LI\ MARI
Au nom de Dieu, madame — madame — voici mon maître avec la moitié de la ville à sa suite! — Vit- on jamais une chose plus affreuse?... Ce n'est pas ma faute : je faisais bonne garde.
Lord Byron, Don Juan, I, iSy.
La lettre (\\\ corre'gidor qui avait produit fiur Lavinia un si terrible effet était conçue en ces termes :
« Mon cher comte,
» Je me hàle , comme votre ami, de vous i> donner un avis que, comme magislial»
» flans quelques heures peut-être je ne pour- » rais plus vous donner. Le baron de Lor- » velle est à Grenade depuis cette nuit; il » sait que M""' de Lorvelle est dans cette » ville; mais la précaution que vous avez » prise de changer de nom ne vous a pas M été inutile : je puis vous assurer qu'il ne » soupçonne même pas que vous soyez le » séducteur de sa femme. Il est loge à la ^6»- » sada del Sol.
» J'ai cru, en compatriote et en ami dévoué, » devoir vous donner avis de cette arrivée )» imprévue. J'ignore comment il a trouvé les » traces de sa femme. Hâtez-vous de prenj) dre vos précautions, car il ne peut tarder » à faire des démarches, et son premier soin IV sera de me faire une visite. Ne dites rien à » M""' de Lorvelle; une nouvelle semblable ^> ne saurait qu'être funeste pour elle. Adieu, >• tout à vous; comptez sur moi pour tout ce » qu'il me sera possible de faire.
» D. FÉLIX DE Mervoix. »
Nousavonsvuqueleffetavaientproduitsur Lavinia ces mofs : Le baron de Lorvelle est à Grenade. Son évanouissement tutlong : lors-
— 9» — qu'elle revint à elle, il était nuit close. Elle relut avec toutes les angoisses d'un amour qu'on veut briser la lettre du corrégidor. Sa pensée se reportait alternativement sur Fernand, pour qui elle avait abandonné son fils, son mari, et sur ce même époux qui venait l'arracher à celui que son cœur avait choisi, et qui dans ce moment réclame les tendres soins d'une femme qui l'aime. Elle opposait dans son cœur navré un amour auquel illui allait falloir renoncer à l'obligation d'une vie sans amour, sans affection, car sa conduite l'avait anéantie; d'un côté un avenir qu'elle s'était créé avec délice, de l'autre une vie calculée sur les exigences d'un monde à qui elle sentait qu'elle allait être à charge.
Ce matin le ciel, le soir l'enfer!
Ah! il faut l'avouer, quelle tête de femme attrait résisté à une pareille attaque! quel cœur ne se serait rennpli d'égarement à une semblable catastrophe ! Lavinia n'était qu'une douce et faible créature incapable de supporter de sang-froid lès réflèxio-ns que lui suggérait sa position. Une fièvt-e ardente s'empara d'ollc m «m instant , son sang cir •
— 9^ — rula rapidement et se porta à sa tête, et elle était lout-à-fait égarée, lorsqu'à neuf heures du soir, après toutefois avoir confié Fernand aux soins de sa femme de chambre, elle sortit de la maison seule, sans chapeau, sans voile, se dirigeant vers la Posada del Sol.
C'est là qu'est M. de Lorvelle. Que va-tclle y faire ? sans doute elle l'ignore ellemême : la pauvre enfant obéit au délire qui bouleverse son âme.
Elle ne sait où est la Posada del Sol. La première personne à qui elle s'adresse pour en savoir le chemin la regarde avec un effroi mêlé de compassion. En effet, Laviniaa quelque chose dans sa démarche , dans son habillement qui annonce l'état de son esprit. Sa tête est entièrement nue, ses cheveux sont presque en désordre; rouge de fièvre, elle regarde fixe, de ce regard de fou qui terrifie; sa parole est brève et rapide; elle présente, en un mot, le spectacle atlristant d'une insensée.
Enfin elle ^'adresse à une vieille femme : celle-ci, frappée de l'état oii elle voit cette jeune et belle créature, qu'a son accent elle a reconnue pour une étrangère , no peut d'iv
bord relenir une exclamation de surprise :
— /^/r^^/z/s'écria-t-elle en se signant.
— La Posada del Sol? répéta Lavinia avec Taccenl impératif d'une personne qui délire.
— Suivez -moi, ma fille, dit la vieille femme; et marchant devant avec sa petite lanterne, elle se hâta autant que ses jambes sexagénaires le lui permettaient.
Enfin elles arrivèrent. Lavinia , voyant la vieille s'arrêter, s'écria d'une vox où se pei-, griaicntledésespoiretla souffrance: — Est-ce donc là ?,.. Etsur unsigncaffirmatif de sa conductrice, elle s'élança dans l'intérieur de la Posada.
