‹ Deux copainsChapitre 12 sur 27 · LA CHAPELLE DE BETHLÉEM · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE DE BETHLÉEM

Bien souvent je me la rappelle, Dans son pli de coteaux boisés, La vieille et rustique chapelle Qui date du temps des Croisés !

Elle s'appuie, humble et petite, Sur ses contreforts descellés, Où des touffes de clématite Brodent leurs festons étoiles.

Les granis chéries pleins de murmures.

Où ronflent les vents assoupis, De leur ombre et de leurs ramures Caressent ses pans décrépits.

Elle est sur le bord de la route Qui rampe le long du talus ; La chèvre errante y rôde et broute Sur un seuil où l'on n'entre plus.

Cà et là, sur les pierres plates De ses murs qu'eifritc le temps, Le chercheur découvre des dates Vieilles de quatre fois cent ans.

A gauche, là, sons la corniche, Au-dessus d'un bassin tari, Derrière un treillis, dans sn niche, Une statuette sourit.

Et la pastoure qui fredonne Sa ballade au bord du chemin.

En passant devant la madone, Pour se signer lève la main.

Oui, toujours je me la rappelle, Avec ses combles ardoisés, L'antique et modeste chapelle Qui date du temps des Croisés.

Elle a ses contes, ses légendes, Touchants ou sombres tour à tour, Comme le vieux menhir des landes.

Comme le grand christ du carrefour.

Souvent la famille bretonne Mêle son nom aux longs récits Que les anciens, les soirs d'automne.

Font près de Pâtre aux murs noircis.

Et, pourtant, à nul auditoire Charmé, tremblant ou curieux, Nul n'a raconté ton histoire, Petit temple mystérieux.

C^uel que soit ce qu'on imagine.

Au fond des brumes du passé Le secret de ton origine Se perd à jamais eflfacé.

Pourquoi cet autel solitaire Au bord de ce profond ravin ?

Quelle est cette énigme, mystère Que l'un cherche à sonder en vain ?

Quelle pensée ou quel caprice, Déroutant l'esprit confondu, Te suspendit, frêle édifice, Au flanc de ce coteau perdu ?

Ex-voto de reconnaissance, Parles-tu d'enfant retrouvé, De deuil cruel, de longue absence, Ou de retour longtemps rêvé ?

Ton portique en pierre jaunâtre.

Qui l'a dessiné? qui l'a fait ?

Foulons-nous ici le théâtre De quelque tragique forfait ?

Es-tu la tombe expiatoire Où l'on vint pleurer à genoux Quelque grand crime dont l'histoire N'a pas retenti jusqu'à nous ?

Et ce nom de Bethléem même.

Que dit-il ? qui te l'a donné ?

Plus on sonde et plus le problème Garde son silence obstiné !

Mais, ù temple ! à te mieux connaître Qu'importe qu'on soit impuissant, Si ton aspect pieux fait naître Un espoir au cœur du passant I

Que tes murs tapissés de mousse Gardent leur éternel secret ; Qu'importe, si ta vue est douce Au pauvre voj'ageur distrait.

Jadis, fatigué de ma course, Etranger égaré là-bas.

Au bord de ton antique source, Souvent je suspendis mes pas.

Enivrement des solitudes !

Au seuil du vieux portail fermé, L'aile des douces quiétudes Rafraîchissait mon front calmé.

Adieu, chagrins et pensers sombres ?

Je sentais — ô ravissement ! — Comme ixn essaim de chaste sombres Penché sur mon isolement.

Et quand vers la mad(me sainte Mon regard montait plein d'émoi, A ma lèvre expirait la plainte ; L'espoir se réveillait en moi.

Oh ! c'est qu'alors — heures trop brèves ! — A travers l'espace incertain, Un rêve, le plus saint des rêves, M'emportait au foyer lointain.

Charme sacré de la prière.

Le temps plus vite s'écoula...

J'aime à retourner en arrière Pour revivre ces mc»ments-là !

Oui, souvent je me le rappelle, Dans mes souvenirs apaisés, La bonne petite chapelle (Jui date du temps dos Croisés !

Louis Fréciiktte.

LIMOILOr

Non loin de Saint-Malo, la ville aux fiers remparts Que l'Atlantique embrume et bat de toutes parts, Sur un vaste plateau désert et monotone,

NOUVELLES COMPAKAIi-OKS 51

Comme l'on en voit tant sur la côte bretonne,

Au coin d'un champ planté d'arbres agonisants,

Se profile un manoir vieux de quatre cents ans.

