SOMMAIRE
Fondation et agrandissement de Rouen, p. 6. — Suite des évêques et des archevêques de Rouen, passim. — La légende de Gautier d'Yvetot, p. 10. — Aubert, duc de Normandie, et Robert le Diable, p. 12. — Procès et condamnation de Prétextât, p. 12. — Hasting et Bier Coste-Ferrée, p. i5. ■— Long hiver, p. 16. — Arrivée de Rollon à Rouen, p. 16. — Siège de Chartres par RoUon, p. 17.
— Traité de Saint-Clair-sur-Epte, p. 17. — Guillaume Longue- Espée, duc de Normandie, p. 18. — Meurtre de Guillaume Longue-Espée, p. ig. — Richard 1er, duc de Normandie, prisonnier de Louis IV d'Outremer, p. 19. — Evasion de Richard 1er, p. 20. — Harald, roi de Danemark, vient au secours de Richard I", p. 21. — Défaite et captivité de Louis IV d'Outremer, p, 21. — Sa délivrance, p. 22. — L'abbaye de Fécamp, p. 22. — Richard 1er, et Gonnor, p.. 23. — Richard II et Richard III, ducs de Normandie, p. 23. — Fondation des abbayes de la Trinité du Montde-Rouen et de Saint-Amand, p. 24. — Robert, duc de Normandie, p. 24. — Son pèlerinage en Terre-Sainte, p. 24. — Fondation de l'abbaye du Bec, p. 25. — Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, p. 25.
Conquête de l'Angleterre par Guillaume, p. 26. — Liste des compagnons de Guillaume, p. 26. — Différend de l'archevêque Jean d'Avranches et des religieux de Saint-Ouen, p. 28. — Concile à Rouen, p. 28. — Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, p. 3o. — Robert battu et fait prisonnier par Henri Beau-Clerc, p. 3o.
— Henri Beau-Clerc, roi d'Angleterre et duc de Normandie, p.. 3o.
— Famine en Normandie, p. 3i. — Incendie à Rouen, p. 3i. —
Grands vents, p. '.U. — Incendie à Rouen, p. 3i. — Henri II et la fille de Louis VII, roi de France, p. 32. — Incendie à Rouen, p. 33. — Les Juifs chassés de France, p. 33. — Présent de Henri-le- Jeune à Philippe-Auguste, p. 34. — Mort et sépulture de Henri-Ie- Jeune, p. 34. — Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre et duc de Normandie, p. 35. — Destruction des logis des chanoines de Rouen, p. 35. — Différend de Richard, roi d'Angleterre, et de l'archevêque Gautier le Magnifique, à propos d'Andely, p. 35. — Un trésor au pays du Limousin, p. 36. — Mort de Richard Cœurde-Lion, p. 37. — Incendie à Rouen, p. 37. — Jean Sans-Peur, roi d'Angleterre et duc de Normandie, p. 38.
Conquête de la Normandie par Philippe-Auguste, p. 38. — Incendie à Rouen, p. Sg. — Philippe-Auguste construit un château à Rouen, p. 39. — Eclipse de soleil à Rouen, p. 39. — Pluie de sang à Andely, p. 3g. — Différend entre le chanoine Guillaume de Marleiz et le maire de Rouen, p. 40. — Incendie à Rouen, p. 40.
— Longue gelée, p. 41. — Hérétiques brûlés, p. 41. — Incendie à Rouen, p. 41. — Différend entre l'archevêque Robert Poulain et le chapitre de Notre-Dame, p. 41. — Rassemblements d'enfants et Jde vieillards, p. 42. — Incendie à Rouen, p. 43. — Translation du corps de saint Thomas, martyr, p. 43. — Institution des Dominicains et des Cordeliers, p. 43. — Hiver rigoureux et grand vent, p. 44. — Grande famine, p. 44. — Incendie à Rouen, p. 44. — Saint Louis fonde plusieurs églises et monastères, p. 44.
— Différend entre l'archevêque Thibaut et la royauté, p. 45. — Incendie à Rouen, p. 47. — Double élection d'abbesse à Montivilliers, p. 47. — Louis IX confisque le temporel de l'archevêque Maurice, p. 48. — Incendie à Rouen, p. 5o. — Richard des Monts délivré par le privilège de Saint-Romain, p. 5o. — Incendie à Rouen, p. 5i. — Un larron rendu à l'aumône de Jean de Fierville, p. 52. — Accord de Henri III, roi d'Angleterre, et de saint Louis au sujet de la Normandie, de l'Anjou, de la Touraine, du Maine et du Poitou, p. 52. — Meurtrier rendu au chapitre de Notre- Dame de Rouen, p. 53. — Peste, p. 54. — L'élection de Guillaume de Saane à l'archevêché annulée, p. 54. — Les clés de la fontaine de Notre-Dame rendues au chapitre, p. 55. — Abondance de grains, p. 55. — Crue de la Seine et grande gelée, p. 56. — Enquête sur les miracles de saint Louis, p. 57. — La cloche « la
Rigaut », p. 57. — Chute de la foudre à Notre-Dame devant le crucifix, p. 57. — Crue de la Seine, rupture du pont de Rouen, p. 57. — Cherté du blé, p. 57. — Expulsion des Juifs, p. 58,
— Procès des Templiers, p. 58. — Persécution des ladres, p. 60.
— Forte gelée et neige abondante, p. 60. — Les matines remises de minuit au matin, p. 61.
Réception de Jean, fils de Philippe de Valois, au duché de Normandie, p. 61. — David, roi d'Ecosse, au Château-Gaillard, p. 61.
— Funérailles d'Aymeri Guenant, archevêque de Rouen, p. 63. — Grande mortalité, p. 66. — Fondation du collège des Clémentins, p. 66. — Arrestation de Charles le Mauvais et supplice de ses partisans, p. 67. — Charles le Mauvais leur fait donner la sépulture, p. 70. — Fondation faite par le roi Charles V dans la cathédrale de Rouen, p. 71. — Le cœur de Charles V porté à Notre- Dame de Rouen, p. 74. — Fondation de la maison des Chartreux, p. 75. — Construction du Beffroi de Rouen, p. 76.
Descente de Henri V, roi d'Angleterre, au c'nef de Caux, p. 77. Emeute à Rouen, p. 78. — Siège de Rouen, p. 78. — Séjour de Henri V à Rouen, p. 79. — Henri V inhumé à Rouen, p. 80.
— Jeanne d'Arc au cimetière de Saint-Ouen, p. 81. — Supplice de Jeanne d'Arc, p. 83. — Entreprise de Ricarville, p. 84. — Forte gelée et cherté du blé, p, 85. — Bedford inhumé dans le chœur de Notre-Dame de Rouen, p. 85. — Pont-de-l'Arche, Verneuil et Rouen repris aux Anglais, p. 87. — Entrée de Charles VII dans Rouen, p. 93. — Bayeux et Cherbourg repris aux Anglais,
Philippe de la Rose et Richard Olivier se disputent l'archevêché de Rouen, p. 98. — Incendie du clocher de l'abbaye de Fécamp, p. 100. — Les Anglais reçus en Normandie, p. loo. — Louis XI donne à son frère Charles de France le duché de Normandie, p. 100.
— II le reprend, p. loi. — Les Bourguignons devant Rouen, p. toi. — Charlotte de France tuée par son mari Jacques deBrézé, p. 102. — Le camp de Pont-de-l'Arche, p. io3. — Grand hiver, p. io3. — Fondation dé l'archevêque Guillaume d'Estouteville, p. 104. — Le Puy de l'Immaculée-Conception, p. 104. — Construction de la Tour de Beurre, p. io5. — Le mystère de la Passion joué à Rouen, p. io5. — Le chevalier de Houlebec pendu, p. 109.
Le Parlement de Rouen tient sa première séance, p. 109. — Dons faits à Notre-Dame par Georges I«'' d'Amboise, p. 109, — Grand
jubilé, p. MO. — Fonte de la cloche Georges d'Amboise, p. iii.
— Entrée à Rouen de Georges d'Amboise en qualité de légat, p. 1 1 3 .
— Les Jacobins et les Cordcliers de Rouen remplacés, p, ii3.
— Chute de trois arches du pont de Rouen, p. 114. — Don de Georges d'Amboise à Notre-Dame de Rouen, p. 114. — Le chanoine Jean Masselin donne à Notre-Dame une table d'autel d'argent doré, p, 114. — Construction de l'église Saint-Nicolas de Rouen, p. 1 15. — Grandes eaux, p. 1 15. — Le Parlement transféré au palais du Marché-Neuf, p. 11 5. — Hiver doux, p. 11 5. — Construction de l'église du prieuré de la Madeleine, p. 116. — Entrée de Louis XII et de la reine Anne à Rouen, p. n6. — Les Petits- Changes abattus, p. 116. — Construction de l'église de Saint- Denis de Rouen, p. 116. — Construction du portail Saint-Romain de Notre-Dame, p. 116. — Alerte causée par la fausse nouvelle d'un débarquement anglais, p. 117. — Les marqueurs de maisons en temps de peste, p. 118. — Grand hiver et forte gelée, p. 118. — Incendie de l'aiguille de Notre-Dame de Rouen, p. 119, — Construction d'un beffroi de bois, p. I2i. — Cloches nouvelles, p. 121.
— Grands vents et grandes pluies, p. 122. — Le Puy de l'Immaculée- Conception transféré de l'église Saint-Jean au couvent des Carmes, p. 122. — Chapitre général des Cordeliersde l'Observance, p. 122.
Entrée du duc d'Alençon à Rouen, p. 122. — Entrée à Rouen de François le"" et de la reine, p. i23. — Processions générales, p. i23.
— Grands ravages produits parle vent, p. i23. — Cherté du blé, disette à Rouen, p. 124. — Abondance de grains, p. 120 . — Peste à Rouen, p. i25. — Tremblement de terre à Rouen, p. 126.
— Pendaison d'aventuriers pillards, p. 126. — Le tombeau des cardinaux d'Amboise, p. 126. — Suicide du chanoine Jacques Le Conte, p, 127. — Cherté du blé, p. 127. — Montres générales, p. 128. — La guerre au lait, p. i3o. — Le boullevert de la porte Cauchoise, p. i3i. — Le chœur de Ntre-Dame clos de cuivre, p. i3i. — Les allées du cimetière de Saint-Maclou de Rouen, p. i3i. — Entrée de Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie, p . 1 3 1 . — Construction de la voûte de la Grosse-Horloge, p. i3i. — Pierre Bar, hérétique, brûlé, p, i32. — Le Puy de l'Immaculée-Conception de Caen, p. i33. — Le Corpus Domini de Saint-Michel volé, p. i33, — Cherté du blé; distribution de pain par Georges II d'Amboise, p. i33. — Les jeux de Sotteville, p. 134. — Fontaines établies à Rouen, p. 134.
Funérailles de Louis de Brézé, p. 134. — Entrée à Rouen du chancelier Antoine Du Prat, p. 144. — Entrée du dauphin et delà reine Aliénor à Rouen, p. 145. — Entrée du dauphin, du roi et du chancelier du Prat à Caen, p. 146. — Grand jubilé, p. 146. — Incendie à l'Hôtel -de- Ville de Rouen, p. 146. — Le curé de Condé près Alençon, dégradé et brûlé comme luthérien, p. 147. — Pendaison d'un distributeur délivres luthériens, p. 147. — Procession générale à Rouen, p. 148. — Un enfondreur de maisons roué à Rouen, p. i53. — Jubilé, p. 154. — Montres à Rouen, en présence du roi, de la reine et du dauphin, p. 154. — Jubilé, p, i55.
— Entrée à Rouen de Jacques, roi d'Ecosse, et de sa femme Madeleine de France, p. i56, — Clôture et pavage du parvis de Notre- Dame, p. 157. — Procession à Rouen, p, 157. — Passage à Rouen de Marie de Guise, p. i58. — Feux de joie pour le traité de paix de i538, p. i58. — Construction de la halle pour la laine et les draps, p. i58. — Démolition de la fausse porte des Carmes et de la fausse porte de Saint-Ouen, p. i58. — Chapitre provincial des Carmes de Rouen, p. i5q. — Séjour du roi et de la reine à Rouen, p. i5g.
— Réforme du Parlement de Rouen, p. iSy. — Les frairies des artisans de Rouen supprimées, p. 160. — Le chœur et la chapelle de la Vierge de Notre-Dame couverte en plomb, p. 161.
— Construction d'une halle pour les drapiers de tailleurs, p. 161.
— Le conseiller Antoine le Marchant dégradé, p. 161. — Procession générale à Rouen, p. 162, — Construction d'une aiguille de bois au parmy de Notre-Dame, p. 167. — Incendie au château de Rouen, p. 168. — Pillage de blé sur les quais de Rouen, p. 168.
— Débordement de la mer, p. 169. — La chapelle de la Vieutour, p. 169. — Chapitre provincial des Cordeliers de Rouen, p. 169.
— Accident à Saint-Vivien de Rouen, p, 170. — Création de la Chambre des Requêtes au Parlement de Rouen, p. 170. — La Chambre des Comptes de Rouen érigée en offices, p. 170. — Suppression de la Chambre des Comptes, p. 171. — Achèvement de l'aiguille de Notre-Dame, p. 172. — Impôts mis sur la ville pour le remboursement des offices de la Cour des Comptes, p. 172.
Rouen fut fondé par Magus", filz aisné de Saturne Samothès surnommé Dis, .iij". ans après le déluge, huit ans après la nativité du patriache Abrahan et devant l'incarnation de nostre seigneur Jhesuschrist .ij°' xvij. ans.
Magus en langue scithicque signifie edifficateur, en langue de Perse, saige et philosophe. Magus, comme mect frère Jehan Annius de Viterbe % expositeur de Berosus, signifioit en la première langue gallique palaix ou ediffice ou bourg, comme en Acquitaine Noviomagus, en la province lionnoise Neomagus, en la Gaulle belgique Rothomagus et plusieurs aultres.
I On s'est plu, au moyen âge, à faire remonter l'origine des peuples à des personnages appartenant à une haute antiquité, ou le plus souvent légendaires. C'est ainsi qu'on a fait descendre les Gaulois de Samothès, fils de Japhet, les Francs, de Francus (d'où la Franciade de Ronsard), les Bretons, de Brutus, les Danois, de Danaùs, etc. Y a-t-il lieu, dès lors, de s'étonner que la complaisante imagination de nos pères ait attribué la fondation de Rouen à un Magus, fils de Samothès, dont ils voulaient voir le nom dans les deux dernières syllabes de Rotomagus ? — Ms. L. Magus, fil^ de Samothès.
3 Le dominicain Jean de Viterbe, dont le véritable nom était Jean Nanni (en latin Annius), né vers 1432, mort à Rome, le t'i novembre i5o2, a publié dans ses dix-sept livres d'antiquités un certain nombre d'ouvrages attribués à des auteurs anciens, parmi lesquels Bérose, prêtre du temple de Bélus et contemporain d'Alexandre-le-Grand, dont la seule œuvre authentique est une histoire des Chaldéens en trois livres, que l'on ne connaît que par quelques fragments. La critique a établi, du vivant même de Jean de Viterbe, que toutes ces oeuvres d'auteurs anciens, publiées par lui, sont apocryphes.
Rouen en sa première assiete n'estoit pas fort grand, car la rivière de Seine passoit ou est a présent la rue de la Magdalene, et Sainct Martin estoit en une ylle. La closture venoit la ou est la Grosse Orloge et estoit une des portes de la ville, puis venoit a la Poterne et par la rue de rOsmone jusques au pont de Robec; et, au près de la ou sont les Carmes a présent, avoit une porte qui se nommoit la porte de Grand Pont. Et venoit la rivière de Robec par les fossez de la ville par devant la porte de Grand Pont tumber en Seine par la ou est la rue de Machacre. Et Sainct Jehan et Sainct Martin sur Renelle estoient ditz des prez. Et la boucherie du Vieil Marché estoit la boucherie des bouchers forains comme Clere, Malaunay, Pavylly, Ducler et les autres; et encoire de présent se nomment bouchers forains.
Au temps du roy Dagobert ' fut lad. ville crue jusques a la porte Cauchoise venant a la porte Bouvereul, a la boucherie Beauvoisine par Pinchedoz encloz le monastère Sainct Pierre Set Paoul a présent dit Sainct Ouen, venant par la rue PEspée par dessus le Risel jusques aux chambres de Aubete. Et avoit une porte a la boucherie Beauvoisine, une a la rue Sainct Vivian, et oultre la porte avait une croix de pierre aux champs dicte vulgairement la Croix de Pierre, et au bas du Ruysel avoit une porte nommée la porte du pont Lefray^, et oultre [l]a porte
' On ne s'étonnera pas que le copiste du ms. L. ait écrit en marge de ce paragraphe : « Gela n'est pas vray. » Il faut descendre de quatre siècles pour trouver Rouen dans l'état que l'auteur décrit. Dans le paragraphe précédent, le ms. L ne contient pas ces mots : «... par la ou est la rue de Machacre », qui constituent une grave erreur. — Il faudrait d'ailleurs toute une dissertation pour rectifier et préciser ce que l'auteur avance. Ce n'est pas ici le lieu de le faire.
2 Le Ruissel et le pont Honfroy, rue Martainville.
avoit ung petit pont pour passer led. Ruysel, nommé le Pontchel.
Et du temps du roy sainct Lois fut crue jusques la ou elle esta présent.
L'an .iHj"" .xvj.', fut faict sainct Nigaisearchevesque de Rouen *.
L'an .iij" .vj., sainct Mellon fut archevesque de Rouen.
L'an .iij" .xij., fut célébré le premier concilie gênerai en la ville de Nicene ; auquel fut establi Avicene archevesque de Rouen du temps de sainct Silvestreî.
L'an .iij" .xxv., fut archevesque de Rouen Sever.
L'an .iij" .xlj., fut archevesque de Rouen Eusebe4.
' Sur la nomenclature et la chronologie des évêques ou archevêques de Rouen dans ces temps reculés, notre chronique renferme bien des inexactitudes. Consulter les Elenchi Episcoporum Rotomagensium publiés en 1889 par M. l'abbé Sauvage dans le t. Vlll des Analecta Bollandiana.
2 Saint Nicaise fut-il le premier évêque de Rpuen ? 11 y a 'longtemps qu'on a émis des doutes sur ce point. M. l'abbé Sauvage a présenté les arguments donnés pour et contre dans ses Actes de saint Mellon, premier évêque de Rouen; Rouen, 1884, petit in-40, p. 24-41. — Le Chronicon Rotomagense ne donne pas de date pour s;int Nicaise ; il se borne à dire : « 3o6, S. Mellonus, Rotomagensis archiepiscopus secundus, quia Sanctus Nigasius fuerat ante. »
? Le Chron. Rot. dit : p. 3Ô4 : « 314. Celebratur concilium Arelatense primum, in quo fuit Avicianus, Rotomagensis archiepiscopus tertius. » Quant au concile de Nicée, il eut lieu en 325.
4 Notons ici et plus loin, dans \cChron. Rot., quelques dift'érences pour les dates et les noms : 342, Euscbius; 365, Marcellinus ; 434,
L'an .iij" .Ixvj., Marcellinus fut archevesque de Rouen. L'an .iij" .iiij'"' .vj., Pierre fut archevesque de Rouen.
L'an .iiij"., estoit pape Innocent qui voulut que onjeunast au samedi pour ce que c'est le Jour que Nostre Seigneur estoit mort au sépulcre, et de faict il envoia une espitre a sainct Victrice, archevesque de Rouen, lorsque led. sainct estoit archevesque, et si ordonna a bailler la paix a la messe.
L'an ,iii)« .v., fut faict sainct Victrice archevesque de Rouen.
L'an .iiij" .xvij., fut sainct Innocent archevesque de Rouen.
Ce mesme an [426], fut archevesque de Rouen sainct Evod.
L'an .iiij" .xxx., fut archevesque de Rouen Silvestre.
Ce mesme an [442], fut faict archevesque de Rouen Malsonus.
L'an ,iiij'=*= .Ij., fut faict Germain archevesque de Rouen.
L'an .iiij" .lix., Crescentinus fut faict archevesque de Rouen.
Silvester ; 459, Crescentius ; 594, Hildulphus ; 634 (Rescribe 646, S. Romanus obiit, et S. Audoënus ordinatus est ; 680, S. Audoënus migravit ad Dominum, cui succedit sanctus Ansbertus arch. ; 719, Rainlandus Rot. Arch. ; 754, Remigius ; 828, Ragoardus ; 838, Guinildidus ; 866, obiit Wanilo Arch. et successit Adalardus; 919, Gunhardus. — Saint Godard et Flavius, qui vinrent après Crescentius ont été omis parnotre chroniqueur. D'autre part, le Chron. Rot. ne parle pas de Riculphus, de Jean ni de Vico.
L'an .V",, iceluy Clovis fonda le monastère de Sainct Pierre Sainct Paol dit a présent Sainct Ouen '.
L'an .v^.xxxiij., le roy de France avoit en sa maison ung chevalier du pais de Caux en Normandie, nommé Gautier d'Yvetot, lequel estoit son chambellan, vaillant et hardy en armes, et l'aymoit moult le roy pour sa preudhommie. Toutesfois aucuns par envye et par faulx rapportz le meirent en l'indignation du roy tellement qu'il jura sa mort. Parquoy led. Gaultier congnoissant la fureur dud. roy se absenta et s'en alla par mer hors du royaulme ou il fut dix ans ou environ, pendant lequel temps il feist moult grandz guerres aux Sarrazins sur mer et sur terre et sur eulx eut plusieurs victoires. Après il s'en veint a Romme ou le pape le receut a grand honneur pour la bonne renommée que il avoit ouye de luy. Et pour ce que led. Gaultier desiroit naturellement retourner au pais de sa nation, le pape escripvit au roy de France comme il avoit esté exillé par faulx rapport, et, considéré la fidélité et preudhommie qui estoit en luy et les services qu'il avoit faictz en la chrestienté. que il le voulsist rappeler a sa grâce et le souffrir demeurer en son
I C'est à sainte Clotilde et à son fils Clotaire, roi de Neustrie qu'on attribue l'établissement, en 533, d'une nouvelle abbaye, en place d'un premier monastère qui avait été ruiné, laquelle, avant de recevoir le nom d'abbaye de Saint-Ouen, porta successivement les noms d'église des Saints Apôtres, puis de Saint-Pierre, puis de Saint- Pierre et de Saint-Paul. — Au moment de partir pour son expédition contre les Wisigoths, en 307, Clovis avait fait vœu de bâtir près de Paris, sur le mont Lucotitius, qui fut plus tard la montagne Sainte-Geneviève, une basflique sous le vocable de Saint-Pierre et de Saint-Paul. De Ki la confusion faite par notre compilateur.
roiaulme. Led. Gaultier apporta lesd. lettres au roy lequel estoit a Sossons ou il arriva le vendredi sainct. Le roy estant a sa chapelle, oyaiit le service et voullant adorer la croix, Gaultier entra a lad . chapelle et présenta au roy les lectres du pape. Le roy print les lectres et les leut, et après que il les eut leues, il frappa led. Gaultier a mort. Et ce venu a la congnoissancedu pape et des cardinaulx, ilz mandèrent au roy qu^il amendast le forfaict envers Dieu, Teglize et les hoirs dud. Gaultier, ou ilz excommuniroient et maudiroient son roiaulme ; par quoy led . roy, par la délibération de son conseil, statua et ordonna que, deslors en avant, les seigneurs d'Yvetot et leurs hoirs seroient quites de hommaige et service et tiendroient leurs terres comme roiaulme. Et de ce furent par led . roy passées lectres ' .
L'an. V". xxxiiij., sainct Prétexte fut faict archevesque
' A notre connaissance, aucun écrit ne fait mention de cette légende avant le xve siècle. Une enquête fut ouverte, en 1462, pour rechercher quelles avaient été, au temps passé, les franchises et les libertés de la terre d'Yvetot. Trente-sept témoins y déposèrent. « Beaucoup d'entre eux mentionnèrent « un certain exceps » commis par un roi de France sur un seigneur d'Yvetot, du nom de Gautier, disant que c'était en réparation de cet excès que la terre avoit été affranchie et libérée de tout hommage envers « un souverain étranger ». Us ajoutèrent qu'on le croyait dans le pays depuis un temps immémorial. » M. L.-A. Beaucousin, Hist. de la ^principauté d'Yvetot, ses rois, ses seigneurs, p. 97. L'enquête de 1462 a été publiée aux pièces justificatives, p. 297-312. Il paraît que la légende était également rappelée dans une enquête faite le 3 février 142g, dont le procès-verbal n'existe plus aujourd'hui. C'est sans doute d'après ces documents qu'elle a été rapportée par Nicole Gilles dans ses Chroniques de France et par Robert Gaguin dans son Compendium de Francorum gestis.
L'an .v« .Ixviij., Aubert, duc de Normandie, et sa femme^de, seur du duc de Bourgongne, eurent ung filz, lequel pour la turpitude de sa vie fust dit Robert le Deable. Mais finablement, retournant a foy, vesquit en bonnes meurs et obtint grâce de saincteté '.
L'an .V" .lxxviij.,le roy Chilperic tint ung concile a Paris en Teglize S* Pierre, qui ores est appellée S»® Geneviefve, de tous les prelatz de son ro[i]aulme pour dégrader et condempner Prétexte, archevesque de Rouen. La cause estoit que on luy imposait qu'il avoit donné argent pour occire le roy en trahison, comme plusieurs faulx tesmoingz le tesmoignerent, et qu'il soustenoit Merovée, filz dudit roy, lesquelles choses led. archevesque desnya totallement. Et n'y avoit en toute la compaignie des prelatz homme qui osast parler sinon Grégoire, archevesque de Tours, qui vertueusement se porta, et en remonstrant aux assistens prelatztomme on se debvoit virilement porter pour vérité et justice, et que pour crainte humaine, fust prince ou autre, on ne debvoit riens faire contre les commandementz de Dieu ne les ordonnances de saincte eglize, et par ainsi on ne debvoit pour les paroUes du roy faire tort a nully. La quelle délibération fut raportée au roy par les prelatz flateurs. Ces parolles ouyes, le roy fut tresmal content et feist venir devant luy led. Grégoire, et adoncq estoit en ung jardin avecq le roy Bertrand, archevesque de Bordeaux, et Raymond, evesque de Paris, en la présence desquelz le roy dit aud. archevesque Grégoire : « Toy qui entre autres te faictz et reputes homme de
I Le compilateur a tiré cette légende des Chroniques de Normati' die; on ne l'y trouve pas dans les plus anciennes rédactions, mais seulement dans les mss. appartenant au xv* siècle et dans les impressions faites d'après eux.
bien et droicturier, pour quoy me es tu si contraire ? Pour quelle cause te consentis tu ainsi facillement avec les mauvais ? » Lors luy respondit le sainct homme : « O Roy, si je délaisse la voie de justice et de loiaulté, qui esse qui me reprendra sinon le juge qui void tout? Si nous te admonnestons que tu faces justice et tu ne la faictz, tu en seras plus griefvement pugny et nous justifiez. » Par ainsi les grandes menaces et opprobes se départirent; puis le matin veint en l'hostel dud. archevesque Grégoire messagez qui lui apportèrent deux mille livres d'argent, priant qu'il seconsentist a la condempnation de Prétexte, et que les autres se estoient consentis et accordez. Lesquelz dons led. sainct homme refusa disant que pour nul avoir ne se consentiroit de faire contre les sainctz canons de Peglize. Laquelle responce au roy raportée, il veint de rechef au concilie et dit qu'il avoit trouvé aux sainctz decretz que ung evesque reprins de larcin et conspirant contre la roialle majesté deservoit estre dégradé, et que tel estoit led. Prétexte, et qu'il avoit eu quatre mil trancz en deux aornementz et deux mil deniers d^or en ung sac qu'il avoit tout a soy attribué; desquelles choses imposées par le roy se purgea led. Prétexte moult honnestement tant que le roy se partit confuz. Par quoy finablement appella aucuns flateurs et leur deist : a Je congnois que je suis vaincu par cestuy archevesque, mais voicy que vous ferez. Vous yrez a luy et luy conseillerez qu'il vienne nous demander pardon en confessant le cas et que nous luy pardonnerons. » Ce que ilz feirent. Et pour ce lendemain se meist a genoulx devant le roy en disant : « Sire, aiez mercy de moy pour l'homicide que j'ay cuidé faire, affin que ton fils qui estoit mon filleul et filz spirituel regnast. » Quand le roy eust ce entendu, il requist tout le conseil qu'il fust excommunié perpétuellement;
mais les prelatz ne voulurent ce faire, mesme le vaillant Grégoire, archevesque de Tours. Non obstantce, le roy feit mettre en prison led. Prétexte, et puis fut envoie en exil en une isle de mer que on dit Tisle de Gerzé qui est dessoubz la cité de Coustance au bas pais de Neustrie a présent dit Normendie '.
L'an .V" .iiij'"' .ij., Melantius fut faict archevesque de Rouen après la mort de Prétexte.
L'an .V" .iiij"" .viij., fut né sainct Ouen.
L'an .v" àii)"" .xiii)., Hidulphus fut archevesque de Rouen.
