‹ Deux copains: réplique à mm. Frechette et SauvalleChapitre 9 sur 25 · LA CHAPELLE DE BETHLÉEM · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE BETHLÉEM

Bien souvent je me la rappelle, Dans son pli de coteaux boisés, La vieille et rustique chapelle Qui date du temps des Croisés !

Elle s'appuie, humble et petite, Sur ses contreforts descellés.

Où des touffes de clématite Brodent leurs festons étoiles.

Les gran:îs chênes pleins de murmures, Où ronflent les vents assoupis, De leur ombre et de leurs ramures Caressent ses pans décrépits.

Elle est sur le bord de la route Qui rampe le long du talus ; La chèvre errante y rôde et broute Sur un seuil où l'on n'entre plus.

Cà et là, sur les pierres plates De ses murs qu'effrite le temps, Le chercheur découvre des dates Vieilles de quatre fois cent ans.

DEIX COPAINa

A gauche, là, sous In corniche, Au-deBBii9 d'un btiasin tari, Derrière un treillis, dans et) niche.

Une statuette sourit.

Et U pastoure qui fredonne 8a ballade au bord du clieniin.

En passant devant la madone, Pour se signer lève la main.

Oui, toujours je me la rappelle, Avec ses combles ardoisés.

L'antique et modeste chapelle Qui date du temps des Croisés.

Elle a ses contes, ses légendes, Touchants ou sombres tour à tour.

Comme le vieux menhir des landes, Comme le grand christ du carrefour.

Souvent la famille bretonne Mêle son nom aux longs récits Que les anciens, les soirs d'automne.

Font près de l'âtreaux murs noircis.

Et, pourtant, â nul auditoire .

Charmé, tremblant ou curieux, Nul n'a raconté ton histoire.

Petit temple mystérieux.

Quel que soit ce qu'on imagine, Au fond des brumes du pasié Le secret de ton origine Se perd à jamais eÉFacé.

Pourquoi cet autel solitaire Au bord de ce profond ravin ?

Quelle est cette énigme, mystère Que l'on cherche à sonder en vain ?

Quelle pensée ou quel caprice, Déroutant T esprit confondu, Te suspendit, frêle édifice.

Au flanc de ce coteau perdu ?

Ex-voto de reconnaissance, Parles-tu d'enfant retrouvé, De deuil cruel, de longue absence, Ou de retour longtemps rêvé t

Ton portique en pierre jaunâtre.

Qui l'a dessiné ? qui Ta fait ?

Foulons-nous ici le théâtre De quelque tragique forfait ?

Es-tu la tombe expiatoire Où l'on vint pleurer à genoux Quelque grand crime dont Phistoire N'a pas retenti jusqu'à nous ?

Et ce nom de Bethléem même, Que dit-il ? qui te l'a donné ?

Plus on sonde et plus le problèjne Garde son silence obstiné î

Mais, ô temple ! à te mieux connaître Qu'importe qu'on soit impuissant, Si ton aspect pieux fait naître Un espoir au cœur du passant î

Que tes murs tapissés de mousse Gardent leur éternel secret ; Qu'importe, si ta vue est douce Au pauvre voyageur distrait.

Jadis, fatigué de ma course, Etranger égaré là-bas, Au bord de ton antique source, Souvent je suspendis mes pas.

Enivrement des solitudes !

Au seuil du vieux portail fermé, L'aile des douces quiétudes Rafraîchissait mon front calmé.

Adieu, chagrins et pensera sombres ?

Je sentais — 6 ravissement ! — Comme un essaim de chaste sombres Penché sur mon isolement.

Et quand vers la madtme sainte Mon regard montait plein d'émoi, A ma lèvre expirait la plainte ; L'espoir se réveillait en moi.

Oh ! c'est qu'alors — ^heures trop brèves î — A travers l'espace incertain, Un rêve, le plus saint des rêves, M'emportait au foyer lointain.

Charme sacré de la prière, Le temps plus vite s'écoula...

J'aime à retourner en arrière Pour revivre ces m(»ment8-là !

Oui, souvent je me le rappelle.

Dans mes souvenirs apaisés, La bonne petite chapelle Qui date du temps des Croisés !

Louis Fréchette.

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