Soudain elle s'arrêta : au premier pas qu'elle avait fait dans la maison, le vieux valet de chambre de M. de Lorvelle s'était présenté devant elle. Lavinia resta muette et stupide devant ce vieux serviteur. Celui-ci sentit ses yeux se remplir de larmes à l'aspect de sa jeune maîtresse, qu'il aimait comme s'il l'avait vue naître.
— Où est votre maître ? dit enfin Lavinia, dont l'agitation toujours croissante était arrivée à son comble.
Le valet de chambre semblait hésiter à répondre.
— Où est votre maître? répéta t-elle d'une voix que la fièvre rendait tremblante. Puis elle ajouta plus bas, comme avec un sentiment de honte : — Louis , est-ce qu'il ne veut pas me voir?
— Monsieur n'est pas rentré, madame; il est...
— Eh bien?....
— Il est chez M. le corrégidor, dit Louis en se cachant le visage de ses deux mains.
Qui pourra décrire le regard qui partit à ce mot des yeux brûlans de M^'de Lorvelle? Toutes les passions qui peuvent agiter le faible cœur d'une femme, jointes à l'égarement de la folie, éclatèrent dans le reflet de ce regard qui eût révélé tout un conte fantastique à Hoffmann : c'était le regard d'Armide et de Belvidera, de Velléda et de Cymodocée. Joie , crainte, triomphe, défaite, il exprimait tout à la fois : c'était une confusion.
Des pas letentirent; Lavinia frissonna comme la psylld à l'approche du serpent; elle se retourna : à son aspect un homme vêtu
d'une redingote bleue boulonnée jusqu'au haut , et dont le visage exprimait une violente douleur, recula de trois pas. M. de Lorvelle avait reconnu sa femme.
Son second mouvement fut de soutenir Lavinia dans ses bras ; car l'arrrivé du baron, dissipant tout à coup le délire qui l'obsédait, 1 avait rendue à toute l'horreur de sa position présente. Elle jcla un faible cri, et son âme fut de nouveau prête à l'abandonner. M. de Lorvelle la fit transporter dans sa chambre, et, congédiant Louis, il lui prodigua en silence tous les soins nécessaires pour la faire sortir de cet état alarmant. Lorsqu'il la vit mieux et qu il la jugea capable de l'entendre sans danger, l'inquiétude et l'intérêt firent place sur son visage à l'expression grave et sévère qui convenait à l'époux justement irrité.
— Quel niolif vous a conduite dans cette maison, lui dit-il, pics d'un homme que vous vous êtes plu à abreuver de douleur?
Lavinia ne lui répondait point : les regards stupéfaits et in<]uiels qu'elle jetait autour d'elle semblaient dire qu'elle s'adressait la même question.
Il se fit un silence de quelques minutes, pendant lequel le baron, les bras croisés, immobile, contemplait sa femme, qui, après avoir recueilli quelques souvenirs confus, fondit en larmes en se cachant le visage.
— Est-ce au repentir que je dois attribuer votre présence en ces lieux, ou bien avezvous eu l'intention d'insulter à la douleur d'un homme qui ne vous a que trop aimée, au père de l'enfant que vous avez abandonné ?...
-^Oh! monsieur!... interrompit Lavinia.
— Etes -vous donc prête à partir cette nuit même ? continua M. de liorvelle.
— Cette nuit !... Et lui! oh ! mon Dieu!... Alors, s'abandonnant à sa douleur, elle sanglota à faire mal.
— Madame, dit le baron, je ne vous reprocherai pas tout ce qu'a de cruel pour moi le mot qui vient de vous échapper: ce n'est qu'un coup de plus que vous avez porté à mon creur; il y est fait depuis long-temps... — -Il s'arrêta. — Lavinia, reprit-il en se rapprochant d'elle et en lui prenant la main en tremblant, Lavinia, j'imagine que vous êtes résolue à retourner avec moi à Paris? — Ici
un non qu'il n'enteBilU pas portit c<omme un murmure de douleur de la bouche de Lavinia. — Les chevaux sont demandés : dans une heure nous devons être sur la route de France.
Elle tressaillit.
— Je n'irai pas vous dire ici que c'e^t votre devoir, mais Je vous dirai qu'il le faut.
Un sourire d'insensé vint err^r sur la bouche de M""* de LorvoUe ; elle secoua légèrement la tête, comme pour \m dir« :
Bïon; fHjis, «e levant tout à coup, elle vint se placer devant le baron. Elle étaii sublime , ses yeux -étincelaiciit. Elle venait, daos l'excès de son désespoir, de trouver une force surnaturelle dont elle ne s'était jamais senti capable.
