LA BASTIDE ROUGE
Continuation de ('INTERVIEW
Ecoutons à présent l'explication que M. Fréchette va donner à son truchement sur son plagiat de la Bastide Bouge :
M. S'aurf(//V. — Chapman— pardon, votre emprunteur — vous accuse aussi d'avoir, dans une certaine pièce de théâtre, copié des fragments de dialogues dans un roman d'Elie Bcrthct intitulé La Bastide Bovge.
M. Fréclid'r.—V-Ai été beaucoup plus loin ; j'ai dramatisé tout le volume. Cette accusation, j'en ai fait justice dans le temps, et je ne sache pas que j'aie été considéré comme un voleur depuis cette époque. Remettre au jour cette risible affaire n'est qu'uneperfidie, toute jugée d'avance, qui témoigne suitout de l'impuissance où l'on est de trouver quelque chose de sérieux à me reprocher ; et si je prends la peine d'entrer dans de nouvelles explications là-dessus, c'est tout simplement pour l'acquit de ma réputation auprès de mes ccmpatriotes de France établis récemment dans le pays, et qui m'hcnorent de leur estime.
Voici la chose en deux mots. En ISSO, j'avais à l'étude un
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drame historique intitulé PajAneav, et mon associe Jehin- Prume et moi, nous nous demandions si la machine pourrait tenir l'afliche durant les six jours pour lesquels la salle était louée. C'était deux semaines seulement avant la premure. Xous assemblâmes nos acteurs amateurs, et il fut convenu que je dramatiserais la Bastide Bovge d'Elie Bertliet, qu'on l'imprimerait et qu'on répéterait au fur et à mesure que je l)Ourrais livrer un acte.
Aucun mystère en tout cela : M. Prume, M. McGown, M. Chs Lebelle, M. Brazeau, M. Louis Lebelle, M. Dufour sont encore pleins de vie et peuvent endosser ma déclaration. Restait à décider si nous mettrions le nom d'Elie Bcrthct sur la brochure et sur l'afiiche. On fut unanime dans la négative, attendu que le succès d'une pièce faite et montée dans ces conditions était loin d'être assuré, et que c'eût été une injustice de faire courir aucun risque à l'auteur sans sa permission.
Parce que M. Fréchette a le toupet de donner une pareille explication, en face d'anciens camarades qui, par pitié, ne le démentiront pas, il croit pouvoir se disculper de l'accusation que j'ai portée contre lui à propos de la Baslide Bouge.
Le lauréat se fourre le doigt dans l'œil jusqu'à la deuxième phalange, et les citations que je vais faire de différents journaux de l'époque vont prouver qu'il ne s'est pas borné à mettre le nom de YExilé ou celui du Bdoar <h V Exilé sur l'affiche, mais qu'il en fait faire l'éloge dans son propre organe la Z'((^r/(', qu'il a, sans lèvres desserrer, laissé même les rédacteurs des feuilles conservatrices, trompés
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par SOS réclames de charlatan, dire tout le bien qu'ilspensaient de son prétondu drame.
Et remarquons liien que chaque fois que M. Fréchette fit louanger par la presse Papineaii et VExilê, la plus large part des éloges fut pour le dernier, qui, au fait, valait, sous le rapport de Tinvention et du style, dix fois ]uioux que le premier.
Lisons d'abord ce que la Pairie publiait le 12 avril 1880, c'est-à-dire deux mois avant la première représentation du Betour de VEf'dé :
M. Fréchette est aetuellomcnt en trnin (Vécrire un nouveau drame C\ui aura pour titre, croyons-nous, Le lîetour de V Exilé, et qui sera représenté alternativement avec Papinean au Théâtre Royal à la hn du mois do mai.
Xous prédisons à notre ami un succès magnifique, qu'il mérite tant et à si juste titre, et nous saluons en lui le fondateur du drame fianco-canadicu et du théâtre national.
OÙ en est maintenant M. Fréchette avec la déclaration qu'il vient de faire à son copain ?
Après qu'il a aflirmé solennellement n'avoir eu que quinze jours — quinze jours avant la première représentation do VExilé — pour dramatiser la Bastide Roage, le journal la Patrie, en prouvant qu'il travaillait, dès le 1 2 avril, à cette pièce, — qui devait être jouée pour la première fois le 8 juin suivant, — vient de donner à M. Fréchette le plu^^
durable certificat de menteur que j'aurais voulu lui décerner moi-même.