L'an .vj" .xxiij., fut faict sainct Romain archevesque de Rouen.
L'an .vj" .xxxiiij., trespassa sainct Romain et fut esleu en son lieu sainct Ouen.
L'an .vjcc .xxxv., fui faict archevesque de Rouen sainct Ouen.
L'an ,vj" .Iv., vivoit sainct Philebert. L'an .vj" .Ivij., vivoit sainct WandriJle. L'an .vj" .Ixxvij., mourut sainct Ouen et fut esleu en son lieu sainct Ansbert.
L'an .vj" .iii)"" .xv., mourut sainct Ansbert et fut Grippo esleu en son lieu.
L'an, vij", ix., Aubert, evesque d'Avrenches, ediffia le
' V., sur le procès et la condamnation de l'évèque Prétextât, Grégoire de Tours, Historia Francorum, I. V, ch. xix.
monastère de Sainct Michel au coupeau de une haulte montaigne sur ung rocher près led. Avrenches.
L'an .vij" ,xix., fut archevesque de Rouen Ramlandus, autrement dit Badilanus.
L'an .vij" .xxij., fut archevesque de Rouen sainct Huges.
L^an -vijcc .xxx.. mourut sainct Hugues et fut esleu en son lieu Robert.
L'an .vij" .xxxix., Ragenfridus fut faict archevesque de Rouen.
L''an .vij" .Iv., fut esleu archevesque de Rouen Remy.
L'an .vij" .Ixxij., fut esleu archevesque de Rouen Meinardus,
L'an .vi)« .iiij'"'., fut esleu archevesque de Rouen Guillebert.
L'an .viij" .xxviij., Regnouard fut archevesque de Rouen,
L'an .viijcc .xxxviij., Gonboldus fut archevesque de Rouen.
L'an .viij':': .xlij., fut translaté sainct Ouen.
L'an .viij" .xlix., fut archevesque de Rouen Paoul.
L'an .viijcc .Ij.^ les Danois que on nommoit Normans, conduictz par le duc Hastend et Hier' Coste Ferrée qui n'estoient pas chrestiens, entrèrent au roiaulme de France par Vermandois et le grevèrent moult et veindrentjusques a la bouche de Seine tout gastant et destruisant. Hz destruirentla belle abbaiede Jumieges anciennement fondée
I Faute du copiste ; il faut lire Bief, comme on le trouve dans les Chroniques de Normandie.
lé
de neuf cens moynes par la reyne sainte Batilde du temps du roi Clovis a Tinstance de sainct Philebert. Après destruisirent Rouen et jusquesa Paris et feirent grandz excès au roiaulme de France '.
L'an .viij" .Iv., Guillaume fut archevesque de Rouen.
L'an .viijcc .lix., ne cessa de geler depuis le .xv^. jour de novembre Jusques au .v^. jour d'apvril.
L'an .viij" .Ixvj.. mourut Guillaume, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Adilardus.
Ce mesme an, Rou arriva a Rouen et par force fut duc de Normendie qui par devant estoit appeilée Neustrie.
L'an .viij'-'c .Ixix., mourut Adilardus et fut esleu Riculphus.
L'an .viii«.lxxij., mourut R[i]culphus, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Jehan.
L'an .viii" .Ixxiiij., mourut Jehan, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Vico.
L'an .viii'^'^ .Ixxv, mourut Vico, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Franques.
L'an .ixcc .j., Rou vint descendre en la rivière de Seine et alla contre mont jusquesa Jumieges ou il trouva que l'abbaie avoitesté destruicte par Hastend. Et monta led. Rou jusques a Rouen et lui veint à l'encontre Franques, archevesque dud. lieu, lequel, voiant qu'il n'avoit nul secours du roy de France, offrit aud. Rou l'obéissance de la ville parce que il les tiendroit en justice selon lafoy de Jesuchrist.
I Disons, une fois pour toutes, que ce que le compilateur rapporte de Rou et des ducs de Normandie, ses successeurs, jusques et y compris Jean-sans-Terre, est tiré des Chroniques de Normandie.
L'an. ix<:c. vj., furent faictes trêves par le moien de Franques, archevesque de Rouen, entre Rou et Charles le Simple, roy de France.
L'an. ixcc. x., led. Rou alla assiéger la cité de Chartres, et la deffendit assez bien le conte Tibault de Chartres; mais a la fin ne sçavoient plus que faire, quand l'evesque dud, Chartres nommé Gosseaume porta, a rencontre de eux qui estoient paiens, la chemise de la vierge Marie que le roy Charles le Chaulve avoit apportée de Constantinoble' , dont ilz [furent] si efifraiez que Rou et ses gens s'en fuirent; et y en eut grand nombre de defFunctz à la poursuite.
L'an. ix<:'=. xij., Charles le Simple, roy de France, avec les barons de son roiaulme, et led. Rou assemblèrent sur la rivière de Epte et feirent appointement ensemble, par lequel led. roy laissa aud. Rou tout le pais de Neustrie depuis lad. rivière d'Epte jusques en Bretaigne par ce qu'il seroit chrestien et luy en feroit hommaige et prendroit a femme Gillon, fille d'icelluy roy. Et incontinent led, Rou fut baptizé par Franques, lors archevesque de Rouen, et fut nommé sur fons Robert par Robert, duc de France, et feit hommaige aud. roy, etespouza lad. Gillon, laquelle ne vesquit gueres. Et puis il espouza Pompée % fille du conte de Bessin et de Beauvais, laquelle il avoit eue a femme quand il estoit sarazin, et avoit eu de elle ung filz qui estoit nommé Guilaume Longue Espée. Et deslors tout led. pais de Neustrie print le nom de Nor-
1 Charles-le-Chauve n'a pu rapporter de Gonstantinople la chemise de la vierge Marie, par cette raison qu'il n'y est jamais allé.
2 Les divers mss. des Chroniques de Normandie donnent au nom de la fille de Bérenger, comte de Bayeux et du Bessin, les formes différentes de Pope, Pouppe et Pompée.
mandie a cause desd. Danois qui estoieni nommez Normantz.
L'an. ix==. xiij., Charles le Simple, roy de France, voulut donner au duc Rou Thommaige du pais de Flandres, ce qu'il reffusa pour avoir la souveraineté de Bretaigne. Et adonc AUain et Berenger, qui estoient seigneurs d'icelluy pais de Bretaigne, en feirent hommaige aud. Rou.
L'an. ix". xiiij., Gillon, fille du roy de France et duchesse de Normendie, trespassa sans enfans, et adoncq led. duc Rou espouza Pompée, fille de Berenger, conte de Bessin et de Beauvais, laquelle il avoit eue a femme quand il estoit paien et en avoit un ung filz nommé Guillaume, surnommé Longue Espée, qui fut duc après led. Rou.
L'an. ix". xv., fut aporté sainct Ouen de France en Normendie.
L'an. ix". xvij., trespassa Rou, premier duc de Normendie, et fut duc après luy son filz Guillaume Longue Espée; et fut enterré [dans la chapelle] Sainct Romain près la chapelle Saint Fiacre, devant la chapelle Saincte Anne, a la main dextre de l'eglize.
L'an. ix". xix., trespassa Franques, archevesque de Rouen, et fut esleu Gombardus.
L'an. ix". xxxiiij., fut faicte une bataille par Rioul, conte de Costentin, contre Guillaume Longue Espée. Et est le lieu ou fut faict led. conflit nommé le Pré de la Bataille, et est hors la porte Cauchoise près la rivière de Seine. Et avoit led. conte bien trois mille hommes et le duc n'en avoit pas trois cents; mais a l'aide de Dieu led. duc eut la victoire.
L'an. ix". xlij., Hugues fut archevesque de Rouen, lequel estoit moyne en habit et non en œuvres.
Ce mesme an fut tué Guillaume Longue Espée par Baucen, nepveude Rioul, conte de Costentin, par le commandement de Arnoul, conte de Flandres, et fut tué à Picquigny ou led. duc estoit allé pour parler aud. Arnoul, et fut son corps apporté enterrer a Nostre Dame de Rouen, fut mys a la senesire part de son père', a la chappelle Sainte Anne. Et fut trouvée une clef pendue en son braier, laquelle estoit d'ung petit coffret qui estoit au près de son lict, et dedans ne avoit que une haire, une corde et tout rhabit d^un moyne, car tel estoit son trésor. Son fiiz Richard, surnommé Sans Peur, fut faict duc, combien que il fut jeune, mais il fut baillé a gouverner a Bernard le Danois.
L'an. ix". xliij., le roi Lois de France veint a Rouen la ou il receut Richard, filz du duc Guillaume, en foy et hommaige de la duché de Normendie. Et, pource que led. Richard estoit fort jeune, led. roy le mena a Laon pour estre nourri et endoctriné avecques ses enfantz, en prometant de luy garder son droict vers et contre tous et de venger la mort de son père. Et demoura pour gouverner le pais de Normendie ung nommé Bernard le Danois qui estoit vaillant homme et qui avoit tousjours servy le duc Guillaume.
L'an. ix". xlv., pour ce que ung chevalier de Normendie nommé Osmont Cent Villes, lequel avoit a Laon la garde dud. duc Richard, veit que le roy ne tenoit plus si bon visaige aud. Richard qu'il avoit acoustumé, eut doubte que le roy ne luy voulsist faire quelque mauvais
I Ce passage a besoin d'explication. Rollon fut enterré dans la chapelle de Saint-Romain, au collatéral droit de Notre-Dame, et Guillaume, son fils, dans la chapelle Sainte-Anne, au collatéral gauche; c'est donc ainsi qu'il « fut mys à la senestre part de son père. »
tour. Par quoy eurent conseil ensemble que le duc- Richard feroit le malade affin que on n'eust pas si grand guet sur luy. Et quand il veit son poinct, il coucha icelluy Richard dedens ung fardeau dUierbe qu'il emporta hors la ville, ou il trouva chevaulx prestz. Et incontinent fut mené devers son oncle le conte de Senlis a Coucy, lequel en fut bien joieux et le mena a Senlis ou il le garda songneusement. Et alladever[s] H ue le Grand, conte de Paris, luy prier qu'il aidast a sond. nepveu, ce qu'il luy promist faire, au moins qu'il ne seroit point contre luy. Après que le roy Lois sceut que le duc Richard luy estoit eschappé, fut moult desplaisant et manda Arnoult, le conte de Flandres, venir devers luy, et conclurent ensemble que le roy offriroit a Hue le Grand, conte de Paris, qui avoit espouzé la sœur de la reyne, les contez de Baieulx, Evreulx et autres pais oultre la rivière de Seine et qu'il luy aidast a conquester le reste de Normendie; ce que led. Hue par convoitise luy accorda, et fut conclud que le roy yroit assiéger Rouen, et led. Hue, Bayeulx.
L'an. ix". xlvj., le roy de France veint devant Rouen pour l'assiéger. Et adoncq Bernard le Danois, gouverneur dud. pais, considérant que par le siège le pais seroit destruit et aussi que les alliances du roy et dud. Hue le Grand estoient facilles a rompre, délibéra par cautelle laisser entrer paisiblement le roy dedens Rouen ; et, après que le roy eut prins possession de lad. ville, led. Bernard luy remonsira que il se esbahissoit que ilvouloit donner a icelluy Hue le Grand si grande partie de Normendie, et qu'il vailloit mieulx qu'il le gardast pour luy; par quoy led. Hue se retira en France et eut desplaisir contre le roy qu'il luy avoit failly de convenant. Cependant led. Bernard le Danois envoia secrètement vers Heroult de Dannemarche, qui estoit cousm du duc Richard affin qu'il
lui plust secourir hastivement son cousin que le roy de France voulloit -déshériter.
L'an. ix". xlvij., HeroultdeDannemarche' a tout bien .xxij. nefz descendit a Chierbourg et Bernard le Danois le sceut. Il le manda hastifvement au roy Lois qui estoit a Laon, lequel au plus tost qu'il peust, avec tant de gens qu'il peult finer,veintà Rouen, et s'en partitavecled. Bernard pour aller contre icelluy Heroult. Et quand ilz furent près, par l'industrie, Heroult somma le roy de France de faire raison a Richard son cousin; et ainsi que les déléguez parloient ensemble, ung chevalier danois congnut que Helouyn, seigneur de Monstereul, auquel le duc Guillaume avoit faict rendre son chasteau, estoit contre Richard, filz du duc Guillaume, par quoy en reprochant aud. Helouyn sa lâcheté, le frappa d'une hache et le tua. A l'occasion de quoy commença la bataille aspre et dure ou furent les François desconfitz. Et comme le roy Lois se cuidoit sauver, il fut prins et le feit Bernard le Danois mener a Rouen, par quoy la reine de France envoia vers son père le roy Henry d' Allemaigne % affin qu'il lui veint aider. Mais il respondit aux messagiers que le roy Lois n^avoit tenu foy ne promesse qu'il eut faicte au duc Guillaume de Normendie, père dudit Richard qui tant luy avoit faict de service, par quoy il
I Harald, surnommé Blaatand (à la dent bleuc)^ fut roi de Danemark de g34 à gSS.
î Le roi de Germanie, Henri l<"" l'Oiseleur, était mort à cette époque. C'est à son frère Othon 1er que Gerberge demanda « qu'il lui veint aider. » Voir d'ailleurs sur l'histoire des trois premiers ducs de Normandie l'introduction et les notes de M. J. Lair dans l'excellente édition qu'il a donnée en i865 de la Chronique de Dudon de Saint- Quentin {Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXIIl, 2R partie).
luy estoit mal prins ei n'estoit point délibéré de s^en empescher. Et lad. reine alla devant Hue le Grand luy prier qu'il luy voulsist aider, ce qu'il luy promist faire.
L'an, ix". xlviij., Lois, roi de France, a la poursuite de Hue le Grand et par le moien de Bernard, conte de Senlis, et de Bernard le Danois, fut délivré de Rouen, moiennant qu'il bailla en hostaige Lohier, son aisné tilz, avec Aderlc s evesque de Beauvais, et Guy ^ evesque de Soissons, lesquelz assez tost après furent délivrez par ce que led. roy Lois feii paix au duc Richard '.
L'an. ix". liij., Richard, duc de Normendie, nommé Richard sans Paour, espousa Anine, alias Agnès, fille de Hue le Grand, duc de France, et conte de Paris, et seur de Hue Capet qui depuis fut roy de France.
L'an. ix". Ixxix., Richard, duc de Normendie, augmenta fort l'abbaie de Fescamp et osta des nonnains qui y estoient et les meista Monstiervillierou il leur feit faire ung monastère. Et aud. Fescamp meist des chanoines reiglez et clercz, et après y meist des moignes. Aussi il feist grandement croistre Teglize de Nostre Dame de Rouen de la moitié et plus ; il augmenta fort Tabbaie de Sainct Ouen et celle du mont S' Michel. Le duc, comme dit est, avoit espouzé Anine dont il n'eut aucuns enfantz, et pour ce se acointa d'une damoiselle nommée Gonnor, fille d'ung chevalier qui estoit venu de Dane-
1 Adcric, Ilildegarius seu Hildricus (Gallia christiana, t. IX, p. 703-704), occupa le siège de Beauvais de 933 à 972 (?).
2 Gui !«% évêque de Soissons de 937 à 973, fils de Foulques le Roux, comte d'Anjou, et de Roscillc, fille de Garnier, seigneur de Loches et de la Haie.
? Le compilateur omet un fait important, bien développé dans les Chroniques de Normandie, le siège de Rouen par Louis IV d'Outremer et Othon If, roi de Germanie.
marche, de laquelle il eut quatre filz et trois filles : l'aisné filz, nommé Richard, qui fut duc de Normendie après son père ; le second, nommé Robert, qui fut marié et fut père de Richard, conte d'Evreux, et de Guillaume son frère, et après la mort de sa femme led. Robert fut archevesque de Rouen ; le tiers eut nom Mauger ' et fut archevesque après son frère, et le quart fut nommé d'Arqués qui fut seigneur d'Eximes - et depuis conte de Eu. Et après la mort de Hugues, archevesque de Rouen, led. duc Richard voulut faire archevesque Robert, son filz, qui estoit veuf, mais il luy fut dit que il ne le pourroit estre a cause qu'il estoit batart. Adoncq icelluy Richard espouza lad. Gonnor et furent les enfantz mys soubz le drap et par tant furent légitimes.
L'an. ix". iiij^'^. ix., fut esleu pour archevesque de Rouen Robert ', filz de Richard sans Paour et frère de Richard, second de ce nom, ducz de Normendie.
L'an. ix". iiij^'^. xvj., Richard sans Paour, duc de Normendie, trespassa en l'abbaie de Fescamp et fut enterré a Fescamp en une tumbe soubz une goutiere ou il avoit esleu sa sépulture, et y a esté depuis faict une chapelle. Auquel succéda son filz Richard, second de ce nom ; il espouza Judic, seur au conte de Bretaigne.
L'an. m. xxvj., le second Richard, duc de Normendie, trespassa et fut enterré à Fescamp au près de son père,
' Mauger, qui fut archevêque de Rouen de 1037 à io55, était fils, non de Richard le»', mais de Richard II, et par conséquent neveu de l'archevêque Robert auquel il succéda.
2 Exmes, sur la Dive, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Argentan (Orne). Exmes était la capitale du pays qui de son nom était appelé Hiemois.
î Robert fut archevêque de Rouen de 989 à 1037.
soubz la goutiere, mais, depuiz tous deux furent mys en sépulture devant Tautel. Ce duc Richard second en son vivant feist reediffier l'abbaie de Sainct Wandrille en Caux qui moult estoit demolue. Il accreut aussi Pabbaie de Fescamp en belles baronneries et nobles fiefz, et impetra du pape qu'ilz furent exemptz en Tespiritualité de l'archevesque de Rouen, et aussi impetra que Tabbaie de Fescamp porteroit myttre.
L''an. m. xxix., mourut Richard, tiers de ce nom, duc de Normendie, et ne avoit que ung filz nommé Nicole qui estoit moyne a Fescamp, et depuis fut abbé de Sainct Ouen de Rouen. Et fut duc de Normendie Robert, frère dud. Richard, tiers de ce nom.
L'an. m. xxx., Gosse' le viconte, seigneur d'Arqués et de Dieppe, lequel feist et ordonna poix et mesures au pais de Normendie, fonda une abbaie de moynes noirs et la dopta de belles rentes et revenues, et fut fondée de la Trinité sur le coupeau d'une montaigne près Rouen a présent nommée Saincte Catherine, et se y rendit moyne soubz Ysambart, premier abbé. Et Ameline sa femme fonda Sainct Amand dedens Rouen, puis se y rendit avec une sienne fille religieuses.
L'an. m. xxxiiij., le duc Robert de Normendie eut dévotion d'aller en pelerinaige au Sainct Sépulcre de Hierusalem et ordonna ung filz bastard qu'il avoit, nommé Guillaume, estre duc de Normendie, et lui feist faire hommaige par les barons de Normendie, et laissa AUain, conte de Bretaigne, senechal et gouverneur de Normendie. Puis s'en alla devers le roy Henry de France prendre congé de luy et luy mena led. Guillaume son filz
I Non pas Gosse, mais Gosselin, vicomte de Rouen, s'' d'Arqués et de Dieppe.
qui estoit bien jeune, lequel, en la présence de son père, feist hommaige au roy de la duché de Normendie, Et demeura led. Guillaume avec led. roy Henry, et led. Robert s'en alla faire son pelerinaige, et s'en alla par Romme et parla au pape. Et si fut veoir Pempereur et fut fort honnoré par tout ou il passa, et mesme, a cause de sa grand largesse.
Ce mesme an io34, Elouyn fonda Pabbaie du Bec et en fut le premier abbé, et fut dont elle print le nom du Bec Helouyn ' . Et après luy fut abbé sainct Anseaulme 2.
L'an. m. xxxv., le duc Robert de Normendie arriva en Hierusalem ou il fit plusieurs grandz dons et aumosnes aux eglizes et sainctz lieux quMi visita, et aux pèlerins quMl trouva qui n'avoientde quoy accomplir leur voiage. Et ainsi, comme il s'en retournoit par une ville nommée Nicene, maladie le print dont il mourut; et fut enterré en la grande eglize de la ville. Et fut duc après luy Guillaume le Bâtard, son filz, qui estoit jeune de raage de .ix ans., et estoit en la garde de Henry, roy de France. Ce duc Robert en son vivant commença Pabbaie de Serisiî, que sond. filz Guillaume feist parachever; et estoit icelluy Robert^ a cause de sa grande largesse, nommé Robert le Libéral.
Lan. m. xxxvij, mourut Robert, archevesque de Rouen, et fut esleu Mauger, frère dud. Robert 4.
L'an. m. Iv., fut déposé de archevesque Mauger par son
' Le Bec-Hellouin, commune du canton de Brionne, arrondissement de Bernay (Eure).
2 Saint Anselme, qui fut plus tard archevêque de Cantorbéry.
? Cerisy-Ia-Forct, commune du canton de Saint-Clair, arrondissement de Saint-Lô (Manche).
4 Le Chfon. Rot. place la mort de Robert en io36.
mauvais gouvernement, et fut mys en son lieu Maurice ', lequel estoit moyne de Fescamp.
IJan. m. Ix., trespassa Henri, roy de France, et fut roy après luy Philipe, son filz. Le duc Guillaume le Bastard fut au sacre dud. Philipe en grand triumphe et noble arroy, comme duc de Normendie.
L'an. m. Ixiij, fut dédiée Teglize de Nostre Dame de Rouen.
L'an. m. Ixvj,, Guillaume le Bastard, duc de Normendie, passa la mer avec grand nombre de Normantz et alla conquérir Engleterre, lequel roiaulme lui apartenoit par laiz a luy faict par sainct Edouart, tiers de ce nom, roy d'Engleterre, lequel le avoit esleu son successeur a cause que il n^ivoit nulz enfantz. Et en estoit occupateur Heroult. Et en la bataille qui fut entre le duc de Normendie et led. Heroult, il y en eut de occis de la part dud. Heroult. xlvij'". ix". xliii). hommes, et de la part dud. duc Guillaume y en eut de occis .vj". xiij. hommes. Et fut led. duc roy couronné dedens Londres, le jour de Nouel.
Ensuit les noms de ceulx de Normendie qui passèrent la mer avec Guillaume le Bastard.
Premièrement.
Odon, evesque de Baieux ; le sire de Mortaing; ces deux estoient frères par mère dud. duc; le sire de Beaumont; Guillaume Malet; le sire de Monfort; Henry, seigneur de Ferieres; le sire de Fougères, Guillaume d'Aubemare ; Guillaume de Roumare; le sire de Touque; le sire de la Mare; Neel de Sainct Saulveur; Guillaume de Viel Pont; le sire de Beaufou; le sire de Manneville; le sire de Gros
r Maurille, et non Maurice, archevêque de Rouen de io55 à 1067.
Mesnil; Guillaume Crespin; le sire de Sainct Martin; le sire du Puits ; Guillaume de Moulins ; le sire de Garennes ; Hue de Gournay ; le sire de Bray ; le sire de Gouy ; le sire de Mignieres; le sire de Laigle ; le sire de Touars; le sire d^Avrenchin; le sirede Vitri; le sire de Picquigny; le sire d'Espinay, Homon, seigneur de Pons; le sire de Torchi; le sire d'Estouteville ; le sire de Bernaboc; le sire du Homme; le sire de Chausoy; le sire de la Rivière; Eudes de Beaujeu; le sire de Roumeilly ; le sire de Glos; le sire du Sap; le sire de Anneville; le sire de Branchon; le sire de Bailleul; le sire de Beausault ; k sire de Tilleres; le sire de Senlis; le sire de Baqueville; le sire de Preaulx; le sire de Jouy •, le sire de Longueville ; le sire de Aquigny ; le sire de Pacy; le sire de Tournay; le sire de Coulombires; le sire de Bolebec; le sire de Garencieres; le sire de Longueil; le sire de Houdetot; le sire de Maletot; le sire de la Haie Malherbe ; le sire de Porcpinche ; le sire d'Yvetot; le conte de Harcourt ; le conte de Tancarvilîe; le conte d'Eu; le conte d'Arqués; le conte de Anjou; le conte de Nevers; le sire de Rouville; l'empereur d'Almaigne; le sire de Pavilly; le sire de Saint Cler; le sire d'Espinay; le sire de Brametot; le conte de Bretaigne; le sire de la Perte; Robert de Hernie, duc d'Orléans; le sire de la Londe; le sire de Mortemer; le sire des Minières; le sirede Clere; le sire de Maigny; le sire de Fontenay; Roger de Mont Gomery; Amaulry de Touars; le sire de Heugueville, et plusieurs autres grandz seigneurs et grant nombre de chevaliers et escuiers qui estoient soubz eulx'.
I Cette liste des compagnons de Guillaume est semblable, sauf quelques noms omis, à celle que l'on trouve dans les mss. des Chroniques de Normandie, 5328, 5329 ^^ ^390 du fonds français de la Bibliothèque nationale.
L'an, m. Ixvij., trespassa Maurice, archevesque de Rouen, et fut esleu Jehan' qui fut premier abbé de Fescampcinq ans trois mois, mais par le consentement du pape et du duc de Normendie, roy d'Engleterre, concédèrent que il fut archevesque de Rouen.
L'an. m. Ixxiij., les religieux de Sainct Ouen dechasserent Jehan, archevesque de Rouen, lequel vouloit célébrer la grande messe le jour Sainct Ouen en aust aud. lieu, et a main armée le déboutèrent furieusement hors de leur eglize; et dont par le conseil assemblé par ceulx de Nostre Dame, la ou presidoit le duc de Normendie, roy d'Engleterre, furent lesd. religieux lesungz prins et mys en prison et les autres se enfouirent '.
L'an. m. Ixxiiij., fut tenu ung concilie a Rouen ou presidoit Guillaume, roy d'Engleterre et duc de Normendie, et Jehan, archevesque dud. lieu, avec ses suffra-
1 Le successeur de Maurille, Jean, que l'on surnomma d'Avranches, parce qu'il fut d'abord évêque de ce diocèse, était fils de Raoul, comte de Bayeux et d'ivry, frère utérin de Richard-sans-Peur, duc de Normandie. 11 succéda dans l'archevêché de Rouen à Maurille, décédé le 9 août 1067. Le pape Alexandre II l*nomma cardinal en 1069. Déposé par un concile provincial en raison de ses infirmités, il se retira à Saint-Philbert-sur-Risle où il mourut en 1069 (ou 1072, d'après Orderic Vital), en 1078, d'après la Gallia christiana. Il est l'auteur du traité célèbre De OJficiis ecclesiasticis, publié en 1641 par le chanoine Le Prévost.
2 Le Chron. Rot. donne de plus, p. 367, les noms des moines qui furent « prins et mys en prison » : ... unde judicatum est, in concilie in eadem civitate congregato, praesidente rege Anglorum Willermo, monachis ejus criminis reos per abbatias in carceribus retrudi ad placitum archiepiscopi, indeque pluresdispersi sunt : unus Nomerarus nomine apud Fiscanum, alter apud S. Wandregisilum, nomine Benedictus, tertius apud Gemeticas, nomine Radulphus. »
gans, Odo, evesque de Baieux, Hugues, evesque de Lizieux, Guillebert, evesque d'Evreulx, Pierre, evesque de Seez, Robert, evesque d'Avrenches, et Michel, evesque de Coustances ' .
L'an. m. Ixxix., trespassa Jehan, archevesqae de Rouen, et fut esleu en son lieu Guillaume, lequel estoit moyne et abbé de Cluny^.
L'an. m. iiij^''. xv)., fut ung concilie tenu par le pape Urbain, auquel concilie furent les evesques et abbez de Normendie. Et fut ordonné que on yroit contre les infidelles et que les chrestiens auroient chascun une croix ?.
L'an. m. iiij^''. xix. 5,1e .viij.jourdeseptembre, trespassa noble prince Guillaume le Bâtard, roy d'Engleterre et
1 Le compilateur a mal reproduit les noms des suffragants de l'archevêque donnés par le Chron. Rot., p. 367 : . . . Odone Bajocensi episcopo, Hugone Lexoviensi, Michaele Abrincensi, Gilberto Eboracensi, Roberto Sagiensi. » — Odon de Conteville fut évêque de Bayeux de 1049 à 1097; Hugues d'Eu, de Lisieux, de io5oà 1077; Michel, d'Avranches, de 1069 à 1094; Gilbert, d'Evreux, de 1071 à II 12; Robert, de Séez, qui paraît avoir siégé jusqu'en 1082. Orderic Vital (Hist. ecclesiastica, éd. Le Prévost, t. II, p. 237), place ce concile en l'année 1072. Il est d'accord avec le Chron. Rot. sur le nom et le siège des évêques.
2 Guillaume, surnommé Bonne- Ame, fut archevêque de Rouen de 1078 à 1 1 10.
5 C'est en logS qu'eut lieu le concile de Clermont-Ferrand où fut décidée la première croisade.
(4) Les deux alinéas qui sont supprimés ici sont relatifs à la première croisade. Il y est dit que des Normands de toute condition y prirent part et que « aussi le duc Robert de Normendie engaiga sa duché a son frère le roy d'Engleterre qui luy presta six mil six cens .Ixvj. margz d'argent ».