— XI le faut! dit-elle ; ■— et ses 4cnts daqfjaienl avec violence Jes unes conire \e.s> autres; — ' il faut que je voiis suive, vous qu€ je n'aime pas, pour le laisser mourir, hii que j'aime tant!... Je l'abandonnerai expirant, paiFce qwe vows av,ez dit : lî je faut!... Je vais quitter t^mt mon bonheur, foutes mes joies, lout <'e q*ie j'adore et qui m'aime, pour un inoiwllie que je Iwis , qm me nîiéprii>c, car iJ
me méprise ce monde où vous voulez me forcer de rentrer... Il ie faut/ dites -vous... Vous me forcerez donc à l'oublier, insensé que vous êtes! vous me forcerez donc à être heureuse sans lui!
Et elle accompagna ces dernières paroles d'un rire ironique qui fit frissonner M. de Lorvelle jusqu'au fond du cœur.
Ce discours , dicté par l'égarement qu'avait fait naître l'excès de sa douleur, avait navré l'âme du baron. Il s'approcha d'elle avec douceur et s'efforça de la calmer; elle l'écoutait sans lui répondre, et sa figure conservait toujours une expression de folie.
— Lavinia , lui dit enfin M. de Lorvelle, vous vous trompez, le monde ne vous accuse pas. Croyez-vous donc que j'aie fait un éclat qui vous aurait perdue? Non, j'ai été assez maître de moi pour feindre une tranquillité qui n'était pas dans mon âme ; votre départ a paru, aux yeux du monde, être un voyage dont j'étais parfaitement instruit.
Pendant que le baron parlait ainsi, Lavinia !e regardait avec plus de calme, la reconnaissance se peignait dans ses yeux; et quand son mari eut fini de parler, elle lui
tendit la main comme pour !e remercier de ce qu'il l'avait sauvëe de l'infamie.
Cependant un autre sentiment agitait son âme : elle ignorait si M. de Lorvelle savait que ce fût Fernand qui l'avait enlevée ; cette inquiétude l'obsédait, elle n'osait le demander à son mari, mais celui-ci la tira d'incertitude en continuant ainsi :
— Quant au nom de celui qui vous a fait oublier les devoirs les plus sacrés, je crois êlre sûr que personne à Paris ne le soup-r çonne ; je vous dirai plus tai d quand et comment j'ai appris...
— Vous le savez? s'écria Lavinia en s'élançant vers lui.
— Non, dit le baron ; je voulais vous parler de la manière dont j'ai appris que vous étiez à Grenade ; je vous en instruirai plus tard, cette histoire serait trop longue, et ce n'est pas le moment... Son nom, continuat-il en se promenant à grands pas, son nom! je ne le sais pas et je ne veux pas le savoir... Puis, se parlant à loi -mémo : — Le misérable! avoir fait le malheur de celte femme angélique!... Car, mon enfant, ne prenez pas pour du bonlieur le plaisir que vous- avejc
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pu rencontrer dans cette liaison coupable .* croyez-moi, c'est du malheur pour toute votre vie.... Lui aussi prophétisait.
En ce moment Louis eûtra et parla bas à M. de Lorvelle. — C'est bien, lui dit celuici; retire-toi... Louis sortit.
' — On vient me dire, Lavinia, que la voiture est prêle : nous allons p-artir, n'est-ce pas?... Et il s'approchait d'elle.
— Non, dit-elle en se raidissant et avec toute l'apparence d'une violente frayeur, non, je ne partirai point sans le voir!
— Lavinia , je vous parle ici non pas comme un mari, mais comme un père, car je pourrais être le vôtre. Il faut monter en voiture sur-le-champ : croyez-moi, c'est pour vaus épargner bien des larmes.
— Je ne partirai pas... fut tout ce qu'il put arracher d'elle pendant près d'une heure.
Enfin il lui dit d'une voix grave :
— Lavinia, je vous ordonne, au nom de mon enfant, dont vous êtes la mère, je vous ordonne de venir avec moi sur-le-champ!... Et il l'entourait de ses bras.
Elle jeta un profond soupir ; son cœur se brisait.
— lOI
— Vous ne m'enlèverez d'ici que morte!
s'écria-t-elle en cherchant à se de'gager de ses bras.
L'effort avait été violent; ses forces n'y suffirent pas : elle tomba sans connaissance aux pieds du baron. Celui-ci, la saisissant avec vigueur, la porta à sa voiture. Bientôt Louis et une femme que le baron avait amenée pour servir Lavinia furent sur le siège de la voilure , et M. de Lorvelle , tenant dans ses bras le corps sans mouvement de sa femme , criait d'une voix altérée au postillon :
— De toutes les forces de tes chevaux, route de Paris!
UN REVENAINT.
Tous le» crimes plutât qu'un si lâche abandon ' G. DE Pons.