L'antique logis est de structure maussade.

Et l'on a peine à croire, en voyant sa façade

Et la mesquine tour lui servant de donjon,

Qu'il ait été construit au temps de Jean Goujon,

Au temps où l'astre d'or qu'on nomme Renaissance

Versait tout son éclat fastueux sur la France.

Depuis déjà longtemps il n'est plus habité.

Et l'on se sent ému de sa viduité.

Le liaut mur qui l'enclôt se lézarde et se gerce ;

Son vitrage est en poudre, et le vent et l'averse

S'engouffrent à travers ses treillages jaunis

Où des essaims d'oiseaux nocturnes font leurs nids ;

L'ossature du toit s'affaisse et se disloque ;

Chaque volet s'éraille et pend comme une loque ;

Chaque plancher moisit et craque sous les pas ;

Partout où les rayons du soleil n'entrent pas

Librement l'araignée ourdit ses sombres toiles ;

Le soir, par le plafond on compte les étoiles.

Et l'on voit clignoter aux soliveaux souillés

L'éclair des grands yeux ronds des hiboux éveillés.

Tout cet intérieur vous attriste et vous glace ;

Et bientôt Limoilou ne serait qu'une masse

De débris à l'aspect sinistre et menaçant,

Et dont n'oserait plus s'approcher le passant.

Si ses murs, aussi froids et mornes que les tombes,

N'eussent été bâtis à l'épreuve des bombes.

Or, bien que Limoilou soit près du roc géant Où Chateaubriand dort bercé par l'Océan, Bien qu'il ait par son âge une majesté sainte, L'isolement se fait autour de son enceinte.

52 DLUX corAixs

Seul, parfois, un rêveur, qu'attire Paraïuc

Avec sa plage d'or, son flot calme et rythmé,

Erre un instant le long de sa muraille grise ;

Seul, qiielquejeune peintre étranger, que l'art grise,

S'en vient par la jachère aux arômes exquis

Le contempler de près pour en faire un croquis,

Tristement étonné qu'il fut la résidence

])'un marin qui donna tout un monde à la France.

Quatre siècles ont fui depuis que ce marin S'en vint là repeser son grand front si serein Et si souvent tourné vers le flambeau des astres. Depuis ce temjs, combien de superbes pilastres Ont été renverses par l'homme ou par l'éclair ? Combien de inurs se sont éparpillés dans l'air Sous le feu do la mine et des artilleries ? La Bastille est tombée avec les Tuileries ; Cent autres tours, témoins d'un duel dont le nom Vibre encor dans les cœurs comme \ui coup de canon, Ont croulé sous l'effort d'indicibles colères ; Des couches de granit mille fois séculaires S'éboulèrent du front de grands caps aux abois ; Les trois quarts du Pérou — lui si riche autrefois- - S'effondrèrent aux chocs d'un tremblement de terre ; Enfln, l'île d'Ischia, la moderne Cythère, Disparut récemment dans une mer qui bout... VA les nuirs du manoir de Cartier sont debout, Debout connue le roc d'où Saint-Malo domine L'Océan dont le ilôt toujours en vain le mine, Debout comme le sont leurs voisins les menhirs Dont l'âge s'est perdu parmi les souvenirs. Debout comme la gloire immense et souveraine De celui qui, prenant l'inconnu pour arène. Sans répandre le sang, et la croix sur le cœur, A promené si loin son pavillon vainqueur.

NOUVELLES OOMPARAISCXS 53

Limoilou ! Limoildu ! malgré l'abîme immense Séparant notre sol de !a terre de France, Malgré l'cloignement et les vapeurs du flot Qui cachent à mes yeux les tours de Saint-Malo, J'aperçois nettement, là-bas, ta silhouette, J'entends parfois, avec l'oreille du poète, La brise moduler sur l'angle de tes murs, J'écoute tout auprès murmurer les blés mûrs, Gazouiller les linots, chuchoter l'hirondelle Qui vient bâtir son nid au flanc de ta tourelle. Oui, malgré ta vieillesse et ton isolement. Malgré toute l'horreur de ton délabrement, Quand je songe à celui dont tu fus l'ermitage, A celui qui laissa tant de gloire en partage, Et dont les flers exploits n'ont pas coûté de sang. Je te vois à travers un prisme éblouissant.