Le 5 mai, un mois et plus avant la première de V Exilé, la Patrie revenait à la charge et publiait l'ébouriftante réclame suivajite, écrite probablement par M. FrécLettc lui-même :
L'art driiinatique a été peu cultivé jusqu'ici par iios liomnies de lettres. Ce ne sont cependant pas les sujets qui font défaut. Notre Canada français a ses annales glorieuses, et notre société canadienne ses ridicules particuliers, où l'on trouverait des matériaux abondants pour la création d'un théâtre national.
C'est là que M. Fréchette a recueilli le sujet des deux drames qu'il est sur le point de soumettre à l'appréciation du pul)lic.
Le Retour de V Exilé, dont la presse a fait mention, est maintenant terminé et sera produit alternativement avec Papineau dans le cours d'une série do représentations qui auront lieu au Théâtre Royal vers la lin du mois.
Cette pièce dramatique, comme son aînée, est parfaitement réussie. M. Fréchette y a fait preuve d'un talent dramatique liors ligne et d'une connaissance complète des ressorts de la scène. L'intrigue est conduite avec une rare habileté ; l'auditeur s'étonne de la facilité avec laquelle l'auteur réussit à dérouler sa trame compliquée avec art d'incidents et de situations aussi variés (^n'émouvants, qui s'enchaînent et se succèdent d'une manière irréprochable. L'intérêt est très bien soutenu dans tout le cours de la pièce, et le dénouement admirablement ménagé.
Connue études de mn'urn canadiennes, XoEdour de l' Exilé ne
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laisse rien à désirer. Les caractères y sont dessinés de main <le maître, et le dialogue, tantôt pathétique et d'une éloquence entraînante, tantôt vif et pétillant, se déroule avec un naturel charmant.
En tacc de preuves aussi foudroyantes que le sont les citations ei-dessus, qu'est-ce que va dire la colonie française de Montréal, à qui M. Fréchette devait, d'après lui, l'explication que l'on sait, pour Vacquit jle sa répiit<iLinn ^
La réputation de M. Fréchette !
Le 24 mai, M. L.-O. David, odieusement induit €n erreur par le futur lauréat ou quelqu'un do ses amis, faisait dans YOpi/i'On Paldijne Tappréciatiou suivante de Y ExUé, qui était terminé le 5 mai et peut-être longtemps avant cette date, puisque M. Fréchette n'avait foit que transcrire la B'ist'ile Bouge :
L.C Bctour (le r Krilé, que nous n'avons pas entendu, est, <3it-<in, supérieur, sous certains rapports, à Papineai'.
Les deux pièces seront jouées à la fin de ce mois à Montréal et à Québec le soir de la Saint-Jean-Baptistc et les juurs suivants.
On peut s'attendre à une véritable fëtc littéraire ; ce sera la naissance ou le baptême du drame canadien.
On a vu dans mon L>iaré<it comment ce baptême littéraire fut administré, — non pas au Théâtre Royal comme l'avait d'abord projeté M, Fréchette, G
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mais à l'Académie de Musique, — et Ton saura plus loin pourquoi le lauréat et ses acteurs ne sont pas venus renouveler leur farce à Quéljec, le jour de la Saint-Jean-Baptiste elles joars suivants.
Sans doute, les citations que je viens de faire de la Patrie sont surabondantes pour démontrer que ^I. Frécliette est l'un des plus grands menteurs qui aient jamais tenu une plume dans n'importe quel pays du monde, et je n"ai nullement besoin d'autres documents pour le confondre. Cependant, comme je tiens à le châtier, comme il tant, d'avoir mis autant d'audace à mentir qu'il en a mis ;\ voler, je vais lui remettre sous les ^-eux certains trucs dont il s'est servi pour tâcher de faire réussir VExilc^ ainsi que certains pavés qui lui furent lancés le jour où l'on découvrit qu'il n'était qu'un vulgaire imposteur.
A cette fin, je cite ce que disait la Patrie du 0 juin dans son compte rendu de la première représentation du Hetour de VExHè^ donnée deux mois après avoir été annoncée et moussée dans le même journal :
Après la première do J'apincoK la j)reniiL'rc de V F.xilc. Après le succès de lundi le succès de mardi. Certes, deux premières en deux jours. M. Frécliette fait bien les choses. Nous avons parlé si souvent de V Exilé que nous n'entreprendrons pas de parler de ses mérites littéraires. La charpente du drame est forte, élégante et durable, le dialogue est vif. mouvementé, et il y a dans chaque scène cette lervc et cette
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cnerglc de langue qui distiiu/ueut le sfijle de M. Fréchette. J^a scène se passe à Québec, et l'intrigue roule sur l'arrivée inattendue d'un Canadien qui a quitté son pays depuis vingt ans et qui vient réclamer à un intendant infidèle sa fortune qu'il lai a confiée avant son départ. Un pou l'intrigue des Cloches de Corne cille !