En disant à Lavinia que Ton n'avait pas mcme soupçonné parmi leurs connaissances la cause de son départ précipité , M. de Loi velle n'avait pas cherché à la rassurer par de fausses paroles. Excepté ceux des domestiques qui, par leur position, ont cte
nccessaircmcnl au courant do cet dvcnenient , la maison même du haron a cru au voyage supposé de Lavinia, et le silence de ceux là a été acheté au poids de l'or. Rien ne fut donc plus naturel que le retour du baron et de la baronne, et si quelques conjectures avaient été faites par des personnes clairvoyantes , elles cessèrent quand on les vit revenir ensemble et reprendre leur vie habituelle.
Oui , Lavinia , malgré sa douleur, a repris sa vie habituelle. Que lui importe à présent de vivre de telle ou telle manière, elle qui est marte au monde potir toujours! que lui fait que soû corps soit brillant et chargé de parure au milieu d'une foule bruyante et agissante , lorsque son âme n'entend rien de ce bruit, ne voit rien de cette agitation qui 1 entoure, lorsque son âme est seule au milieu de tout un monde qui bourdonne auprès d'elle! Parfois même un sourire est venu dans une fêle se placer sur ses lèvres; parfois son regard , sans s'arrêter sur un objet déterminé, a exprimé une de ces pensées d'amour dont s'anime avec tant de bonheur la gracieuse figure d'une jeune femme : ce-
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pendant ce sourire, ce regard qui semblent annoncer le calme et la joie, ils partent d'une âme anéantie, incapable de joie et de calme, d'un cœur navre qui saigne d'une plaie qui ne peut guérir; mais c'est qu'au milieu de ses souffrances une image chérie lui est apparue tout à coup, c'est que sa pensée, lasse de regrets, vs'est reportée un instant sur des jours heureux qui ne sont plus ; alors ces pâles lèvres se sont animées d'une légère teinte de rose, alors ces yeux, accoutumés aux larmes, se sont rappelés un regard de bonheur: mais que cet éclair est court et passager! Au sourire gracieux succède le sourire de t'agonie souffrante, au regard heureux succède le regard désespéré.
Ainsi Lavinia languit inconsolable, ainsi se passent dans une vie morte des jours dont elle avait marqué chacun d'avance par de nouvelles joie. Une seule chose soutenait son âme : chaque jour elle écrivait à Fer-, nand. Mais comme si le malheur, une fois qu il lavait pnsc pour viclimo, eut craint de l abandonner, une nouvelle peine venait se joindre à ses autres peines. Un mois sélail fcoulé depuis (ju'cllc était do rrtdur à Paiis,
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et elle n'avait pas encore reçu une seule lettre d'Espagne.
Regrets ineffaçables du passé, douleur du présent, sombres inquiétudes de Tavenir, tout se réunissait pour porter au comble les souffrances de M""^ de Lorvelle. En présence du monde et de leurs gens, le baron est toujours le même pour elle, mais il ne l'aime plus, et les paroles qu'il lui adresse devant le monde sont les seules qui sortent de sa bouche pour cette femme coupable, mais si malheureuse.
Le moment approchait où elle allait apprendre de nouvelles douleurs.
M"** de Verrières, jeune parente de M. de Lorvelle, mariée en province, vint passer chez son cousin le temps du Carnaval.
C'était la première fois qu'elle voyait Paris : aussi était-ce avec une joie folle qu'elle jouissait des plaisirs bruyans qu'on y rencontre. La bonne Lavinia s'était chargée avec plaisir de la mener partout, de la piloter. D'ailleurs, une chose dont elle avait à s'occuper, n'était-ce pas une diversion aux pensées noires et accablantes dont elle cherchait vainement à se délivrer?
Un malin (c'était le rnarfii-gras), le baron -et la baronne déjeunaient avec la petite madame de Verrières. M. de Lorvelle, les yeux fixés sur son assiette , mangeait en silence; une profonde tristesse était peinte sur son visage. Sa femme, dont la figure exprimait toujours la douleur et la mélancolie, s'efforçait de sourire au bavardage sans suite de la jeune provinciale . qui faisait seule les frais de la conversation; enfin celle-ci se tut, et regardant les doux époux d'un air embarrassé,elle rougit jusqu'au blanc des yeux : ce silence dura quatre à cinq minutes.
M""' de Verrières se décide enfin à le rompre.
— Mon cousin, dit-elle bien timidement à M. de Lorvelle, j'ai une prière à vous faire, et à ma cousine aussi, ajouta-t-ellc en rougissant encore plus.
M. de Lorvelle leva les yeux sur sa jolie cousine : 1 embarras où elle était amena sur les lèvres de l'ancien colonel un léger sourire. La baronne la regarda avec bonté , comme pour l'engager à parler.
— Voyons? tlit enfin M. de Lorvelle.