5 Guillaume mourut en 1087 et non en 1099, ce qui rend fausses les supputations qui suivent.
duc de Normendie, lequel avoit vescu .Ixxiiij. ans, c'est assavoir .xlv. an[s] duc de Normendie, .xxj.ans roy d'Engleterre et duc de Normendie, et .viij. ans qu^il avoit quand Robert son père trespassa.
Après la mort de Guillaume le Bastard, Rdbert, son aisné filz receulit la duché de Normendie. Et pour ce qu'il avoit courtes jambes on le appeloit Courte Heuze. Guillaume, le second filz, passa en Engleterre, et pour Pamour de son père, par le consentement du peuple, l'archevesque le couronna roy le jour de Sainct Michel, et y eut grande feste, et le nommoit on Guillaume le Roux. Et Henry, le tiers filz, eut deniers sur l'ung et sur l'autre pour entretenir son estât.
L'an. m. c, Guillaume le Roux, roy d'Engleterre, filz de Guillaume le Rastard, fut tué de une flèche en une forest, et Robert, son frère, duc de Normendie, estoit allé oultre mer. Et lors Henry Beau Cler, le plus jeune des trois filz, print le roiaulme d'Engleterre. Et quand son frère Robert fut revenu de oultre mer, guerre se meult entre les deux frères, et fut prins prisonnier led. Robert et mené en Engleterre ou il mourut. Par ainsi led. Henry Beau Cler fut roy d'Engleterre et duc de Normendie pacifique.
L'an, m, c. vj., après que Robert, duc de Normendie, fut revenu de oultre mer, au près de Cherbourg' futfaicte une bataille entre led. Robert et Henry, roy d'Engleterre, son frère, pour la jouysance dud. roiaulme, la ou led. Robert fut prins et le conte de Mortaigne et moult d'autres princes de Normendie.
' Le Chron. Rot. dit, p. 367, Tenerchebrium. Ce fut, en elVet, à Tinchebray, ch.-l. de cant. de l'arr. de Domfront (Orne), que Robert Courte-Hcuse fut vaincu et fait prisonnier.
L'an. m. c. ix., trespassa Guillaume, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Geuffroy ' .
Ce mesme an, le jour de Pasques fut le jour Sainct Marc et est le plus hault quMl sauroit - estre.
L'an. m. c. xj., fut une famine en Normendie.
L'an, m. c. xvj. la cité de Rouen fut près que toute bruslée par le feu qui print a la rue aux Juifz.
L'an. m. c. xvij., la fouldre et le tonnerre cheurent a Nostre Dame de Rouen et abatirent les coulonnes et le crucifilz de dessus le grand autel çt n'y eut homme blecé 5.
Ce mesme an fut éclipse de lune et venta vehementeusement4.
L'an. m. c. xxviij., trespassa Geuffroy, archevesque de Rouen, et fut esleu Hugues.
L'an. m. c. xxxv., fut ung vent véhément le jour de Sainct Simon Sainct Jude a minuyct et persévéra jusques au tiers jour a telle heure et degasta eglizes, ediffices et forestz.
L'an. m. c.xxxvj., le feu print au près de Seine 5 et brusla près que toute la rue de Grand Pont jusques a la porte Beauvoisine, et par le changement de vent led. feu retourna vers Sainct Ouen et Sainct Amand lesquelz furent tous deux bruslez et dura led. feu de prime jusques
1 Les Normanniœ nova Chronica, après avoir rapporté, p. g, 2<= col., à l'année 1 1 lo, le décès de Guillaume Bonne-Ame, ajoutent : « Anno sequente, fuit famés maxima in Normannia. »
2 25 avril. Ms. ^,'seroit.
5 Ce fait et le précédent sont rapportés à la même année par le Chron. Rot., p. 367.
4 Norm. nova Chron., p. 9, col. 2 : « Anno MCVIII ipso
anno ventus validus. »
J Ms. L, auprès du pont de Seine.
a vespres, et fut le jour Sainctc Croix en septembre'.
L'an. m. c. xlij., fut faictung tremblement de terre^ au mois de janvier par deux fois la nuict dont les gens qui dormoient en leurs lictz furent éveillez par la première fois.
L'an. m. c. xlvj., fut grand cherté tellement que la mine de blé valut la somme de .xl. s. t. et la mine d'avoine .xvj. s., de quoy on faisoit du pain dont le peuple fut fort soustenté et soustenuJ.
L'an, m, c. xlix., trespassa Henri, roy de Engleterre et duc de Normendie, et luy succéda aud. roiaulme et duché son filz Henry. Ce Henry second eut a femme Alienor dont il eut trois tilz4. Le premier eut nom Henry au Court Mantel, le second eut nom Richard Coeur de Lion, le tiers fut nommé Jehan. Il feist demander a Lois, roy de France, une sienne fille pour son filz Henry au Court Mantel, lequel roy de France luy envoia de bon coeur et richement aornée comme a telle dame appartenoit. Et comme lad. dame arriva en Engleterre, le roi Henry la receupt a grand honneur, car Henry au Court Mantel estoit en guerre en Hirlande. Le roy Henry tournia tant autour de lad. dame que il la congnut charnellement L Et
1 Le nis. L ajoute : Et combien que led. feu passa par devant Nostre Dame de Rouen, toutefois lad. ecclise ne fut nullement atteinte de feu.
2 Les Norm. nova Chron., p. lo, ire co\., placent ce tremblement de terre en 1 142.
j V. Norm. nov. Chron., p. 10, 2e col.
4 Qiiatre fils. Le chroniqueur a omis GeolTroy qui devint duc de Bretagne par son mariage avec Constance, fille de Conan IV, auquel il succéda dans le duché.
5 Cette grave imputation, trop justifiée par le caractère de Henri 11, se trouve dans la chronique de Benoist de Peterbour^ (Hist. des Gaules et de France, t. XVll, p. 456 et 3i5). il y a ici
quand Henry au Court Mantel fut revenu de Irlande, il veint a Londres pour veoir son affiée, mais quand ilsceut la trahison que son père luy avoit faicte il mourut de deuil.
L'an. m. c, Ixiii)., Retrodus fut archevesque de Rouen'.
L^an .m. c. IxxiiJ., en la longue sepmaine^, le jour que Gilles, evesque d'Evreux, fut consacré en Peglize de Nostre Dame de Rouen le feu brusla. xiij. paroisses, eglizes, maisons et plusieurs hommes et femmes.
L'an .m. c. iiii'^'' .ij., les Juifz furent chassez de France, et commandé de par le roy leurs sinagogues estre converties et dédiez aux cérémonies des chrestiens avec toutes leurs terre[s], domaines et possessions.
confusion. Henri Court-Mantel avait épousé Marguerite, née du second mariage de Louis VII avec Constance de Castille. La princesse séduite par Henri II était née du troisième mariage de Louis Vil avec Alix de Champagne et s'appelait Alix comme sa mère. Elle fut fiancée à Richard Cœur-de-Lion, et, suivant la coutume du temps, confiée, en attendant son mariage, à Henri II, père de Richard qui, plus tard, refusa de l'épouser. Le compilateur a tiré cette imputatation directement des Chroniques de Normandie, comme on peut s'en convaincre par le simple rapprochement des textes : « Ce roi Henri tournoia tant entour ceste fille du roy de France qu"il ouït avecques elle compaignie charnelle. . . Et comme Henri au Court Mantel eust desconfit les Yrlandois et inis en l'obaissance du roy son père, il vint a Londres pour veoir son affiée qui tant noble estoit et belle, mais quant il fut venu à Londres, il sceut la trayson que son père luy avoit faicte, dont led. Henri ou Court-Mantel mourut de dueil... » Ms. fr. de la Bibl. nat., n» S^go, f. 114 v» et ii5 ro.
1 Rotrou, fils de Henri de Beau mont, fut archevêque de Rouen de ii65 à ii83.
2 Ms. L... en la quinte ferie de la longue sepmaine
... II (Philippe-Auguste) feistclorre le parc du bois de Vincennes de belle et haulte muraille de durée. Le jeune roy Henry d'Engleterre qui avoit fiancé madame Marguerite de France, soeur dud. roy Philipe, quand il sceut la closture dud. bois de Vincennes, feist chasser et prendre en ses forestz de Normendie et de Acquitaine plusieurs cherfz et biches, dains et autres sauvagines, lesquelz il envoia a Paris aud. roy Philipe pour mettre aud. parc du bois de Vincennes.
L'an .m. c. iiij''\ iij., feustesleu Vaultier de Constances archevesque de Rouen, lequel estoit evesque et chanoine de Nostre Dame de Rouen'.
Ce mesme an fut faicte confédération entre le jeune Henrj^ roid'Engleterre, filzdu dessusd.roy Henry, et son frère Geufîroy, duc de Bretaigne. Et ainsi comme son frère Richard, duc de Acquitaine, eut assemblé une grosse armée trouva son frère ^ mort a ung chasteau nommé Martel; puis fut apporté a Nostre Dame de Rouen pour ensepulturer aud. lieu. Mais en passant par la ville de Seez, les citoiens de Seez 5 ravirent et estèrent le corps dud. roy et le meirent en terre a Sainct Julien, laquelle violence fut raportée au chapitre de Nostre Dame de Rouen. Et maistre Robert du Neufbourg, doien dMcelle eglize4, et
1 Gautier de Coutances fut d'abord évêque de Lincoln en ii83, puis archevêque de Rouen ds 1184a 12 17. Il partit avec Richard Cœur-de-Lion pour la troisième croisade, fut renvoyé par ce prince en Angleterre pour l'administrer, pendant son absence, et négocia le rachat du roi, retenu prisonnier par l'empereur Henri VI.
2 Ms. Tpere. Le château de Martel était situé près de Limoges.
5 Le Chron. Rot., p. 369, et les Norm. nova Chron., p. 14, 2^ col., disent que le fait se passa, non pas à Séez, mais au Mans. 4 A la mort de Guillaume Bonne-Ame, le chapitre de Rouen avait
Luc, archediacre dud. lieu ', s'en allèrent plaindre au roy, et lors le roy dit qu'il seroit délivré par ceux de Seez a lad. eglize de Rouen. Par quoy le doien et archediacre vindrent a Saint Julien etceulx de Seez le déterrèrent et le livrèrent a ceulx de Rouen et en grand honneur, triumphe et solennité fut apporté a Rouen et fut receu par l'archevesque et chanoines en grand honneur et triumphe et fut enterré auprès de Pautel Nostre Dame.
L'an m. c. iiii''". ix., Richard, filz du roi d'Engleterre, fut faict duc de Normendie, en l'eglize de Nostre Dame de Rouen, par Gaultier, archevesque dud. lieu.
L'an. m. c. iiij''''. x., Henry .11*. de ce nom, roy d'Engleterre, trespassa ; et après luy Richard Coeur de Lion son second filz (il) feist poiser les trésors de son père et furent sommez de. ix. ce. mille livres.
L'an. m. iiij'^'^. xiiij., les hostelz des chanoines de Nostre Dame de Rouen furent destruitz et abatus par leur voluptueuse et trop lubrique vie par pugnition divine 2.
L'an. m. iiij"". xvj., eut ung descord en la ville de Rouen et toute Normendie pour ung chasteau que le roy Richard ferma a Andely contre la dignité de l'eglize de Rouen. Et y avoit aulcuns evesques qui obeisoîent au roy et estoient inobediens a l'archevesque. Et lors Tarche-
clu archevêque Robert de Neubourg, mais le roi Henri II refusa de ratifier ce choix et força le chapitre de re:evoii' à sa place Gautier de Coutances.
1 Luc devint plus tard évêque d'Evreux; il occupa ce siège de i2o3 à 1220.
2 Le Chron. Rot. se borne à dire, p. 369 : « 1194. Hoc anno, die Pasch^, direptœ sunt omnes domus canonicorum Rotomagensium et distractse possessiones eorum. «
vesque s'en alla a la court de Rommc, et aussi feirent les evesques de Lizieux et Evreux ' contre luy affin qu'il ne profistast rien, se il leur estoit posible, mais ilz feurent fraudez de leur intencion, volenté et espérance ^.
L'an .m. c. ïn']^^. xvij., par le consentement du pape et de l'eglize de Rouen, Vaultier, archevesque dud. lieu, receupt ceulx de Andely a grâce. Et les evesques qui avoient esté desobeisans aud. archevesque pour faire au plaisir du roy estoient suspens. Mais le Jour de la Conception, a la procession soUennelle, veindrent se prosterner aux piedz dud. archevesque et leurs mittres et bastons pastoraulx meirent entre ses mains avecq toute[s] leurs puissances en luy criant mercy. Et il leur feist grâce et miséricorde et leur rendit leurs offices.
L'an .m. c. iiij'^''. xix., ung chevalier du pais de Limosin trouva en sa terre ung trésor et estoit tel : ung empereur, sa femme, ses filz et ses filles, qui estoient de leurs grandeurs et grosseurs, estantz assis a table. Et estoient lesd. personnaiges, sièges, table et traisteaulx de fin or massifz. Et y avoit lettres escriptes qui donnoient a entendre les noms et le temps que avcit régné led. empe-
1 Guillaume de Ruffière, évêque de Lisieux de iiqa ou iigS à I20I, Garin de Cierrey, évêque d'Evreux de 1 193 à 1201.
2 Voir dans Deville, Histoire du Château-Gaillard, p. 8-24, l'historique du différend qui s'éleva entre Richard Cœur-dc-Lion et Gautier de Coutances, à propos de la ville d'Andely qui appartenait à l'archevêque. La charte du lô octobre 1297 qui accordait à l'archevêché, en échange d'Andely, les moulins de Rouen, avec Dieppe, Bouteilles, la forêt d'Aliermont et le domaine de Louvicrs, a été publiée en fac-similé par M. Deville.
reur qui ce avoit faict faire ' . Richard, qui pour lors estoit roy d'Engleterre et duc de Normendie, en fut adverti; si le voulut avoir en disant que il estoit le souverain du pays et par ce luy debvoit appartenir par droit de hernie^. Mais le chevalier qui le avoit trouvé, qui estoit du fief du viconte de Limoges, ne lui voulut bailler, et le remporta et se retira devers led. viconte, par quoy le roy les alla assiéger dedans ung chasteau ou ils s'estoient retirez. Et ainsi que le roy, tenant le siège, ung jourtournoit aPentour de la place, ung de ceulx de dedans tira un traict de arbalestre a Tadventure sans regarder ou ne a qui il tiroit. Il advint que le traict tumba sur le pied dud. roy Richard d'Engleterre, duc de Normendie, et le bleça ung peu. Mais dud. coup aulcuns jours après il mourut et fut porté enterrer en Tabbaie de Fontevraulx, et son coeur fut porté a Nostre Dame de Rouen et fut mys au coeur du costé du revestiere en une chase d'argent. Et depuis fut prinse lad. chapse pour aider a paier la renson du roy sainct Lois, et au lieu en fut faicte une de pierre. Cestuy Richard donna aux chanoines de Nostre Dame de Rouen .iij". muys de vin a prendre sur la Viconte de l'Eaue de Rouen.
L'an .m. ij". 5, la nuyct de Pasques, Teglize de Nostre
1 « La raison pourquoi il ot ce chastel assis, si fu pour ce que uns chevaliers du pais avoit trové un trésor en terre, et cil trésors, si comme l'on disoit, si estoit uns Empereres de fin or, sa famé, si fil et ses filles, et tuit seoient à une table d'or pur ; si i estoient lettres escrites qui designoient a entendre a ceus qui les iiroient, que cil Empereres avoit esté, et com grant tems estoit coruz puis que il régna. » Extraits des Chroniques de Saint-Denis, Hist. des Gaules et de France, t. XVII, p. 386.
2 Le mot de hernie ne se trouve pas dans le dictionnaire de Godefroy. Il faut y voir un dérivé de ber, baron, au sens de maître, suzerain.
î Ms. L, L'an mil deux cens, quarto y dus aprilis...
Dame de Rouen fut toute bruslée et cloches et tous les livres et aornementz et fiertés et reliques et grande partie de la ville et eglizes.
Ce mesme an, aux octaves de Pasques, Jehan, frère du roy d'Engleterre Richard, fut faict duc de Normendie en l'eglize de Nostre Dame de Rouen par Vautier, archevesque dud. lieu, et, a TAssention de Nostre Seigneur ensuivant prochainement, fut faict roy d'Engleterre led. seigneur, et adonq eut grosse guerre entre Philippe, roy de France et Jehan, roy d'Engleterre.
L'an. m. ij". iij., fut donné ung arrest diffinitif en la court de Philipe, roy de France, par les pers de France contre Jehan, roy d'Engleterre et duc de Normendie. Et pour son patricide et crime et leze majesté, toutes et chascunes ses seigneuries que il tenoit du roy de France estoient et seroient confisquez a la couronne de France. Et lors led. Philipe comme vertueulx feist poursuite contre led. roy Jehan dont il ne avoit peu avoir Tobeissance que il luy debvoit et s'en entra en Normendie et conquist plusieurs villes et chasteaux qui estoient reputez comme imprenables, et mesmement les citez de Evreux, Constances, Bayeux, Avrenches, Lizieux, Seez, Falaize, Caen, Dampfront, avec les chasteaulx et forteresses jusques au mont Sainct Michel. Et quand vint devant Rouen, ceulx de la ville demandèrent soixante jours de trêves pour aller en Engleterre vers le roi Jehan demander secours, ce que le roy de France leur accorda. Et quand ilz vindrent en Engleterre devers le roy, il n'en tint pas grand conte, car il jouait aux echecz, et leur dit que il leur feroit responce quand il auroit achevé son jeu, dont ilz feurent mal contens. Et quand il eut parachevé son jeu, il leur deist que il ne leur s»;auroit faire secours si brief que ilz demandoieni. Si s'en retournèrent a Rouen et, voiant que ilz
estoient si oppressez qu'ilz ne povoient eschaper de la puissance du roy de France, ilz baillèrent la ville en son obéissance par ce qu'il leur promist les garder en leurs franchises, libériez et coustumes. Et tant feist que il recouvra en ses mains toute la Normendie entièrement, laquelle se joingnit au patrimoine de sa couronne, laquelle en avoit esté hors .iij". xv. ans ou environ.
Cemesmean, i2o3', a une heure après minuici, le feu, print a la porte de Robec qui brusla l'eglize de Sainct Maclou et presque toute la paroisse et Sainct Denis et la Vieutour et moult grand partie de la ville^.
L'an. mil. ij". v., Philipe, roy de France, feist ediffier de neuf ung chasteau a Rouen en la partie de la ville jouxte la fontaine appellée vulgairement Gaalor'.
L'an. mil. ii". vj., fut éclipse de solleil a Rouen, qui commença a heure de tierce et dura Jusques a heure de nonne.
Ce mesme Jour il plut du sang a Andeli, qui fut veu par plusieurs gens et y en eut qui en ceuillirent.
L'an. m. ii". vij., le .xvj. jour de desembre, mourut Gaultier, archevesque de Rouen, homme magnifique, lequel en .xxiij. ans qu'il fut archevesque, receupt trois rois en ducz de Normendie, asçavoir est Richard Coeur
' Ms. L, L'an mil deux cens trois, nonas octobris prima en une heure.
2 Le ms. L ajoute : a ce présent le roy d'Angleterre. — Les Norm. nova Chron., qui donnent, p. i5, i'° col., le même texte que le Chron. Rot., p. 370, inscrivent ce fait sous l'année 1200, mais il doit y avoir confusion avec l'incendie relaté plus haut et dont elles ne parlent pas.
3 V. Norm. nova Chron., p. i5, 2e col. Il y a quelques années, une inscription que l'on voyait dans la rue Pouchet, indiquait que là se trouvait le réservoir de la source de Gaalor.
de Lion, Jehan sans Terre, rois d'Engleterre, et Philipe Auguste, roy de France.
Ce mesme an fut mys ung interdit en la cité de Rouen pour l'homme de maistre Guillaume de Marleiz, chanoine de Nostre Dame de Rouen, que le mère de lad. cité avoit prins pour aucune meslée faicte en lad. cité. Ne pour prières, ne pour menaces, ne pour choses que le Roy rescripsist, ne fut levé led. interdit. Et après les nobles et les grandz du conseil de la ville envolèrent Bernard de Roie, frère de Guerin de Roie, vifchancellier, et Jehan de Rouveray et plusieurs autres, lesquelz veindrent prier en chapitre que led. interdit feust levé pour Thonneur du Roy, et que ilz se faisoient fortz que ils feroient délivrer led. homme du chanoine pour Thonneur de l'église de Rouen. Mais ilz ne peurent riens impeirer jusques a ce que led. homme fut rendu aud. chanoine en plain chapitre par la main dud. mère, presens plus de trois cens hommes. Puis après alla au doien gager l'amende de ce qu'il avoit détenu l'homme dud. chanoine et bailla pièges de lad. amende, c'est assavoir Jehan de Rouveray, chastelain du Pont de l'Arche, Robert de Fresnes' etGeufFroy du Mesnil. Et en l'honneur de Dieu la liberté de Teglize fut gardée et fut levé et absoubz led. interdit 2.
L'an .m. ii^c .x., la nuit ensuivantedu jourde Pasques, le feu brusla Sainct Candre le Viel et Sainct Denis, et n'y demoura gueres de maisons.
1 Ms. L, Robert Des fresnes.
2 Même texte dans le Chron. Rot., p. 370-^71, et dans les Norm. tiov. Chron., p. 16,2e col. et p. 17, ire col. Au lieu de de Fresnes, on lit, dans la première de ces chroniques, Defrel, et dans la seconde, de Fresban ou Frosban. — V. surtout, dans cette dernière chronique, les notes de M. Léopold Delisle sur les personnages cités.
Ced . an fut une griefve gelée, laquelle dura par deux mois. Et le forment, lequel estoit semé, fut perdu, et a peine peust on receuillir la semence que on avoit semée.
Ce mesme an, a Paris, a Rouen et a moult d'autres lieux, plusieurs tant clercz que laiz que femmes furent reprins d'heresie et furent bruslez.
L'an mil .ii<=^ xij , , la sepmaine de Pasques ' , le feu print de nuit en la paroisse Sainct Maclou de Rouen, dont toiKe la cité fut bruslée, et les maisons et ediffices de l'archevesque par la grâce de Dieu miraculeusement furent conservez et les abbaies de Sainct Ouen et de Sainct Lo, maisons et édifices furent destruictes par led. feu et n'en demoura rien 2.
Ced. an, le chapitre de Nostre Dame de Rouen demanda a Monsf Robert Poulain 5, archevesque dud . lieu, la dismedeDieppé4, de laquelle chose il escondit led. chapitre, parquoy led. chapitre cessa a faire le divin service depuis les octaves de la Nativité Nostre Dame jusques au jour Sainct Michel. Et adoncq Mons^ Luc, evesque d'Evreux, assembla led. chapitre, et la sepmaine Mons^ Tarchevesque et led. chapitre passèrent ung compromis et arbitres, c'est assavoir pour Parchevesque, l'abbé de Beaubec et maistre
' Ms. L , L'an mil deux cens un^e, feria tercia in ebdomade Paschce, en une heure après minuyct.
2 Le compilateur a mal compris le texte du Chron. Rot. qui dit au contraire, p. 371 : « ... abbatia S. Audoeni et S. Laudi et domibus lapideis, quas ignis devorare non potuit, remanentibus. »
? Robert Poulain fut élu archevêque de Rouen, le 23 août 1208, en remplacement de Gautier le Magnifique, décédé le 16 novembre 1207. 11 prit part à la croisade des Albigeois, mourut le 4 mai 122 1, et fut enterré dans le chœur de l'abbaye de Mortemer.
4 Gautier de Coutances avait concédé la dîme de Dieppe au chapitre de Rouen en raison de l'appui qu'il en avait reçu lors de l'affaire d'Andely.
Nicole de Aquila ' , doien d'Avrenches, et pour le chapitre Tibault, trésorier de Teglize, et maistre Robert Balbun^, archediacre de Rouen, ausquelz arbitres ilz accordèrent de tenir ce que ilz feroient. Lesquelz arbitres establirent que le doien de chapitre viendroita l'archevesque etdiroit en ceste manière : « Mons', il est vray que nous avons cessé a faire le divin service, nous cuidions bien faire et ne pensions mal faire a personne; et, si nous avons failli en cela ou en autre chose parquoy nous aions vostre indignation, nous vous prions pour Dieu que il vous plaise nous pardonner et nous donner vostre grâce. »
L'an, m, ij^. xiij., en plusieurs places au roiaulme de France eutaulcunspetitzenfantz et des puerilles et vieilles gens qui faisoient processions par les rues et places, criant et chantant en françois : « Seigneur Dieu, exaulce la ch[r]esîienté et nous veuilles rendre la vraie croix ». Et plusieurs autres choses ilz dechantoient, car ilz varioient en parolles. Et portoient en leud. procession croix, baniere, chandeliers, cierges et encensier, laquelle chose fut une grande admiration a ceulx qui les [oijoient. Par quoy nostre sainct père le papeenvoia seslegaulxau roiaulme de France et aux autres roiaulmes chrestiens pour prescher la croisade, parquoy il se croisa tant de peuple pour aller sur les infidelles que le nombre est inestimable.
L'an. m. ij". xvij., trespassa Jehan, roy d'Engleterre, lequel en son vivant perdit la duché de Normendie, et la conquesta sur luy Philipe, surnommé Auguste, roy de France. Et après luy fut roy d'Engleterre son filz Henry,
' Nicolas de Aquila (de Laigle) est cité en 1198 par la Gallia christiana sous le titre de magister scholarum Abrincensium.
2 Robert Balbus ou le Baubc était, d'après la Gallia christiana, parent de l'archevêque Robert Poulain.
lequel ne avoit que dix ans quand son père trespassa et fut couronné .v. jours après la mort de son père.
L'an, m. ii'^'^. xx., tout le pont de Robec fut bruslé' et d'autres maisons ensuiant Robec.
Ced. an, fut translaté le corps de sainct Thomas, martir, de la ou il estoit enterré en une chase ou fierté de pur or, aornée de plusieurs pierres précieuses, et en ceste translation estoit Parchevesquede Cantorberie et tous les evesques et abbez d'Engleterre et plusieurs evesques et abbez de France et de Normendie. Et si y estoient plusieurs chanoines de Nostre Dame de Rouen, deux archediacres et le chancellier dud. lieu ', auquelz fut donné une relique dud. martir que ilz apportèrent a Nostre Dame de Rouen.
L'an mil. ij". xxj. trespassa Robert Poulain, archevesque de Rouen, homme simple et piteux et clément, lequel fut enterré a Mortemer.
L'an. mil. ii^c. xxij., en septembre, fut receu Tibaultde Amiens, archevesque de Rouen, et au mois de février ced. an receupt son palion = .
L'an. m. ij". xxiiij., soubzle pape Innocent commença sainct Dominique, qui estoit espaignol. Tordre des frères prescheurs, et sainct François, qui estoit italien, l'ordre
' Raoul et Jean étaient les noms des deux archidiacres et Guillaume celui du chancelier.
2 L'archevêque Thibaut, né à Falaise, fut, dit la Gallia christia.ta, surnommé d'Amiens à cause du long séjour qu'il fit dans cette ville. Il était trésorier de l'église de Rouen quand il fut élu archevêque, le i8 mai 1222 ; nommé cardinal, le 29 janvier i223, il mourut en 1229. C'est lui qui établit à Rouen les Dominicains et les Franciscains, En raison de la résistance qu'il opposa au pouvoir royal, Guillaume le Breton a dit de lui, au io« livre de sa Philippide :
Et qui Rotomago Theobaldus prsesidet urbi, Vir precibns vix flexibilis, nimiique rigoris.
des Cordeliers. Et estoit en ce temps saincte Clere, qui vécut sainctement selon Tordre de sainct François.
Ced. an, fut ung yver fort grief et ung vent fort véhément qui abatit plusieurs eglizes en aucuns lieux de France et de Normendie.
Ce mesme an, fut grande famine par tous pais et principalement en Flandres; mais, la grâce de Dieu, a Rouen on ne eut pas de nécessité.
Ce mesme an, trespassa Philipe Auguste, roy de France et duc de Normendie, et depuis ne partit lad . duché de Normendie de la couronne de France, jusques au temps de Philipe de Valois, lequel la donna a Jehan, son filz aisné. Ainsi fut la duché de Normendie gouvernée par l'espace de cent et trois ans par sept rois, c'est assavoir, Lois, filz de Philipe Auguste, sainct Lois, filz dud. Lois .viij^., Philipe .iij^., filz de sainct Lois, Philipe, surnommé le Bel, filz dud. Philipe .iij.. Lois, filz de Philipe le Bel, estoit surnomm.é Hutin, Philipe le Long, frère dud. Lois Hutin, Charles le Bel, Philipe de Valois, lequel la donna a son filz Jehan.
L'an .m. ij". xxv., eut ung terrible feu, a Sainct Sauveur.