W. ClIAPMAX.

IN'ous allons à présent confronter nne épître de

M. Frécliette avec une épître de celui qui trace ces

lignes.

A MATTHEW AEXOLI)

Plus rapide que n'est l'aile de la mouette Qui nargue lesgouflres amers,

Emportés par le vol de ta gloire, ô poète ! Tes chants ont traversé les mers.

Comme je l'ai surabondamment démontré dans mon Lauréat^ quand M. Frécliette ne pille pas le» autres, il se pille lui-même, à preuve, qu'il a déjà écrit ceci dans une pièce à Longfellow :

Un soir, tu fenvolas. comme l'oiseau de mer

Dont le coup d'((//e altier nargue le gnvffre amer, etc.

5i DEUX COPAIXS

Admirons la fécondité du lauréat^ et continuons à le lire :

Ils sont venus déjà sur nos plages lointaines Où la neige tombe à flocon,

Nous apporter, avec les doux parfums d'Athènes, Comme un écho de l'Hélicon.

Ils sont venus souvent, troupe mélodieuse D'oiseaux dorés du paradis.

Secouer sur nos fronts leur gamme radieuse,

Et nos mains les ont applaudis.

Car, dans ces fiers accents, chacun croyait entendre

La flûte du divin Bion, Et la lyre d'Olen mêler sa note tendre

A la fanfare d'Albion.

Aujourd'hui ce n'est pas ta muse charmeresse Qui franchit l'océan houleux.

Pour verser un rayon du soleil de la Grèce Sur nos rivages nébuleux.

C'est toi-même, poète à la vaste envergure

Qui t'arrêtes sur ton chemin.

Pour nous faire admirer ta sereine figure

Et nous tendre ta noble main.

O toi qui, si longtemps, des sources d'Hippocrène T'abreuvas au flot transparent.

Comme Chateaubriand et Moore, qui t'entraîne

Aux bcrds glacés du Saint-Laurent ?

(^ui dirige tes i^as vers ne s montagnes blanches, Vers n)s grands fleuves enrayés.

Vers no3 bois sans oiseaux, et dont les avalanches Tordent les rameaux dépouillés ?

A nos traditions bretonnes et normandes

Viens-tu demander leurs secrets ?

Ou réveiller l'essaim des farouches Ifgendcs Qui dort au fond de nos forêts ?

Croyais-tu, quand, vers nous, sur la vague féiiue.

Le vent du large t'apporta, Voir surgir, â côte d'une autre Evangélino

Quelque nouvel Hiawatha ?

M. Frécliette s'est encore volé lui-même en prenant la dernière strophe dans la môme pièce à Longfellow, dont je parlais tout à l'heure, et où l'on peut lire :

Murmurant à la lirise un chant d'Hiaicatlia, Longtemps je contemplai le.//o< qui Vemir)rta, O doux chantre d' Kvatujfline.

La seule différence entre ces citations, c'est que dans la première le vent du large apporta sur une vague féline le poète anglais, tandis que dans la dernière ]eJlot emporta le poète américain.

Constatons, une fois de plus, la fécondité du lauréat, et reprenons le fil de notre lecture :

Oui, sans doute ; et devant notre nature immense

Ton génie a déjà troiivé Le ré^it merveilleux, la sublime romance.

Le poème longtemps rêvé.

Qu'au vent de no.s hivers ta i-.nise ouvre son aile,

Qu'elle entonne ses chants hautains,

Et répète aux échos, de sa voix solennelle,

Un hvmne à nos futurs destins.

5G DEUX COrAINS

Qu'elle chante nos lacs, notre climat sauvage,

Nos toi'rentp, nos monts sourcilleux, Nos martyr?, nos grands noms, et l'iiti'oïque page

Ecrite ici par nos aïeux !

Oui, prêtc-nojs ta muse, ô chantre d'Empéduele !

Et chez nous, fils de l'avenir, Les âges passeront sans ébranler du socle

Le bronze de ton souvenir.

Louis Fréciiette.