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— C'est (fue vous allez vous moquer de moi et m'appeler encore provinciale.
— C'est bien possible, dit le baron en souriant encore, mais de manière à la rassurer.
— C'est que... je voudrais bien,., avant de quitter Paris... je voudrais bien voir un bal de l'Opéra.
>— Un bal de l'Opéra ! s'écrie M. de Lorvclle ; mais vous n'y pensez pas, ma chère ; il y quinze ans qu'on n'y va plus.
— Je savais bien, dit avec embarras jyjroe jg Verrières, je savais bien que vous alliez vous moquer de moi... Cependant...
— Je vous assure , ma cousine, dit Lavinia , que, d'après ce qu'on m'en a dit, c'est fort loin d'être amusant.
— Autrefois , ajouta le baron , c'était de mode, on y trouvait toutes les personnes qu'on rencontre dans le monde, mais à présent un homme avoue à peine avoir été au bal de l'Opéra.
La pauvre M"*^ de Verrières n'osa plus, de tout le déjeuner, reparler de son bal ; elle avait espéré un metlleui* succès, et de vrai elle fut prêle à pleurer.
M""* de Lorvelle, lorsqu'elle fut seule avec
— log — sa cousine, chercha à lui faire comprendre qu'elle perdait peu à ne pas aller à ce bal, mais tous ses elforts furent inutiles, et M""* de Verrières alla supplier M. de Lorvelle de la conduire le soir à l'Opéra.
M. de Lorvelle était trop raisonnable pour vouloir opposer à un désir, même déplacé , une volonté insurmontable ; il céda enfin aux sollicitations de sa cousine, qui alla avec une joie d'enfant prévenir Lavinia de faire préparer son domino. Lavinia, pleine d'indifférence pour ce q«i n'était pas son amour, se laissa aller aux désirs de M°"* de Verrières, et vers une heure du matin M. de Lorvelle entrait dans le vaste foyer de l'Opéra, conduisant sa femme et sa cousine. Bientôt l'ennui le gagna, et il laissa ces deux jeunes femmes, l'une à sa folle joie de provinciale, l'autre au plaisir secret qu'elle éprouvait de pouvoir, à la faveur de son masque, pleurer au milieu de ce monde qui naît autour d'elle.
Trois heures venaient de sonner à l'horloge du foyer de l'Opéra, au pied de laquelle se réunissaient, d'après l'antique usage, les donneurs de rendez -vous. L'agitation était au comble ; les rires joyeux des promeneurs
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intrigués, les mines ennuyées du grand nombres, tout ce qui constitue enfin un bal de l'Opéra, était dans le paroxisme, lorsque Lavinia, serrant par une sorte de mouvement convulsif le bras de sa cousine , chancela et fut obligée de s'arrêter; ses jambes se dérobaient sous elle : M""^ de Verrières se hâta de la mener dans le corridor, où l'on respirait un peu plus que dans cette foule, et lui demanda la cause de ce qui lui arrivait.
— Ce n'est rien, dit M""* de Lorvelle, ce n'est rien.
Elle tressaillit de nouveau. Ses yeux, sous son masque , s'attachèrent sur un domino qui, appuyé contre une colonne , semblait la contempler et ne pas vouloir la perdre de vue.
— Voulez-vous sortir, ma cousine? lui dit ^me ^Q Verrières.
— Oui, balbutia-t-elle, oui... je crois que je ferai mieux de sortir.
Et elle fit un pas vers l'escalier.
Le masque, quittant alors la place où il était resté immobile, vint se poser devant les
deux jeunes femmes el dil en se penchant vers Lavinia :
— Ne voulez-vous donc pas de nouvelles de Grenade ?
A ces mots Lavinia a pousse un cri, et elle s'est élancée loin du masque et de sa cousine, qui n'a pas entendu ce qu'a dit le domino et reste stupéfaite et glacée.
Le domino a volé sur les pas de M™* de Lorvelle. Une loge est ouverte, elle y entre; bientôt il l'a rejointe , et saisissant sa main il lui dit d'une voix suppliante et faible :
— Lavinia !
La baronne , cherchant de ses deux mains à l'éloigner comme si c'eût été une vision, répétait avec l'accent d'une profonde terreur :
— Oh! mon Dieu! faites que ce soit un songe !
Tout son sang s'était porté au cœur, et une sueur froide inondait son visage.
— De grâce, dit-elle enfin, déniasquezvous, tirez-moi de cette horrible incertitude!
— Ma Lavinia, dit le domino, tu ne te trompes pas ; c'est moi, c'est ton ami!... Et
sa main, détachant le masque, offrit aux regards de la baronne la belle figure de Fernand pâle comme un habitant du tombeau.
