AC'] E DEUXIEME
done arrive pour que je doive me retirer a l'ecart, pour que cette aventuriere vienne s'emparer de tout I'argent, et qu'elle aille le boire et le de'penser a faire la noce avee un jeune butor?
Aga-Merdan. — Au tribunal, on n'ecoutera pas ces raisons-la.
Zeineb-Khanoum. — Comment? On ne les ecoutera pas! Est-ce qu'on ne doit pas observer la justice dans un proces? Pendant dix ans et plus, cette fortune est restee entre mes mains... maintenant, j'en serais depouillee!
Aga-Merdan. — Eh! oui, vous devez en etre depouillee. — Ecoutez-moi : renoncez a la moitie de cet heritage, car en realite, vous n'avez pas droit a une obole 10 .
Aga-Abbas est au courant de l'affaire, et il sait que ce que je dis est exact.
Aga-Abbas. — Oui : nous acceptons.
Quelles conditions avez-vous encore a nous im poser?
Aga-Merdan. -~ Ma troisieme condition, e'est que Zeineb-Khanoum se pre-
sentera devant le tribunal, et qu'elle declarera, en presence du president, qu'elle a de Hadji-Ghafour un enfant de sept mois, encore en nourrice.
Zeineb-Khanoum. — Oh ! oh ! Aga-Merdan! c'est la une chose bien difficile!
Comment oserais-;e dire un pareil mensonge.... que j'ai un enfant de sept mois?
Aga-Mekdan. — Ce n'est pas difficile du tout. Du vivant de Hadji-Ghafour, vous etiez enceinte. Un mois avant sa mort, vous avez mis au monde un petit garcon qui a sept mois, maintenant. Estce une affaire de dire cela ?
Zeineb-Khanoum. — Je vous considere comme mon pere, Aga-Merdan, et je ne desobeirai jamais a vos conseils; mais, cette condition est trop dure. Moi qui n'ai jamais eu d'enfant, est-ce qu'on ne me cricrait pas : « Oil est ton enfant? Oil est-il ? »
Aga-Meudan. — Ne vous inquietez pas de cela. L'enfant est tout pret. Vous
avez ete enceinte, et vous l'avez mis au monde. On a vu le petit dans vos bras et dans ceux de Hadji-Ghafour. II y a meme des gens qui en temoigneront. Ne vous inquietez pas de ces choses-la : faites seulement votre declaration, etd'autres en affirmeront la sincerite.
ZMneb-Khanoum. — Au nom de Dieu !
Aga-Merdan, imposez-moi une condition dont je puisse m'acquitter : celle la est trop penible. Comment pourrais-je faire un tel mensonge? Je n'oserai jamais papier ainsi !
Aga-Merdan. — Vous dites la d'etranges choses, Zeineb-Khanoum! Je ne comprends pas ce que cela signirie. Pourquoi n'oserez-vous pas? Pourquoi avez-vous honte? Tout le monde sait que c'est le metier des femmes de faire des enfants :
quelle honte y a-t'il la? Vous n'avez, peut-etre, jamais ete enceinte, et vous n'avez jamais eu d'enfant. Soit, mais, celui qui veut attraper un poisson,doit plonger dans l'eau froide ".11 faut que vous las-
siez cette declaration : il n'y a pas d'autre moycn.
Ziisku-Khanoum. — Que voulez-vous obtenir par la, Aga-Merdan ?
Aga-Mi'.udan. — Je veux, par ce moyen, vous faire attribuer toute la fortune de Hudji-Ghafour, et pour arriver a ce resultai.il n'y a pas d'autre expedient que celuila. Vous-meme, vous ne pouvez pas heriter de votre mari, tandis que votre enfant est he'ritier, de par la loi. Quand l'existence de voire enfant aura ete constate'e, toute la fortune lui reviendra. Je pourrai ulors, sans difficult^, me faire nommcr son tuteur; puis, cinq ou six mois apres, je repandrai le bruit que l'enfant est mort, et dans ce cas, tout l'heritage vous sera transfere a vous, legalement. Vous en prendrez la moitie, et vous me donnerez l'autre moitie: — Dieu est le meilleur pere nourricier '-.
Zi inicb-Khanoum. — O vous, pour qui je donnerais ma vie, peut-on debiter un pareil mensonge ?