ACTE PREMIER
Moi, qui suis le vizir d'une grande province, je porte le poids de toutes ses affaires 32 ,et toi, anebate! tu nepeux meme pas diriger une seule maison avec ses domestiques !
L'intendant. — Seigneur, Dieu vous a fait un grand esprit et une grande intelligence. Mais, moi, comment pourrais-je vous egaler ?
Le vizir. — (Aux ferrachs). Frappez !
L'intendant. — Seigneur, puisse-je etre la rancon de votre tete! Pour cette fois, faites-moi grace. A l'avenir, pareille faute ne se renouvellera pas.
Le vizir. — Tres bien. Maintenant qu'il a promis, arretez! cela suffit.— Aga-Bechir, pour cette fois, je te pardonne. Mais, sache bien que si dorenavant on voit un tamis dans ma chambre, tu es mort. Entends-tu?
L'intendant. — (En se relevant). Oui, seigneur, soyez tranquille.
Le vizir. — C'est bien, allez-vous-en.
Le valet d'ecurie. — (Tout basj. Grand
Dieu'.Merci! (Avant tout, il prend son tamis et sen va. Les autres sortent derriere lui.
Le rideau tombe.
Fin du premier acte
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NOTES SUR L'ACTE PREMIER
i. La mer Caspienne est appelee ici mer de Khezer, du nora d'un payssitue sur ses bords, el du nom turc du Volga. On a donne a la mer Caspienne un grand nombre de noms empruntes, pourlaplupart, a ceux des pays qu'elle baigne. On lade'signequelquefoissous le nom de merduKharezm, mais a tort, car c'est la mer d'Aral qui s'appelle ainsi. Quelques auteurs la nomment meme mer de Qoulzoum, alors que cette denomination ne s'applique qu'a la mer Rouge. On peut consuiter sur le pays des Khezers le chapitre IX, de Macoudi, {Prairies dor, traduction de MM. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille), ainsi qu'unmemoire de Klaproth dans le Journal asiatique,
1. Lenkeran est une petite ville de la Transcaucasie orientale, dans le gouvernement de Bakou ; elle est situe'e sur les bords de la mer Caspienne, au sud-ouest de cette mer, tout pres de ,1a frontiere persane. On appelle gencralement cette ville Lenkoran, ou Lenkoroud, qu'il ne taut
pas confondre avec la ville persane de Lenghevoud, egalement situee sur les cotes de la Caspienne, mais, plus au sud-est, dans le Guilan; l'etymologie des deux noms est d'ailleurs la meme. Lenkoran est l'orthographe adoptee par les cartes russes et allemandes ; mais. il est plus exact d'ecrire Lenkeran. En effet, ce nom est derive du mot persan linker ou plutot lenguer qui signifie « ancre de navire » ; le sens de Lenkeran est done « les ancres » et, par extension, « lieu d'ancrage ». Ce port est, d'ailleurs, un des plus mauvais de cette cote ou il y a si peu de bons abris; les navires sont obliges de mouiller au large, a une grande distance de la terre, a cause des marais peu profonds qui bordent le rivage. Le climat de Lenkeran est tres malsain; sa population n'atteint pas cinq mille ames et son commerce est peu important. La plus grande partie des marchandisesevite Lenkeran, pour passer par Astara, petit port situe un peu plus au sud, 6ur la frontiere meme de la Perse : e'est dans cette derniere ville que se trouve la douane russe.
3. 11 s'agit ici d.'une espece de vestibule situe a l'entree des appartements prives, et oil le maitre de la maison recoit ses visiteurs. La partie de la maison, interdite aux elrangers, s'appelle enderoun, « interieur n : e'est le harem.
4. Recht est la capitale de la province du Guilan ; elle est situee au sud-ouest de la mer Caspienne, a 3o kilometres environ de cette mer. Comme la province entiere du Guilan, elle est connue par son climat malsain, humide a l'exces,
NOTES SUR L ACTE PREMIER
et fievreux; elle est entouree de marecages.
