ET DE MARIE -MARGUERITE DE RIBBE
« Deux demoiselles nommées de Ribbe, natives du lieu de Rognes et de très-honnête famille, se présentèrent à la porte du séminaire et exposèrent le dessein qui les avait amenées.
«L’une était âgée de dix-neuf ans, l’autre de vingt à vingt et un. Toutes deux sœurs, elles avaient été inspirées du même désir, et en avaient fait en particulier ouverture à leur confesseur, qui leur conseilla de se communiquer et de s’ouvrir ensemble sur leur vocation. Elles s’étaient arrachées du
sein de leur famille, pour venir se sacrifier au service des malades.
« M. le vicaire général leur fit l’accueil que méritait leur vertu si héroïque, et d’abord elles furent à l’église pour faire leurs dévotions, se confesser et communier.
« Nous n’eûmes pas plus tôt appris cette nouvelle, mon compagnon et moi, que, brûlant du désir de voir des âmes si favorisées du ciel, nous fûmes les attendre au parloir du séminaire, où elles se rendirent après avoir satisfait à leur piété. Nous leur fîmes notre compliment, nous leur marquâmes la joie que nous ressentions de voir leur courage et leur foi, et elles nous répondirent en des termes qui marquaient que leur humilité était aussi profonde que leur vertu était éminente. Ensuite nous leur offrîmes à chacune une médaille de Saint-Benoît, en leur disant qu’elle pourrait les garantir de la peste. Mais, comme si notre proposition les eût étonnées, elles
nous répliquèrent en souriant : « Certes , mes Révérends Pères, si elles doivent nous préserver de la peste et nous garantir de la mort, nous n’en voulons point. La Providence disposera de nous ainsi qu’elle jugera à propos; nous voulons nous abandonner entièrement à elle. » On les envoya chez un honnête bourgeois, où on leur fit porter à dîner, et sur les deux ou trois heures après midi, sans autre délai, elles passèrent aux infirmeries. »
Tel est le début de la touchante histoire, sur laquelle va maintenant se concentrer notre intérêt. Deux jeunes filles, deux sœurs, étrangères à la ville et y accourant pour solliciter ce qui mettait les caractères les plus fortement trempés à une si rude épreuve, il y avait de quoi émouvoir ceux qui les voyaient pour la première fois. Cette émotion ne se traduit pas seulement sous la plume de Dom Sabathier. D’autres nous diront aussi combien ils la partagent. Dès lorSj commence autour des deux
demoiselles de Ribbe une manifestation continue de respect, d’admiration, d’universelle sollicitude. Prêtres, médecins, infirmiers, administrateurs de la cité s’occupent d’elles.
Elles sont venues de Rognes, commune de la viguerie de Lambesc \ que la foi de ses habitants devait préserver presque miraculeusement de la peste 2. Elles ont