Après avoir lu la pièce que M. Fréchette adressait à un poète, il y a quatre ans, lisons celle que j'ai adressée récemment à un artiste :

A M. ERNEST GAGXON

Ainsi que le glaneur, courbé sur le guéret, E,ama,sse le blé d'or égrené dans la plaine, Vous recueillez, joyeux et tout fier de l'auljaine, Les épis que souvent l'historien, distrait. Laisse derrière lui choir de sa gerbe pleine.

Vous avez la pitié des clioses que l'oubli Recouvre de son fiot ou voile de sa brume ; Et des faits délaissés qu'anima votre plume. Des feuillets sur lesquels votre front a pâli, On pourrait faire, ami, maint précieux volume.

A vos cllorts vaillants de clicrcheur (>l)3tiné

Eien ne peut faire échec, nul secret ne résiste ; '

Et parmi vos travaux, où tant de charnio existe,

Il en est vm, surtout, où vous avez donné

Tout l'amour idéal de votre âme d'artiste.

Ce travail, c'est le livre, humble mais précieux, Dans lequel vous mettiez, jadis, frémissant d'aise,

— Comme en un riche écrin qu'avec amour on baise,— Les tant vieilles chansons que les noT)les aïeux Apportèrent ici de la terre française.

So3'ez loué ! soyez loué, savant ami, D'avoir su par vos soins arracher au naufrage Tous ces harmonieux vestiges d'un autre âge, Que l'oubli submergeait déjà plus qu'à demi, Et qui sont un si pur et si bel héritage !

Ils ont, ces vieux refrains, dans leur rusticité. Comme un vague parfum des pins de l' Armorique, Et résument pour nous la légende homérique Que la France, la croix toujours à son côté. Ecrivit de son sang sur le sol d'Amérique.

Les premiers, ils ont fait tressaillir les éclios

Du Saint-Laurent sauvage endormi dans sa gloire,

Et, pleurant la défaite ou chantant la victoire.

Cent ans ils ont suivi le groupe de héros

Dont les faits éclatants remplissent notre histoire.

A travers les forêts, sur les mers, dans les champs. Ils ont vibré partout, les refrains de la Gaule ; Et nos coureurs des l)ois, le mousquet à l'épaule, En ont redit les airs allègres ou touchants. Des sierras du Mexique aux banquises du pôle.

Ils sont comme l'écho perdu des anciens jours. Et nous devons toujours wi garder souvenance. Parce que, les ayant appris dès lieur enfance, Xo3 ancêtres les ont chantés dans leurs amours. Dans leur deuil, dans leur joie ou leur désespérance.

Xous devons les savoir, parce que leurs couplets.

Où vibre incessamment une note sereine,

Sont comme les anneaux de l'infrangible chaîne

Qui, malgré l'Océan, doit lier à jamais Notre jeune patrie à la patrie ancienne.

Nous devons les chérir d'un amour immortel, Parce que sur nos bords, où les luttes renaissent. Où deux peuples rivaux souvent se méconnaissent, Ils sont pour nous, Français, les notes de rappel Par qui les vrais amis toujours se reconnaissent.

Et ])uis, bénissons-les, bénissons leur réveil, Parce que ces refrains d'amour ou de vaillance Evoquent dans nos cœurs les lieurcs d'innocence Où nos mères berçaient notre premier sommeil A leur mélancolique et naïve cadence.

Non, ils ne devaient pas mourir, ces vieux accents. Ces souvenirs si cliers dont s'cfTaçait la trace. Grâce à vous, ils ont pris à tout foyer leur place, Et toujours, si quelqu'un me les redit, je sens Dans leur rythme frémir l'âme de notre race.

Et quand parfois, le soir, je feuillette, en rêvant. L'œuvre où vous avez mis tant d'âme et de constance. Je comprends que de ceux qui chérissent la France Personne mieux que vous, ô modeste savant, N'a pour elle gardé l'amour et l'cspéranco.

W. CirAPit.vN'.

Je crois avoir fait voir au lecteur assez de comparaisons pour le convaincre que, si je barbouille, je le fais à mes dépens.

Aussi, je n'insisterai pas d'avantage sur le ridicule dont M. Frécliette s'est couvert en essayant de faire croire que je ne puis même barbouiller sans avoir recours à son inspiration, et volontiers je cède

NOUVELLES COMPAKAISOXS 50

encore, pour ramiisement du lecteur, la parole au lauréat et à son trucliement :

M. FréchettP.— Cela est tellement vrai que j'ai dû, quand je les ai mises en recueil, modifier nombre de mes pièces pour dépister ce fileur sans pareil. Ainsi ma pièce qui, dans les Fleurs Boréales, porte le titre de Renouveau, débutait originairement par ce vers :

Je imssais, Vautre jour, dans la l.oide déserte.

