‹ Deux chrétiennes pendant la peste de 1720 d'apres des documents originauxChapitre 2 sur 20 · T VI, p. 37 G · texte numérisé non relu

T VI, p. 37 G

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que l’eau ne tardait pas à décomposer. Là encore, le chevalier Roze se montre héroïque. « Il équipe une chaloupe, se fraye un passage à travers ces corps flottants, et, abordant chaque navire, fait transporter à l’hôpital tous les malades qui s’y trouvent. Il entreprend ensuite et mène à bonne fin une autre entreprise bien plus difficile, l’enlèvement des cadavres jetés à l’eau qui sont ensevelis dans des fosses ouvertes sur un terrain voisin de l’arsenal L »

Quelle histoire! quel drame! quelles relations que celles conservées par ces journaux imprimés ou manuscrits, dans lesquels de bons citoyens notaient avec une brièveté quelquefois si éloquente les faits de chaque jour Nous ne pouvons feuilleter sans émotion les vieux Livres de famille, où nos pères se faisaient un devoir de consigner par écrit, pour mieux l’inculquer dans l’esprit de leurs enfants, tout ce qui intéressait l’ordre et l’économie du foyer domestique. Que dire de ceux-ci tenus d’une manière si exacte, en de

i. Laforêt, loc. cit., p. 102.

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telles circonstances, pour instruire les survivants et les générations ù venir sur les origines, les caractères et la marche de la contagion? Il y en aurait beaucoup à citer; mentionnons pour Marseille, avec le journal imprimé de Pichatty de Croissainte, lequel joignait à son titre de procureur du roi celui

d’assesseur, les relations manuscrites de Pierre-

Honoré de Roux, commissaire général pendant la peste, et du père Giraud, religieux trinitaire.

Un notaire de Marseille nommé Urtis trace, en tête du registre de ses actes de 1720, une histoire sommaire du fléau. Il commence par y inscrire cette invocation à la miséricorde divine : Domine, adjura me propter misericordiam tuam.

Pendant les mois d'août et de septembre, et au plus fort de la contagion, il s’était retiré avec sa famille dans une bastide située à l’entrée des faubourgs de la ville; mais il n avait point, pour cela, abandonné son office, et il est dit en tête d’un grand nombre d’actes qu’ils ont été passés « devant la porte de sa maison de campagne. ■» — « Je suis resté dans

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cette bastide jusqu’au 12 octobre, ajoute-t-il, et j en suis revenu alors] car j’avais la pensée de rentrer le plus tôt que je pourrais pour remplir mes fonctions. Je crois fermement qu'ayant ce désir pour l'utilité du public, mon Dieu m a fait la grâce spéciale de me garantir de la mort. Son saint nom soit béni et loué dans tous les siècles des siècles /»

Suivent de nouvelles invocations adressées à la très-sainte Vierge : « Tota pulchra es,

Maria , et macula originalis non est in te.

Tu advocata peccatorum, or a pro nobis... » La pensée de pénitence est dans toutes les prières de ce bon notaire et de cet excellent père de famille l.

La plupart de ces relations sont consacrées à noter les précautions et à décrire les moyens employés contre la peste. Efforts surhumains! et aussi, hélas! impuissants! En vain multiplie-t-on les fumigations et invente-t-on de nouveaux remèdes. Un mal foudroyant, dont les atteintes sont l’objet

i Ces détails nous sont communiques par un sa vant érudit de Marseille, M. L. de Crozet.

en

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d’affreuses peintures, détruit en peu d’instants le principe même de la vie, met à néant toutes les lumières de l’expérience et de la science. Les médecins sont encore religieux; un bon nombre en donnent des preuves remarquables : voilà leur grande force au chevet des malades et auprès des mourants. Ils travaillent à réagir contre la panique, à ranimer la confiance, ils se prodiguent au service des pestiférés dans les hôpitaux et les infirmeries. Citons ici la belle déclaration d’un médecin d’Aix, nommé Aucane Emeric, au moment où il vient prendre la place d’un de ses confrères, Rouard, professeur à la Faculté de médecine, qui a succombé à la contagion dans une des infirmeries de la ville. Il écrit le 7 octobre 1720 : « Je me livre à servir les malades, sans attendre autre récompense que celle que le Seigneur voudra me donner, souhaitant qu'on me fournisse seulement ce qui me sera nécessaire pour mon entretien et les instruments pour travailler les remèdes. »

Mgr de Belzunce jette le cri de la foi et de l'amour chrétien, au milieu de cette inexpri-

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niable détresse que les secours ordinaires ne peuvent alléger. Ce cri devait s’étendre au loin, et il a retenti à travers les âges. Avant que Millevoye fît du grand évêque de Marseille le héros d’un de ses poèmes, le célèbre poète anglais Pope allait le célébrer dans des vers qui exprimèrent l’admiration des peuples étrangers.

A hy drew Marseilles’ good bishop purer breath, When nature sicken ’d, and each gale was death ?

La voix de Mgr de Belzunce est celle de Jonas prêchant la pénitence aux Ninivites, d un ministre du Très-Haut enseignant les éternelles vérités à l’orgueil humain écrasé sous le poids de sa misère.

« Malheur à vous et à nous, disait-il dans son mandement du 22 octobre, si tout ce que nous éprouvons n’est pas encore capable de nous faire rentrer en nous-mêmes..! Une quantité prodigieuse de familles entières sont

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