Eiiteiidez-voiis ? Un peu l'intrigue des Cloches île CornevUle !
Pourquoi pas Tintrigue de la Bast'<h Boinje d'Elie Bertliet ?
M. Frécliette espérait, n'est-ce pas, qu'en avouant que le mérite de son ceiivre dramatique ne dépassait pas, quant à l'originalité, celui des Cloches de Corn ev' lie, le public croirait plus aisément qu'il était le véritable auteur du Betour de l'E.riU.
y a-t-il dans la langue française un mot pour peindre une pareille liillderie ?
M. Frécliettc ne se contenta point défaire eh anter les louanges de l'auteur de V Exilé dans son propre journal, de laisser toutes les autres feuilles montréalaises faire chorus après la Patrie :\\. poussa l'audace et le ridicule jusqu'à organiser une claque qui devait, à chaque représentation de cette pitc3, l'appeler sur la scène pour lui brûler de la résine sous le nez.
Et la résine, de fait, fut brûlée à profusion s )us la noble narine du h'Kré/it, comme on peut en juger
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encore par la Pairie, qui, après avoir fait un éloge à tout cîisser de la première de V Exilé, ajoutait ceci :
Somme toiito, représentation splcndide d'un drame fortement composé et élégimment écrit.
M. Fréchette l'ut appelé sur la scène, à la fin du cinquième acte, et reçut une nouvelle ovation <le la p;"irt du pul)lic enthousiaste,
Si M. Fréchette n'eût pas été un prétentieux imposteur, ça aurait été, n'est-ce pas, le bon moment — la première fois qu'on l'appela sur la scène — de déclarer qu'il n'était pas l'auteur de la pièce qu'on applaudissait avec tant de confiance et d'enthousiasme.
^Nlais son stupide amour de la gloriole se révolta à l'idée qu'il lui faudrait renoncer aux applaudissements qu'on lui prodiguait comme dramaturge ; il laissa le public croire, toujours plein d'une admiration sincère et fervente, qu'il avait réellement écrit V Exilé, et, le surlendemain soir de la première représentation, il viut encore renifler toute la résine que ses claqueurs à gages purent brûler aux feux de la rampe sans l'asphyxier. Et voici ce que la Patrie publiait encore à la date du 12 :
SiiUc comble hier encore, à l'Académie de Musique, en dépit du mauvais temps, pour la deuxième de VErilc.
Evidennncnt le pulilic montréalais tient à cajoler M. Fréchette et les artistes qui l'ont si I)ien secondé peu lant
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cette scinainc iiicinorablr di\BS les nnnalcs do I:i Ii(tv.'raturc canadienne.
M. Frt'chette a été appelé à .grands cris comme de coutume, car le public a pris l'habitude d'applaudir les artistes, mais de ne jamais oublier Vaiiteitr.
Même H la deuxième de VExHc, il eût été encore temps pour M. Fréeliette d'avouer qu'il avait copié son prétendu drame dans Is Bastide Jionge, alors cpi'il y avait foule et qu'il n'y avait plus à craindre pour Berthet l'insuccès dont il nous a parlé,
La fièvre incurable de rinfatuation cette fois encore lui paralysa la langue, et, pantin dont sa claque organisée tirait les iicelles, il revint, la bouche en cœur, faire force saluadcs ù l'auditoire ravi d'admiration, puisse retira à reculons, toujours la bouche en cœur, empocher, hi main hirgemenf oaverte, les sons que venait de lui rapporter uiie représentation donnée, comme la précédente, dans des conditions si honorables.
La Miner re^ qui n'avait pourtant pas l'habitude de gâter M. Fréchette par ses compliments, croyant, elle aussi, qu'il était le véritable auteur du Retour (h VE.rilé^ voulut mêler sa voix au concert laudatif qui saluait la naissance du théâtre national, et elle publia, à la même date, la flatteuse appréciation que voici :
Nous exprimions liicr le vu'U que M. Fréchette exerçât
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son talent sur un drame non politique. Nous ne savions pas que VEx.il'' renfermait toutes ces qualité.*. Ce drame est purement un drame, et nous n'y trouvons pas matière à critique.
