‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 23 sur 25 · DEVANT DEUX TOMBES · texte numérisé non relu

DEVANT DEUX TOMBES

Au lieu de répondre à tout ce qui précède, M^ Fréchette s'est embarqué pour la France, où il a passé, m'a-t-on dit, un mois h courir après des écrivains de troisième ordre pour se faire des réclames^ qui ... ne paraîtront pas.

Durant son séjour à l'étranger, il a aussi écrit pour la Patrie des lettres, dans lesquelles il retraçait ses impressions de voyage, et deux de ces lettres ont créé ici une profonde émotion.

Seulement, je dois me hâter de le dire, il y avait * toute autre chose que de la sympathie dans cette émotion-là, et M. Fréchette doit regretter de l'avoir provoquée, si l'on peut en juger par la magistrale leçon que M. Chapais lui a faite, à propos du comte de Paris et du général Boulanger, dans les lignes suivantes :

" La (lerniëre lettre de voyage écrite par M. Fré- •chette à la Patrie est odieuse.

'' La mort du comte de Paris, celte mort admi-<.rable qui a remué tant de cœurs chrétiens, et qui vient de dicter à Mgr d'Hulst les pages émouvantes que nos lecteurs connaissent, cette mort n'inspire à M. Fréchette que des injuies grossières et des farces odieuses.

" Lisez ces lignes ineptes :

Le petit-fils de Louis-Philippe, CDnnu, on ne sait trop de -quel droit, sous 16 titre de comte de Paris, est donc mort, 45ans avoir pu monter sur le trône de ses illustres aïeux, sans ^voir reconquis sa couronne^ et s'être offert en sacrifice pour le bonheur de son pays !

Encore un enfant du miracle de disparu !

Et cela, malgré son droit divin et les desseins de la Providence qui— à moins qu'on ne nous ait trompés — tenait tant à voir ce représentant des saines traditions rétablir en France les beautés de l'ancien régime.

A quoi cela lui a-t-il servi d'avoir renié son père et son grand-père, en prenant le nom de Philippe VII pour mieux -entrer dans les bottes du comte de Chambord ?

Je crois voir d'ici le désappointement que la triste nouvelle a dû créer dans certains quartiers, au Canada.

Il est vrai qu'il reste à tant d'espoirs frustrés la resscuroe •du prince Gamelle.

On peut toujours se rabattre sur rintéres5!ant cavalier servant de la Melba.

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Il n'a pas écrit des verà à Sarab Bernhardt, lui !

Et puis, il a ses droits, que diable ! ses droits que son père n'a pas oublié de lui transmettre religieusement dans l'intérêt de la grande cause.

" Voilà la tenue de M. Fréchette on présence de cette tombe en tr'ou verte, devant laquelle tous les partis se sont inclinés avec respect.

" C'est la tenue d'un gavroche ou d'un saltimVanque.

" Il ne s'agit pas ici de monarchie et de république. Nous sommes de ceux qui ne croient plus guère à l'avenir de la monarchie traditionnelle en France.

"Mais il s'agit d'un grand exemple de force morale, de courage, de résignation, de foi vive et tranquille ; il s'agit d'un prince mort en exil, d'un chef de famille léguant aux siens, avec le souvenir de ses vertus, des enseignements et des conseils empreints d'une majesté et d'une grandeur souveraines !

" Et M. Fréchette, qui pourrait au moins se taire, ricane et insulte !

" Encore un enfant du miracle de disparu, s'écriet-il avec une joie stupide !

" Voilà la noblesse de sentiments, voilà l'élévation d'idées, voilà la générosité d'âme de M. Fréchette.

" C'est le fond du cœur qui se montre, et ce fond n'est pas beau. ^

" Il y a quelques semaines, M. Fréchetie se trouvait auprès d'une autre tombe, celle d'un malheureux dont les aventures publiques et privées se sont dénouées par un suicide, loin de l'épouse et des enfants abandonnés, sur le monument funéraire d'une femme qui n'avait pas été la sienne.

'' Et cette fois, devant le tertre du cimetière d'Ixelle où repose le cadavre de ce suicidé, M. F réclictte s'inclinait ; il était ému, respectueux, et il emportait religieusement comme une relique sacrée une fleur fragile poussée sur cette triste et misérable tombe.

" Ce contraste, dont M. Fréchette nous a donné le spectacle, le peint sous de déplorables couleurs. Voici deux morts, l'une chrétienne, héroïque, grande et sainte ; l'autre impie, criminelle, scandaleuse et lamentable : M. Fréchette donne une larme de sympathie à la dernière et un grossier outrage à la première.

'' Le plus cruel ennemi du lauréat découronné

n'aurait pu lui faire subir une plus terrible exécution

morale que celle qu'il vient de s'infliger de ses

propres mains."

Ce n'est pas la première fois que M. Fréchette a écrit comme un maroufle à propos des hommes et

des choses d'outre-mer. Il y a une dizaine d'années.

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