ACTE PREMIER
Hadji-Salih ; je I'ai entendu, point 9 par point, et jusqu'au bout. J'ai tout compris des le moment oil vous avez mande Hadji-Salih, et cela m'a frappe au coeur.
Alors, je suis venue tout doucement : je me suis placee la, derriere cette porte, et j'ai prete l'oreille. J'ai vu quec'etait bien comme j'avais pense. — Que Dieu la benisse, cette tunique, au collet orne de boutons d'or, que vous destinez a votre femme cherie ! Que Pceil de Timour-Aga en brille de plaisir! On vient de commander une nouvelle tunique pour sa bonne amie : elle la mettra pour se pavaner devant lui.
Le vizir. — Mauvaise femme! pourquoi tant de bavardage? Quand cesserastu de me dire des inconvenances? N'as-tu done aucune pudeur? Devant moi, tu calomnies ma femme 10 ! tu jettes mon honneur a tous les vents! Le sentiment des convenances est une bien bonne chose en ce monde : tu devrais le savoir.
Ziba-Khanoum. — Moi aussi, si je vou-
lais, je le jctterais au vent, votie honncur ! Je me procurerais un jeune garcon bien fait, lout frais ", et je t'erais avec lui le jeu d'amour. — Mais, c'est votre tern me preferee qui vous deshonore, elle qui est pendue, jour et nuit, au cou de Timour-Aga. Bien des fois, ma servante les a vus de ses propres yeux.
Le vizir. — (En pdlissantj i2 Jamais, je n'ajouterai foi a tes propos ni k ceux de ta servante.
Ziba- Khanoum. — II n'y a pas que nous qui disions cela. Toute la population de Lenkeran connait ce manege. Mais, on dit que vous fermez les yeux, comme la perdrix qui cache sa tete sous la neige 13 .
Ne distinguez-vous pas ce qui vous sert et ce qui vous nuit? Croyez vous dene que le monde ne comprend pas tout cela?
' Le vizir. — ■ Qu'est-ce que tu dis ? Com ment Cho'le a-t'elle connu Timour Aga?
Oil Ta-t'elle vu?
Ziba-Khanoum. — C'est vousmeme qui