L'an .m. ij^c .xxvij. ', fut roy de France sainct Lois, lequel fonda plusieurs eglizes. A Paris il fonda TOstel Dieu, les Quinze Vingz, les Filles repenties, les Chartreux, les Carmes et edifiia l'eglize des Cordeliers. A Rouen, il fonda l'ostel et église des Frères Prescheurs, nommez les Jacobins, qui lors estoient hors la ville, oultre la rivière de Seine, auquel lieu il fonda une religion de dames nommeez les Amureez.
' C'est en 1226 que Louis IX succéda à Louis VllI.
Item il fonda aud. Rouen une religion de dames nommeez les Béguines.
Item il fonda ung Hostel Dieu a Vernon.
Item il en fonda ung autre a Pontoize et plusieurs autres eglizes.
Ced. an 1227, Tibault d'Amiens, archevesque de Rouen, feist faire en la forest de Loviers du merrien, et ainsi comme on Taportoit a Rouen, le bailly du Vaudreuil ' le fist arrester, laquelle chose fut signifiée aud. archevesque, lequel le excommunia-. Et pourceste cause, le roy de France demanda aud. seigneur archevesque a quelle cause il avoir excommunié son bailly du Vaudreuil. Item, le Roy dist que il ne debvoit point prendre de mesrien en la forest de Louviers pour mettre a autre lieu que a son manoir de Loviers. Item, demandoit a quelle raison il leur destou[r]noit le fouage de Loviers et que ce fouage luy appartenoit. Item, demandoit a quelle cause icelluy archevesque avoit excommunié le doienet aucuns des chanoines de Gournay qui sont soubz sa protection. Et led. archevesque dist que il ne yroit point respondre a sa chaire, dont le Roy s''esbait que il n'y venolt comme les autres evesques et barons de Normendie faisoient. Pour lesquelles causes led. archevesque fut cité devant le Roy a Vernon la ou il comparut, et dist que il n'estoit point tenu de respondre en la court du Roy de ces causes la pour ce que les aucunes sont spirituelles et que il ne tenoit rien de luy, par quoy il deust respondre en sa court. De
1 Le Vaudriuil forme aujourd'hui deux communes : Notre-Damedu- Vaudreuil et Saint-Cyr-du- Vaudreuil, cant. de Pont-de-l' Arche, arr. de Louviers (Eure).
2 D'après I2 Cbron. Rot. le bailli du Vaudreuil fut excommunié par l'évèque d'Evreux qui était alors Richard de Beauvais.
laquelle responce le Roy et la Reine furent fort yrez. Et assembla plusieurs des barons de son conseil et fut demandé aud. archevesque se il respondroit de aucunes des causes en la court du Roy, et il respondist que il n'y avoit cause dont il deust respondre la, dont le Roy par le conseil de ses barons confisqua tout Parchevesché et les possessions séculières. Adoncq led. archevesque se retiradevers ses evesques et leur compta le cas, lesquelz luy conseillèrent que il le feist citer en court de Romme, laquelle chose il feist. Et fut transmys ung légat ' au pais de Gaulle pour juger la matière, lequel ordonna que led. archevesque auroit pleine restitucion de meubles et immeubles avec les fruictz par eulx recueillis et raporter a la cité de Rouen led. mesrien par le bailli du Vaudreuil lequel le avoit arresté, et le rendroit a Tarchevesque, et demouroit led. archevesque en paix de toutes ses querelles.
L'an, m.ijcc. xxviij., le joursainct Laurens ', Teglize de Sainct Patrix et tout le circuit d'environ jusques en Seine fut bruslé.
Ced . an [ 1 229], le jour sainct Fremin, trespassa Tibaut d'Amiens, archevesque de Rouen, et fut esleu Thomas de Freaville, lequel estoit doien d'icelle eglize, de la plus part de chapitre, et Tautre part vertueusement résistèrent. Et dura ceste contemption ung an et plus. Ce temps pendant elle fut finée en court de Romme.
L'an. m. ij". xxxj., Thomas de Freaville, doien de Rouen, fut esleu evesquede Baieux^, parquoy ladoienné de Rouen vasqua ung an et plus. Icelluy F"reaville renonça a l'élection de luy faicte de Tarchevesché de Rouen
• Romani était le nom de ce légat.
2 Thomas de Frcauvillc occupa ce siège de 12 ji à i238.
es mains du pape, pour les quelles choses le pape ordonna a estre archevesque de Rouen Mons^ Maurice, evesque de Seez, et fut receu aud. Rouen le dimence de devant la Magdalene ■.
L'an. mil. ij^s xxxij., après la mort de Aclin, abbé de Villari^, fut célébrée Telection aud. monastère et furent deux esleus. Hz apportèrent lad. élection a Monsf Maurice, archevesque de Rouen, lequel cassa lad. élection pour ce que ilz n'avoient observée la forme de élection et les priva de esluire. Mais il leur bailla Lecain de Bousemouchel ' pour abbé, lequel ne peult obtenir lad. abbaie pour la contradiction du Roy, et led. archevesque excommunia tous les moynes et les adherens du Roy touchant le faict de lad. abbaie.
L'an. m.ij".xxxiij.,maistre Estienne de Castro 4 fut faict
1 Maurice fut d'abord archidiacre de Troycs, puis évêque du Mans et non de Séez, comme le dit notre chronique, et enfin archevêque de Rouen en i23i, le pape Grégoire IX ayant refusé de ratifier l'élection de Thomas de Fréauville, doyen de l'église de Rouen. Maurice mourut le 12 janvier i235. V. Norm. nova Chron., p. 19, 2e col.
2 Ceci est la plus forte bévue de notre compilateur. Il a métamorphosé en moines les religieuses de Montivilliers. Voici le texte du Chron. Rot., p. j>75-376 : « Post decessum ^liciae, abbatissae Monasterii Villaris, celebrata fuit e'^ectio in eodem monasterio, et fuerunt duae electae, et representata fuit electio Mauricio archiepiscopo qui electionem examinavit, prout debuit, et, comperto quod non fuit servata forma concilii in eligendo, electionem de utraque factam cassavit, et capitulum jure eligenJi ea vice privavit, assignavitque cidem capitulo abbatissam Leciam de Veusemoncel; sed ipsa non obtinuit abbatiam propter contradictionem Régis, et ipse archiepscopus excommunicavit omnes moniales adhserentes Régi in hoc facto et contradicentes praedictae abbatissae. »
3 Bcuzemonchjl est maintenant Bernières, cant. de Bolbec, arr. du Havre.
4 Etienne de Châteaudun, de Castro Duni.
doien de Nostre Dame de Rouen par monsf Maurice, archevesque dud. lieu.
Ced. an, au mois de juillet, le jeune roy Lois print et occupa tout le revenu de révérend père en Dieu mons' Maurice, archevesque de Rouen, pour aucunes causes du temps de mons^ Tibaut d'Amiens, archevesque de Rouen précèdent de cesluy, et pour autres causes; par quoy led. Maurice interdit tout le diocèse de Rouen et commença lad. interdiction la veille saint Crespin, saint Crespinien l'an revolut, car alors luy fut rendu tous ses biens et tout ce que on avoit reçeu led. temps.
L'an mil .ij'^'^.xxxiiij., es octaves de laThiphaigne, trespassa Maurice, archevesque de Rouen, a Sauseuze, au Vaugueusin le Normant, et de la son corps fut aporté a Rouen.
Ced. an, fut célébrée l'élection le vendredi de devant les Rames et ne feirent rien. Ung autre jour, a Theure assinée, futesleu maistre Guillaume de Dunelin ' de la plus grande part de chapitre, mais il veut des contredisans. Et pour ceque ilz ne vouloient consentir a l'élection faicte, fut mise es mains et volonté du pape, pourquoy Pelection fut mise au chapitre de Rouen; et duraceste contemption ung an et plus.
Ce mesme an, après la mort de Richard, evesque d'Evreux, fut esleu Richard de Thierre^, archediacre dud. Evreux, evesque dud. lieu qui fut presentéau chapitre de Rouen le siège vaquant et feirent examinez tant de l'élection que de la personne esleue, et pour ce qu'ilz convin-
1 De Dunclme. Le compilateur aura lu dans le texte latin, par une méprise facile : de Dunelino au lieu de de Dunelmo.
2 A Richard de Saint-Léger, évêque d'Evrcux de lïi'i à lï'id, succéda non pas Richard de Thierre, mais Robert II de Cierrey qui mourut en 1243.
drent [le] chapitre le confirma. Et fut sacré en Teglize de Rouen, aux ordres de septembre, par Tevesque de Baieulx'.
L'an .m. ïf^ .xxxv., trespassa Guillaume -de Fontibus, abbé de Sainct Vuandrille, et fut esleu abbé "Guillaume de Puille et fut présenté au chapitre de Rouen le siège vaquant, Ilz furent examinez tant de la part de l'élection que dePesIeu ; et pour ce que ilz convindrent bien l'élection fut confirmée.
L'an .m. ij" .xxxvj., le vendredi des octaves de Pasques fut célébrée l'élection de Tarchevesque de Rouen en l'esglize Nostre Dame dud. lieu, et concordablement esleurent vénérable personne maistre Pierre de Colemedio, prevost de Teglize de Sainct Amer en Flandres^. Et pour ce que il ne vouloit consentir lad., élection, ilz envolèrent au pape luy prier que il luy plust de le postuler. Et le pape luy manda que il receust lad. élection sur peine de inobedience. Et a la fin il la receust et donna a le maison des Templiers de Sainct Denis en France toute Padministracion du bien de Parchevesché tant de l'esperituel que du temporel depuis Pelection jusques a la veille sainct Laurens le martir. Et ced. jour veille saint Laurens, il obtint du pape son palium et licence de ne aller en courr de Romme pour estre sacré ainsi comme il luy estoit mandé. Et fut sacré en Peglize Nostr^ Dame de Rouen par Guillaume, evesque d'Avrenches?, presens tous les
1 Thomas de Fréauville, cité plus haut.
2 Pierre de Colmieu, prévôt de l'église de Saint-Omer, puis archevêque de Rouen, fut nommé cardinal en 1264 et se démit de son archevêché. Il eut en Italie l'évêché d'Albano et donna ce nom au collège d'Albane qu'il fonda à Rouen.
5 Guillaume IV, de Sainte-Mère-Eglise, occupa le siège d'Avraaches de 1212 à 1236; Hugues de Morville fut évêque de Coutances de 1208 à 1238.
evesques de Normendie, fors Tevesquede Baieux et celuy de Coustances qui se feirent excuser par maladie.
L'an .m. ii'^'^ .xxxviij., le feu brusla depuis la rue aux Juifz jusques a la fontaine Gallor, a présent nommée la fontaine du Chastel, et fut en la sepmaine Sainct Gervais '.
Ce mesme an, Richard des Montz, de la paroisse de Hossen'^, estoit détenu prisonnier pour meudres et pour larcins par luy commys, par quoyil fut condempnéa estre pendu etestranglé. Et fut baillé au maistre des oeuvres pour exécuter le mardi des Rogations. Mais pour la contradition de chapitre, il demoura jusques au jour de l'Ascencion ou il fut délivré par le previllege S' Romain.
L'an .m. ij" .xxxix., la veille Sainct Jaque en may, après compile, futveu ung signe moult admirable que plusieurs gens veirent au ciel ; et commençoit a mydi et duroit jusques en Aquilon, et dura bien l'espace de demye heure'.
Cad. an [1240], fut cité l'archevesque de Rouen et moult d'autres prelatz du roiaulme de France au concilie gênerai célébré en la court de Romme. Et y arrivèrent a la Purification ensuivante.
L'an .m. ij'^c .xlv., le dimence que on chante Cantate fut receu mons' Odo, abbé de Sainct Denis en France, archevesque de Rouen».
1 V. Norm. nova Chron., p. 20, 2* col. — Ms. L : le lendemain de la Saint-Gervais.
2 '< De parochia Hossiae. » Chron. Rot., p. ifj. La Houssaye- Béranger, du cant. de Clèret., arr. de Rouen (Seine-Inf.).
5 V. Norm. noua Chron., p. 20, 2« col.
4 Eudes Clément. « AnnoDomini MCCXLV, consecraUis est domi-
L'an mil .ii" .xlvij., le ix )Our de may, mons"; Odo, archevesque de Rouen, trespassa et vaqua le siège plus d'ungan '.
L'an mil .ij" .xlviij., le jour de Pasques, fut receu Odo Rigault, lequel estoit cordelier, a archevesque de Rouen a grande solennités
Ced. an, print le feu a la porte Beauvoisine, qui brusla Sainct Laurens, Sainct Godard et tout Sainct Ouen 5.
L'an mil .ij^c .Ij., le jour de Pasques, au soir, environ minuit, le feu print a la rue aux Presteresses laquelle fut presque toute bruslée 4.
L'an mil .ij" .liiij., Alexandre de Villedieu en Normendie composa le Doctrinal J.
nus Odo, prius abbas Sancti Dionysii a domino papa Innocenlio apud Lugdunum in archiepiscopum Rotomagensum propter canonicorum discordiam. >y Norm. nova Chron., p. 22, r^ col.
1 Chron. Rot. : « ... fere per annum. »
2 V. Norm. nova Chron., p. 22, 2ecoi. — Eudes Rigaut, que saint Louis honora particulièrement de son amitié, accompagna ce prince dans sa croisade de 1270.
? V. Norm. nova Chron., p. 22, 2' col. — Cet incendie est relaté une seconde fois en ces termes, à la même date, p. 23, le'col. : « Eodem anno, in festo sancti Laurentii, fuit vehemens combustio in urbe Rotomagensi. Nam abbatia Sancti Audoeni cum ecclesia et omnibus fere aedificiis est combusta; ecclesia sancti Laurentii, sancti Gildardi, et a fonte Gaalor usque ad fontem Rodebeccae, et a porta Belvacensi usque ad magnum pontem, omnia fere aedificia combusta sunt. » Il faut lire dans ce passage pontem et non fontem Rodebeccae. La source de Robec est à Fontaine-sous-Préaux, à iokiIom.de Rouen, tandis que le lieu appelé alors le pont de Robec n'est autre que la place Eau-de-Robec où la rivière est maintenant couverte. — Ms. L, et toute l'abbaye de St-Ouen.
4 V. Norm. nova Chron,, p. 23, 2° col.
! Le Doctrinale puerorum, composé par Alexandre de Villedieules-Poêles (Manche) est une grammaire latine écrite en vers léonins
L'an. mil. ij". Iviij., fut rendu a l'eglize de Nostre Dame de Rouen ung laron qui avoit esté prins en l'osmone de maisire Jehan de Flenville, que le bailly de Rouen lenoit en ses prisons et le avoit jugé a pendre. Et l'admena Girard Sorel au lieu ou il avoit esté prins avec toutes ses choses, presensace maistreGuillaume de Seine, trésorier de Nostre Dame de Rouen, mons^ Richard, curé de Sainct Martin sur Renelle, Nicolas le François, Robert de la Londe, Martin de Hantonne, Jehan Panche, dit Cornille, Richard de Saint Lo et plusieurs autres a l'honneur de Dieu, de l'eglize Nostre Dame de Rouen et dud. maistre Jehan de Flenville'.
Ced.an i2["6o], Henry, royd'Engleterreveint en France et admena avec luy Roger, duc de Clocestre, et plusieurs autres princes, barons et prelatz du roiaulme d'Engleterre, lesquelz sainct Lois, roy de France, receupt honnorablement et les feist loger en son palaix de Paris, et fut faicte et acordée paix finalle entre lesd deux rois et roiaulmes de France et de Engleterre. Et pour ce que led. roy sainct Lois faisoit aucun scrupulle de conscience des duché de Normendie, conté d'Anjou, Touraine, le Maine et Poictou que le roy Philipe le conquérant, son ayeul, avoit conquises par le droict jugement des pers de France sur Jehan lors roy d'Engleterre, icelluy roi sainct Lois
qui eut une grande vogue au moyen âge, jusqu'au jour où turent publiés les rudiments de Despautère.
' V. Norm. uova C/zron., p. 25, z^^col. et 26, ire col. Après ces mots ; « ... in eleemosyna magistri Johannis de Flervilla », on lit dans ce texte : « videlicet in domo Rogerii Lamancher. » — Guillaume des Voisins était alors bailli de Rouen. Nous retrouverons plus loin Guillaume de Saâne, et non de Seine. Au lieu de Jehan Panche, liit Cornille, le texte latin donne : >< Johnnne Panche, de (]hievre. »
feist bailler et livrer aud. roy d'Engleterre certaine somme de deniers par le moien de laquelle icelluy roy d'Engleterre céda, quita et transporta aud. roy sainct Lois et aux siens perpétuellement tout le droict et action que il pourroit prétendre, demander et avoir aud. roiaulme de France touchant lesd. seigneries, et expressément y renonça de son vouloir et consentement sans aucune contraincte, en la présence de Richard, roy des Romains, empereur d'Allemaigne son frère, dudit duc de Closetre et des seigneurs, barons et prelatz d'Engleterre en grand nombre qui estoient venus avec luy.
L'an mil .ii<:c .Ixj., ung homme qui avoit faict ung meudre fut prins par les sergens du roy au près de la Magdalene en une eschope appartenante a maistre Estienne de Seez', archediacre du Veulguesin le François, et mené en prison. Puis fut a la prochaine assise jugé a estre pendu. Et comme on le vouloit mener au gibet, Simon d'Albane, procureur de chapitre, requist pour led. archediacre et chapitre au juge que led. nommé fut rendu et restitué a la maison dud. archediacre et chapitre. Et après plusieurs opinions, le juge le bailla a ung sergent pour le remener, et led. sergent le remeist au lieu dont il avoit esté osté. Et led. archediacre le tint en prison tant qu'il voulut ; puis, par le conseil de aucunes gens de bien le meist oultre la mer, et il retint tous les biens qui furent restituez avec led. homme dont il luy en demoura ung coffre plain de espées et cousteaux car [led.j homme estoit fourbiseur.
L'an mil .ij'^c .Ixiij., aux octaves de la Magdelene, fu-
' V. Norm. nova Chron., p. 26, irc et 2* col. — Il y a, dans le texte latin : « ... magistri Stephani Senonensis », maître Etienne de Sens, et non de Séez.
rent sacrez en Teglize Nosire Dame de Rouen par mons' Odo Rigault, archevesque dud. lieu, maistre Odo de Lorrey, evesque de Baieux, et mons^ Richard de Chevry, evesque de Evreux'.
L'an mil .ij" .Ixvj., fut une peste laquelle dura par deux ans au roiaulme de France 2.
L'an m. ijc*-" .Ixvij., fut faict chantre de Nostre Dame de Rouen monsf Guy de Merula' par révérend père en Dieu monsf Odo Rigault, archevesque de Rouen, en la présence desevesques de sa province.
L'an mil .ij<^c .Ixxv, trcspassa Odo Rigault, archevesque de Rouen, et vaqua le siège par .iij. ans ,ij. mois du moins4.
Ce mesme an 1275, fut esleu archevesque de Rouen maistre Guillaume!, trésorier dud. lieu, en septembre. Mais pour ce que il fut dit que il tenoit la trésorerie et plusieurs autres dignitez sans dispence, le pape anulla l'élection de Iny faicte et remeit Pelection au chapitre de Rouen qui assignèrent jour au lundi de devant la my
' Eudes de Lory, évèque de Bayeux de 1263 à 1274; Raoul de Chevry, évêque d'Evreux de i263 à 126g.
2 V. Norm. nova Chron., p. 26, 2e col. : « Mortalitas magna omnium. »
i Farin place en i255 la nomination de Gui de Merle aux fonctions de grand chantre. Il fut ensuite évêque de Lisieux de 1267 à
4 Eudes Rigaut mourut le 2 juillet 1275. Par suite des difficultés qui lui furent opposées, son successeur, Guillaume de Flavacourt ne put être sacré à Rome que le 22 mai 1378, et c'est ainsi que le siège de Rouen vaqua pendant trois ans moins deux mois.
! Guillaume de Saâne, qui fonda à Paris, en 1268, le collège du Trésorier où devaient être logés et entretenus douze écoliers pauvres.
karesme, et futesleu maistre Guillaume de Flavencouri' archevesque.
L'an mil À'f^ .IxxviiJ., le jour de la translation sainct Nicolas ^, fut confirmée Telection de maistre Guillaume de Flavencourt archevesque de Rouen par le pape Nicolas, et fut sacré a la court de Romme le dimence de devant PAsencion de Nostre Seigneur. Et le merquedî ensuivant receupt son palion et le merquedi de devant la Pentecouste revint en France.
Ced. an, Henri, prieur de la Magdalenede Rouen, rendit lesclefzde la fontaine de Nostre DameaParchevesque dud. lieu, et iceluy arclievesque les rendit au chapitre de Rouen, et icelluy chapitre demoura en sa possession de lad. fontaine 5.
Ce mesme an, fut si grande abundance de grains que la somme du meilleur blé ne vallait que .xxvj. s., et la mine de mesteil .iij.soubz.
L'an. m. ijcc. Ixxix., le premier jourde septembre, trespassa Guy de Bourbon, doien de Nostre Dame de Rouen 4.
Ced. an, fut esleu maistre Philipe de Abeville, et fut confermée lad. élection par mons^ Guillaume de Flavencourt, archevesque dud. lieu.
Ce mesme an, Philipe, roy de France, ordonna par arrest de son parlem.ent de Paris que nul ne feist convy
1 M L, ici et plus loin, Flavacourt.
2 g mai.
5 V. Norm. nova Chron., p. 28, 2' col. et 29, ire col.
4 Gui de Bourbon, doyen de l'église de Rouen depuis i25o, était fils d'Archambault, sr de Bourbon. Il eut pour successeur dans cette haute fonction Philippe d'Ambleville et non d'Abeville.
ny banquet ou il eut plus de deux viandes avec le potaige et la sauce sur peine de grosse amende.
L'an .m. ij«.iiijxx,,rordredesCelestinsfutcommencée. En ce temps estoit a Paris maistre Nicole de Lire, docteur en théologie. Et aussi florissoit Alain', le grand théologien, et aussi le docteur subtil, maistre Jehan l'Escot.
Ced. an, la rivière de Seine crut si merveilleusement que les pontz de Paris qui estoient de pierre furent abatus et tumberent en la rivière, puis furent refaictz de bois et durèrent jusques a Tan .m. iiij" .iiij^^.xix. que le pont de Nostre Dame fondit et tumba de rechef en la rivière, puis a esté refaict de pierre. Et estoient lesd. eaues si grandes a Rouen que aux octaves de la Tiphaigne- elle montoit par desus la chausée des Amureez? trois piedz et par dessus la chausée de Martainville six piedz. Aussi a Paris, du costé de la porte Sainct Denis, on ne povoit entrer en la ville que par basteaux. Et continua tout le mois de février ensuivant, et puis veint une griefve gelée qui dura jusques au mois d^apvril ensuivant, dont procéda grande stérilité de biens.
L'an m. ij<:<: .iiij'^'' .ij., fut esleu par le sainct siège apostolique Tarchevesque de Rouen et deux evesques avec luy
I Nicolas de Lyre, ainsi nommé parce qu'il naquit à la Neuve- Lyre, cant. de Rugles, arr. d'Evreux, ne vécut que postérieurement à cette date. Ses commentaires sur l'Ecriture-Sainte, et particulièrement ses Postules, ont été en haute estime au moyen âge. — 11 faut, sans doute, substituer Albert à Alain, comme on l'a fait au t. XXIU des Historiens des Gaules et de France. Alain de Lille ou de l'Isle est mort, en effet, en i2o3. Albert le Grand mort en 1280, et Jean Duns Scot sont célèbres parmi les scholastiques.
î La Tiphaigne : l'Epiphanie.
? La chaussée des Emmurées est maintenant la rue Saint- Sever.
pour sçavoir et enquérir les miracles qui se faisoient a Sainct Denis en France par sainct Lois, jadis roy de France, lesquelz y furent long temps; puis feirent sçavoir lesd. miracles au sainct siège apostolique.
Ced. an, aux octaves de F Assencion de Nostre Seigneur, fut parfaicte une cloche qui fut nommée Rigault, et estoit encoire du don de monsf^ Odo Rigault, et estoit la plus grosse qui fut pour lors en l'eglize de Nostre Dame de Rouen.
L'an .m. ij" .iiij''^ -iiij-, le jour de Pasques, ainsi comme Parchevesque de Rouen chantoit la grande messe a Nostre Dame, lafouldre chait devant lecruxifilz. Aucuns des assistens s'enfouirent en la chappelle Nostre Dame et furent sauvez, et les autres chairent a terre blesez tant aux chefz comme [aux] bras et jambes, mais par la grâce de Dieu furent garis. Et est certain que en icelle heure en chait en plusieurs lieux auxeglize[s]tanta Fauvillequea Longueville, au Neufchastel et en plusieurs autres places'.
L'an mil .ij<:<: .iiij^^.xvj., la rivière de Seine fut si grande que toute la ville de Paris en fut circuie de toutes pars tellement que, du costé des portes Sainct Anthoine, Sainct Martin, Sainct Denis, Monsmatreet Sainct Honnoré, on n'y eust sceu entrer sans bateau. Et fut une telle avalase d'eaue a Rouen que le pont fut rompu. Mais on feist une procession en portant le bras sainct Romain et tout en ung instant visiblement et miraculeusement l'eaue se retira.
Ced. an (i3o4), au mois d'apvril valut le blé la somme
I V. Norm. nova Chron., p. 29, 2e col. — Fauville, ch.-l. decant. de l'arr. d'Yvetot; Longueville, ch.-l. de cant, de l'arr. de Dieppe; Neufchâtel-en-Bray, ch.-l. d'arr. (S.-Inf.).
de .viij. Ib. viij. s. ei le bon. x. Ib. ', et Guilaumede Flavcncourt, archevesquc de Rouen, donna cotidiennement aux paouvres tant en pain que en argent. iij«. Ib. et plus vouloit donner, mais ses gens ne lui voulurent permectre^
L'an .m. iij'^'^ .vj., au mois d'apvril, trespassa Guillaume de Flavencourt, archevesque de Rouen, lequel en son vivant fonda la messe de Nostre Dame qui se dit en la chapelle de derrière. Et gist son corps a lad. chapelle a main senestre, et y a en escrit? ce qui ensuit :
Epitaphe.
Cy gist homme de bonne mémoire Mons' Guillaume de Flavencourt, jadis archevesque de Rouen,- qui trespassa en Tan de grâce mil trois cens et six, le .vj°. jour d'apvril. Priez Dieu pour l'ame de luy.
Ced. an, le pape Clément fèist son nepveu Benard archevesque de Rouen 4.
Ce mesme an, les Juifz furent expulsez du roiaulme de France.
L^an mil .iijcç .vij., les Teraplierz de tout le roiaulme de France furent destruictz pour leurs herczies, sodomitez et crimes de quoy ilz estoient plains, par le commandement du roy Philipe.
' Ms. L, ... lyvres tournois.
2 M. Chéniel a publié aux pièces justificatives de son Histoire Je Rouen pendant l'époque communale, une pièce en vers français sur la famine de 1^04, par le frère Guillaume le Forestier, du monastère de Sainte-Catherine-lès-Roucn.
5 Ms. L, au-dessus de la ligne : en lettres tourneures .
4 Bernard de Fargis, d'abord évêque d'Agen, puis archevêque de Rouen de i3o6 à i3ii, date à laquelle il permuta avec Gilles Aiscclin, archevêque de Narbonnc.
L\in mil .iijc<^ .x., l'archevesque de Sens avec ses suffragantz feist un concilie auquel par le commandement du pape furent condampnez publiquement a Paris .liiij. templiers qui estoient demeurez de la court séculière a estre bruslez. Et tost après eut ung autre concilie ' en la province de [Reims] ou furent bruslez le demourant de l'archevesché, et le tiers fut au Pont de l'Arche ^ ou furent condempnez lesd. templiers. Et après maistre Jacques de Baloy?, grand maistre de l'ordre desd. templiers avec ung sien compaignon qui estoit le reste de Tordre fut condempné a estre bruslé comme les autres et fut bruslé en ung pré qui est près les Augustins de Paris et ainsi faillit Tordre.
Ced. an [i3ii], le pape Clément feii tant que Gilles Assellimy4, archevesque de Nerbonne, eust Tarchevesché de Rouen et son nepveu Bertran, archevesque de Rouen, eust Tarchevesché de Nerbonne.
L'an mil .iijcc .xiij., les festes de Pentecouste, Philipe, roy de France, feist chevaliers ses trois filz Lois, Philipe et Charles, a Paris, et y eut grande joie faicte, présent a ce Edouart, roy d'Engleterre, gendre dud. roy de France et mary de Ysabeau de France, seur desd. chevaliers. Et fut toute la ville tendue de tapiserie et fut la feste
' Il s'agit ici du concile tenu à Senlis, dans la province ecclésiastique de Reims, où furent brûlés neuf templiers.
2 Ce concile fut préside par l'archevêque de Rouen, Bernard de Fargis.
3 Jacques de Molay.
4 Gilles Aiscelin fut le premier fondateur, en 1^14, du célèbre collège de Montaigu. Ce collège ayant été reconstruit, en i388, par son neveu, Pierre de Montaigu, cardinal-évêquc de Laon, prit le nom de ce dernier bienfaiteur.
tenue au palaix de Paris que led. roy de France avoit faict faire de nouveau de très beau et sumptueux oeuvre par ung chevalier normant qui estoit comte de Longueville, nommé Enguerrand de Marigny ', saige homme, qui estoit du tout son gouverneur et avoit la charge de ses finances et affaires du roiaulme, lequel avoit eu la charge de faire led. ediffice.
