CHAPITRE PREMIER
Aperçu Géographique et Géologique
Le Soudan français, plus connu sous le nom de Haut- Sénégal ou Haut-Fleuve (1), est la portion du continent africain comprise entre les 12** et 14° latitude nord et les 40° et 15° longitude ouest d^ Paris. Il nous semble difficile de lui assigner des limites bien précises ; nous ne possédons en fait qu'un certain nombre de points, échelonnés du Sénégal au Niger suiyant une ligne courant du nordouest au sud-est, et d^^où notre influence se répand d'une façon plus ou moins efficace dans un rayon plus ou moins étendu. L'on peut dire néanmoins que le Soudan français continue dans l'est-sud-èst notre colonie du Sénégal, dont il est en partie sépiré par les montagnes du Fouta- Djallon, qu'il est limité au sud-est par le Niger, au nord et au nord-est piar l'empire Toucouleur, aux dépens duquel il s'est formé. Le fort de Bakel sur le Sénégal, le poste de Manabougou sur le Niger sont les points extrêmes de son plus grand diamètre.
Commencées en 1880 parle colonel Borgnîs-Desbor-
(1) La dénomination de Soudan français ne date que du mois de novembre 1886. Auparavant le pays était connu sous le nom de Haut- Sénégal ou Haut-Fleuve.
— iodes, la conquête et la pacification du pays sont loin d'être terminées ; des expéditions successives, qui ont coûté un nombre considérable de soldats et de millions, ont abouti à rétablissement d'un certain nombre de forts, reliant le Sénégal au Niger. Un autre résultat, plus important, a été obtenu : une canonnière française, le Niger ^ lancée en 4884 sur le fieuve du même nom, est parvenue, au mois d'août 1887, jusqu'à Kobara, le port deTombouctou-
En allant du nord-ouest au sud-est, on parcourt la ligne des forts et l'on rencontre successivement :
Sw^ le Sénégal (rive gauche) :
Bakcl (à 800 kilom. de l'embouchure).
Kayes (140 kilom. en amoht de Bakel ; c'est le centre des approvisionnements.
Médine(12 kilom. de Kayes).
Diamou (42 kilom. de Médine).
Au confluent du Bakkoy et du Baf/îny, grandes riviè- 7'es dont la jonction constitue le Sénégal :
Bafoulabé (90 kilom. de Diamou).
Sur le Bakkoy (rive gauche) \
Badumbé (90 kilom. de Bafoulabé), altitude : 163 m.
Quittant alors le Bakkoy pour descendre dans le sudest, l'on trouve :
Kita (35 kilom. de Badumbé), altitude : 314 m,
Niagassola (115 kilom. au sud de Kita), altitude: 345 m.
Koundou (120 killom. est de Kita).
Enfin, sur le Niger (rive gauche) :
Bammako (130 kilom. est de Koundou), altitude : 270 m.
Manabougou (45 kilom. de Bamm^ko). [C'est le port de refuge de la canonnière.
Tous ces postes sont reliés les uns aux autres par une ligne télégraphique et par une route> dite « du ravitaillement», très praticable une grande partie de Fannée, mais coupée par des torrents rapides et profonds, et envahie par les grandes herbes pendant quatre ou cinq mois.
Une voie ferrée, dont la tête est à Kayes^ avance chaque année, péniblement et au prix de dépenses inouïes, dans la direction de Bafoulabé ; au moment de notre départ (janvier 1887), 72 kilomètres étaient livrés à l'exploitation. Les trains circulent de novembre en juillet ; d'août en octobre, la voie est inondée et tout transit interrompu.
Le Soudan français est rattaché à notre colonie du Sénégal par une ligne télégraphique qui, partant de Bakel, aboutit à St-Louis. et par un service postal bimensuel fait par piétons ou par chaloupes à vapeur suivant la saison.
Orographie. — Toute la région a est très n^ouvementée^ offre une succession confuse de montagnes bizarrement découpées, déchaînons enchevêtrés, de massifs, de pics, d'éperons, le tout disposé d^une façon absolument irrégulière On sait toutefois que ce système se rattache au nœud central du Fouta-Djallon, où se trouvent les sources du Baffing, de la Falémé, de la Gambie et de toutes les rivières du sud. L'aspect de ces montagnes est presque partout le même et assez curieux : ce sont
des hauteurs à pente très raide, couronnées par une véritable muraille de rochers absolument à pic. Leur altitude moyenne varie de 4 à bOO mètres » (lieutenant Duponnois, conférence sur le Sénégal).
Hydrographie. — Dans les mois d'août, septembre et octobre, la région qui nous occupe est sillonnée en tous sens par des ruisseaux, des torrents, des fleuves larges et profonds, dont les uns sont tributaires du Niger, et dont le plus grand nombre appartient au bassin du Sénégal.
Le Niger prend sa source au^ monts Loma, au sud du Sénégal, coule au nord-est, calme et large, entre deux rives basses, dénudées, qu'il transforme en marécages au moment de sa crue. Il limite au sud-est nos possessions du Soudan; sa largeur varie de 800 à 1800 mètres, sa profondeur de 1 à 8 mètres.
Le Sénégal commence à Bafoulabé où il est constitué par la réunion de deux fleuves importants, le Baffing et le Bakkoy, coule au nord-ouest rapide, souvent torrentueux, et forme en amont de Médine les magnifiques chutes du Fellou. De Kayes à Saint-Louis, c'est-à-dire dans un parcours de 1^000 kilomètres environ, il devient navigable pendant trois mois de Tannée pour des vapeurs d'un fort tonnage ; à cette époque, sa largeur varie de 400 à 800 mètres, et sa profondeur de 8 à 12. Il reçoit audessus de Bakel un affluent important, la Falémé.
Géologie. — Le grès, de forme et de couleur variables, les roches ferrugineuses forment la carcasse du
pays; le granit et le quartz sont moins répandus, et ne se rencontrent guère que dans les collines voisines du Niger. Nulle part Ton ne trouve de calcaire.
Les plaines sont généralement constituées par une couche d^alluvions d'épaisseur variable, reposant sur un plateau ferrugineux très compact qui forme croûte et recouvre du sable et de Targile. Dans la plaine de Niagassola, i)ar exemple, cette croûte présente une épaisseur de 10 à 12 mètres qu'il a fallu traverser pour creuser les puits du fort.
Les bords des fleuves sont formés d'ordinaire par de l'argile qui, au niveau des rapides, cède la place au grès; le fond est tantôt du sable pur ou argileux, tantôt de la roche que les eaux ont creusée en grottes, en entonnoirs, en cheminées, comme on peut le voir aux chutes du Bakkoy à Bili, et aux chutes du Sénégal à Gouina.
Les ruisseaux sont à fond de vase : leurs bords sont composés d'argile et d'humus. Quelquefois au contraire ils se creusent un lit dans la pierre qui prend alors, au moment des grandes chaleurs quand les eaux ont baissé, une teinte ardoisée et brillante fort remarquable.
Dans le Niger, près de Bammako, existent des bancs d^huîtres qui sont exploités pour la fabrication de la chaux. Enfin, çà et là, soit dans les plaines, soit dans les cours d'eau^ l'on rencontre des coquillages divers, dont le D*" Bellamy a rapporté des échantillons intéressantset variés.