Malgre ces conditions defavorables, Recht a une grande importance commerciale : c'est le principal raarche de la Perse pour les soies greges et les cocons. D'ailleurs, sa position geographique est unique, au point de vue corhmercial; Recht est situee a l'ouest du Sefid-Roud, au bout du long couloir que forme ce fleuve en passant a travers les massifs occidentaux de l'Elbouz; elle est la tete de ligne de la route qui conduit di la Caspienne a Teheran. Malheureusement, elle est separee de la mer par un marais sans profondeur que les Persans appellent le Mourd-ab, ou « eau morte ». Le port de Recht est la petite ville d'Enzeli, sur la barre du meme nom : ce port est un des plus dangereux de la Caspienne.
Recht a vingt-sept mille habitants, et Enzeli, deux mille cinq cents environ.
5. La fete du Neourouz « nouveau jour » est la fete par laquelle les Persans celebrent le retour du printemps. Cette solennite remonte a la plus haute antiquite, car c'est un reste de l'ancienne religion de Zoroastre : c'etait la fete du soleil instituee par les adorateurs du feu. Pour masquer l'origine peu orthodoxe de cette solennite, les Persans ont imagine de dire qu'elle est instituee en l'honneur de l'ele'vation d'Ali au khalifat. La fete du Neourouz est encore aujourd'hui fort en honneur chez les Persans: c'est, pour ainsi dire, la fete nationale de la Perse.
6. La signification de ce proverbe est assez claire. Les marchands d'Ispahan mettent du fro-
mage dans une carafe et se contentent de frotter leur pain sur le verre de celle-ci, pour fairedurer le fromage indefiniment. La re'pulation d'avarice des habitants d'Ispahan est depuis longtemps titablie en Perse, et on leur prete.a tort ou a raison, un bon nombre d'autres defauts avec celui-la. Le celebre geographe arabe Yaqout s'est fait l'echo de ces petites medisances dans son Mo'djemel-Bouldan (voyez Diet, de la Perse, trad, par M. Barbier de Meynard', a l'article Ispahan). Ce sont-la des amenites que les Persans des diverses provinces aiment a se jeter a la tete. Ainsi, il y a entre Chiraz et Ispahan, les deux principals villes historiques de la Perse, une lutte d'amourpropre qui se traduit par un certain nombre de proverbes aussi humoristiques que mechants.
D'apres les habitants de Chiraz, l'avarice est le plus grand defaut des Ispahanis; en revanche, d'apres ceux d'Ispahan, les Chirazis sont les pires menteurs de la Perse, ce qui n'est pas peu dire. La ville d'Ispahan, ou Isfahan, selon une orthographe arabe usitee aussi en Perse, est trop connue pour que nous en fassions ici la description. Nous nous bornerons a rappeler qu'elle est batie sur la rive gauche du Zende-roud, et qu'elle a ete longtemps la capitate de la Perse. Au xvn* siecle, sous le regne glorieux de Chah-Abbas, elle etait une des villes les plus belles et les plus importantes de l'Orient musulman, et contenait plus d'un demi-million d'habitants; elle est encore aujourd'hui, de toutes les grandes villes de 1'lran, celle qui possede le plus de monuments remar-
NOTES SUR L'ACTE~ PREMIER
quables, et qui a le plus grand air ; mais, sa population s'est abaissee a soixante mille ames, environ, et la plus grande partie de ses faubourgs est en ruines. Les plus beaux monuments d'lspahan sont ses mosquees, et, parmi elles, la plus plus remarquable est la grande mosquee construite par Chah-Abbas, sur la place royale, une des plus grandes et des plus belles places du monde. En face, est le somptueux palais de Chah- Abbas, qui est comme une "petite ville dans la grande. II faut citer encore, parmi les curiosites d'Ispahan, deux ponts magnifiques sur le Zenderoud, deux merveillesd'architecture. (Pour Ispahan et pour toutes les autresvilles de la Perse, dont nous parlerons plus tard, nous renvoyons le lecteur au Dictionnaire geographique de la Perse, par M. Barbier de Meynard, au Voyage de Chardin, dont toutes les descriptions sont si charmantes el si exactes encore, apres deux siecles, et a. l'excellente Geographie universelle, tome IX, de M. Elisee Reclus).
7. Le toman vaut dix sapqran (sah'eb-qrdn). Sa valeur actuelle est de 9 fr. 75 cent.