‹ Deux chroniques de RouenChapitre 3 sur 11 · XVIJ · texte numérisé non relu

XVIJ

et les abbesses de Montivilliers pour des moines et des abbés (1). Tout cela montre bien (jue le compilateur était un homme peu lettré.

C'est cette raison qui nous a détourné d'attribuer cette chronique à l'archidiacre Jean Nagerel, comme nous avions été disposé d'abord à le faire, en raison des ressemblances qu'elle présente avec l'appendice, assez mal ordonné d'ailleurs, que le libraire Martin le Mesgissier a placé à la suite de ses Chroniques de Normandie, sous ce titre : « Description du pays et duché de Normandie, appellée anciennement Neustrie, de son origine et des limites d'ioeluy. Extraict de là Cronique de Normandie, non encore imprimée, faictepar feu 7naistre Jean Nagerel, Chanoine et Archidiacre de Nostre Dame de Rouen (2). Je croirais plus volontiers que Nagerel, ou même Martin le Mesgissier, s'autorisantdu nom de l'archidiacre, aurait tiré de notre chronique, ce qui convenait à son plan. Cet ecclésiastique était sans doute trop instruit pour commettre les bévues que nous avons signalées plus haut. Il est d'ailleurs à remarquer que Jean Nagerel mourut le 23 juin 1570, et que le Mesgissier termine sa publication par le discours que Henri III prononça à l'ouverture des Etats de Blois, le jeudi 6 octobre 1576. Si Nagerel n'est pas l'auteur de cette chronique, à

(1) Taillepied a reproduit, avec la plus confiante exactitude, la plupart de ces singulières erreurs.

(2) Martin le Mesgissier a donné quatre éditions des Chroniques de

Normandie et de la Description qui suit, en 1578, li)81, 1589 et

XVUJ

qui donc l'attribuer? c'est ce que nous avons cherché vainement, et nous préférons garder le silence que d'avancer des hypothèses qui ne pourraient être soutenues que par des arguments trop faibles.

Il a existé d'autres copies de cette chronique. Dans son Histoire de la Cathédi'ale de Rouen, Dom Ponimeraye rapporte (p. 89), eu propres termes, d'après un manuscrit appartenant, dit-il, à M. Halle, chanoine et archidiacre d'Eu, le passage relatif à un distributeur de livrets protestants qui s'enfuit de Rouen à Dieppe, fut arrêté dans cette ville et ramené à Rouen où il fut condamné à subir le supplice du feu. Le récit se termine par ces mots « ... et se nommoit ledit malfaiteur le ]rromis en la loy. » Ce passage ne se trouve pas dans le ms. P, incomplet de la fin; il existe dans le ms. L où on lit la mauvaise leçon le permis en la loy. Le manuscrit de M. Hallé n'était donc pas une copie du ras. L, en était-ce une du ms. P, alors plus complet? nous croirions volontiers que la mutilation de ce nis. est antérieure à l'époque où vivait dom Pommeraye.

La seconde chronique que nous publions dans ce volume et qui porte pour titre : Discours abbregé et Mémoires d'aidcunes choses advenues tant en Normandye que en France depuis le commencement de l'an 1559 et principalement en la ville de Rouen, ne nous est connue que par un seul manuscrit faisant partie du fonds français de la Bibliothèque nationale où il est inscrit sous la cote 5948. 11 a jadis appartenu à la

Bibliothèque Bigot et portait le n" 355 dans le catalogue des mss. réunis par plusieurs membres de la famille Bigot, que M. Léopold Delisle a réédité en 1877, pour la Société des Bibliophiles normands (1),

Le Discours abhrègè s'étend du folio 1 r^au f. 121 r" (les f. 18 et 19 sont transposés); du 122 v" au 126 r°, on trouve écrite d'une autre main sur deux colonnes, la Table du présent livre, contenant une liste incomplète des personnes mentionnées dans le Discours, les fo8 127 v° et 128 r° donnent une pièce de 26 vers décasyllabiques, sous laquelle on lit deux fois la signature Domergue . Voici cette pièce :

Aniy, voy tu, le Temps auquel nous sommes Et le grand trouble qui est entre les hommes, La cause est avarice trop grande.

Le curieux ce qu'il ne doibt demande.