Q.UATRAIN :
Philipe Bel, roy tresnoble et loial, Par Enguerrand, seigneur de Longueville, Ediffia de dens Paris la ville ^ Moult richement le sien palaix roial.
L'an mil .iij'^c .xix., trespassa Gilles Assellimy, archevesquc de Rouen, et fut son successeur Guillaume de Durfort par la provision du Sainct Siège apostolique 2.
L'an mil. iij". xxj., fut une infamie contre les ladres du roiaulme de France, car les sains ne voulurent point que ilz puisasent de l'eaue en leurs puis ne en leurs fontaines, mais les voulurent par tout le roiaulme faire occire ; dont il fut ordonné que leurs maisons seroient loing du peuple et leurs maisons du siècle furent par ia justice condampnez a estre bruslez ?.
Ced. an, fut une forte gelée qui commença a la Tiphaigne et dura jusques au .xv«. jour de mars; et, a la fin de février, fut si grande abondance de neige que
' Notre ms. contient plus loin le récit du procès et de la mort d'Enguerrand de Marigny, dont « led. corps fut porté en l'eglisc de Nostre-Dame d'Escouis laquelle il avoit fondé et faict cdiffier de ses propres deniers, et en icelle mys chanoines a dire le divin service et heures canonialles, et donné rentes pour les entretenir. »
2 Guillaume de Durfort occupa le siège de 1319a l'i'Si.
? V. Norm. tiova Chron., p. 3i, 2" col.
jamais on n'en veit tant, et dura la neige jusques au •xv^. jour d^avril.
L^an .m. iijcc .xxiiij., fut ordonné par le chapitre de Nosire Dame de Rouen que les matines, queonavoit acoustumé de dire a mynuict, seroient doresnavant dictes au matin. Et la cause de ceste mutation et changement fut pour ce que Pung des chappelains de l'eglize fut griefvement blessé et navré en venant a matines'.
Ced. an [i33o], Guillaume de Durfort, archevesque de Rouen, trespassa au mois de novembre et le .xiiij^. jour de dcsembre ensuivant, le pape Jehan feist maistre Pierre de Rogeray archevesque dud. Rouen, lequel estoit archevesque de Sens. Icelluy Rogeray estoit homme de grand conseil et moult aymé^.
L'an.m.iij'-c.xxxij., le dimence d'après la Sainct Michel Philipe de Valois, roy de France, feist son aisné chevalier a Paris lequel avoit nom Jehan, et au Nouel ensuivant luy donna la duché de Normendie, et aux octaves de h Tiphaigne ensuivant icelluy duc veinta Rouen auquel lieu il fust reçu a grande joie ; et la receupt ses hommaiges et y establist sa court, ainsi comme duc.
En icelluy temps Edouart, roy d'Engleterre, mena guerre a David, roy d'Escosse', tellement que icelluy Da-
1 V. Norm. nova Chron,, p. 32, i" col.
2 Sur Pierre Roger, archevêque de Rouen de i33o à i339, puis cardinal en i337, puis pape sous le nom de Clément VI, v. Norm. nova Chron., sous les années i33o, i337, i338, 1342, p. 32, ire col.
3 David Bruce, fils de Robert Bruce, succéda à son père au royaume d'Ecosse en 1329. Chassé par son compétiteur Edouard
vid avec sa femme, laquelle cstoit sœur aud. roy de Englcterre, se meisi sur mer et s'en veint au roy de France a secours, lequel roy de France le receupt benignement et luy donna le chasteau Gaillard lequel est a Andely sur Seine.
L'an mil .iijcc .xxxiij., Philipe, roy de France, et grande multitude de prelatz et de nobles se feirent croiser a Saint Germain jouxte Paris par la main de Pierre Rogeray, archevesque de Rouen, establi a ce par leSainct Siège apostolique.
L'an mil .iij" .xxxviij., le .xvije. jour de décembre, le pape Benoist .\Vf. créa six cardinaulx dont Pierre de Rogeray, archevesque de Rouen, estoit Tung. Et le •xve. jour de febvrier ensuivant, fut Tevesque d'Auserre translaté en archevesque de Rouen, lequel estoit nommé Aymery Guenant, natif de Touraine, et fut receu a Rouen par les vicaires la veille de Pasques après le service et la grande messe.
L'an mil .iij'^--^ .xlij., la veille Sainct Marc, trespassa le pape Benoist .xij^. de ce nom, et le jour Sainct Jehan Porte Latine ensuivant qui estoit le lundi des Rogations, fut esleu Pierre de Rogeray vulgairement appelle et nommé le cardinal de Rouen pour ce qu'il avoit esté archevesque de Rouen et fut nommé Clément .vj«. Il créa aux ordres de la Saincte Croix ensuivant dix cardinaulx desquelz l'ung estoit son frère et estoit moyne et les autres ses nepveux et estoient jeunes, et tous esioient Limosins excepté deux ou trois. Et en l'espace de .xvj. ans fut de
Baliol, il se retira en France. Rappclci par ses sujets, il remonta sur le troue, mais fut tait prisonnier, en 1^46, par les Anglais qui le retinrent captif pendant ilix ans. 11 mourut le 7 mai 1370.
simple moyne faict pape. Il estoit natif de Limoges, il fut moyne en la Chase Dieu en Auvergne, de l'ordre de Sainct Benoist, puis fut prieur de Saincte Babile, qui est ung prioré de Sainct Benoist, maistre et docteur en théologie et proviseur du collège de Sorbonne, après abbé de Fescamp, depuis evesque d'Arras et après esleu archevesque de Sens et par après archevesque de Rouen. Puis fut crée cardinal de Romme du tiltre de Sainct Nerée et Achillée, et finablement esleu pape en Avignon. Icelluy Clément ordonna le jubilé estre de cinquante ans en cinquante ans.
L'an mil trois cens quarante deulx, le roy de France Philippe de Valois, .vje. de ce nom, mist sus la gabelle sur le sel. Et feist la monnoye tellement empirer que le denier en valloit cinq, dont le peuple fort murmura, et après en suyvyt grand famine '.
L'an .m. 11)*^= .xliij,, le .xvij'^. jour de janvier, trespassa Aymeri Guenant, archevesque de Rouen, en un chasteau que il avoit auprès de Loviers, nommé Pinterville, et le .iiije. jour ensuivant fut son corps apporté environ l'heure de nonne en Teglize de Sainct Paul soubz le mont de Saincte Katherine, auquel lieu le fut quérir tout le clergié et religions de Rouen. Et fut apporté le corps dud. deffunt en son coffre par ses gens jusques en l'eglize de Saint Ouen avec .Ix. torches^, ou l'abbé de celuy lieu en habit pontifical, a croix et chandeliers, texte d'evangille et ensencier avec tous les religieulx en aubes et aornementz 5. Et fut dit par le chantre et trésorier de Nostre Dame de
1 Cet alinéa manque en P.
2 Ms L, de vj Ib pièce.
9 Ms L, en surplis et orncmens par les mains du chantre et thesaurier de Nostre Dame de Rouen, disans ledict chantre et the~ saurier
Rouen : « Vous nous avez baillé ung noble homme en vie et nous vous le rendons mort ». El pour ce que les moynes nereceurent point led. corps comme ilz dévoient, car ilz ne vindrent point jusques a la croix del'estre, ilz furent citez en chapitre. L'abbé avec ses inoynes se excusèrent disantz que, pour la presse des gens et aussi pour le temps lequel estoit pluvieux, ne peurent pas recepvoir led. corps ainsi comme ilz dévoient, car ilz dévoient aller jusques a lad. croix et y recepvoir led. corps; laquelle excusation ouye, [le] chappitre leur pardonna, et led. corps receu et devant le grand autel mys, les chanoines et chapelains et leurs gens s'en retournèrent ', et les gens dud. deffunctdemourerent en l'abbaie tout le jour et la nuict. Et lendemain fut célébrée et sollennellement dicte une messe de Requiem par lesd. moynes, et le corps et effigie dud. deffunt, ses gans, ses sendalles et aornementz pontificaux, bien et deuement aorné, fut porté par lesd. moynes hors de leur eglize jusques devant la croix de l'estre et le livrèrent aux gens dud. deffunt, et de la fut porté a Sainct Amand avec lesd'" .Ix. torches et ne demoura point du luminaire ausd. moynes. Et eux venus a Sainct Amand, les religieuses receurent led. corps et le posèrent devant le grand autel et sollempnellement célébrèrent une messe de Requiem, et lad. messe dicte fut porté a Nostre Dame par des prebstres de la cité revestus de tous aornementz sacerdotaux excepté le casuble avec lesd^^s ,ix. torches. Et est a sçavoir que a Theure que lesd . moynes le livrèrent a la croix de leur estre, toutes les cloches de Nostre Dame commencèrent a sonner et ne finercnt jusques a ce qu'il feust en Teglize de Nostre Dame. Et a l'entrée de Teglize fut receu par l'archediacre et au-
I Ms L, <3 l'ecclise de Nostre Dame de Rouen.
très du coeur et porté entre le grand autel et le candélabre, lequel a sept rames et meirent aux piedz dud. deffunt cinq chandeliers lesquelz sont cotidiennement derrière le grand autel, ausquelz chandeliers et candélabre on meist .xij. sierges des plus gros et des meilleurs dud. trésor fondez par led. deffunt, avec .iiij. cierges qui sont aux quatre coingz de l'autel que quatre anges tiennent, le tout fondé par led. deffunt. Et fut enterré en la chapelle de la vierge Marie prez la sépulture de mons' Odo Rigault en la dextre part d^icelle • chappelle, et Tevesque d'Evreux ' célébra la messe et feist Penterrement. Et y assistèrent plusieurs abbez enchappes, miitres et croches et fort honnestement aornez, et la sépulture dud. deffunt bien honnestement aornée, et meit on sur la fosse dud. deffunt trois cierges, deux au chef et ung aux piedz, Jusques a septiesme jour, lesquelz [bruloient] toujours, et tous les jours Placebo et Dirige estoit chanté devant lad. sépulture avec une messe de Requiem qui estoit chantée au coeur, et devant lad. sépulture avoit dix torches qui brusloient durant led. service tous les jours jusques au septiesme jour.
Ced. an i343, fut esleu archevesque de Rouen Nicolas de Rogeray2. Icelluy Nicolas estoit vieil environ de .iiij^^. ans ou plus quand il fut faict archevesque de Rouen, et estoit oncle du pape Clément .vj^ par avant nommé Pierre de Rogeray.
L^an .m .nf^ .xlvij., mourut Nicolas de Rogeray, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Jehan, evesque deBeauvais5.
1 Robert de Brucourt, évêque d'Evreux de 1340 à 1374.
2 Nicolas Roger. Il mourut à Avignon, auprès de son neveu, sans être jamais venu dans son diocèse.
3 Jean de Marigny, fils de Philippe de Marigny, sieur d'Ecouis. Il
L'an .m. ij" .1., fut une si grande mortalité' qui estoit avec crachat de sang et estoit si contagieuse que non pas seulement par communication de Tung a l'autre, mais aussi pour regarder Tung Tautre on mouroit, et mourut bien les trois pars du monde.
Ced. an, la .viijf. kalende de juin, le pape Clément .vj^., jadis archevêque de Rouen et nommé Pierre de Rogeray, fondaaNostreDamede Rouen ungcollegede .xvj.chapellains dont il y en [eut] .xij . prebstres, deux diacres et deux soubz diacres, et sera dit le colege du pape et les chappelains les Clementins, et que nul ne y sera receu que il ne ait rendu par coeur le psaultier et anthiphonier dedens deux ans. Et prendront [part] lesd chappelains a toutes les heures qui se diront en lad. eglize. Et se ilz esioicnt deux mois passez sans résider en lad. eglize sans cause légitime, ilz seront privez et d'autres mys en leurs places. Et seront logez tous ensemble en une maison ou maisons. Et leur donna le pape pour avoir les livres, calices et autres aornementz .iijcc.xx.lb. de rente avec .ij« .xx. Ib. de rente pour leur maison, et mil sept censescus d'or pour une fois paier pour achapter lad. maison ou maisons. Et ont lesd. chapelains et colege neuf fiefz nobles amortis en la Chambre des Comptes du don dud. pape 2.
L'an .m .ij'^'^ .Ij., trespassa Jehan, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Pierre de Forest '.
était frère d'Enguerrand de Marigny, comte de Longueville, et de Philippe de Marigny, archevêque de Sens. Il obtint l'évcché de Bv.'auvais en i3i2 et fut archevêque de Rouen de 1347 ^ i35i.
1 La peste noire, dite aussi peste de Florence.
2 La bulle de fondation du collège des Clementins se trouve dans le ms. L.
î Pierre de la Forest présida en i355 la cérémonie par laquelle le
L'an .m .iijcc ,iv., la veille de la Concepsion Nostre Dame, Jehan second de ce nom, roy de France, donna a monsr Charles, dauphin de Viennois, son aisné filz, la duché de Normendie et le receupt a hommaige, puis Tenvoia a Rouen pour en prendre possession, et en receupt les hommaiges deses vasaulx. Et pour ce que, aucun temps après, il fut raporté au roy que vers sondit filz s'estoient retirez et prenoient gouvernement autour de luy le roy de Navarre', le conte de Harecourt^, les seigneurs de Preaulx', deGraviIle4 et autres et queilz empeschoieni que ceulx dud. pais de Normendie ne feissent au roy Taide que ilz luy avoient promisse, par quoy, le .v^. jour d'apvril aud. an le roy se partit de Manneville bien matin avant le jour tout armé et en sa compaignie cent hommes tous armez entre lesquelz estoient Lois $, conte d'Anjou, son
dauphin Charles prit possession du duché de Normandie. Nommé cardinal en i356, il se démit de son archevêché et mourut à Avignon en i36i.
1 Charles-le-Mauvais, fils de Philippe d'Evreux et de Jeanne de France, fille de Louis VIII, héritière de la Navarre, régna sur ce pays de i339 à 1387.
2 Jean V, comte d'Harcourt, fils de Jean IV et d'Isabeau de Parthenay.
5 Pierre de Préaux, fils de Pierre, baron de Préaux, mort en i3ii, et de Yolande de Lusignan de la Marche, décédée le 10 novembre i3o6. Il épousa Blanche du Bec-Crespin, dame de Dangu et de Thury. Il eut un fils Pierre, qui abandonna sa baronnie de Préaux pour se fixer, lui et ses descendants, dans l'île de Guernesey, et une fille, Marguerite, qui épousa Jacques de Bourbon, fils de Jacques 1er du nom, comte de la Marche et connétable de France, et de Jeanne de Châtillon-Saint-Paul. C'est ainsi que la baronnie de Préaux passa dans la maison de Bourbon.
4 Jean III Malet, sire de Graville.
5 Louis, duc d'Anjou, second fils de Jean-le-Bon et de Bonne de Luxembourg.
filz, monsf Philipe, duc d'Orléans ', son frère, le conte de Tancarville^, messire Arnoult de Denehan?, maréchal de France, et autres jusquesau nombre de cent, et chevaucha tant qu'il veint droict au chasteau de Rouen par l'huis de derrière hors les murs sans entrer a la ville ou l'atendoit le capitaine auquel il avoit faict sçavoir sa venue. Si entra dedens et trouva en la salle assis au disner mons^ Charles, daulphin de Viennois et duc de Normendie, son aisné filz, Charles, roy de Navarre, Jehan, conte de Harecourt, le seigneur de Preaulx, messire Jehan Mallet, seigneur de Graville, le seigneur de Clermont4, mons^ Lois de Harecourt $, frère dudit conte, le seigneur de Friquault^, de Tournebe?, de Glere^, de Maubué (et) de Mainemares9, tous
1 Philippe, duc d'Orîéans et de Lorraine, comte de Valois, fils de Philippe VI de Valois et de Jeanne de Bourgogne, né le le"- juillet i332, mort en septembre 1375.
2 Jean II de Melun, comte de Tancarville, fils de Jean le"", vicomte de Melun, et de Jeanne de Tancarville, grand chambellan héréditaire de Normandie, maître des eaux et forêts de France. Il épousa Jeanne Crespin qui lui apporta la charge et le titre de connétable héréditaire de Normandie. Fait prisonnier en 1 346 à l'occupation de Caen par les Anglais, il le fut encore en i35(5 à la bataille de Poitiers, où il combattit vaillamment aux côtés du roi Jean, dont il partagea le sort.
5 Arnoul,sired'Andreneham, dit d'Andreham, maréchal de France en i35i, mort en 1370.
4 Robert de Clermont, que ses fonctions de maréchal de Normandie attachaient au dauphin et qui fut assassiné à ses côtés, en mars 1357 par les partisans d'Etienne Marcel.
5 Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, gouverneur de Normandie en i356, mort le 16 mai i388.
(> Friquet de Friquans, chancelier du roi de Navarre.
7 Pierre, baron de Tournebu et du Bec-Thomas, s'' de Grimbosq, de la Mothe-Cesny et de Thury pour partie, fils de Jean de Tournebu et de Jeanne Commin.
8 Georges 1er, s"" de Clères. Il fut en i36o un des otages livrés à l'Angleterre pour le roi Jean.
9 Miiihué de Mainemare. — Le Registre des fiefs et arrière-fiefs
chevaliers, Colinet Doublet ' et Jehan de Portalu, escuiers, et plusieurs autres^ lesquelz il feit lever de table et mettre en prison en diverses chambres aud. chasteau et leur feit bailler achascun ung confesseur. Puis s'en alla disner; et si tost que il eust disné luy et ceulx qui estoient venus montèrent a cheval et sortirent par led. chasteau hors la ville en ung champ ou le roy avoit faict faire un eschaufault sur quatre pipes. Et la furent amenez en deux charrettes, par le commandement du roy, lesd. conte de Harcourt, le seigneur de Graville, le seigneur de Maubué et Colinet Doublet. Et la leur fut les testes coppéez en la présence du roy et de sesd. enfantz, de sond. frère et autres. Puis les corps furent traînez et pendus au gibet de Rouen et leurs testes mises a des lances sur le gibet. Le lendemain, le roy feit délivrer les autres prisonniers qui avoient esté prins, réservé le roy de Navarre et lesd. Friquault et Portalu qui furent menez prisonniers a Paris. Et fut mys le roy de Navarre au Louvre et les deux autres en Chastelet.
Cedit an (1357), au niois de janvier, led. roy de Navarre ^ veint a Rouen avec grand compaignie de gens tant armez que desharmez ou ceulx de la ville les receurent. Et cedit jour, les Navarrois ardirent ung bel hostel que le duc de Normandie avoit a trois lieues de Rouen [a] Cou-
du Bailliage de Caen en i5ù5, publié par M. A. Beaucousin, mentionne, p. 66 : « ung quart de fief nommé Mainnemaie, assis en la paroisse de Saincte Geneviève. » Sainte-Geneviève-en-Bray, cant. de Saint-Saëns. arr. de Neufchâtel-en-Bray.
1 Froissart l'appelle Colinet de Bléville.
2 Le ms. L., qui ne contient pas le récit de l'arrestation du roi de Navarre, ajoute ici : qui avoit esté prisonnier.
ronne' et merquedi ensuiant que il fut arrivé, il envoia despendre les corps des quatre qui avoientesté décapitez^. Mais on ne trouva rien du conte de Harecourt^, car sesparens Pavoient osté secrètement. Et furent lesd. corps ensevelis par trois béguines et mis en troys coffres et amenez en trois char[i]otz couvertz de noir. Et alla led. roy de Navarre jusques au gibet avec grand nombre de gens; et y avoit cent hommes revestus de noir, lesquelz portoient cent grandes torches. Et furent lesd. corps arrestez au lieu ou ils avoient esté décapitez etillec chanté vigilles et aprez portez en l'eglize cathedralle de Nostre Dame de Rouen et furent mys soubz une chapelle de bois peinte de noir nommée Castrum doloris toute couverte de cierges de cire. Et estoît en Tung des chariotz les corps des seigneurs de Maubué et Colinet Doublet. Après led. chariot marchoient sur deux chevaulx deux escuiers armez de leurs armes et leurs amys après. Au second chariot estoit le corps de messire Jehan Mallet, seigneur de Graville, et après marchoient deux hommes a cheval qui portoient deux banieres de ses armes et deux autres sur deux chevaulx armez Tungpour la guerre et l'autre pour letournoy. Au tiers chariot ne avoit point de corps, mais il faisoit representacion dud. conte de Harecourt. Et après avoit deux banieres et deux hommes armez, led. [roy] de Navarre et les amys après. Le lendemain, led. roy de Navarre feit assembler le peuple de la ville de Rouen devant Tabbaie de Sainct Ouen et illec leur prescha et deist moult de choses voulant demonstrer que il avoit esté prins sans cause et détenu prisonnier Tespace de dix neuf mois, et puis parla
1 Le Grand-Couronne, ch.-l. de canton de l'arr. de Rouen, à 12 kil. sud de cette ville, sur la rive gauche de la Seine.
2 Ms. L, au Champ du Pardon, par le commandement du roy Jehan.
des quatre décapitez et les appelloit vrais rnanirs. Puis alla a lad. église de Nostre Dame ou il feit mettre les quatre heaulmes en la chappelle des Innocens, voulant dire que ilz estoient innocens des cas pour lesquelz on les feit mourir '.
L'an .m Ài'f'^ .lix., trespessa Pierre de Forest, archevesque de Rouen, et fut esleu Philipe de Alenconio^.
L'an .m .iij<== .Ixvij., illustre prince Charles v^ de ce nom, roy de France, meu de dévotion a la louenge et gloire de Dieu et en Thonneur de la glorieuse vierge Marie et de toute la court céleste de paradis, pour le salut de son règne et pour le salut de lame de luy etdesesprogeniteurs et successeurs rois de France, donna a l'eglize Nostre Dame de Rouen, .v^c. Iviij. Ib. xv s. de annuelle et perpétuelle rente a prend^re et lever par le doien et chapitre d'icelle eglize sur les halles et moulins de la ville de Rouen ; et est subjecte icelle eglize de faire dire et célébrer chascun jour perpétuellement deux basses messes incontinent après matines dedens le coeur a ung autel au senestre costé du grand autel dit et appelle Pautel du roy. Et les doibvent dire deux chappelains des douze prestres du colege des Clementins, et les quatre autres, c'est assavoir deux diacres et deux soubz diacres; y en aura ung
' Ce paragraphe et le précédent ont été reproduits par M. Ch. de Beaurepaire en appendice, p. SSy-SSg, dans son édition de la Chronique normande de Pierre Cochon, et le récit des honneurs rendus aux victimes de i356 a été imprimé par A. Deville, dans ses Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, i" édition, p. igb-igj.
2 Pierre de la Forest, nommé cardinal en i356, s'était démis de son archevêché en faveur de son neveu, Guillaume de Flavacourt, qui mourut en i35g, et c'est alors que Philippe d'Alençon, évêque de Beauvais, fut nommé archevêque de Rouen. Quant à Pierre de la Forest, il mourut à Avignon en i36i.
par ordre qui assistera en habit de Teglizc au[s]cl'" messes et sera tenu servir les deux prestres parer Tautel, allumer le luminaire et faire tout ce qui esta faire. Et y aura deux cierges de deux livres pièce lesquelz ardront durant lesd'« messes. Et a Televation du corps de Dieu y aUra deux torches de six livres pièce qui ardront par semblable. Et aura led. colege des Clementins de lad. rente chascun an cent livres parisis qu'ilz partiront et deviseront a eulx .xvj. equalement, et les recepveront par les mains du distributeur d'icclle eglize a deux termes, assavoir est Pasques et Sainct Michel. Item, sera dit chascun mois de l'an deux obitz, Tun le premier jour du mois et Tautre le .xv., se il n'y avoit excusacion; par quoy sera dit le prochain jour ensuivant, et sont .xxiiij. obitz par chascun an dont il y en aura quatre sollennelz aux quatre premiers jours des mois, c'est assavoir Janvier, apvril, juillet et octobre, ausquelz y aura meilleure distribution et plus grande sonnerie. Et le jour précèdent sera dit vigilles des trespassez a neuf pseaumes et neuf leçons, c'est assavoir Placebo ei i)fr/^e; et y aura aud. obitz et vigilles huit cierges en huit chandeliers autour de la sépulture du coeur dud. roy qui est au coeur d'icelle eglize. Et a chascun des quatre obitz solennelz sera distribué a ceulx qui seront presentz ou qui auront excusation légitime .xx. Ib. t., et a chascun des vingt autres .xv. Ib. t. dont les chanoines auront les deux partz et les chapelains et habituez deTeglizeletiers, dont la moitié des .xx. Ib. ou des.xxv. Ib. sera distribué a la fin des vigilles et Tautre moitié sera distribuée a la fin de la messe. Et est a entendre que nul chanoine ne chappelain ny habitué en Teglize ne pourra entrer aux vigilles depuis que la seconde pseaume sera commencée et aux messes depuis que la première oraison sera commencée, et si fault assister continuellement jusques a la tin tant
aux vigilles que la' messe ou autrement ne participera point a la distribution, et si nul ne prendra aux distributions s'il n'y est présent ou s'il n'est véritablement excusé par vieillesse ou infirmité de maladie. Item, aux quatre obitz soUennelz sonneront toutes les cloches de l'eglizc tant grosses que petites, et aux .xx. autres sonneront les cloches de Rigault pour exiter le peuple a dévotion, et pour icelle sonnerie et pour les cordes le trésorier d'icelle eglize aura chascun an. xiij. Ib. t.
Item, les enfantz de coeur ne serviront plus en sourplix au service de Teglize, mais seront tousjours en aube. Et le Jour de chascun obit, devant que dire la messe, il y aura deux desditz enfants d'ung costé et deux de l'autre costé, lesquelz diront les sept pseaumes penitencielles avec la letanie, les versetz et oraisons deus au proprium fidelhim et les diront les ungz ung vers etles autresl'autre. Etpour le labeur d'iceulx enfantz d'aube, oultre toute la distribution a eulx administrée, auroht chascun an. xx. Ib. t. divisée equalement entre eulx et convertie a leur propre usaige et utilité.
Item, le procureur de la fabrique d'icelle eglize sera tenu renouveller chascun mois deux fois les ci[e]rges des deux messes du matin, et les deux torches a lever Dieu ci les huit cierges qui serviront aux .xxiiij. obitz seront renouveliez de trois mois en trois mois, c'est assavoir aux quatre obitz sollennelz, lequel luminaire sera de la qualité et poix dessusd., et aura icelluy procureur de la fabrique chascun an. xx. Ib. t.
Item, icelluy procureur sera tenu faire espouidrer et nectoierl'ymaige d'albâtre de labenoisteviergeMarieet Sainct Michel nommé vulgairement l'Angelot avec le tabernacle qui est sur l'imaige quatre fois par an, c'est assavoir aux festes de la Nativité, Resurection et Pentecouste, avec
rAssumption de la glorieuse vierge Marie ; et aura icelluy procureur pour amender et uectoier icelluy ymaige chascun an. xv. s. t. Et est assavoir que toutes icelles pensions et gaiges et distributions se prendront sur lesd. .v<:c .viij, Ib. XV. s. de rente'.
Et en Tan 1 36g, le roy Charles le Quint, roy de France, ou mois de décembre, a la convention assemblée a Paris, fut ordonné que on pairoit pour chascune queue de vin que on vendroitengros le .xiije. denier. Et paieroit on le quatriesmedu vin que on vendroit en broche ^
L'an .m .iij^^ .Ixxv., mourut Philipe de Alenconio, archevesque de Rouen, et fut esleu Pierre des Juges 5, lequel estoit archevesque de Nerbonnc ; et fut le .xvij"-', jour d'aust.
Ced. an[i38o], le .xvj^. jour de septembre, decedaleroy Charles .v^. de ce nom après que il eut régné .xvj. ans. Et fut porté enterrer en l'abbaie de Sainct Denis en France, et son coeur fut porté a Nostre Dame de Rouen 4. Après sa
1 Le ms. L. contient, p. 7-9, les Ordinationcs Ecclesice Rothomagensis pro rege Carolo quinto.
3 Ce fait, qui par son caractère général, intéresse aussi Rouen et la Normandie, n'est pas mentionné par le ms. P.
) Pierre de la Jugie, qu'on appelle aussi Pierre de la Montre, originaire du Limousin, était neveu du pape Clément VI et cousingermain du pape Grégoire XI. Transféré de l'archevêché de Narbonne à celui de Rouen en il^5, il fut nommé cardinal la même année et mourut en xSyô.
4 << La pièce la plus apparente du chœur est le tombeau de marbre noir qui est au milieu, sur lequel est représenté, couché de son long, Charles V tenant son cœur en sa main ; la figure est de marbre blanc, de grandeur naturelle, et revêtue i la royale. » Dom Pomme-
mort, son frère Lois, duc d'Anjou, se saisit des trésors qui se montoient bien a .xvij. milions de francz. Et fut faict roy de France Charles son filz aisné lequel ne avoit que .xij. ans.