Un faible cri fut tout ce que sa bouche put prononcer; ses yeux se troublèi'cnt , et elle fut obligée de s'appuyer s«r le bras de M, de Scrgy pour ne pas rouler à terre. Fernand lui enleva son masque ; ii la contemplait 4e ce regard passionne, irrésistible, qui a'sait bouleversé 1 âme de la pauvre enfant-, il ne disait pas une parole.
— Vous ici, dit-elle enfin d'une voix où se peignaient la surprise et la douleur, la joie et le regret, vous ici?... et ses douces mains pressaient la main de Fernand , ses lèvres laissèrent ecliapper un sourire -qui semblait lui dire : Mon ami, je suis bien malheureuse \
— Arrivé à trois heures, lui dit Fernand, j 'ai appris que vous deviez ce soir venir a ce bal avec une cousine à vous^ et j'ai profité de ceite occasion pour vous revoir librement.
< — Et que venez vous faire à Paris?
— Vous chercher, Lavinia : n'est-ce pas Aussi tonal votre désir?
Lavinia couvrit son visage de ses deux mains et se mit à pleurer. Elle ne pouvait plus être étonnée de la proposition de M. de Sergy : aussi n'en témoigna- t-elle aucune surprise, mais elle se contenta de dire en cherchant à étouffer ses sanglots :
— Laissez -moi mourir, Fernand; fuyezmoi et soyez heureux!
— Lavinia , reprit le comte, je n'ai pas besoin de vous répéter que je vous aime : vous le savez, n'est-ce pas?
D'un regard elle lui répondit.
— Eh bien ! continua-t-il , si vous êtes sûre de mon amour, si vous y répondez, comme je n'en doute pas... — et il s'approchait d'elle avec tendresse — pourquoi me parler de vous fuir? pourquoi me rappeler qu'en vous quittant je vous laisserai entre les bras d'un homme que votre réputation seule m'empêche de punir de son bonheur?
Lavinia le regarda ; ses yeux reprochèrent à Fernand d'avoir parlé du bonheur de M. de Lorvclle; il feignit de ne pas la comprendre et continua :
— Cet homme si peu fait pour votre âme, il arrive à Grenade dans le temps où j'allais
peut-être mourir, alors il fait valoir auprès de sa femme ses droits, sans doute bien plus forts que les miens > il parle en maître, et vous, esclave soumise, ou plutôt amante désenchantée , vous avez abandonné celui qui peu de temps auparavant était tout pour vous!...
— Vous ignorez donc , s'écria M"** de
Lorvelle.
— J'ignore quels motifs assez puissans ont pu vous porter à m'abandonner mourant à Grenade, si ce n'est, poursuivit- il avec un sourire où se peignaient la rage et la vengeance , si ce n'est votre respect pour votre mari.
— C'est être trop injuste ! dit Lavinia en fondant en larmes; Fernand, ils m'ont emmenée malgré moi!... non, non, j'avais cru mourir, et je ne me suis réveillée que dans la voiture qui m'emportait.
— C'est ce que vous m'avez écrit... Majs cr<?yez-vous que désormais je puisse vivre avec la pensée que l'homme que je hais le plus au monde possédera l'objet de toutes mes affections? Croyez-vous, Lavinia,
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ajouta-t-il avec plus d'amour, que sans vous la vie ne me devienne pas insupportable ?
— Me croyez-vous donc heureuse?
— Non , mon ange , el cette idée me rend encore plus malheureux moi-même. Je ne puis vous quitter, je ne puis renoncera vous el vous laisser la proie de cet homme.
— N'ai-je pas déjà été assez coupable? assez de remords ne troublent-ils pas déjà ma pauvre vie? dit Lavinia avec l'accent du désespoir et sentant son cœur se briser.
— Que me parlez-vous de remords , dit le comte laissant malgré lui se dévoiler son âme, que me parlez-vous de coupable, quand votre bonheur et le mien sont désormais impossibles !
Et son pâle visage se colora un instant du feu de la rage et de la vengeance.
— Oh oui! répétait Lavinia en secouant la tête.
— Impossible, ajouta le comte, impossible pour Fernand, amant secret de la baronne de Lorvelle... Mais...
11 s'arrêta : Lavinia leva ses yeux vers les siens pour chercher à deviner sa pensée.
— Mais, poursuivit-il plus bas et d'une
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voix animée, non pas pour le comte de Sergy, mari de Lavinia...
En disant ces mots il lança à l'infortunée un de ces regards tout puissans qui enchaînent la volonté de l'être faible ; et la laissant appuyée contre le bord de la loge , il se glissa d^ns la foule et disparut à ses yeuTc.
DKLIRE.
» Prends garde!.,, on ne sait pas
Jusqu'où peut , mon enfant, conduire l'adultèrt.
Éd. d'Anglemont.
