SCENE IX
Le vizir. — (Aux ferrachs). Jetez a terre I'intendant, el mettez-lui les pieds dans la felek. (Les ferrachs etendent a terre I'intendant, et preparent la felek oil ils lui passent les pieds. Puis, deux homines prennent la feleke, tandis que deux autres saisissent les batons).
Le vizir. — Frappez ! (Les ferrachs frappent) .
L'intendant. — O mon cher maitre.'Je suis votre esclave 31 ! Quelle faute ai-je done commise pour qu'on me donne la bastonnade?
Le vizir. — (Indiquant le tamis, d'un geste irritej. Ce tamis! que fait-il dans ma chambre?
L'intendant. — Quel tamis, seigneur ?
Le vizir. — Quand tu auras mange du baton, tu comprendras de quel tamis je parle! (Les ferrachs frappent).
L'intendant. — Oh ! grace ! justice ! Je suis votreesclave, seigneur! Enfin, quelle est ma faute? Que je sois votre rancon!
Daignez m'apprendre ma faute; puis, vous me tuerez, si vous voulez : vous le pourrez.
Le vizir. — (Aux ferrachs). Arretez !
— Aga-Bechir, voici quelle est ta faute :
tu n'as pas fait comprendre leurs devoirs a mes domestiques. Quiconque sert dans ma maison depend de toi. II faut que tu indiques, toi-meme, sa place a chacun d'eux; que tu leur enseignes leur service, et que tu le leur fasses comprendre. Le valet d'ecurie ne doit pas mettre le pied ailleurs qu'a l'ecurie, et il ne doit pas y avoir de tamis dans ma chambre. Aujourd'hui, le valet d'ecurie Kerim, est venu ici, un tamis a la main, et il l'a laisse en partant. Sans y prendre garde, j'ai pose le pied sur le bord de ce tamis ; l'autre bord s'est releve et m'a cogne si fort le genou que maintenant encore, a cause de cette douleur, je ne peux pas remuer la jambe.