L'an .m. iij" .iiij^'^ v., trespassa Pierre des Juges, arehevesque de Rouen, et fut esleu Guillaume de Lestrange aux ordres de devant Noël.
Ced. an, Guillaume de Lestrange, archevesque de Rouen, commença et fonda la maison des Chartreux lez Rouen, et meist sept ans a achever, qui fut Tan .m Àï]'=<^. iiijxx .xi)'.
L'an .m .iijcc . iiijxx .vij., eut a Paris ung docteur en théologie de Tordre des Frères Prescheurs, nommé maistre Jehan de Montesons qui prescha et voulut soustenir publiquement que la vierge Marie avoit esté conceue en péché originel*, de laquelle proposition il fut condempné par rUniversité de Paris et Pevesque de Paris vestu en
raye, Histoire de la Cathédrale de Rouen, p. 6i. Il ne reste aujourd'hui trace ni du tombeau ni de la statue.
1 C'est en 1 384 que Guillaume de Lestrange, originaire du Limousin, jeta, dans la vallée qui de Darnétal descend vers Rouen, les fondations du monastère de la Chartreuse appelée Notre-Dame-dela-Rose, dont il reste encore quelques vestiges. Le nom de la rue de la Petite-Chartreuse en conserve encore le souvenir, Guillaume de Lestrange fut nonce apostolique auprès du roi de France. 11 mourut le 11 mars 1389 (n. s.)
2 Un théologien normand, Jean Petit ou le Petit, futur apologiste du meurtre du duc d'Orléans par Jean-sans-Peur, a exposé et refuté la doctrine de Jean de Montesson ou de Monsson dans son poème intitulé : Le Livre du Champ d'or, publié en iSgS, avec d'autres pièces inédites du même r,uteur, par M. P. Le Verdier pour la Société rouennaise de Bibliophiles, v. p. 3i-37 et note 219 de cette publication.
pontifical. Semblablemenij advint a Rouen d'ung autre docteur d'icelle mesme ordre lequel deist que s'il ne prouvoit qu'elle fut conceue en péché originel, vouloit que on l'apelast huet. Mais lendemain un matin fut trouvé mort en son lict, et en derrision d'iceulx, quand on voit aucuns dud. ordre, on les appelle huetz.
L'an .m .iij^c .iiijxx ^jx., fut commencée la tour ou befroy la ou est la grosse orloge de Rouen. Et es ans ensuivantz jusquesa.m .iij" .iiijxx .xviij. fut achevée. Et estoit pour lors cappitaine de la ville messire Guillaume de Belengues', chevalier et çhanberlen du rov, et Jehan de la Tuille- estoit bailly, et Guillaume Alorge, Jehan Mustel, Guillaume de Gaugy, Richard de Sommery, Nicolas le Roux et Gaultier Gampion, conseillers de lad. ville, et Pierre Hervieu, recepveur d'icelle.
L'an .m .iij" .ilijxx .xix., trespassa Guillaume de Lestrange, archevesque de Rouen, et fut porté enterrer aux Chartreux lès Rouen, lesquelz il fonda, et fu mys au costé senestre du coeur. Lequel mourut a Gaillon. Est en escript a sa sépulture : Hic jacet reverendissimus in Christo pater et dominus dominus Giiillelmus de Lestrange archiepiscopus Rothomagensis, fondator [a
1 « Guillaume de Bellengues, chambellan du roi, nommé capitaine de Rouen et de Sainte-Catherine, le jour de Pâques i382, fut le premier après l'anéantissement de la commune et succéda au dernier maire Robert Deschamps, qui avait en même temps, dans ses larges attributions, l'administration civile et le commandement militaire de la ville. 11 mourut le 1 6 septembre 1 409. » Ch. Kkht^vA, Recherches historiques sur Rouen, Porte-Martinville, p. 1 95-196.
2 « J'ai trouvé, pour la première fois, Jean de la Taille hgurant comme bailli de Rouen, le i^r mars iSSg, sur le vidimus d'une charte de Richard Cœur-de-Lion. 11 paraît dans les registres jusqu'au 2 septembre i3g8. Une lacune empêche de le suivre plus loin. » Ibid., p. iy3.
primo lapide'] istius domtis, gui obiit in Gallione .xj". die mardi, anno Domini milesimo uctuagesimo octavo.
L^an m, .iiij« .viij., trespassa Guillaume de Viane2,et fut esleu Lois de Harcourt; et print sa possession au mois d^octobre comme archevesque de Rouen.
L'an .m .iiii" .xv., le.xiij^. jourd^aust, Henry .v^. de ce nom, roy d'Engleterre, descendit au clief de Caux ?, et ayec luy une grosse armée et veint devant Harfleu mettre le siège, et le .xxiiij^ jour de septembre ensuivant luy fut rendue.
' Les mots placés entre crochets ont été omis par le copiste de P. Le ms. L. donne en couleui' le blason de Guillaume de Lestrange et le décrit ainsi : Porte de gueulles a deux lions rampans d'or dos a dos et ung leopart passant d'argent. — Au bas de la page 3o de ce ms., se trouve dans la marge une épitaphe latine dont le texte est trop corrompu pour qu'il soit possible de la rétablir. Nous la donnons telle quelle :
Nobilis vir qz pie liberàlis .itque pudice Guillerme jaces de letrangiis lemovicensis Fecisti sedein dirige carpento
Tandem suscipiens cathedra cum rothomagensseii, Astrifera qui luce dei /pistoque jubente Ecclesiam istam qz domum fandasti per evum Dissipans infernas prudencia multa famillis Veras amicitias longo in tempore firmau Numine mortiferis que tartarus edidit antro Non times rectore /pO ipso te vocante Anno milleno tercentum quater qz viceno Addito octavo ascendis liber in astro.
2 Guillaume de Vienne, frère de l'amiral Jean de Vienne, fut abbé de Saint-Benoît, évêque d'Autun, puis de Beauvais, et enfin archevêque de Rouen de iSSg à 1406.
? Le Chef-de-Caux s'appelle aujourd'hui la pointe de la Hève. Autrefois, cette pointe se prolongeait bien plus avant dans la mer qui recouvre maintenant le lieu où se trouvait la paroisse de Saint- Denis-du-Chef-dc-Caux.
7fi
L'an .m .iiii" .xvj., eut une commotion du commun de Rouen contre Thonneur et seigneurie du roy de France et allèrent de nuict tuer en son hostel messire Raoul Gaucourt, bailly de Rouen, et a celle nuict getterent de dessus le pont en Seine Jehan Léger, son lieutenant, et avec luy ung sien nepveu'.
L''an .m. iiij<^<^ .xviij., Henry .v^. de ce nom, roy d'Engleterre, meist le siège devant Rouen le .xxij*. jour de juillet, et dura environ .vj. moys, car la ville luy fut rendue le .xixe. jour de janvier ensuivant après avoir mengé chiens, chatz, chevaulx, ratz et souris. Il feist faire ung fort au boult du pont contre la ville ^ et feist commencer ung palaiz près les Jacobins 5 et y feit besongner tant comme il vesquit et y avoit une tour nommée Mausifrote.
Ced. an, les bourgois de Rouen mandèrent secrètement, le .xij«. Jour de janvier, Messire Guy le Bouteillier qui estoit a Dieppe pour le duc de Bourgongne qu'il veint a Rouen et que il[z] luy rendroient la ville, et de faict le meirent dedens par la porte Sainct Hilaire, puis meirent Je siège devant le chasteau, lequel leur feut rendu par Jehan de Harcourt 4 qui adoncq en estoit capitaine, pour ce que dedens n'y avoit nulz vivres, par ainsy que luy et ses gens eurent leurs corps et biens saufz. Pareillement
' V. Les Croniques de Xormandie, etc., publiées par M. A. Hellot, Rouen, 1881, p, 27-28.
2 II faut entendre contre dans le sens d'en face. Ce fort qu'on appela la Barbacane ou le petit château, était construit à l'extrémité du pont de Mathilde à Saint-Sever.
5 C'est le palais qu'on appela plus tard le Vieu.x-Palais, construit au bord de la Seine, vers le bas de la rue actuelle de Fontcnelle où était le couvent des Jacobins.
4 Jean VIII de Harcourt, comte d'Aumale, fils de Jean VII et de Marie d'Alençon, lieutenant et capitaine général de Normandie, tué à In bataille de Verneuil, 17 août 1424.
rendit Saincte Catherine ou estoit Messire Robert de Braquemont', admirai de France^.
Gedit an [1419J, le roy de Engleterre veint a Rouen pour faire son Nouel ou il feist grande feste et y feist trois de ses parents chevaliers, c'est assavoir le conte de Sonbreset et ses deux frères, et fut a Rouen jusques a Pasques et de jour en jour venoient ambassadeurs de la ville de Paris et du duc de Bourgogne pour faire les appointemens ja commencez et feurent accordez par ainsi que le roy d^Engleterre auroit en mariage madame Catherine, fille du roy de France, par ainsi qu^il auroit le roiaulme de France par adoption pour luy, ses hoirs et sa lignie; mais le roy de France qui toujours estoit malade, auroit toute sa vie le nom de roy, et la reine pareillement et que ilz auroient toute leur vie leur estât. Mais le roy d'Engleterre auroit le gouvernement de eulx et du roiaulme dès le présent, et, après sa mort, il seroit roy de France, mais du vivant du roy de France, il ne seroit pas nommé roy de France, mais hoir de France, et le dauphin et ceulxde sa lignie en seroient déboutez. Et fut led. dauphin bany a son de trompe parmy la ville de Paris, disant que il n'estoit pas filz du roy et que a luy ne apparlenoit pas le roiaulme.
L'an .m .iiij" .xx., après Pasques, Henry .v^. de ce nom, roy d'Engleterre, partit de Rouen et alla a Troies
1 Robert de Braquemont, dit Robinet, fils de Renaud de Braquemont, amiral de France en 141 7.
2 Les faits rapportés dans ce paragraphe sont antérieurs au siège de Rouen. C'est le 12 janvier 1418 (n. s.) et par conséquent avant l'arrivée de Henri V, que Guy Le Bouteiller fut reçu dans Rouen par le parti bourguignon. La reine Ysabeiu le nomma gouverneur de la ville et du château.
en Champaigne pour parfaire le traicté et espouser ma dame Katherine de France; et les espouza Tevesque de Troies, presentz le roy de France, le duc de Bourguongne, !e duc de Clarence et plusieurs auîre[sl seigneurs.
Ced. an, environ la Toussainctz, les rois et reines de France et d'Engleterre avec leur compaignie veindrent a Paris ou ilz furent fort honorablement receuz, le roy de France comme roy, et le roy d'Engleterre comme hoir de France. Et luy fut baillé la ville de Paris, la bastille Sainct Anthoine, le bois de Vincennes, avec toutes les forteresses appartenantes a la couronne de France pour y mettre cappittaines a son plaisir. Le roy d'Engleterre feist son Nouel en la ville de Paris, et ordonna des offices et de la monnoie, et feit faire nouveaux coingtz, soy disant hoir de France. Et estoit escript au tour de la pille d'iceulx coingz : Henricus Dei gratia, rex Englie, hères F?'ancie. Puis veint a Rouen ou il feist sa feste des Roys. Après la feste des Rois se partit de Rouen, luy, sa femme, le duc de Bedfortet plusieurs autres, et allèrent a Amiens et de la a Calés, puis passèrent en Engleierre ou ilz furent fort grandement receus.
Ced. an. [142 1], le .v'f. jour de décembre, le roy d'Engleterre eut nouvelles que la reine sa femme avoit eu ung filz nommé Henri, luy estant au siège de Meaulx. Parquoy, après la rendue dud. Meaulx, le roy Henry veint a Corbueil, au quel lieu luy print unegriefve maladie pour laquelle chose se feit apporter au bois de Vincennes ou il feut environ quinze jours et puis mourut. Et fut porié son corps a Nostre Dame de Paris en habit roial, et la fut faict son service sollennellement. Puis fut porté a Rouen en Teglize Nostre Dame la ou il
fut faict honnestement son service. Et puis fut porté en Engleterre et mys en sépulture en l'abbaie de Westmontier avec ses prédécesseurs.
L^an .m .iiij" .xxiij., trespassa Lois de Harcourt, archevesque de Rouen, et fut esleu en son lieu Jehan de Ruppescissa ' . Luy estant archevesque fut faict cardinal, et après fut patriache de Coslantinoble^
Et après lad. sentence donnée, lad. Jehanne fut menée au cimetière de Sainct Ouen auquel il y avoit trois eschaufaulx ou théâtres. En Tung estoit le cardinal d'Engleterre, en l'autre estoient Tevesque de Therouenne, l'evesque de Dimitrience et aucuns des abbés qui avoient esté au procès, et en l'autre Fevesque de Beauvais, l'inquisiteur de la foy, maistre Guillaume Herard, lequel feist le sermon, et lad. Jehanne; lequel Herard cria par trois fois : a Ha a France, France, tu as esté Jusques a présent necte de monstres, c'est a dire d'hereticques, et maintenant tu es séduite par ceste femme qui t'a faict hérétique. » A quoy lad. Jehanne respondit : « Il n'est pas vray. » Après lequel sermon, lad. Jehanne fut menée en la prison en la quelle le vicaire de l'inquisiteur et plusieurs autres l'allerent visiter et luy remonstrerent comme l'eglize luy avoit esté gracieuse, et qu'elle debvoit prendre la sentence agréable, qu'elle obéisse a l'eglize et qu'elle laisse ses révélations et follies. Etau cas qu'elle renchoit jamais en telles
1 Jean de la Roche-Taillée, de Rupe scissa, évêque de Genève en 1417, archevêque de Rouen en 1423, cardinal en 1425, transféré de l'archevêché de Rouen à celui de Besançon, décédé à Lyon le 23 mars 1437.
2 Ici se trouvent les développements relatifs à Jeanne d'Arc. Pour les raisons qui nous les ont fait supprimer, voir notre introduction.
follies, l'eglize ne la recepvera plus; etluy remonstrerent qu'elle prensist Thabit de femme et qu'elle laissast l'habit d'homme; laquelle Jehanne respondit que voleiitiers elle prendroit Thabit de femme. Et ses cheveulx qui estoient rondz furent tonduz tout bas.
Le merquedi, penultime jour de may, de la part dud. evesque fut citée lad. Jehanne pour ouir droict et a comparoir personnellement devant luy au Vie»il Marché de la ville de Rouen a huit heures de matin pour se veoir déclarer estre retournée en ses erreurs hérétiques et excommuniée avec les intimations acousiumez de faire en tel cas.
Ced. jour, environ neuf heures de matin, led. evesque et juges devant diiz, estantz au Viel Marché prcs Teglize de Sainci Sauveur de Rouen, presens a ce les evesques de Theroucnne et de Noion et plusieurs autres dodeurs clercz et maistres, et feist la prédication maistre Nicole Midi. Après laquelle led. evesque de Beauvais admonesta lad. Jehanne du salut de son ame et se repentir de ses malfaictz et qu'elle eut vraie contricion ; et luy fut baillé deux frères prescheurs pour la conseiller, et après led. evesque donna la sentence diffinitive dont la teneur ensuit :
a In nomine Domini amen. Nous Pierre, par la miseration divine humble evesque de Beauvais, et nous, frère Jehan Magistri, vicaire de Tinquisiteur de la foy, juges competentzen ceste partie, comme toy, Jehanne dicte la Pucelle, aies [esté] par nous trouvée estre encheue en divers erreurs et crimes de cisme, de ydolatrie, de invocation de deables et plusieurs autres metfaictz, et pour ces causes et par juste jugement, nous te eussions déclarée telle, toutesfois pour ce que l'eglize ne doit jamais les
bras a ceulx qui veullent retourner a elle. Nous, estimantz que de pleine pensée et de foy non faincte, tu te fusses retirée de toutes telles erreurs auxquelles tu avois renoncé, voué, juré et promys publiquement de jamais ne renchoir en telles erreurs ne en quelques autres hérésies, mais demourer en l'union catholique et communion de nostre mère saincte eglize et de nostre sainct père le pape, ainsi qu'il est contenu en une cedulle escripte de ta propre main, toutesfois de rechef tu es renchue en ton erreur, ce que recitons a grand douleur. Pour laquelle cause nous te déclarons avoir encouru sentence de excommunication ou tu estois premièrement escheue, parquoy te déclarons hérétique, et par ceste nostre sentence proferons comme membre pourri te aions déboutée et regetée de l'unité de Teglize, et te aions déclarée estre délaissée a la justice séculière a laquelle nous prions te traicter doulcement. »
Après laquelle sentence, led. evesque, inquisiteur et aucuns desd. juges se absentèrent de la et laissèrent lad. Jehanne sur Peschaufîault. Et alors le bailly de Rouen, lequel estoit Englois, qui la estoit, sans autre procès ne sans donner aucune sentence contre elle, commanda qu'elle fut menée au lieu où elle debvoit estre bruslée. Lequel commandement ouy par icelle Jehanne, commença a crier et se plaindre si fort qu'elle emeust le peuple a pitié. Et incontinent led. bailly commanda que on la meist au feu, ce qui fut faict. Et la fut bruslée piteusement et a grand martire, dont fut grande pitié et grand dommaige pour le roiaulme de France.
L'an .m .iiijcc .xxxj., Hugues de Ourgiis fut faict archevesque de Rouen'.
> Hugues des Orges, d*abord évêque de Chalon-sur-Saône, puis
L'an .m .iiij" .xxxiij., se partit de Beauvais ung nommé Ricarville avec quatre vingz hommes et arrivèrent devant le chasteau de Rouen et par cordes descendirent aux fossez et eschelerent la grosse tour et entrèrent au chasteau et tuèrent tous les Englois, réservé le conte d'Arondel qui estoit en une chambre bien fermée et aucuns de sa chambre. Il demanda aux bourgois de la ville, lesquelz estoient devant le chasteau, pour qui ilz vouloient tenir, et ilz rcspondirent pour le royde France et d'Engleterre. Incontinent il se feist descendre dedens les fossez et puis feust remonté en hault, et après il mist le siège devant le chasteau. Les François retirent eulx et leurs vivres dedens la grosse tour. Le régent, lequel estoit a Paris, manda que on abaiist la tour sur eulx; pour lequel mandement on affûta a la Rouge Mare une bonbarde qui abatist une partie du hault d^'icelle tour, et par ce se rendirent a la volenté du prince, lequel feist décapiter led. Ricarville. Et lors les compaignons qui rien n'en sçavoient demandèrent la composision de Ricarville, car ilz ne pensoient pas que ilz le eusent mys a mort. Et ainsi que ilz descendoient de la tour, on leur monstroit le corps de Ricarville, et par ce ilz furent tous décapitez au Viel Marché de Rouen '.
L'an .m .iiij".xxxiiij., fut décapité et escartellé a Rouen ung grand seigneur d'Engleterre pour larcins et autres maulx par lui faictz, lequel estoit nommé Venablcs, et fut la veille Sainct André. Ce jour plut merveilleusement, et la nuict gella en telle manière que les bledz demourerent
archevêque de Rouen après le départ de Jean de la Roche-Taillée, prit part au concile de Bâle et mourut le 19 août 143Ô.
' V. Notes sur la pri»e du Château de Rouen par Ricarville en 1482, par M. Charles de Ucaurepaire, Rouen, 1837.
soubz les glaces. L^ver dura depuis la Sainct André Jusques a Pasques, et de ce commença la cherté; et durant ceste cherté la mine de bled, mesure de Rouen, valoit quatre salutz d'or. A Rouen, grand nombre de peuple mourut par guerre, après par famine et tiercement par la mortalité.
L'an .m .iiij^c .xxxv., a Chanteraine a Rouen, pour lors nommé Joyeulx Repos', ou sont a présent les Célestins, mourut Jehan de Bedfort qui estoit régent en France et en Normendie pour le roy d'Engleterre. Il estoit filz de roy, frère de roy et oncle de roy^. Il fut mys en sépulture dedens le coeur de Nostre Dame de Rouen, et y donna de beaulx dons et de beaux aornementz d'église. Après luy gouverna le duc d'Iork ', puis ung nommé Vuarvic comte de Sombreset4.
L'an .m .iiijcc .xxxvij., trespassa Hugues de Orgiis, archevesque de Rouen, et fut esleu maistre Lois de
1 L'hôtel de Chantereine ou du Joyeux-Repos, plus tard couvent des Célestins, dont l'emplacement est en grande partie compris dans les terrains de l'Hospice-Général, était situé à l'extrémité est de la rue Eau-de-Robec, devant les rues des Célestins et Chantereine, qui en conservent le souvenir.
2 Jean, duc de Bedfort, était fils de Henri IV, frère de Henri V, et oncle de Henri VI, rois d'Angleterre.
î Richard, duc d'York, fils de Richard d'York et d'Anne Mortimer, héritière de la maison de Clarence, lieutenant au gouvernement du royaume de France, qui fut tué dans la guerre des deux Roses, à la journée de Wakefield, le 3i décembre 1460.
4 Edmond de Beaufort, duc de Sommerset, devint comte de Warwick par son mariage avec Eléonore Beauchamp, fut régent de France pour Henri VI et périt dans la guerre des deux Roses au combat de Saint-Albans, 12 mai I455. Les Sommerset étaient issus de la maison de Lancastre.
Lucembourg', evesque de Therouenne, soy disani chancellier de France. El fut translaté archevesque de Rouen le .xj«, jour d'apvril après Pasques, ced. an.
L'an .m .iiijcc .xl,, le xij« jour de febvrier, fut faict cardinal maistre Lois de Lucembourg, archevesque de Rouen et chancellier de France pour le roy d'Engleterre, et receupt son chapeau de cardinal au monastère de SainctOuen.
L'an .m .iiij" .xliij., au mois de septembre, trespassa en Engleterre Lois de Lucembourg, archevesque de Rouen.
L'an m .iiij" .xliiij., au mois de juillet, Maistre Raul Rousel, trésorier de Nostre Dame de Rouen, fut esleu archevesque dud. lieu 2.
L'an .m .iiij" .xlix., au moys de may, le sire de Maugny nommé Messire Pierre de Brezé', Robert de Floques,
1 Louis de Luxembourg, chanoine de Notre-Dame de Rouen, éVêque de Thérouanne, chancelier de France pour le roi d'Angleterre Henri VI, élu à l'archevêché de Rouen en 1436, administrateur de l'évêché d'Ely en Angleterre, cardinal en 1440, décédé le 18 septembre 1443.
2 Raoul Roussel fut élu le 4 décembre 144'?, mais son entrée solennelle n'eut lieu que le 20 juillet 1444.
5 II y a ici une double erreur. Ce n'est pas Pierre de Brézé qui participa à la surprise de Pont-de-l'Arche, mais son frère Jean, capitaine de Louviers et bailli de Gisors. De plus, le seigneur de Mauny était alors Jean Crespin, baron du Bec-Crespin et sf de Mauny, qui mourut en 1461 et dont les fiefs passèrent d'abord à son frère Antoine Crespin, évêque de Laon, puis archevêque de Narbonne, et ensuite à leur sœur Jeanne, mariée à Pierre de Brézé. C'est alors seulement que le fief de Mauny entra dans la maison de Brézé.
bailly d'Evreux', Jaques de Cleremont» et Guillaume de Bigars5, prindre'nt subtillement la ville et chasteau du Pont de r Arche par le moien d'ung marchant de Loviers4 qui souvent menoit charroy par led. Pont de TArche pour aller a Rouen, lequel faignant de faire comme il avoit acoustumé, feist bien matin ouvrir la porte et getter pour le vin deux bretons et une plaque. Et comme le portier se baissoit pour les recueillir, il fut tué et soubdain sortirent ceulx de l'embûche criantz Bretaigne et Sainct Yves, et y moururent près de .vj'^'^. Anglois,
Ced. an, au mois de juillet, les dessud. de Brezé, Floques, Cleremont et Bigars par le moien d'ung monnier prindrent d'échelle la ville de Vernueilî; ety mourustprès de .vj'^x. Englois, et après le chasteau fust prins d'assault.
Cedit an 1449, au moys d'octobre, le roi de France envoia sommer les Englo[i]s estantz a Rouen de luy rendre sa ville de Rouen^, mais les Englois qui dedens
1 Robert de Floques, dit Floquet, sire de Floques et d'Avrechier, chevalier, maréchal hérédital de Normandie, conseiller et chambellan du roi, bailli d'Evreux.
2 Jacques de Clermont, sr de Cressieu et de Poupet, écuyer, conseiller de Charles VII, bailli de Caen en 1450. Il fut encore bailli de Caux et capitaine de Montivilliers.
? Guillaume de Bigars, écuyer, s' de la Londe.
4 Robert Blondel {Reductio Normanie 1. I, c. 7), donne le nom de ce marchand, Guillaume Hoël.
5 Verneuil, ch.-l. de canton del'arr. d'Evreux (Eure).
6 Le récit de la prise de Rouen et de l'entrée de Charles VII dans cette ville nous a été transmis, en latin, par Robert Blondel, en français, par Jean Charlier, Mathieu d'Escouchy et les Cronicques de Normandie dans la partie intitulée ; Cy apre^ ensuit le Recouvrement de la duché de Normandie, que M, A. Hellot a, le premier, reconnue être l'œuvre du héraut Berry, publiée en 1487 dans l'édition des Cronicques donnée par Le Talleur, et qu'il a réimprimée en 1881 dans l'excellente édition qu'il a donnée des dernières parties
èstoient ne souffrirent aux heraulx faire leur sommation. Le roy de France estant adverti de la manière de faire des Englois, y envoia de rechef pour les sommer comme devant. Mais les Englois ne voulurent souffrir que ilz approchassent de la ville ne qu'ilz parlassent au commun, par quoy s'en retournèrent comme les autres. Quand le roy le sceut, il y envoia le conte de Dunois', lequel estoit son lieutenant gênerai, avec toute sa puissance, la ou ilz furent trois jours devant, et y furent faitcz de beaulx faictz d'harmes dedens et dehors. Led. seigneur de Dunois, voiant le temps qui estoit sur l'iver et que nul homme ne faisoit semblant de soy rendre, le tiers jour il s'en alla au giste au Pont de P Arche, auquel lieu estoit le roy de France. Et après vindrent nouvelles devers le roy de France que certaines gens de Rouen se mettroient sur la muraille de la ville de Rouen dedens deux tours et la garderoient ung pan de mur en manière que les François pourroient entrer par la en lad. ville. Si fut ordonné pour y aller led. seigneur de Dunois et son armée pour achever cette besongne. Et après partirent les roys de France et de Cecïlle^ et chevauchèrent après lad. armée,
des Cronicques de Normandie comprises entre les années i223 et 1453. C'est d'après le récit de Berry, abrégé et modifié en plusieurs endroits, que notre compilateur a composé son récit.
1 Jean d'Orléans, dit le Bâtard d'Orléans, fils naturel de Louis d'Orléans, frère de Charles VI, et de Mariette d'Enghien, dame de Cany, né 1403, comte de Dunois en 143»), comte de Longueville en septembre 1443, lieutenant général des armées du roi, 1449, grand chambellan. 11 mourut le 24 novembre 1468.
2 René, duc d'Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Naples, de Sicile et de Jérusalem, né le 16 janvier 1408, fils de Louis II et de Yolande d'Aragon. Il succéda, le i5 novembre 1434, aux droits de son frère Louis Ili, et mourut le lef juillet 1480. Ce prince, qui mérita d'être appelé « le bon roi René », était beau- frère de Charles VU par son mariage avec Isabelle de Lorraine.
laquelle estoit devisée en deux parties dont l'une estoit entre les Chartreux et lad. ville de Rouen, et la estoient led, seigneur de Dunois, lieutenant gênerai du roy, le senechal de Poitou ',lescontesdeGleremont2, Dennevers? et de Sainct Pol4, le bailly d'Evreux et plusieurs autres chevaliers et escuiers qui descendirent tous a pied pour ce que ung homme de lad. ville leur veint dire qu'il estoit temps d^entrer et que chacun feist bien son debvoir. Et l'autre bataille estoit entre la justice et la porte Beauvoisine, qui ne fust point a pied, fors seulement les archiers qui ne bougèrent de leur place. Ceulxdu costé des Chartreux meirent les eschelles au pied du mur de ce costé
' Pierre II de Brézé, sr de Brissac, de la Varenne, comte de Maulévrier, fils de Pierre I"'' de Brézé et de Clémence Carbonnel, grand sénéchal d'Anjou en 1437, sénéchal du Poitou en 1440, grand sénéchal de Normandie en 145 1, tué en 1465 dans la bataille de Montlhéry. Sa femme, Jeanne Crespin, lui apporta les fiefs du Bec-Crespin et de Mauny.
2 Jean II, comte de Clermont et de Forez, sr de Beaujeu, puis duc de Bourbon et d'Auvergne, gendre de Charles VII par son mariage avec Jeanne de France. Il fut fait chevalier après la bataille de Formigny, connétable le 23 octobre 1483, gouverneur de Guyenne et de Languedoc, et mourut le ler avril 1488.