Après avoir analysé V Exilé, c'est-à-dire la Bustnhi IiOii(/c, la JUncrve ajoutait :
Ce drame est très mouvementé et contient des alternatives de triomphes et de défaites, d'espérances et de décourage' ments fort l)ien ménagée?.
L\ représentation d'hier a été parfaitement goûtée par l'audiloirc intelligent et nomhreux qui remplissait TAcadéniie de Musique, et nous n'avons (ju'à snuliaiter d'autres succès à j\r. Fréchettc dans la carrière nouvelle qui s'ouvre à son talent.
]je Courrier (lellontrénl ne fut pas moins élogieux,et l'on y peut lire, à la monic date, les lignes ei-dessous :
L'empressement du puhlic à encourager de sa présence les commencements de notre théâtre national est d'un bon augur(\ S'il va api)laudir les étrangers ([ui apparaissent de temps ù autre sur la scène, à Montréal, il sait aussi faire des ovations à nos concitoyens qui interprètent si bien les «euvres d'un auteur compatriote ; et cette conduite des Montréalais fait grandement honneur à leur cœur et à leur intelligence.
Nous avons déjà dit <]ue nous remettons à j)lus tard notr(^ bund)le api)réciation du drame V hlxih' : nous dirons cependant dès maintenant que, si le théâtre était tt)UJours alimenté par des œuvres aussi morales que celles de M. Fréchette, on pourrait y assister sans danger et y conduire les pei'sonnes qu'on respecte.
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UExilf est lin drame assez mouvementé, dont l'intrigue est très bien nouée, et dont le dénouement arrive tout naturellement. Ce sont (.k'jù là. des «jualités précieuses ; mais il y a plus : la pièce est écrite dans un sf;ile qidrrvUc le }>oîte.
Dans \\\\ stylo qui révèle le poète 1
Le mot à mot de la prose d'Elie Bertliet.
Dans le même temps. V Opinion PnhUqae publia le portrait de M. Fréchette dans un cadre artisti- <|ueraent orné de deux couronnes de laurier, sur lesquelles se détachaient nettement les mots Papi- II en a et V Exilé.
Tout cela, naturellement, était l'expression de l'entliousiasme du public aveuglé par le rayonnement de la médaille dramatique de M. Frécliette.
Mais quand ce bon publie en vit le revers, quand M. Benjamin Globensky eut fait connaître ù des amis,— qui coururent aussitôt en avertir ^NI. Fn-chette, — que l'Exilé n'était rien autre chose que la Bastille Rouge d'Elie Berthet, le dramaturge improvisé eut beau aller déclarer, à la troisième représentation, devant des banquettes vides, qu'il avait écrit sa machine en collaboration, ce fut un déchaînement de huées indescriptil)le et dont les oreilles du lanrént doivent encore bourdonner.
Et voici ce que M. Tardivel écrivait, sous sa signature, dans le Cn un dieu du 23 août de la même année :
Papiiieaii n'est pas le seul draine qui porte le nom de M. Fréchette. [1 y a de plus le Tletour <Jp l'Erili', drame en cinq actes et huit tableaux.
Rendant compte de cette pièce, le Courrier de Montréal rs^ allé jrsqu'à dire que le public s-ait apprécier le talent que M. Fréchette a déployé dans la création de cette œuvre. Et il a donné do plus au Retour de V E.rilr uu certificat de haute moralité.
Quaut à la question de moralité, il n'y a pas à y touclier. Du haut de la chaire sacrée M. l'abbé iSIartineau asoleunellement condamné le Jif/o»r de VKsilé cumme une nuvrc» profondément immorale.
Le Tond du drame est dtmc juLié. Reste la j artie littéraire.^
Le Xoitreau Monde a déjà fait comiaître en qurà consiste la eodahorationûont il est question. Le drame de M. Fréchette est tout simplement un roman d'Elie lierthet condensé. Notre ilraiiiaitir;/e a tout bonnement pris la Hoslidr. Jlo'iife publiée en 186.") et y a fait de larges coupures, ne chant;eaut A Y)cu près (jue les noms propres.
Curieuse manière de collaborer, en vérité '.
Pour convaincre le public qu'en effet le drame de ^L Fréchette est une copie servile du roman delîerlhct, je vais confronter quehpies extraits des deux écrits.
Suit une plcino eoloiiiu' de citations.
Je pourrais, ajoutait M. Tardive!, continuer ces citationsad libitum, car d'un bout à l'autr,? ï Exilé n'est (lu'une copie de la Bastide Kour/e. Mais je crois en avoir assez fait voir pour édifier le public sur le talent (juc 3L Fréchette a déployé dans la création île cette œuvre.