La disparition subite de Fernand glaça de stupeur M"" de Lorvelle ; long-temps elle ne put retrouver assez de force pour quitter la place où il l'avait laissée. Enfin elle se dirigea vers le foyer, dans l'espoir de rencontrer sa cousine ; mais il lui fut impossible de
— ii8 ■— la rejoindre. Elle sortit : sa voilure était à la porte-, et son cocher lui apprit qu'il avait reconduit M"*^ de Verrières il y avait près d'une demi-heure. Lavinia , agitée par les idées qui obsédaient son âme, rentra sans en parler davantage, et î^ hâta de congédier sa femme de chambre, espérant, dans le silence de la nuit, parvenir à bannir de son cœur le trouble auquel il était en proie.
Mais, hélas! il était trop tard. L'infernal génie qui avait présidé à l'union désastreuse de Fernand et de cette infortunée avait décidé q«e cette nuit devait être le témoin de la catastrophe effroyable qui devait couronner son ceuvre de destruction et d'horreur. Lavinia ne pouvait éloigner dé devant ses yeux l'image de Fernand; cette belle figure lui apparaissait sans cesse couverte de la pâleur de la souffrance, qu'augmentait encore le soml>re domino noir dont il s'était entouré dans cette fata te soirée. ïl sattacharit à sespas, et'lorsq'ue, faiscinée par son imagimatian, 'qoi Vc lui représehtait ^près d'elle, Lav itiia croyait le voir o-uvinir îa boache poar '\m parler, elle iressaiHait comme s'il eut jn-onomcédes paroles qui l'eussent eftrayée.
Les derniers accens de Fernand ont jclë dans son âme un trouble qu'elle cherche en vain à dissiper ; sans cesse retentissent à son oreille ces mots prononce's d'une voix sombre par son amant : — Le comte de Sergy , mari de Laçinia... D'où vient que celte pensée, qui jadis réveillait dans son cœur des idées de bonheur avenir, la fait maintenant frissonner d'horrcuret de crainte? d'où vient que le souvenir de son mari la glace d'effroi plus encore qu'il ne fait couler . ses larmes de regret? c'est que le souvenir de M. de Lorvelle , c'est que ces mots : — Le comte de Sergy, mari de Lavinia.., s'allient aujourd'hui dans cette âme, autrefois si piue, à l'idée d'un crime qui cependant l'épouvante encore.
Oui, le crime est entré dans son cœur. A présent, si elle ne le calcule pas avec art, si elle n'en médite pas toutes les circonstances avec calme et sang-froid, c'est qu'elle délire, et qu'avec le délire sont incompatibles lart, le sang-froid et le calme. Mais lesparoiessataniques de Fernand n'ont pas été sans effet. Si le hasard l'a servi en conduisant le jour de son arrivée à Paris l^avinia au bal de TO-
pe'ra, il a su en profiter avec habileté pour sa vengeance; il n'a pas oublié le départ de M™* de Lorvelle emmenée par un mari que trois mois avant elle a quitte pour le suivre* Il a su le lendemain par le corrégidor que Lavinia était allée à la Posada del Sol trouver son mari, et que le même soir ils étaient partis pour Paris. Dès-lors son cœur n'a plus qu'une pensée, la vengeance! la mort de M. de Lorvelle est devenue en un instant le but du reste de sa vie , et son âme infernale a souri à l'idée d'envelopper dans cette œuvre de malheur l'angélique créature que déjà il a abreuvée de tant de maux. Ses blessures le retiennent; mais, forçant la nature, il part aussitôt qu'il peut supporter le voyage; ne prenantde repos ni jour ni nuit, il arrive à Paris le jour même oii Lavinia et sa cousine doivent aller au bal de l'Opéra. Son valet de chambre qu'il a envoyé pour reconnaître le terrain et savoir ce que fait Lavinia, comment elle passe sa vie; enfin tout ce qu'il lui importe tant de savoir, lui apprend lef projet de la baronne : alors son plan est arrêté. A l'aide d'un domino il s'approchera d'elle, sans être remarqué du monde qui jes entou-
rera ; il pourra recommencer ses attaques sur ce cœur qu'il sait être tout à lui, et où il se dispose, avec une joie féroce, à semer les premiers élémens du crime qui doit servir sa vengeance et achever de remplir la mesure des maux qu'il avait jadis rêvés pour cette pauvre femme quand il lui imposa son dangereux amour.
Il n'y a que trop bien réussi. En revoyant cet être, dont l'impérieux ascendant la domine avec tant de force, Lavinia s'est vue de nouveau toute entière à sa disposition. Elle subira, dans toute sa liideur, la puissance infernale de cet homme qui la mène à sa ruine avec de douces paroles d'amour.