5 Jean de Bourgogne, comte d'Etampes et de Nevers, fils de Philippe, troisième fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, né le 25 octobre I4i5, comte d'Eu après la mort de Charles d'Artois, son oncle, en 1472, mort le 25 septembre 149 1. — Nous avons conservé la graphie Dennevers, assez usitée, que l'on trouve encore dans la chronique que nous publions à la suite de celle-ci et dans VInv. somm. des Arcli. mun. de Rouen, Délibérations, p. 194.
4 Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable, 5 octobre i565, capitaine de Rouen le 1 3 de la même année, en remplacement de Pierre de Brézé, et chevalier des ordres du roi. Accusé plus tard de trahison, il se réfugia chez le duc de Bourgogne qu'il avait autrefois servi. Livré par lui à Louis XI, il fut décapité en Grève le 19 décembre 1475.
entre les deux tours pour monter contremont le mur et feircnt fort bien leur debvoir. Si montèrent contre mont le mur. Mais le seigneur de Talbot' veint sur le mur a tout sa baniere. Si feit grant effort luy et ses gens pour rebouter les François qui estoient ja sur le mur et se combatoient vigoureusement. Mais a la fin leur convint le champ abandonner et laisser le mur, car ilz estoient encore peu de François montez, et le seigneur de Talbot et ses gens les chargèrent si rudement qu'ilz furent màistres du mur et des tours aussi. Et la furent que mortz que prins de cinquante a soixante, tant de François que de ceulx de la ville qui leur aidoient. Les ungz tomboient de dessus les murs es fossez, les autres de dessus les tours en bas dont aucuns demouroient mortz et les autres eschapoient. Et ce pendant arrivèrent les rois de France et de Cecille a Dernestal, lesquelz , quand il[z] veirent la besongne ainsi démenée et que ceulx de Rouen n^esioient pas joingz et unis avecques ceux qui c'estoient mys esd. tours, s'en retournèrent ce jour qui estoit jeudi .xvje. jour d'octobre au Pont de TArche et la gendarmerie aux environs.
Le lendemain, ceulx de la ville de Rouen, pour éviter a Teffusion de sang qui en pourroit advenir et au pillage dHcelle ville par la prinse d'assault, fut envoie au Pont de TArche par devers le roy de France l'official- dud. lieu pour avoir saufconduit pour aucuns notables personnaiges tantd'eglize que nobles, marchans, bourgois et autres, lequel leur fut délivré. Si fut envoie de par la ville Tar-
' John Talbot, comte de Shrcwsbury, un des plus vaillants hommes de guerre que l'Angleterre ait possédés, tué à la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453.
2 Richard Olivier que nous verrons plus loin disputer l'archevêché de Rouen à Philippe de la Rose.
chevesque dud. lieu et plusieurs autres, et pour le duc de Sombreset, régent en France du roy d'Engleterre, certains chevaliers lesquelz vindrent au Port Sainct Ouen ' ou ilz trouvèrent pour le roy de France messire Guillaume Cousinot-, le senechal de Poitou et plusieurs autres, lesquelz après plusieurs parolles fust accordé qu'ilz mettroient Rouen en l'obéissance du roy de France, par ainsi que ceulx de la ville qui vouldroient demourer demouroient et qui s'en vouldroit aller s'en yroit, leurs biens saufz sans riens perdre. Et ainsi s'en allèrent les François au Pont de l'Arche et les Englois a Rouen pour faire leurs raporiz. L'archevesque et ceulx qui avoient esté avec luy, vindrent en Tostel commun de la ville pour faire leur récit et Tappointement qu'ilz avoient faict qui fust agréable a ceulx de la ville et déplaisant aux Englois. Lesquelz, quand ilz veirent le désir que ceulx de la ville avoient au roy de France, se partirent mal contendz de Tostel de la ville et se meirent en armes et se retirèrent au palaix, au pont et au chasteau. Le roy de France se partit du Pont de TArche luy et son armée et s'en vindrent coucher a Saincte Katherine, et le conte de Dunois et autres seigneurs estoient logez a la porte Martainville. Et la vindrent les bourgois de la ville luy dire qu'il entrasta la ville quand il luy plairoit. Le duc de Sombreset, lequel estoit au palaix, quand il veist la puissance du roy, requist de parler au roy. Si yssitdu palaix etveint a Saincte Katherine du Mont de Rouen vers le roy de France qui
! Le Port-Saint-Ouen, corri. située sur la rive droite de la Seine, en amont de Rouen.
2 Guillaume Cousinot, s'^ de Montreuil, maître des requêtes de l'hôtel liu roi, bailli de Rouen en 1449, député aux Etats-Généraux de Tours en 1484. 11 est l'auteur de la Chronique dite de la Pucelle, publiée par M. Vallet de Viriville en 1859.
estoit en son grand conseil, auquel esloit le roy de Cecille, le conte du Maine ' et autres seigneurs de son sang. Lequel duc de Sombreset, après la salutacion faictc au roy, requist que le sire de Talbot et autres Englois s'en peussent aller sûrement ainsi quMl avoit esté accordé par les gens du roy de France, les gens de Rouen et les Englois. Le roy respondit que la resqueste n'estoit pas raisonnable et qu'il n'en feroit rien, car ilz n'avoient pas voulu tenir le traicté faict par ceulx de la ville ne rendre le palaix, pont et chasteau de Rouen quand la ville fut rendue, mais encoire tenoient lesd. places. Et sur ce il print congé du roy de France et s'en retourna aud. palaix, regardant parmy les rues chascun porter la croix blance de quoy il fut bien marry. Tantost après, le roy de France ordonna bouter le siège devant le palaix, et y furent assizes bonbardes, canons et autre artillerie. Et lors led. duc de Sombreset soy voiant en si grant danger, requist de parler aux gens du roy de France et parlèrent les seigneurs de Dunois et ceulx du grand conseil du roy de France avec lesd. Englois, et fut accordé que led. duc do Sombreset, gouverneur pour le roy d'Engleterre, sa femme et enfantz et tous les Englois du palaix, pont et chasteau, s'en yroient ou bon leur sembleroit, leurs corps et biens saufz, réservé l'artillerie et prisonniers, par ainsi qu'ilz paieroient au roy de France cinquante mille escus et avec cerendroient aud. roy les places de Caudebec, Montiervillier, Lislebonne, Tancarville et Honnefleu. Et demoura en ostaige le sire de Talbot jusques a ce que tout fut acompli. Et ainsi s'en alla le dur de Sombreset et les autres Englois a Honnefleu et de la a Caen, et furent mises lesd. places en l'obéissance dud, roy, fors Honne-
' Charles d'Anjou, comte du Maine, né en 1414, mort le 10 avril
fleu que maistre Gourson >, capitaine dud. lieu, ne voulut rendre et par ce demoura led. seigneur de Talbot.
Le roy de France accompaigné du roy de Cecille et des seigneurs de son sang, du patriache d'Anthioche, de l'archevesque de Rouen, les evesques de Lizieux, Bayeux, Constances, Maguelonne^ et autres prelatz, feistlafestede Toussains a Saincte Katherine. Et le lundi ensuivant, veille Saint Martin d'yver ?, se partit dud. lieu pour entrer dedens sa bonne ville de Rouen noblement accompaigné des seigneurs dessusd., entre lesquelz estoit le conte de Sainct Pol armé tout a blanc sur ung cheval enharnaché de satin noir semé de orfaverie, et après luy trois pages vestus et leurs chevaulx enharnachez de mesme celuy de leur seigneur, dont l'ung portoit une lance couverte de velours vermeil, le second une autre couvertede drap d^or, le tiers ung armet a teste tout de fin or richement ouvré, et après eulx estoit le palefrenier monté et harnaché comme lesd. paiges, et menoit ung grand destrier a sa main tout couvert d^or jusques aux pieds, et le conte d'Evreux4, qui avoit huit gentilzhommes couvertz de satin vermeil a grandes croix blances. Le roy de France estoit tout armé en blanc sur ung coursier tout couvert jusques aux piedz de velours pers semé de fleurs de liz d^or, en sa teste ung chapeau de velours vermeil, et après luy ses
' Richard Cursun était en 1434 lieutenant du duc de Bedford et capitaine de Rouen.
2 Thomas Bazin, évêque de Lisieux, Zanon de Castiglione, évêque de Bayeux, Jean de Castighone, évêque de Coutances, cardinal en 1456, Robert de Rouvre, évêque de Seez en 1422, puis évêque de Maguelonne en 1433, décédé en 1453.
? 10 novembre,
4 Les manuscrits des Chroniques de Normandie diffèrent sur ce nom : les uns disent le comte d'Evreux, les autres le comte de Nevers. V. M. A. Hellot, ouvrage déjà cité, p. i53, variantes.
paiges portans ses harnois de tesie couvers de lin or de diverses façons d'orfaverie et plumes d'autruche de diverses couleurs. A sa dcxtre estoit leroy de Gecille et a sa senestre le conte du Maine armez en blanc et leurs chevaulx richement ordonnez, couvertz de couvertures pareilles. Après venoit le conte de Cleremont et autres seigneurs de France, chascun selon son degré richement habillé. Apres venoit Culant', grand maistre d'hostel, sur ung coursier couvert noblement et armé fort gorgiasement, en son col une escharpe de tin or pendant jusques sur la croupe de son cheval et ses paiges devant luy. Il estoit gouverneur de la compaignie de .vj". lances. Led. maistre d'hostel avoit ung escuier qui portoit Pestandard du roy de France, qui estoit de velours pers a trois fleurs de liz d'or bordez, de grosses perles, ei estoit monsté sur un grand destrier, et au près de luy lesd. .vj^c. lances portans le panon, lesquelz estoient vestus de velours cramoisi semé de salutz d'or. Devant le roy de France estoit Poton de SaincteTraille, bailly deBerry^, monté sur ung grand destrier harnaché de velours pers semé de grandz affiquetz d'argent doré, armé tout a blanc, lequel portoit en escharpe la grande espée de parement dont le pommeau et la croix estoient de tin or et la ceinture et gaine d'icelle estoient couvertes de velours pers semé de fleurs de liz d'or, et la bougie et mordant de lad. ceinture estoient de fin or. Au près de luy sstoit Pierre de Fontenil, escuier d'escuiric armé, monté et harnaché comme l'autre de de-
1 Charles, sire de Culant, de Châteauneuf, etc., hls Je Jean de Culant et de Marguerite de Sulli, chambellan, grand maître de l'hôtel du roi, mort en juin 1460.
2 Jean Poton, s^ de Saintrailles ou de Xaintrailles, chevalier, grand ccuyer de l'écurie du roi, bailli du Berry, maréchal de France en 1454, niurt 7 octobre 1461.
vant. Après venolt messire Guillaume Juvenel, seii4neur de Traisncil et chancellier de France', veslu en habit roial a ung manteau d'escarlate, et devant luy une haquenée blance couverte de velours pers semé de fleurs de Hz dbr, et dessus lad. couverture ung petit coffret couvert de velours pers semé de fleurs de liz d'or auquel estoient les grandz seaulz de France, laquelle haquenée menoit en sa main ung variât a pied et devant estoient neuf trompetesqui sonnoient haultement, et entre eulx et le chancellier estoient plusieurs heraultz et poursuivantz du roy et autres seigneurs qui estoient richement acoustrez et vestus de leurs cottes d'harmes, et tout devant estoient les archiers du roy de France vestus de jaquettes de rouge blanc et verd semez d'orfaverie, et aussi ceulx du roy de Cecille et de plusieurs autres grandz seigneurs jusquesau nombre de .w'f^. archiers bien montez tousaiantz bringandines et jaquettes de diverses façons, lesquelz gouvernoit mons. de Pruylle^ et autres seigneurs qui avoient leurs chevaulx couvertz de satin de diverses couleurs. Le roy de France chevaucha en belle ordonnance du costé des Chartreux et par la porte Beauvoisine il entra en sa ville de Rouen, et en ceste entrée fut faict chevalier ung jeune enfant 3 qui estoit filz du seigneur de Presigny, aagé de douze a traize ans. Au devant du roy veindrent a cheval aux champs l'archevesque de Rouen acompagné du pa-
1 Guillaume Jouvenel des Ursins, st du Traînel, chevalier, vicomte de Troyes, chancelier de France en 1445, décédé en 1476.
2 Pierre Frotier, baron de Prcuilly, chevalier, grand maître de l'écurie durci de 1419 à 1425, sénéchal de Poitou en 1425, mort vers 1459.
? Antoine de Beauvau, fils de Bertrand de Beauvau, s'' de Précigny. Il mourut en 1489.
iriarche d'Anthioche, evesque de Poitiers', des evesques de Lisieux, Baieulx, Coustances, Maguelonne et plusieurs autres prelatz, tant evesques, abbés que prieurs. Après veint Mons. de Dunois monté sur ung cheval couvert de velours vermeil a une croix blance, vestu d'une pareille jaquette fourrée de martres sebellines et une espée a son costé garnie d'or et de pierres précieuses a grand foison, et fut prisée a vingt mille escus. Puis veindrent les bourgois de la ville en grand nombre et luy présentèrent les clefz de sa cité et il les receupt benignement. Puis vindrent les gens d'eglize vestus de chappesa grande multitude tant réguliers que séculiers po[r]tantz reliques et autres joiaulx avec la croix, chantantz Te Deum laudamus. Et ainsi led. roy entrant en sad. ville, luy fut mys par quatre des plus notables ung ciel ou poille sur sa teste jusques a la grande eglize de Rouen.
Le boulevard de lad. porte et l'entrée de la ville estoient tendus de draps a la livrée du roy et ses armes au millieu, et par ou il passoit les rues estoient toutes couvertes a ciel et tendues richement, toutes pleines de peuple criantz a haulte voix : Noël. Et par les carrefours avoit personnaiges et entre les autres avoit une fonteine aux armes de la ville dont Taigneau desdictes armes gettoitbruvaige par les cornes ; et en ung autre lieu avoit ung tigre qui avoit des petits faons qui se miroient en mirouers; et près de Nostre Dame avoit un cerf voilant moult bien faict, lequel avoit une couronne en son col et se agenouilla quand le
I Jacques Jouvenel des Ursins, troisième fils de Jean JouvencI, baron de l'raisnel, et du Michellc de Vitry, archidiacre de Paris, président à la chambre des comptes 1544, promu la même année A l'archevêché de Reims dont il se démit en faveur de son frère Jean, évêque de Poitiers 1449, et patriarche d'Antioche, décédé le lî mars 1450.
roy deust passer. Le roy descendit a Nostre Dame la ou il fut receu par Tarchevesque dud. lieu et tous ceulx de Teglize revestus moult richement et la feist son oraison, puis s'en alla a la maison archiepiscopalle la ou son logis luy estoit préparé, et les autres furent logez par la ville. Il estoit lundi, mais on fcist les feux tous les jours jusques au vendredi.
Lendemain que le roy fut arrivé, furent faictes processions generalles ou fut ied. archevesque lequel commanda a tester et a cesser toutes oeuvres terriennes pareillement le merquedi et le jeudi.
L'an .m .iiij" .1., la ville de Baieulx fut rendue par Mathago ' et s'en allèrent avec luy a Cherbourg ceulx de sa compaignie ung baston blanc au poing et estoient bien .ix=<=.
Ced. an 1450, le .xij^. jour d'aust, fut réduite en l'obéissance du roy de France la ville et chasteau de Cherbourg et s'en allèrent les Englois de dedens en Engleterre, car ilz n'avoient plus ville que ilz tensisent, qui estoient par nombre mille combatantz. Et fut capitaine de la place pour le roy de France Mons. de Bueil^a tout.iiii^^. lances et les archiers, lequel avoit esté nouvellement fait admirai de France. Et ainsi fut conquisela duché de Normendie ei toutes les villes ei chasteaulx d'icelle mys en l'obéissance du roy de France en ung an et six jours qui est mouli
i Mathieu Gough, capitaine d'HarcoUrt, de Veineuil, d'Alençoh et de Bayeux, rendit cette dernière place aux Français le 19 mai 1450.
2 Jean V, seigneur de Bueil, de Montrésor, etc., comte de Sancerre, prit une grande part au recouvrement de la Normandie en 1 449-1450 et de la Guyenne en 1453. Il succéda, en 1450, à Prégent de Coétivy, dans la charge d'amiral de France. On lui doit l'ouvrage intitulé Le Jouvencel, publié par MM. G. Favre et L. Leceslre, pour la Société de r Histoire de France.
grande merveille. Et bien appert que Dieu y estendit sa grâce; et aussi il estoit l'année du grand pardon de Homme que on nornme Jubilé. Ced. pais de Normendie a six journées de long a cheval et quatre de large et y a six eveschez et une archevesché et cent que villes que chasteaux sans ceulx qui ont esté abatus par les guerres.
L'an ,m .iiij« Jiij., mourut maistreRaul Roussel, archevesque de Rouen, ei fut esleu d'une part de chapitre maistre Philippe de la Rose' et deTautrepart ungprothonoiaire^ tous deux chanoines de Nostre Dame de Rouen. Et quand mess^^ du chapitre veire[n]t qu'ilz ne povoient accorder, ilz conclurent que ilz delivreroient les deux esleuz a Thuis du chapitre et que celuy qui premier seroit porté sur le grand autel seroit archevesque et que ilz feissent si gros amas de gens qu'ilz pourroient a lendemain ce qu''ilz feirent, car leJ. prothonotaire feist amas d'aucuns compaignons de devers le Vieil Marché et led. de la Rose
' Philippe de la Rose, licencié en décrets, bachelier ès-lois, chanoine d'Evreux et de Rouen, archidiacre du Petit-Caux, vicaire générnl au spirituel et au temporel de M. de Luxembourg, 1440- 1443, officiai 1439-1443, décédé 1479. " On lui doit le charmant cloître en pierre de la sacristie. » A Deville, Tombeaux de la Cathédrale de Rouen. 11 prit part aux procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle.
2 Le ms L ajoute nommé etliisse le nom en blanc. Ce protonotaire était Richard Olivier, fils de Guillaume de Longueil, troisième du nom, et de Catherine de Bourguenole, président en la chambre des comptes, chantre de Lisieux, chanoine et officiai de Rouen 1437- 1453, archidiacre d'Eu 1449, sacré évcquo de Coutances 28 septembre 1453, cardinal 145G, décédé 17 août 1470. V. la notice que Toustain de Billy lui a consacrée dans son Histoire des Evêques àe Coutances, t. II, p. 275-304. Le ms. L présente dans ce paragr-iphe plusieurs variantes sans importance. Il le termine par la mention des fondiitions et des dons du cardinal d'Estout'.'ville, qui se irouvent plus loin dans le ms. P.
feist amas de compaignons de la draperie. Mais quand veint ledemain lesd. compaignons du Vieil Marché y feurent les premiers et se serrèrent près de l'huis tellement que quand lesd. drapiers veindrent, ilz ne sceurent approcher dePhuis dud. chapitre et quand led. chapitre fut ouvert, lesd. compaignons du Vieil Marché prindrent led. prothonotaire pour le porter surPaustel, et lesditz drapiers se partirent une partie a repoulcer led. prothonotaire vers la nef et garder qu'il n'entrast aucoeurd'icelleeglizeetles autres prindrent led. de la Rose et le portèrent sur le maistre autel par l'huis dedeversle cadran, et incontinent on cria Noël. Par quoy furent en procès, et soustint led, prothonotaire qu'il n'estoit point entré par Thuis par ou il debvoit entrer et qu'il debvoit entrer par Phuis de dessoubz lecruxifilz, et led. de la Roze soustint qu'il n'avoit point esté parlé par quel huis on entreroit. Bien lost après led. prothonotaire s'en alla a Romme vers Maistre Guillaume d'Estouteville, cardinal de Rome', auquel il résina tout et tel droict qu'il avoita lad. archevesché; et tost après led. Estouteville se partit de Romme pour venir a Rouen. Mais quand led. de la Rose sceut qu'il vcnoit monta a cheval et alla au devant dud. Estouteville, etaprès la révérence a luy faicte luy dist telles ou semblables pa-
1 Guillaume d'EstouteVille, fils de Jean II, seigneuf d'Estouteville et de Valmont, et de Marguerite de Harcourt. Outre les nombreux évêchés et bénéfices qui lui furent attribues tant en France qu'en Ilalie, il fut en Normandie abbé de S;ùnt-Ouen de Rouen, de Jumiègcs, du Mont-Saint-Michel, de Montebourg, prieur de Saint-Martin-des-Champs, de Grant-Mont et de Beaumont-en-Auge. Archevêque de Rouen en 1455, il mourut le 21 décembre 1483. Ajoutons à ces titres ceux de cardinal en 1439, de camerlingue du Saint- Siège, de doyen du Sacré-Collège et de légat en France. 11 fut chargé par le pape Nicolas V de négocier la paix entre Charles VII et H?nri V! d'Angleterre et réforma l'Université de Paris.
roUes : « Mons^, on m'a dit que vous venez pour plaider a moy. Mons^ plaise vous sçavoir que celuy que vous représentez n'y a nul droict, mais moy seul y ay droict, et affin que vous ne plaidez point, je vous donne tel droict que j'ay a lad, archevesché. » Et par ainsi il eut le droict de Tune partie et de l'autre et tut paisible archevesque de Rouen,
L'an ,iiij" .Ix., le feu print a Tabbaie de Fescamp qui vint d'aventure, et fusi le clocher bruslé et les cloches fondues.
Ced,an, le .iiij«, jour detebvrier, Charles, roy de France, feist publier a Rouen que par toute Normendie on souffrit paisiblement et sans saufconduit descendre tous les Englois advouez et tenant le party du roy Henry d'Engleterre.
Ged. an, Timpression des livres touchant le mouUe fut trouvé à Magonce'.
L'an .m .iiij" ,lxv, le penultime jour d'octobre, fut publié a Paris que le roy avait iVici appointement avec les princes, et bailla a mons"" Charles de France, son frère, pour son appanaige la duché de Normendie ^ puurluy et pourseshoirs masles procréez de luy en loial mariage, pour le tenir en telle franchise et liberté que les ducz de Normendie Tavoient tenue du roy de France anciennement, c'est assavoir en foi et hommaige et que de lors en avant, les ducz de Bretaigne et d'A!leni;on tlendroient leurs duchez du duc de Normendie, comme ils avoient faict au temps passé. Et pour cest appointement fui crée con-
' Mayence, en latin Moguntiacum.
2 C'est par le traité de ConH.ins qu.' Charles, dui; île Berry, reçut l'investiture de la Normandie.
lOI
nestable de France sire Lois de Luxembourg, conte de Sainct Pol.
Ced. an, le .xxiiij*. jour de novembre, mons'' Charles de France veint a Rouen ou il fut receu comme duc de Normendie. Tantost après, un peu devant Noël, le roy attira a luy aucuns des princes de son roiaulme, comme le duc de Bourbon et autres, et délibéra de remettre en ses mains led. pais de Normendie. Et adoncq print le Pont de l'Arche et autres places, et le .xvije, jour de janvier ensuivant, led. duc Charles se partit de Rouen et s'en alla en Bretaigne par devers le duc. Et lors le roy entra a Rouen au mois de febvrier, et tost ^près réduit a luy et meist en ses mains toute la duché de Normendie. Adoncq le roy meist officiers nouveaulx et en deboulta les autres, et aucuns pendre et décapiter et autres noier qui tenoient le parti de son frère Charles. Et maistre Jehan Boursier, seigneur de Esternay', gênerai de Normendie, fut prins en habit de cordelier et noie en la rivière d'Ure, lequel Esternay paioit et faisoit faire les degrez de Saincte Katherine, et par ce demourerent imparfaictz.
L'an .m .iiijcc .Ixxij., le dimencepenultime jourd'aust, les Bourguignons vindrent mettre le siège devant Rouen durant que^ on disoit les grandes messes, et ne demoura aux eglizes personne que les prestres ; et le merquedi en-
' Jean Le Boursier, s' d'Esternay, chevalier, maître des comptes et receveur général en Normandie. Ce fut le i" janvier 1466 qu'il fut noyé dans l'Eure, à Louviers. Gauvain Manvici, lieutenant du bailli de Rouen, fut décapité au Pont-de-l' Arche. Le haut doyen du Chapitre de Rouen et six chanoines furent exilés. A Chéruel, Le dernier duché de Normandie, dans la Revue de Rouen, 1847, p. 329-340.
2 A la place de durant que, le ms. P présente une abréviation qui ne peut s'interpréter que par quel que.
lOi
suivant s'en partit honteusement, car, pour tout butin Hz abatirent la Justice et emportèrent Teschelie du gibet '.
L'an .m .iiij" .Ixxvi., messire Jaques de Brezé, senechal de Normendie, conte de Maulevrier, filz de deffunt messire Pierre de Brezé qui fut tué a la journée de Montiheri, lequel Jaques alla a la chasse prez d'ung villaige nomme Romiers lez Dourdan* a luy appartenant, et avecques luy mena ma dame Charlote de France, sa femme, fille naturelle de feu Charles .vije. de ce nom, roy de France, et de damoisele Agnès Sorel. Et de maie fortune, après que la chasse fut passée, s'en allèrent soupper et coucher aud. lieu de Romiers, et après soupper led. senechal se retira seul en une chambre pour aller prendre son repoz de la nuyct, et pareillement lad. dame se retira en une chambre et amena avec elle ung gentilhomme de Poitou nommé Pierre de la Vergue, lequel estoit veneur de lad. chasse et lequel elle feist coucher avec elle. Laquelle chose fut reportée aud. senechal par ung nommé Pierre TApothicaire, son serviteur et maistre d'hostel. Lequel senechal print son espée et veint rompre l'huis ou estoit lad. dame ei veneur, lequel il trouva en chemise. Il luy bailla de son espée dessus la teste et au travers du corps et le tua, et, ce faict, s'en alla en une chambre ou il trouva sad. femme mucée dessoubz la couste du lict ou estoient couchez ses enfantz, laquelle il tira hors et en la tirant luy frappa de Tespée parmy les espaules. Et puis, elle descendue et estante a deux genoulx, luy traversa lad.
1 « 7 septembre 1472, le Chapitre de Rouen inquiété à l'occasion du guet qui se faisait sur les murs de Rouen, adversus Burgundos existentes ante dictam villam. Itiv. somm. des Arch. de la Scine- Inf.,G. 21 38.
2 Romiers-lès-Dourdan, arr. de Rambouillet (Scinc-ct-Oisc).
espee parmy les mamelles en restomacg, dont elle alla de vie a trespas et puis fut portée enterrer en i'abbaie de Coulombs'. Et feist enterrer led. veneur en ung jardin joingnant de Thostel ou il le avoit occise
L'an .m .iiij" .iiij^'^., environ la Saint Gervais, le roy alla au Pont de l'Arche en Normendie, et la il feist lever un camp fort sumptueux et de grande fortification en manierp de parc, et l'avoit faict faire de bois pour tenir contre ses ennemys. Et pour en congnoistre la conduicte, y ordonna pour ung mois grand nombre de gens de guerre soubz la charge du sire d'Esguerdes ' et de maistre Guillaume le Picart4, bailly de Rouen.
Ced. an fut un grand y ver, et commença a geller la nuyct d'entre Noël et le jour Sainct Estienne, et dura lad. gellée sans cesser nuyct et jour jusques au jour Saincte Agate ensuivant qui est le .v^. jour de febvrier.
Ced. an [1483], trespassa a Romme, le .xiij«. jour de
' Coulombs, commune située vis-à-vis Nogent-le-Roi, sur la rive droite de l'Eure. Une abbaye de bénédictins y avait été fondée en
2 En raison de ce meurtre, Jacques de Brézé fut emprisonné et condamné à payer au roi Louis XI une amende de cent mille écus. Pour s'en acquitter, il fit l'abandon de toutes ses terres qui lui furent rendues, en 1484, par arrêt du Parlement. Il eut pour fils Louis de Brézé et mourut le 14 août 1494.
5 Philippe de Crèvecœur, sr d'Esquerdes, servit d'abord Charlesle-Téméraire, et, après la mort de ce prince, s'attacha à Louis XI. Il fut nommé maréchal de France en 1483.
4 Guillaume Picard, sr d'Estelan, du Bourgachard, de Radevol et du Mesnil, chambellan de Louis XI, bailli et capitaine des châteaux de Rouen. Ou le trouve mentionné en 1460 avec les titres de général des finances et de procureur général de la Cour des Aides. En 1466, il est au nombre des conseillers laïcs de l'Echiquier.
janvier, mons' Guillaume d'Estoutevillc, cardinal et chambricr de Teglize rommaine, archevesque de Rouen et de Besent;on, abbé de Sainct Ouen et du Mont Sainci Michel, prieur de Grandmont lez Rouen et de Beaumont en Auge. Et feist moult de biens en Teglize de Nostre Dame de Rouen comme fondations de obitz, plusieurs chappes et aornementz nobles et precieulx et de grande valeur. Il donna deux cloches, lune nommée d^Estouteville, et Tautre Guillaume', et si feist faire ung corps de maison de pierre sur la porte du logis archiépiscopal. Et après obsèques faictes, son coeur fut apporté a Nostre Dame de Rouen et fut mys en la nef d'icelle eglize, et y fut faicte une belle sépulture. Et fut esleu archevesque de Rouen Maistre Robert de Croismare^
L'an .m .iiijcc .iiijxx yj., fut érigé a Rouen ung puy 5 en l'honneur de la Saincte et Immaculée Conception de la toute belle et benoiste mère de Dieu en Teglize et paroisse de Sainct Jehan 4.
