I.A lîASTIDE liOrOE
Je n'ai jamais prétendu que M. Fréehette avait pris le sixain
Et le monde est sauvt'
dans un des volumes de Mme de (xirardin.
J'ai simplement indiqué dans mon Lmiréat qu'il avait copié ce vers de la môme femme-auteur dans- Y Abeille Poéiiq'te du XIXiènie Siècle, de la pièce intitulée L" Mort du Christ.
Or, V Abeille Poétique d a XIXiènie siècle, ij^ui porte pour sous-titre Choi.r de poésies covtemporaiiies, la plupart inédites, a été éditée à Paris, en 1849, par J.-B. Palissier, à l'usage des maisons d'éducation.
Je possède ce recueil depuis les bancs du collège, et ^r, l'abbé Boucher, curé de la Pointe-aux-Trembles de Portneuf, qui était mon maître de classe, m'en a fait apprendre des pièces que je me rappelle encore vaguement, parmi lesquelles se trouve la Résurrection d'Antony Descliamps, dont M. Fréehette s'est beaucoup inspiré pour écrire son Alléluia, qui contient justement le vers volé à Mme de Girardin.
Il y a aussi un liOniistichc de Jose-jMariiX de Heredia que j'ai volû. Or mon licinistiche, à moi, se trouve dans ma pièce L'Espc.gne, imprimée dans les bulletins de la Société Iloyale il y a neuf ans; et les Trophîcs de Jose-Maria de Heredia, le volume dans lequel ou a déniché le vers désigné, a été publié seulement Tannée dernière. ..Voilà rii;:)nnèteté de MM. Baillairo-é Pire et Cie 1
DEUX COl'AIXS
M. Frécliette n'est pas seulement capable de se raccroclier à cet hémisticlie d'un sonnet de Ileredia, et, pour prouver que son explication est fausse, j'ouvre les Contemponiinsàd Jules Lemattre, publiés en 1886, ot j'}' copie ce qui suit :
Au temps <-lcjà loinlaia où j'apprenais l'histoire de la littérature l'ançaise sur les bancs du collège, un nom ni'avait frappé parmi ceux des poètes de la Pléiade : Ponthus de Thyard. Je me figurais que le poète <iui portait ce nom harmonieux et fleuri avait dû être quelque cavalier merveilleusement élégiuit et fier, et qu'il avait dû écrire des vers plus beaux qu'aucun ilc ses compagnons, des vers d'un tour plus hautain'ct d'une mythologie plus fastueuse. Lors(iue je pus lire ses Erreurs aïiiiiureuse», ma déception fut grande ; pourtant je continuai d'aimer Ponthus pour le noble esprit qui paraît çà et là dans ses méchants vers et surtout pour la sonorité de son nom.
Ce que Ponthus de Thyar.l fut pour moi jadis, M. Jose- Maria de Hcredia Test sans doute encore aujourd'hui pour la plus grande partie du public : un nom éclatant et mystérieux. Mais croyez qu'il ne ménage pas à ses lecteurs le même mécompte. On verm, quand il nous donnera enfin sCv^ Tropltfes, que ses vers sont aussi beaux que son nom...
Il était donc fpiestion, à Taris, dès 1880, des 7Vophées, (pli devaient être achevés, n'est-ce pas, pui.s- <pie Jules Leniaître les avaient lus.
Au surplus, le grand critique français, parlant des cimpiante sonnets que renferment les Trophées et qui parurent par séries dans la Farirnssc Contet/rporn'mr et la Revue ihs Deiix-3Iondcs^ d'où ils furent
L\ BASTIDE ROUOE 99
reproduits par nombre de journaux, le grand critique français, dis-je, explique, dans une note mise au bas de l'article qu'il consacrait, en 1886, à Heredia, que les sonnets en question fui-ent originairement publiés de 1866 à 188ô.
Sans doute, le vol de Thémistiche de l'auteur des Trophées, à côté de tant d'autres larcins dont s'est rendu coupable M. Frécliette, n'est, comme on dit vulgairement, qu'un grain de mil dans la bouclie d'un âne, et cependant le laurént n'a pas même la suprême consolation d'établir que Je l'en ai accusé faussement.
Faut-il avoir du guignon !
C'est le temps de répéter le dicton populaire : Quand la malchance toutbc sur 1rs po>des, le diable ve jeraît fas 'pondre le. ..coq.