Quoique temps après l'apparition de cette pièce, l'honirae que je plagiais publiait une parodie de ma pièce, qui débutait par ce pastiche :

Vautre soir, je marchais sur lu pl:(fje déserte.

Je dus modifier, et ma pièce se lit maintenant :

Il faisait froid. J'errais dans la lande déserte, etc.

Cette explication est aussi maladroite que mensongère; et je vais, en ce qui concerne les citations qu'on vient de voir, rétablir les faits sous leur véritable jour, en copiant en entier la première strophe de la pièce de M. Fréchette, qui commençait par le premier vers transcrit par le paravent numéro deux :

Je passais, l'autre jour, dans la lande déserte, Songeant, rêveur distrait, aux beaux jours envolés ; De givre étincelant la route était couverte, Et le vent secouait les arbres désolés.

Quand la poésie contenant la strophe ci-dessus fut X^ubliée, je dis en badinant à M. Fréchette que, vu l'expression Vautre jour, elle ne pouvait être ration-

nellement déclamée en été, la route à cette saison n'étant guère couverte de givre. Je lui dis aussi, mais sérieusement, que l'expression Je 2^^' '^^«^ 5 impliquait une idée qui ne concordait pas tout à fait avec le contexte, dans lequel le poète songeait, rêveur (listrnlt^ aux beaux jours envolés.

— Tu as un peu raison, me dit M. Fréchette, et si, un jour ou l'autre, je réédite m.Q,& Pensées (VHivery j'y ferai un changement.

De fait, M. Frécliette a modifié plus tard ses Pensées (P Hiver, — qui sont devenues Snrsinn Corda dans Pêle-Mèle et Penouvean dans les Fleurs Boréales,— mais il a de beaucoup gauchi la strophe qu'on vient de lire en y mettant II faisait froid. J'errais, etc., puisque l'on ne va certainement point, l'hiver, quand il fait froid, errer et rêver distraitement dans une lande déserte, surtout (hms une lande déserte •du Canada.

Ce n'est pas le seul changement que M. Fréchette ait fait aux Pensées d'Hiver, comme on peut s'en convaincre en lisant d'abord VOpinioii Publique de la première semaine de 1873, et ensuite Pêle-Mêle et les Fleurs Boréales.

Le lauréat a enlevé do la pièce originaire une •strophe, la dernière, ainsi conçue :

D'un nouvel an, demain, va s'éveiller l'aurore ;

XOUVKLLES CO-MPARAISON'S Cl

Frè:cs, s:ilaons-la par un hymne d'espoir. L'âme la plus on deuil peut reHeurir encore. Le soleil luit toujours derrière le ciel noir.

M. Frécliette avait pris l'idée de cette strophe dans la pièce de Longfellow intitulée TJœ R'invj Day, dont les derniers vers se lisent :

Thy fate is the common fate of ail.

Into each lifc ?ome rain niust fall.

Be still, sad heart ! and cease repining. Beliind the clouds is ihe sun still shining.

Le poète n<iiion<il s'était donc borné à traduire le dernier vers du barde américain, puisqu'il avait dit :

Le soleil luit toujours derrière le ciel noir.

Comme on voit, si M. Frécliette n'avait pas eu besoin pour son dernier vers d'une rime masculine, il aurait écrit (Je.rricre les mniges au lieu de derrière le ciel noir.

Ayant fait remarquer au futur lauréat qu'une pareille distraction à l'endroit du poète américain pouvait lui jouer un mauvais tour, il admit ma remarque avec un sourire.

Et voilà pourquoi le soleil de Longfellow brille dans Pêle-Mêh et les Fions Boréales par son absence. Et voilà aussi pourquoi le poète national, pour me récompenser du service que je voulais lui rendre en le mettant sur ses gardes à propos du

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bien d'autrui, me reproche de l'avoir imité, il y a vingt ans, en écrivant cette pauvre strophe :

L'autre soir, je marchais sur la plage déserte, Perdu sous l'ombre dos bouleaux,

Le regard dans les cieux, et l'oreille entr'ouvorte Aux bruits liarmonicux des flots.

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