‹ Deux copainsChapitre 13 sur 27 · UN INCIDENT · texte numérisé non relu

UN INCIDENT

Un homme qui se trouva diablement embêté, ce fut Sauvalle, le jour où, répliquant au poète natioiml^ qui avait chercbé à faire croire que j'étais un parfait étranger ponr son copain, je déclarai, comme on l'a vu ailleurs, qu'il me connaissait depuis six ans, et qu'au mois d'avril dernier il m'avait chaudement congratulé d'avoir aplati M. Fréchette dans mon livre Le Lauréat.

Aussi, le paravent No 2, de crainte que ma révélation ne lui fît perdre les faveurs de M. Fréchette,

qui le paie quelquefois pour lui faire chanter ses

louanges, — se hâta-t-il de nier dans la Fatrie qu'il m'eût jamais félicité d'avoir écrit contre l'auteur de la Légende cVun Peuple.

Il admit, par exemple, qu'il me connaissait depuis plusieurs années, et, cette admission faite, il affirma qu'il m'avait rendu le service d'écrire dans la Ri trie

G4 DEUXCOPAIKS

tics lignes bienveillantes sur mon volume de vers Les Feuilles (VFrable, et que c'était sans doute pour le récompenser de ce service que je chercliais à le brouiller avec son vieil ami Frécliette.

En face d'un pareil mensonge, je lançai à Sauvalle un défi : je m'engageai, s'il pouvait montrer dans la Patrie dix lignes quelconques écrites pour saluer l'apparition de mes Feuilles (V Erable, à déclarer publiquement que j'avais menti en afiirmant qu'il m'avait félicité relativement à la publication de mon Lauréat.

Le paravent î^o 2 eut bien soin, et pour cause, de ne pas accepter mon défi, et se contenta de répondre qu'il avait oublié à quelle date il avait écrit sur mes Feuilles (V Erable, que la production des lignes bienveillantes auxquelles il avait l'ait allusion n'importait guère au public, qu'il lui suflîsait de savoir qu'elles avaient été publiées, que je lui avais écrit une lettre pour le remercier de ces lignes, qu'il n'avait plus cette lettre, parce qu'on ne garde j-xis les lettres <V mi CJaipmau, patati, patata.

Cette réponse démontra clairement que Sauvalle ne disait pas la vérité, et plusieurs journaux, notamment le Courrier du Canada, la Vérité et la Croix de Moutréal, le sommèrent de montrer l'appréciation qu'il prétendait avoir faite de mon volume de vers, ou, sinon, de se résigner à passer pour un menteur.

rX INXIDEXT G5

Ainsi forcé de s'exécuter,bieii qu'il eût déclaré g u'on ne garde pas les lettres irun Chap/ii'in, il exhiba, pour me confondre, un billet écrit de ma main en 1889 et cinq lignes d'une réclame que j'avais rédigée moi-même pour annoncer que je devais publier prochainement un recueil de poésies.

La production de tels documents pour me combattre eut l'inévitable résultat que Sauvalle aurait pu prévoir, si ma dénonciation ne lui eût pas fait perdre la tête, et M. Cliapais, mis en cause dans ce débat, accueillit les preuves du défenseur de M. Fréchette par un article qui fit voir, comme on dit, trente-six chandelles aux deux copains, et qui se lit ainsi :

" Conspué, défié, acculé, stigmatisé, cravaché comme un impudent menteur, l'inestimable Paul- Marc Sauvalle a essayé de se redresser sous les coups qui cinglaient son échine.

" La Patrie de samedi nous apporte le résultat de ce suprême effort.

" Il faut lire cela pour avoir une idée de l'eflbndre ment du personnage.

" Il essaie de ricaner, de grimacer, de faire le pitre et le paillasse.

" Mais tout cela est raté ; les farces manquent de

■6G DEUX COPAIXS

gaieté, et les grelots rendent un son funèbre. Il y a du sang sous la farine et des échymoses sous les paillettes.

'• Coulé, Sauvalle !

"Blessé à mort, le copain du hniréat !

" Franclieriient, il aurait mieux fait de se taire, car son essai d'explication l'enfonce encore davantage.

"ÎTous lui disions : Prouvez, prouvez cpie vous avez écrit dans la Patrie une appréciation bienveillante du livre de M. Chapman, Les Feuilles <V Erable.

"Et, poussé à bout par nos défis, hurlant de douleur sous les coups de fouet qui lui balafraient la face, savez-vous ce qu'il nous jette en guise de preuve ?

"Une annonce banale, comme en font d'ordinaire les éditeurs, les imprimeurs et les auteurs, une annonce écrite par M. Chapman lui-même, et j^ubliée simultanément ^mr plusieurs journaux, neuf mois avant Vap-paritio)! du volume.

"Mais, ici, nous allons laisser la parole à M. Chapman, qui nous prie de publier, à l'adresse de !M. Sauvalle, les lignes suivantes :

Page 1