' Le ms. L ajoute : A l'entour de la cloche nommée Marie d'Estouteville, y a ce qui ensuit : Très révérend père en Dieu Monseigneur Guillaume d'Estouteville, evcsquc, cardinal docteur et archevesque de ceste église me feist faire l'an de grâce M.CCCC.LX VII. — A l'entour de Guillaume y a en escript ce qui ensuit : Très révérend pore en Dieu, messire Guillaume cardinal de Estouteville, archevesque de Rouen me feist faire et donna l'an iM.CCCC.LXX.
2 Robert de Groismare, fils de Guillaume de Croismare, s' des Allcurs, et de Perrelte Roussel, nièce de l'archevêque Raoul Roussel, était chanoine de Rouen et archidiacre du Grand-Caux quand il fut élu archevêque le 20 mars 1483. 11 mourut le 18 juillet 1492.
; Le Puy des Palinods a été fondé par Pierre Daré, s' du Chateau-Roux, lieutenant général du bailli ; il en fut le premier prince.
4 L'église Saint-Jean-sur- Renelle, autrefois Saint-Jean-des-Piés, était située grande rue Saint-Jean. La rue et les derniers vestiges de l'rglise ont disparu lors de l'ouverture de la rue Jeanne-Darc.
7 7.^ Ced. an [1487]', le x^ jour de novembre, veille Sainct Martin, fut assizc la première pierre de la tour neufve de Nostre Dame de Rouen, vulgairement nommée la Tour de Beurre, par révérend père en Dieu, maistre Robert de Croismare, archevesque dud. lieu, et la paroisse d'icelle eglize y fut mise et translatée de la chapelle de Sainct Eustace prochaine d'icelle tour. Et en la place d'icelle tour y estoient auparavant la chapelle Sainct Jacques et la chapelle Sainct Eustace.
L'an .m .iiij" .ïn]^^ .xij., le mistere de la Passion fut demonstré a Rouen au couvent des Jacobins très manifiquement, et de grandz personnaiges en habitz bien honnestes, et en establies compossez tressuffisamment. Lequel mistere ne avoit esté monstre par avant de quarante ans du moins, et fut joué au mois de may.
2 L'an mil quatre cens quatre vingtz treze, Georges d'Amboise', archevesque de Nerbonne, fut postulé par le chappitre de Rouen archevesque dud. lieu et confermé parle pappe Alexandre», et fut receule dymence.xxj^. jour septembre, jour S' Matthieu 1493, et célébra la messe ceste
' L relate deux fois ce fait, une première fois en 1485 (écriture postérieure à celle du ms.), une seconde fois en 1487 dans les mêmes termes que le ms. P.
2 A partir de cet endroit, le ms. P fait défaut, le reste delà chronique nous est donné par le ms. L.
? Georges d'Amboise, fils de Pierre d'Amboise, s' de Chaumontsur-Loire, et d'Anne de Bueil, lieutenant du roi en Normandie pour le duc d'Orléans, puis gouverneur de cette province, archevcque de Rouen, 22 août 149^, cardinal en 1498, légat du pape en France, ministre de Louis XII, vice-roi du Milanais. Mourut à Lyon, le 25 mai i5io.
4 Alexandre VI, delà famille des Borgia.
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journée. El bien losi après fut foict cardinal et feist son entrée a Rouen comme cardinal. Puis après futfaict légat du pape au roiaulme de France et duché de Normendie, la quelle légation il a eu toute sa vie et durant deux pappes.
L'an mil quatre cens .iiij ^^x. et seze, fut la Tour de Beurre et parroisse S' Estiene de la grand ecclise benye par révérend père en Dieu Henry Potin, cvesque de Philadelphe ', religieux des Carmes, et suffragant de l'archevesque de Rouen, et fut le mardi .xiiij<^. jour de mars, et le dymcnce .xij^". jour dud. mars avoit esté célébrée la première messe par maistre Jehan Masselin, hault doien d'icelle ecclise 2.
Ce mesme an, le jour S' Denis ' , commença grantz vcniz et grande pluye et continua en telle manière qu'il n'estoit point de quatre jours en quatre jours sans plouvoir et venter si habundamment que homme vivant en ce temps n'avoii point veu telle pitié pour les inconveniens qui en ensuivirent. Au commencement de la festedes Roix ensuivant, l'eaue de Saine exit hors de son canel par telle ma-
' Ville de l'ancienne Lydie, dans l'Asie-Mineure : « Cet evesque fut inhumé dans l'église des PP. Carmes, de Rouen, au milieu du chœur, sous une grande tombe de pierre où il paroist gravé tenant sa crosse. » Farin, Histoire de Rouen, lôfii, t. 111, p. 293.
2 Né à Rouen vers i433, Jean Masselin fut doyen Je l'église de Rouen, officiai de l'archevêque, 1 483 - 1 5oo, vicaire-général ùc l'abbc de Fécamp, le célèbre la Ballue, qui fut cardinal etévêque d'Angers, vicaire général de Georges d'Amboise, député du baillage de Routn aux Etats-Généraux de Tours en 1484, conseiller clerc à l'Echiquier et plus tard au Parlement do Normandie. On lui doit le Journal des délibérations des Et us de 1484, rédifjé en latin, traduit et public, en 1 83 5, par M. A. Bernier, dans la Collection des documents incdits de r Histoire de France.
5 9 octobre.
niere que elle estoit sur la chauchée de Martainville trois piedz en haulteur et venoit dedens la ville jusques au bout de la rue de la Vigne ' jouxte renseigne du Bras d'Or, et falloit entrer en charrete ou en basteau pour yssir hors la porte de Martainville et venoit lad. eau dedens le clos S' Marc jusques près de Thuys de lad. chappelle. Aussy venoit trois eusfours dedens la porte du cloistre des Augustins^, et aussy venoit a quatre maisons près du grant portail d'icelle ecclise, et a la porte de la Vieutour elle entroit jusques aux estaulx des lingeres, et aussi venoit jusques a la croix du cimetière de Sainct Candre le Vieuyl 5 hors le pont. Lad. eau estoit a moins de demy pié en haulteur du bon du fossé du boulevert et Tabreuveur estoit hault comme le chemin. Il failloit entrer au basteau a la boucherie pour aller au long de la chauchée, et estoit l'eaue haulte de quatre piedz sur lad. chauchée. Dedens Saincte Catharine de Grant Mont 4 estoit en haulteur de deux piedz et demy. Depuis la porte de Martainville jusques au Pallais, il failloit aller par les rues en basteau ou en charete, et pour yssir hors la ville sur les quaiz et pour entrer aux maisons, et se falloit entrer aux chambres de hault pour la grandeur desd. eaues. Et continua lad.
' La rue de la Vigne a été supprimée par l'ouverture de la rue d'Amiens.
2 Le couvent des Augustins était situé dans la rue qui porte encore ce nom et le grand portail de son église s'ouvrait sur la rue Malpalu.
î L'église Saint-Cande-le-Vieux était située sur la place de Gaillarbois.
4 Ancien prieuré, fondé en ii58, sur la rive gauche de la Seine, par Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Appartint dans les deux derniers siècles aux Jésuites. L'église a été convertie depuis la révolution en magasin à poudre. Le nom est resté à l'avenue et à larue de Grammont.
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eau sans diminuer jusques au jour Sainct Vincent ', mais elle ne fut point en son canel jusques au .\\'y. jour febvrier. Et de rechef retourna, saillit et entra dedens la ville, non pas en si grant haulteur que par devant, et puis s^en alla en son canel. Elle feist grands maulx comme rompre maisons, gaster labours, hommes et femmes peritz et aultres maulx desquelz on n'a pas la congnoissance.
Et pource que lad. eau venoit comme on se disposoit a faire les vendenges, les vins ne peurent estre parnourrys ne estre bien appointés et furent icelle année de petite vertu ; mais il en fut tant que on en avoit le poinson pour .XX. s., .XXV. s., .XXX. s., et .xl. s. le meilleur.
Durant la foire de Sainct Romain, il en arriva bien a Rouen quatrevingtz mille pièces et furent venduz et délivrez durant lad. foire, comme on povoit sçavoir par le pappier de la Viconté de Rouen.
Ced' an, au mois de mars 1496, ou environ, commença une malladie non acoustumée que on appelloit veroUe et les aultres la nommoient gorre, et estoit sur les corps par taches rouges et larges et sembloit que les mallades feussent meseaulx ; aulcuns garissoient par suer, les aultres en mouroient, et continua jusques en l'an 1497, 1498, 1499 et i5oo, et finallement lad. malladie continua et dura.
L'an mil quatre cens quatre vingtz dix sept, le .xv^. jour après la S' Michel au mois d'octobre, fut le derrain esqu ier ^
I 22 janvier.
* « Cet Echiquier contient deux grands volumes, ce qui montre que les procez alloient en augmentant. Messire Jean, évêque de Valence, et le sieur de Carmone, présidens. » Farin, Histoire delà ville de Rouen, 1668, t. I, p. i82-i8';<. Suit la nomenclature des membres qui composaient cet échiquier.
qui tint a Rouen et en fut président monsf l'evesque de Vallence.
L'an mil quatre cens. iii) -'«^''.xviij., i498,aucomrr)enchement de septembre, fut joué au cimetière de S' Patrix de Rouen le mistere de la Passion de Nostre Seigneur Jésus assés suffisamment et non passi magnifiquement comme il avoit esté joué six ans devant au cymetiere des Jacobins de lad. ville de Rouen '.
L'an mil quatre cens .iiij ^^ .xix., le .xiiij«. jourde juing fut pendu a la justice de Rouen par ses démérites Monsf de Houlebec, chevalier,... et tantost après par le congé du lieutenant du bailly de Rouen feust son corps despendu et porté aux Cordeliers de Rouen et lendemain fut mis en terre en la chapelle de S' François.
Item, ced^ an 149g, fut commencé le parlement de Rouen, le premier jour d'octobre, et tint au chasteau six ou sept ans a cause que le Pallais n'estoit pas faict 2.
L*an mil cinq cens, i 5oo, an de Jubillé, Mons^ le cardinal d'Amboise, archevesque de Rouen et légat du pappe en France et en Normendie, donna en l'ecclise de Nostre Dame de Rouen une chappe, ung chasuble, tunicque et
1 En citant cette représentation dans âoii ouvrage Les Mystères t. II, p. 77, M. Petit de JuUeville donne, comme se trouvant dans le ms. Bigot (xvi° siècle), qui est notre ms. L, ces mots : « cependant il y avait des acteurs de réputation. » On ne les trouve pas dans le ms.
2 « Ce fut le I" octobre que le nouvel Echiquier, après avoir entendu une messe solennelle dans l'église cathédrale, se rendit en corps et en grand appareil au château, pour y être installé par Emeric d'Amboise, grand-prieur de France, chevalier de l'ordre de Saint- Jean-de-Jérusalem, délégué par son frère le cardinal, qui, chargé par le roi de présider la cérémonie, se trouvait re^nu en cour pour les affaires du royaume. » A. Floquet, Hist. du Parlement de Normandie, t. I, p. 1^47.
damatique de drap d^or, estimeez a trois mil six cens escus d'or, et le jour S' Jerosme ' fut dicte une messe soUennelle en la nef ou lesd. habitz servirent.
Ced. an i 5oo, led. seigneur légat impetra du pappe Alexandre .vi""^. le pardon du jubillépour tous les manans et habitans de la cité de Rouen et pour tous ceulx de son diocèse, par ainsy qu'il failloit ouyr une messe solennelle célébrée en Tecclise de Nostre Dame de Rouen par led. seigneur ou par quelque personne ydoine au plaisir dud. seigneur et a quelque jour qu'il luy plairoit. Et pour ce que Pecclise n'estoit pas suffisante a requeuyllir le peuple, il suffisoit d'estre dehors qui ne povoit estre dedens en bonne dévotion durante lad, messe. Et alors que lad. messe se commença fut tintée une cloche durante lad. messe. Et fut par led. seigneur constitué a dire lad. messe Monsf l'evesque de Constances * le jour de la Conception Nostre Dame ; et aussi en après falloit visiter par sept jours les quatre ecclises qui ensuivent : Nostre Dame de Rouen, les Celestins, les seurs Colletés a Saincte Claire' et les Amurées hors le pont, et par chacun jour des sept jours visiter les quatre ecclises chascune une fois le jour en disant devant le grant autel de chascune ecclise par chacun jour de visitacion cinq fois Pater noster et cinq fois Ave Maria. Etvinst tant dépeuple gaigner icelluy pardon
1 3o septembre.
2 GiifTroy Hébert, évêquc de Coutances, 1478-1" fé^'ricr i5io, lieutenant de Georges d'Amboise au gouvernement de Normandie, premier président du Parlement de Normandie dès sa fondation en 1499 jusqu'en iSoy.
î Les sœurs Collettes, religieuses de Saintt-Cl.iire ou Qarisscs, lurent établies à Rou^, en 1485, dans un couvent dont on voit encore des rest.s rue Saint-Hilaire, et que Jean d'Estouteville, sr dj Torcy et de Blainville, ;ivait fait construire pour elles.
que les gens estoient jusques devant la Verte Maison' et bien près delà rue du Bec, aussy du costé des Libraires, jusques a S' Nicolas^, Erbennc plene' et la maison dud. seigneurde Rouen4, et la Calande jusques ala Vieutour. Etles gens qui estoienta genoulx au cimetière quant ceulx de Tecclise saillirent, ne se sçavoient lever a cause de la glace de la fontaine, la quelle fontaine estoit auprès du grant portail et couroit au travers dud. cimetière, et ceulx qui leur cuidoient aider a lever aulcune fois tombeoient dessus, et ceulx qui salloient de l'ecclisc ne se sçavoient arrester pour ceulx de derrière eulx, tellement qu'il y en eut de six a sept vingtz de tués et plusieurs qui oncques puis ne se aidèrent de leurs membres.
L'an mil cinq cens et ung, tresreverend père en Dieu monsr le légat cardinal d'Amboise, archevesque de Rouen, donne a Pecclise de Nostre Dame de Rouen une cloche la plus grande du roiaulme de France la quelle poise trente six mille livres, et le marteau poise sept cens dix livres. Elle a 3o piedz de tour par le bas, dix piedz de largeur et dix piedz de haulteur comprins les ansses. Laquelle fut fondue au près delà tour nouvellement ediffiée, nommée vulgairement la Tour de Beurre, le deuxiesme jour d'aoust a .viij. heures de soir par Jehan le Machon natif
1 La Verte Maison était une auberge située rue Grand-Pont, près l'église de Saint-Cande-le-Jeune. M. Ch. de Beaurepaire l'a trouvée citée en i43g, 1546, iSSy et 1617.
2 Du portail des Libraires par la Croix-de-Fer jusqu'à l'église Saint-Nicolas, dont il reste encore des vestiges dans la rue du même nom.
J II s'agit de la cour du collège d'Albane, près la tour Saint- Romain, dans la rue des Quatre- Vents, qui s'appela jadis rue il'Albane, du nom de ce collège fondé en 1245 paï" le cardinal d'Albc, Pierre de Colmieu, qui avait été archevêque de Rouen.
4 Le logis archiépiscopal.
de Chartres fut jettée au mouUe et icelluy jour au matin avoit esté faicte une procession solennelle de tout le collège de Tecclise, et après futcellebrée une messe de Nostre Dame en la nef d'icelle ecclise après prime.
Ensuict les vers escript\ autour de lad" cloche :
IHS M
Ipsa ego sum quanvis sonitu venerata tonanti,
Prima est auctori gloria danda mco.
Namque ter dénis cum ternis millibus aeris
Obtulit hec vero dona dicata Deo Scilicet Ambasius qui sancta Georgius arma
Cunctaque Francigenis tractât habenda viris. Rothomngum tanto foelix antistite gaudet
Cum sit cardinei gloria summa chori, Anno a Natal. Christiano millésime quingentesimo primo, régnante Ludovico liuodecimo Francorum rcge.
Iehan le Maçon demeurant a Chartres m'a faicte.
Kt ledict Jehan le Machon ne la veist jamais sonner, car il avoit si tresgrant paour de fayllir a ung tel vaisseau; et, quant il eut faict, eut si tresgrande joye d'estre parvenu a ses Hns que il ne vesquit après qu'il [KJeut fondue que vingt six jours. Et fut enterré en la nef de Nostre Dame, et y a une cloche sur sa tombe et y a en escript ce qui ensuit :
Ensuict les vers escriptz autour de lad'^ cloche :
Cy dessoubz gist Jehan le machun De Chartres home de fuchon Lequel fondit Georges damboise Qui trente six mil livres poise Mil Vcc ung luf daousi deuxiesme Puis mourut le vingt huitiesme.
Le jour Sainci Denis ensuivant fut montée dedens
la lotir et le .xvj'. jour de janvier ensuivant fut tirée a plein vol. Et fault seze hommes pour la tirer a voilée '.
Ced'an i5oi, le .xx^. jour dud. janvier, icelluy cardinal feist son entrée a Rouen par la porte du pont comme légat du pappe. Et a l'entrée de la ville fust mys sur luy ung beau poille porté par quatre bourgeois de la ville. El y avoit devant le Paon 2 au bout du pont ung escharfault ou estoit ung S' George et ung serpent ou beste si bien faict mouvant teste, corps, piedz et queue si tresbien qu'il sembloit estre vif.
Item, icelluy légat célébra vespres, matines et la messe au cueur de Nostre Dame la veille et jour de la Purification, et donna deux chappes de drap d'or moult honorables et riches.
Item, le jour Saincte Agathe qui est le .v^ jour de febvrier, les Jacobins et les Cordeliers de Rouen furent mis hors de leurs maisons et envoies en exil par révérend père en Dieu Mons^ George d'Amboise, archevesque de Rouen, cardinal de Romme et légat en France et en Normendie, et au lieu de eulx en furent mis d'aultres qui tenoient plus estroicie reigle.
Item, icelluy seigneur feist le service le jour des Cendres ensuyvant et estoit accompaigné de deux cardinaulx de Romme don[t] Tun se nommoit Mons^ Desquenges, archevesque de Millan et frère du seigneur Ludovic, jadis duc de Millan 5; Tautre cardinal avoit nom Mons' de
1 Cette cloche, f^èlée iofsc^u'on la soflnàît en volée le jour de l'entrée de Louis XVI à Rouen, le 28 juin 1786, a été fondue pendant la révolution. Son battant est placé auprès de la porte du Musée d'Antiquités.
2 L'hôtel du Paon est inscrit au plan du Livre des Fontaines, à l'angle nord de la rue Grand-Pont et de la rue des Charrettes.
5 Ascagne-Marie Sforza, fils du duc de Milan François Sforza et
S' George', tous deulx grans personnages et degrant gravité, lesquelz feirent grant honneur aud. légat, car ilz furent aux Cendres a la procession des penitens et a la messe entièrement ; et estoient vestusde chappes de camelot vermeil fourrées de penne blance, et se inclinèrent a genoulx a la bénédiction dud. légat, et estoient aux chaires prochaines de la chaire au hault doien ; et avec ce y estoient cinq evesques presensaud. service, etdeuxevesques qui luy aministroient a Pautel durant lad. messe.
L'an mil . v " etdeulx, le .xxij«. jour d'aoust a deux heures après midi, trois arches du pont de Rouen trébuchèrent en la rivière de Saine sans grever homme ne femme, et ne demourà que le costé des liches ou est l'allée vers le costé de Saincte Catharine.
Ced' an, le jour de la Conception Nostre Dame, mons^ le légat donna a l'ecclise de Nostre Dame de Rouen deux chappes, ung chasuble, tunique et dalmatique couvertes de fil d'argent moult belles et riches, avec ung contre aultel de velours noir fort riche ou est l'adoration des trois roys.
Avec donna deux carreaulx couvertz de fil d'argent pour servir au messel sur Pautel.
Ced' an, au mois de décembre i 5o2, fut posée au grant autel de Nostre Dame de Rouen une table d'argent dorée laquelle poise trois cens soixante et douze mars d'argent.
de Blanche-Marie Visconti, né en 1455, cardinal en 1484, vice-chancelier de l'Église romaine. Fait prisonnier par Louis XII, lors de la conquête du Milanais, il fut enfermé à Pierre-Encisc, puis à Bourges, d'où le tira la protection de Georges d'Amboise. 11 mourut le 2 5 mai i5o5. Le nom d'Esquenges est une altération Ju nom d'Ascagne. I Jean-Antoine de Saint-Georges, évêque d'Alexandrie, cardinal en 1493, mort en iSoç.
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et la donna mons"^ maistre Jehan Masselin, chanoine et doien de lad. ecclise'.
L^an mil .vcc. trois, au mois de juillet, fut l'église de S' Nicolas de Rouen commencés a faire de oeuvre neufve.
L'an mil .v <^c. cinq, les eaues furent tresgrandes au commencement de febvrier avec la fin de janvier par Fespasse de douze jours et plus et furent aussi grandes comme ilz avoient esté en l'an 1496, comme il appert cy devant.
L'an mil .v" .six, le Jour S' Remy, fut translaté la court de parlement du chasteau de Rouen au palais du Vieuyl Marché 2.
Ced' an, ne feist point de gellée, mais le vent se tint tousjours d'aval ou de midi, et feist aussi doulx comme s'il eust esté le mois d'apvril.
L'an mil .v«. et sept, maistre Artus Fyllon ', docteur en théologie, curé de S' Maclou, chanoine de Rouen et vicaire de révérend père en Dieu Mons^ l'archevesque de Rouen, prescha tous les jours de Karesme a la haulte chaire de Nostre Dame en la fin des matines d'icelle ecclise jusque a l'heure de prime, durans lesquelz sermons la cloche cessoit a sonner, et les messes haultes des collèges et des chappelles furent célébrées basses.
L'an mil .v=<:. et huit, la veille Saincte Croix en sep-
1 II s'agit ici de la table d'argent que les Calvinistes enlevèrent et brisèrent en i562.
2 Non pas du Vieux-Marché, mais du Marché-Neuf, maintenant place Verdrel.
; M« Artus Fillon, curé de Saint-Maclou de Rouen, vicaire général des deux cardinaux d'Amboise, i5o6-i522, puis évêque de Senlis, fut député pour l'Eglise aux Etats de Normandie en i5o6, i5o7, i5o8, i5io, i5i3, i5i4, i5i5, i5i6, i5i7, i5ig. Le 5 octobre i5i4, il fit un don important à l'église Notre-Dame pour contribuer à la réparation du désastre causé par l'incendie de l'aiguili/fi, arrivé la veille. Un des meilleurs prédicateurs du temps.
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tembre fut assize la première pierre des fondemens de Tecclise de la Magdalene ' de Rouen par le prieur dud. lieu.
Ced' an, le .xxviij«. jour de septembre, veille S^ Michel, Louis .xii^. de ce nom, roy de France, feisi son entrée en la ville de Rouen, qui faisoit bon veoir.
Et la reine Anne, sa femme, feist son entrée dens Rouen, le .iiij^. jour d'octobre ensuivant, iSoS*.
Lelendemainde la S' Romain, 24e jour d^octobre i 5o8, par le commandement du roy furent abatus les Petis Changes î.
Ce mesme an i 5o8, au mois de janvier, fut commencée a ediffier d'oeuvre neuf l'ecclise de S' Denis de Rouen.
L'an mil .v" .ix., le .xviij^ jour de juing, fut assize la première pierre du parement du portail S' Romain de Tecclise de Nostre Dame.
' L'église de la Madeleine, c'est-à-dire de l'hôpital de ce nom, se trouvait entre la rue de la Madeleine et la rue du Change.
2 Le récit de cette entrée nous a été conservé par une plaquette d'une extrême rareté, que la Société des Bibliophiles Normands a réimprimée cette année même et qui porte pour titre : Lentrée du très chrestien roy de France Loys doui^iesme de ce nom faicte en sa ville de Rouen le XXVIIl jour de septembre mil cinq cens et huyt (4 feuillets, p. in-8°, s. 1. n. d.. ni nom d'imprimeur), suivi de : Lentrée de la royne a Rouen (2 feuillets). — Le ms. français 5749 de la Bibliothèque Nationale, ayant fait jadis partie de la Bibliothèque Bigot, contient ; L'entrée royale et magnifique du très chrestien roy de France Louis XII' de ce nom, en sa bonne ville et cité de Rouen, et honorable réception d'icelluy faicte audict lieu le jeudi XXVIIl jour de septembre l'an de grâce mil cinq cent^ et huict .
5 « C'estoit des boutiques d'orfèvres qui estoient depuis le pié de la Tour de Beurre, jusques à la porte qui regarde la Calende, où depuis on a bâti des maisons assez bien proportionnées. » Farin, Hist. de la ville de Rouen, 1668, t. II, p. 9. - Ces maisons ont été abattues de notre temps, pour le dégagement de la Cathédrale.
Ced. an, maistre Artus Fyllon prescha a Nostre Dame de Rouen en la forme comme il avoit faict en l'an i Soj.
Ce mesme an i5io, fut esleu archevesque de Rouen Georges d'Amboise, neveu dud. légat et chanoine de Nostre Dame 2.
L'an mil .vcc .xj., frère Boniface de Luxembourg de Tordre de S' François, tresexcellent docteur en théologie, prescha tous les jours de Kafesme a la haulte chaire de Nostre Dame de Rouen, et y avoit ung poille sur luy en preschant.
Ced' an i5i I, le .xiij^ jour d'aoust, fut ung bruit a Rouen et aultres places que les Anglois estoient des-
1 Ici se place le récit des funérailles du cardinal archevêque Georges I" d'Amboise, qui mourut à Lyon le samedi 25 mai i5io. Le détail des honneurs qui lui furent rendus à Lyon et à Rouen nous a été conservé dans deux livrets que M. Ed. Frère a publiés pour la Société des Bibliophiles Normands et qui portent pour titre, le premier : La pompe fimerale de la mort monsieur le légat f aide a Lyon; le second : La réception faicte en la / ville et cité de Rouen du/ Corps de feu Tresreverend père en Dieu et j seigneur Monseigneur Georges d'amboy / se légat du saint siège apostolique et ar / chevesque de ladicte ville de Rouen. — On les vent en la rue Nostre / dame près Saint Maclov. Le ms. que nous publions a reproduit avec quelques changements sans importance la première de ces plaquettes. Quant à la seconde, elle présente de grandes différences avec la relation contenue dans notre manuscrit et que M. Frère a donnée presque entière à la suite de son introduction, Funérailles de Georges d'Amboise, Extrait d'un manuscrit inédit du milieu du XVI'- siècle. Le récit qui se trouve dans l'Histoire de la ville de Rouen de Farin, 1868, t. II, p. 41-45 a été rédigé d'après le ms.
2 Georges II d'Amboise, fils de Jean de Bussy d'Amboise et de Catherine de Saint-Belin, n'avait que vingt-trois ans lorsqu'il fut élu archevêque de Rouen. Il fut gouverneur de Normandie, reçut le chapeau de cardinal en i545 et mourut au château de Vigny, le 26 août i55o.
cendus en Normandie, de qui ne fut, et furent les habitans de lad. ville de Rouen fort esmeuz a raison que maistre Loys Daré, lieutenant du bailly de Rouen', qui venoit de Beufcordé^ feist fermer la porte Cauchoise et crio[i]tpar les rues et chemins : « Sauvez-vous, mesamys, tout est perdu. »
L'an mil .v". douze, fut faict et crée quatre hommes aux despens de la ville de Rouen qui avoient chascun une robe de pers ou il y avoit a une manche une croix de drap blanc, et si avoient tous les mois .Ix. s. de lad. ville, et estoient subjectz a merquer et mettre une croix de pappier blanc a colle a Thuys ou contre la parroy des maisons la ou on estoit mort de peste ' pour donner a congnoistre que il y avoit danger a icelle maison; et y debvoit estre six sepmaines.
L'an mil .v" .xiij,, fut receu archevesque de Rouen George d'Amboise, nepveudulegatdeflfunct, lc.xviij«. jour de décembre, et estoit le quart dymence de Padvent, et celebralagrande messe en cueur du dymence celle journée, et le dymence des Rames prochain en suivant receupt son palium et célébra la grande messe avec la procession sollennelle a S'Godart, et estoit le .ix«. jour d'à pvril.
Ced' an fut grand yver et forte gellée depuis la feste de la Conception Nostre Dame jusques a la Conversion
1 Louis Daré, lieutenant général du bailli de Rouen en 1507. — On disait les Anglais descendus à Saint- Valéry.
2 Bucordé, hameau de la commune de Monville, canton de Clcres, arr. de Neufchâtel (Scine-lnf.).
î La peste fit de grands ravages à Rouen en l'année i5i i . M. Ch. Lormier a réédité, pour la Société normande de Bibliophiles, un livret des plus rares intitulé : Ordonnances contre la peste faictes par la court de leschiquier et publiées a lassise a Rouen tenue par maistre Loys Daré lieutenant gênerai de monsieur le bailli de Rouen le XXVII jour de novembre mil cccc xij.