L'hipochrile faict scavoir et entendre La vérité pour les simples surprandre.

L'apostat tend a rendre comme soy Ceulx qu"il congnoist varier en la foy L'amour de Dieu, qui souloit estre au cueur • Gisten la langue plaine de puanteur.

Irrison, blasphème et mocquerye, Au lieu de paix, engendrent pillerye.

La volupté recherche liberté; La chair enflée mescongnoit vérité.

Obbaisance tant commandée de Dieu Est fervoyée et regibe en tout lien .

L'ordre donné par les antiens pères

(1) Bibliolheca Bigotlana manuscripta. — Catalogue des manuscrits rassemblés au XVII' siècle par les Bigot, mis en vente au mois de juillet 1706, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale, publié et annoté par Léopold Delisle. Rouen, Henry Boissel 1877. — C'est un extrait du catalogue général publié en 1706.

Est subverty, et ceulx se tiennent frères Qui a mal faire tendent a leur pouvoir Pour la substance de leur prochain avoir. Le fresle sexe féminin tant s'omblye Que sur les liommes il use de maistrye. Sainct Paoul defleud aux femmes d'enseigner, Et on les veoit l'escriture exposer.

Justice dord qui y deust donner ordre.

Par quoy, aray, tout s'en va en désordre.

Ce Discours ou ces Mémoires ne sont (jne l'abrégé d'un ouvrage plus étendu, comme l'indiquent le titre et les et cœtera {etc.), qui terminent un certain nombre de paragraphes. Nous n'avons pas même dans ce ms. l'original de l'abrégé, mais une copie très défectueuse, non seulement parce qu'elle présente dans l'orthographe de singulières irrégularités, mais surtout parce qu'on y relève de mauvaises lectures, qu'on y trouve des blancs à la place de mots que le copiste n'a pu lire et des lacunes provenant de l'omission de mots ou de certains membres de phrase.

Tel qu'il est, ce manuscrit est précieux non seulement pour l'histoire particulière de Rouen, mais encore pour l'histoire générale, puisqu'il nous donne sur le siège de Rouen, qui fut un des événements les plus importants de la première guerre de religion, des détails autrement précis et circonstanciés que ceux qui sont fournis par les documents jusqu'à présent connus. Dans un article intitulé Siège de Rouen en 1562 (1),

(l) Revue de Rouen et de Normandie, IS*" année, avril 1850, p. 169-179. Ce n'était qu'un premier article se terminant par ces mots : « La suite à une prochaine livraison. » Cette suite n'a pas été donnée.

xxj

M. A. Chéruel indiquait en ces termes les sources où il avait puisé : « Une chronique locale imprimée par les soins de M. André Potier, V Histoire du président de Thou, les Mémoires de Michel de Castelnau, une Relation du siège de Rouen, due à un contemporain et publiée à Lyon dès 1563, la Correspondance de Perrot de Chantonnay, qui suitpresque jour par jour les progrès du siège, voilà les principaux documents qui, avec V Histoire du Parlement de Normandie, par M. Floquet, m'ont servi à compléter le récit des histoires générales. » Il est regrettable que M. Chéruel n'ait pas connu la relation bien plus riche en détails que notre manuscrit renferme.

A. Pottier en a, lui aussi, ignoré l'existence ; il ne la cite pas dans ses réflexions sur la, Relation des troubles du calvinisme à Rouen, qu'il a publiée dans sa Revue rétrospective (n° 7) (1). Il remarque que « les historiens de Rouen ne nous ont laissé que des renseignements assez vagues et assez peu détaillés ^r l'époque si dramatique des troubles du calvinisme à Rouen. »

A. Floquet a pourtant connu cette relation et s'en est servi dans son Histoire du Parlement de Normandie. Il lui fait de nombreux emprunts, parfois textuels, mais il se borne à indiquer la source où il puise par

(1) En voici le titre exact : Relation de ce qui s'est passé à Rouen pendant les troubles arrivés Van 1362, au sujet des calvinistes; dont le manuscrit a été communiqué par le sieur Pellehaistrc, bibliothécaire de la Cathédrale de Rouen. Cette relation se trouve dans le ms. Y 240, a-f* de la Bibliothèque de Rouen.

Page 1