Le délire qu'il a jeté d'un mot dans l àme de sa victime ne fait que croître de plus en plus ; des paroles sans suite sortent de sa bouche, et elle les prononce sans les comprendre, sans les entendre. Si, tout à coup, revenant à elle-même, elle eut pu arrêter sa pensée sur l'état oij elle se trouve, oh! avec quelle horreur elle se lût empressée de rejeter les pensées criminelles qui venaient l'obséder avec tant de violence ! Une heure de calme, et Lavinia redevenait vertueuse : mais le
coup avait été bien porté, et avec le calme sa vertu l'avait abandonnée pour toujours.
Soudain elle quitte son lit ; malgré le froid elle se promène à grands pas dans sa chambre. Son esprit troublé se retrace Fernand, dont elle se croit tant aimée , l'abandonnant parce qu'un autre la possède. Les jours coulés auprès de celui que son cœur a choisi, ceux qu'elle passe à présent auprès d'un homme qui doit la mépriser et la haïr, et surtout l'avenirdésolant, se déroulentdevant elle, et toujours la figure grave et sévère de M. de Lorvelle vient se placer entre elle et le bonheur : sa tête se monte par degrés, et bientôt, sans qu'elle s'en rendre compte, une idée la domine et s'empare de tout son être : ' — Malheur, a-t-elle dit dans son cœur, malheur à celui qui seul m« sépare de mon bienaimé !
Le crime, qui depuis deux heures germe dans sa tête , a ient d'être conçu par k désespoir porté au plus haut degré. Lavinia s'arrête tout d'un coup comme frappée dVin souvenir; elle a pensé que dans la salle à manger, la seule pièce qui sépare la chambre de son maii de la sienne, elle a vu, en rentrant,
un fourneau avec du charbon. Un sourire insensé vient, à celte pensée, animer son visage. Elle ouvre la porte avec précaution, traverse la salle à manger, et pénètre dans l'appartemeni de M. de Lorvelie. EHe a ouvert la porte, elle écoute', rien qu'un profond silence. Au-dessus d'elle un bruit s'est fait entendre; sa figure prend une expression terrible quand elle a reconnu d'où vient ce bruit : c'est son enfant, âge d'uïian, qui pleure à l'étage supérieur. Elle grince les dents de rage et de folie : (rest le fils de M. de Lorvelle !... Insensée ! est-ce qu'il n'estplusle tien?...
Mais, dans un pareil état d égarement, quelle idée de nature peut se faire jour dans une âme que , d'innocente et bonne qu'elle était, un homme pervers a rendue, par ses séiluctions odieuses, une âme corrompue i^ Sur la pointe du pied, retenant son haleine , elle s'avance vers le lit de M. de Lorvelle. Quicontiuc eût par derrière vu cette jeune lemnie à la taille de gnèpe , aux beaux cheveux noii-s , à la démarche élégante, sapprooher doucement de cet homme à figure sévère , mais nohlr , eût souri , croyant vori
une jeune fille allant surprendre à son vieux père un baiser virginal ; mais qui eût contemple de face cette jeune figure contractée par les sentimens qui agitaient son âme, dansson épouvante eût reculé de dégoût et d'horreur.
Elle s'est assurée que le baron dort d'un profond sommeil; avec assurance elle saisit le réchaud placé dans la salle à manger, — du charbon est à côté, — elle le remplit avec un sang-froid qui eût été digne d'un être accoutumé à ce que le crime a de plus hideux. Elle avait perdu la raison. A Taide de sa bougie elle allume le charbon, et rentre dans la chambre de son mari. A peine a-t-elle frissonné en posant au milieu de la chambre l'instrument de mort , un dernier regard jeté sur M. de Lorvelle l'assure qu'il n'est pas éveillé : elle referme la porte avec soin, et reprend le chemin de la chambre, marchant plus légèrement , comme si elle eût été débarrassée d'un grand poids.
L'égarement était à son comble.
Arrivée à la porte de sa chambre, au mooîi elle va la refermer, elle s'arrête, puis, se dirigeant vers celle du baron, elle rentre et saisit le réchaud.
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Est-ce un remords ? La folie cessant toni à coup, l'horreur de son crime l'a-t-elle épouvantée?
Non, la folie dure toujours, le crime ne répouvante pas encore.
C'est qu'elle s'est souvenue que le réchand est au milieu de la chambre, que M. de Lorvelle peut s'éveiller, et qu'alors son coup sera manqué, et elle le place derrière la tête du lit!
Qui comprendra comment dans la tête égarée d'une jeune femme de vingt ans le crime s'est établi avec tant de force et d'habileté?
Après ce changement, elle se retire, referme toutes les portes, rentre chez elle, et tombe sur une chaise avec un gémissement d'effroi. En passant devant la glace elle s'est vue; et effrayée de la pâleur et du bouleversement général de ses traits, la malheureuse s'est fait horreur.