Quelf|uc temps îiprès, la Jlhierve, qui avait fait à M. Fréchette les éloges qu'on a vus, publiait presque
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011 entier la Basiale Rouge et VExUé, pour les comparer, en faisant précéder cette comparaison par les lignes qui suivent :
L'accusation que nous portons contre M. Frccliettc est excessivement grave. Prouvée, elle peut suHire à détruire la réputation littéraire le mieux assise. Malheureusement pournotre lauréat, nous sommes en mesure d'établir cette accusation de faux à la satisfaction ou plutôt à la stupéfaction de ses apologistes les plus fervents.
Dès aujourd'hui nous commençons à mettre en regard le texte d'Elie Berthet et le texte travesti plus ou moins grossièrement de M. Fréchctte.
Déjà cette supercherie a été signalée dans un autre journal ; mais elle n'a pas été démas(|uée d'une façon assez complètement. M. Fréchctte n'a pas seulement plagié quelquc& passages, comme on va le voir, mais c'est à peine s'il peut revendiquer la paternité de (juclques pages, de quelques houts de dialogues.
Il a voulu donner une couleur canadienne à une scène qui se passe ailleurs. Mais l'habit d'emprunt pprce partout ; il n'a pas eu seulement le tact de supprimer une foule do choses qui ne sauraient avoir été dites ou faites ici. Jamais personnages canadiens n'ont tenu le langage qu'il leur. prête. Saiif quelques plaisanteries de mauvais aloi, empruntées at langage populaire, rien qui sente le terroir. Pardon, il a un mérite : il a changé les noms de la plupart des personnages du roman d'Elie Berthet." ^
Et après un éreintement comme jamais imposteur ne reçut de la part des journaux, après l'explosie)!!
Voir le Lcuircat.
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<le sarcasme et de mépris ([iron vient de voir contre sa fameuse collaboration^ ^I. Frécliette a encore l'effronterie de venir nous expliquer son plagiat de
Décidément, le lauréat est — selon le mot de ses propres amis — tout à fait mûr pour la Longue- Pointe.
En tout cas, l'explication que M. Frécliette a donnée pour la colonie française de Montréal, relativement à la Bastide Iloage, vient de mettre le sceau à sa réputation. Et, de même que Tipitte Vallerand de ses Originaux et Détraqués remporta la " torquette du diable dans un concours de sacres ", il est parvenu à obtenir, sur le tréteau de foire où il .se débat depuis trente ans, la palme du plagiat à outrance et du mensonge à jet continu.
J'oubliais. Après avoir raconté — à la façon d'un Marseillais décrivant à un Parisien la Cannebière — comment il avait dramatisé la Bastide Bouge d'Elie Berthet, M. Frécliette s'est i-cnversé en arrière, et, la ligure rayonnante de satisfaction, les lèvres larcjemeiit ouvcrlc=>, il a ajouté :
— Et voilà l'histoire de mon <;r;ni(l plagiat.
Et Marc Sauvalle, riant sous cape, de reprendre :
— ^la fui, Moiisirur, elle m'intéresse à co point que je ne puis m'empOcher de vous ileiiiandtr celle des petits.
LA PASTIDE EOUUE 9o
Et M. Frécliette a poursuivi :
— Ah ! quant aux petits, par exemple, c'est une tout autre affaire. S'il s'agit d'avoir plagié des prépositions et des adverbes, jwiir, avec, depuis, alors, pourtant, et des substantifs, le •soleil, les coicaux, avec les oiseaux, les nids, La brise, les branches, les feuilles, Vrcorce, les racines, quand je parle d'un arbre, je l'admets, mes rapines sont presque aussi nombreuses que celles de Victor Hugo et de Lamartine.
Pour ce qxii est des plagiats de cette espèce, je m'avoue coupable ; je n'ai, du reste, lait que cela toute ma vie : plagier le dictionnaire.
M. Frécliette veut, sans doute, faire alkisiou au dictiouuaire de Lu rousse^ où il a plagié de quoi faire tout uu volume : la Pdlic Histoire des Rois (h France '.
Oui, ça doit être le dictionnaire de Larousse dont il veut nous parler ici.
Autre cliose est des phrases qui se ressemblent. Ici, il y a ce qui s'appelle la rencontre, la réminiscence involontaire, et le démarquage.
La rencontre constitue une simple curiosité eu littérature.
En effet, la rencontre en littérature est une curiosité, et je n'en connais pas de plus amusante que €elle-ci, par exemple :