eu le plaisir de visiter ce magnilîque établissement.

« Nos lecteurs me pardonneront de ne pas entrer dans la description de cette filature; elle ressemble à toutes les autres sous le rapport travail ou machinerie. Ce qui en fait un établissement absolument spécial, c'est que tout le personnel ouvrier est fourni par un village catholique de Pootung et que les employés de l'usine vivent dans une sorte de cité ouvrière attenant à l'usine même. La police eu est faite par des Sikhs et des Chinois sous la surveillance du directeur de la société.

« Des établissements du genre de celui de V International Cotton Mill emploient un grand nombre d'ouvrières. En

Chine, comme ailleurs, la vertu est chose fragile et la statistique des naissances irrégulières parmi la moins laide portion des employées de ces établissements atteint des chiffres énormes.

i< Dans le cas qui nous occupe, on a voulu éviter les occasions de pareils accidents et jamais aucun ne s'est présenté. Le village, composé d'allées identiques, a une enceinte spéciale réservée aux femmes ou aux jeunes filles. Si les heures de travail sont les mêmes, les chemins conduisant de l'usine au village, ou réciproquement, sont différents.

« Il est utile d'ajouter que le village a plusieurs écoles et des chambres d'hôpital. Les vols y sont presque inconnus. La plus grande propreté y règne.

" Les épidémies n'y ont encore fait aucun ravage. Chaque maison peut contenir douze personnes, mais il en est beaucoup rjui n'arrivent pas à ce chiffre d'occupants. 11 est également une chose qui nous a frappé, c'est l'aisance polie et pleine de déférence que témoignent emplo^^és et employées à leurs chefs ou aux visiteurs. Rien de celte arrogance déplaisante ou de cette hypocrisie de mines (|ui n'ont pas manqué de frapper les visiteurs dans les usines où l'on emploie des Asiatiques. Toutes les femmes, jeunes ou vieilles, tous les employés, adultes ou gamins, sentent qu'ils sont respectés et deviennent respectables.

« Je crois donc utile de noter ici le succès atteint : il montre ce que la morale chrétienne peut faire de l'indigène. Elle l'élève au-dessus de son niveau, tout en lui conservant ses qualités de travailleur. »

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