‹ Deux comédies turquesChapitre 108 sur 146 · ACTE HEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE HEUXIEME

jamais, et tout ce qu'il dit se realise. Au palais, parmi les avocats, il n'y a qtie lui qui soit connu. C'est au point que, dans certaines occasions, il a ses gran des et ses petites entrees aupres du Chah-Zade.

Pour la connaissance des affaires, il est le Platon du siecle 3 . Suivez en tout ses conseils, et ne vous inquietez de rien. C'est seulement par ses dispositions que vous pourrez entier en possession de la fortune de Hadji-Ghafour, car autrement, vous n'uvez aucun droit a cet heritage. » — La lemme a ete toute contente et ravie, ainsi que son frere Aga-Abbas. Maintenant, ils vont venir te trouver ami que tu leur traces leur regie de conduite.

Aga-Merdan — Ties bien. Tres bien.

Mais, dis-moi : as-tu reussi egalement a proctirer a Aga-Selman la defense de l'autre pariie?

Aga-Kerim. — Oui. Aga-Selman est, en ce moment meme, aupres de Sekine-Khanoum : des qu'il en sera debarrasse, il viendra ici.

Aga-Mkrdan. — A merveille, Aga-Kerim. Par Dieu ! tu fais des prodiges avec ta langue. C'est tres bien. Mais, dis-moi:

la veuve de Hadji-Ghafour est-elle jolie ?

Aga Kkrim. — Pourquoi?

Aga-Mkrdan. — Pourquoi?... Pour qu'elle s*eprenne de moi et que je l'epouse.

Pourquoi ne serait-elle pas ma I'emme?

Aga-Kkrim. — Est-ce que je sais si elle t'aimera ou si elle ne t'aimera pas? Ton temps est un peu passe... et la fern me est jeune.

Aga-Mkrdan. — Non, par ta mort!

Aga-Kerim ; mon temps n'est pas si passe que cela : j'ai tout juste cinquante et un ans.

Aga-Kkrim. — Je ne l'aurai pas cru : ]e croyais que tu en avais soixante-dix.

Aga-Mkrdan. — Ah ! non, par ton ame' Tu sais bien que je suis ne un an apres le grand tremblement de terrc de Tebriz 4 .

Aga-Kkrim. — Tu es deja marie.

Aga-Mkrdan. — Ce n*est pas parce que je manque de femme que je veux I'epou-

ser. Mais, voici ce que je me suis dit : si nous parvenons a enlever toute cette fortune a la soeur de Hadji-Ghafour pour la [aire passer a cette femme, pourquoicelle-ci irait-elle a un autre mari? Que j'epouse la femme, et la fortune me reviendra en meme temps. C'est aussi ton interet : quel avantage trouverais-tu ailleurs?

Aga-Kerim. — Oui, mais alors, qu'estce que ca te fait qu'elle soit jolie ou laide? 11 vaudrait mieux qu'elle flit un monsti e 3 , si tu pouvais ainsi etre aime d'elle et l'epouser. Mais, elle n'est pas laide, et je ne crois pas qu'elle te trouve a son gout.

Aga-Merdan. — Est-ce k dire que je ne sois pas fait pour lui plaire et eire agiee d'elle ?

Aga Keium. — Eh! ne le saistu done pas, toi-meme ? Ta figure n'est pas deja si agreable!

Ag.\-Merdan. — Oh! mais je ne sais vraiment pas quel effet je te produis!

Laisse-moi me regarder un peu a Ja glace.

'// se re garde a une armoire a glace ti .j

Par Dieu! Aga-Kerim, que trouves-tu a critiquer dans ma personne? Veux-tu dire que je n'ai plus de dents? Cest une fluxion qui les a fait tomber : ce n'est pas de vieillesse. 11 est vrai que les machoires sont un peu creuses; tnais ca ne parait pas : la barbe les cache.

Aga-Kerim. — Bon! C'est bien ! Cela suffit. Assieds-toi done : la voiia qui va venir.

Aga-Merdan. — Attends un peu : laissemoi mettre ma robe 7 de cachemire, endosser ma redingote s de drap, et me peigner la barbe. Ensuite, je viendrai m'asseoir. (II s'occupe a sa toilette.)

Aga-Kkrim. — Est-ce que tout cela est necessaire ? Assieds-toi done.

Aga-Merdan. — Sans doute, c'est tres necessaire. Nos femmes se voilent toujours aux yeux des hommes, mais, elles aiment enormement a nous regarder. Si la veuve de Hadji-Gbafour me voit en toilette, elle aura plus de consideration pourmoi, et mes paroles auront plus din-

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