Mais écoutons enfin les derniers mots que M. Frécliette a articulés, les lèvres largement ouvertes. en réponse à mon Lauréat :
—Je le répète, en fait de réelles réminiscences, on en a constaté trois dans toutes- mes œuvres : un vers de Victor Hugo,un vers de Trosiîer Blanchemain et un vers deCrémazie. Ce sont de véritables réminiscences, je n'en doute pas. car ces trois vers, imités ou intégralement reproduits, je devai.? les avoir lus. Mais, franchement, là, pour m" exempter la peine de faire trois vers de plus dans mon existence, j'aurais volontairement, sciemment, dans le but de tromperie lecteur.
100 DEUX COPATXS
et pour me parer des plumes du paon, volé ces trois vers, qui sont très ordinaires après tout ! Il faut avoir du toupet et surtout l'âme faite exprès, pour s'imaginer faire gober ccI.-ï au publie.
Ave^-voiis bien entendu ?
Je n'ai prouvé dans mon Lauréat que trois réminiscences de M. Frécliettc : un vers de Victor Hugo, un vers de Prosper Blancliemain et un vers de Crcmazie.
Rien ([Ue trois vers.
Malgré une certaine pitié que m'inspire Taberration mentale où est toml)é le hinréat déconfit, je ne puis résister à la tentation de lui frotter le nez avec quelques-uns des vers qu'il a filoutés à tant de poètes français et canadiens, et les citations que je vais détaclicr de mon Lniiréot vont démontrer que le vol du vers de Leeonte de Lisle, celui de Mme de Girardin et l'hémisticlie de Ileredia seraient par comparaison de bien légères taches sur le blason du poète iKitioH'iL
Avant do transcrire ces citations, laissez-moi vous faire voir quelques-uns des vers que M. Frécliettc prétend que je lui ai volés :
FIîECHETÏE
Le passant croit <iuïr, quand le soir est tombé.
CHAPMAN Le passant croit ouïr comme une voix liuniaine.
LA lîASTIDE ROUGE 10 L
FRECHETTE
Oui, deux siècles ont fui ; la solitude vierge. CHAPMAX
Et le vent parfumé des solitudes vierges.
FRECHETTE Ou dit que depuis lors, sur la vague dormante.
CHAPMAX Et l'on dit que depuis, dans les belles soirées.
FRECHETTE Dans un tourbillon d'or, de pourpre et d'aniétbyste. CHAPMAX
Dans des Ilots d'ambre, d'ur, de pourpre et de vermeil. Le drapeau de la liberté.
CHAPMAX
Du drnpeau de la liberté.
FRECHETTE
Plus pur que le soupir d'un enfant qui s'endort i.
CHAPMAX Et plus doux qu'un soupir de feuille qui bruit.
FRECHETTE Tonnant comme la voix des vagues en rumeur.
CHAPMAX Hurlant comme la voix de l'océan qui monte.
1 -M. Fréchette, en m'accusant faussement de lui avoir volé ce vers, oubliait qu'il l'avait lui-même pris à Lamartine, qui a dit dans la 6ième stropbe cVIschia :
Doux comme le soupir cV un enfant qui sommeille.
102 IIKL'X COPAIXS
FRKCHETÏE
J.c m&uscjut à ré^auje eu ]n fngaie nu poing.
CHAI'MAN Xc fusil à l'c'paulo et l'ccunic à iu bouche.
FEECHETTE
îs(i;s vcnicns c!c j agscr ces longs jnurs de tempête.
CHAPMAN Oubliant le passé, les longs jours de soufîrance. FRECHETTE Chaque victoire était stérile.
CHAPMAN Cliaque victoire était pour nous infructueuse.
11 3- a vingt colonnes de la Patrie, formant cinquante pages d'une brocliure in-8, pleines de citations comme celles (j[ue je viens de transcrire.
Assurément, si M. Fréchette s'est conduit à l'endroit des poètes de France et du Canada d'une rnanièrc aussi ignoble que je l'ai fait vis-à-vis de lui, le laarént mérite bien d'être estrapade ou d'avoir tout au moins le ventre hirgonent ouvert.
C'est ce que nous allons voir tout do suite par les comparaisons suivantes :
TROSPER BLANCHEMAIN
Niagaras grondants, lilondes Californie?.