‹ Deux copainsChapitre 6 sur 27 · LE PREMIER DE L'AN · texte numérisé non relu

LE PREMIER DE L'AN

Au sein du Snhara, — la mer sinistre et dure Dont l'onde illimitée est du sable brûlant, — Sous l'implacable ardeur d'un soleil aveuglant, Se prolile parfois une île de verdure.

C'est l'oasis avec ses aspects enchanteurs, Où figuiers et dattiers confondent leurs ramures. Où des sources d'eau vive unissent leurs murmures Aux concerts incessants de mille oiseaux clianteurs.

Comme un émail géant l'éden au loin chatoie ; Et dès qu'un groupe arabe, en marchant vers Alger, Voit à l'horizon bleu ses palmiers émerger, Il les salue avec une clameur de joie.

La caravane sait qu'elle va trouver là

Des fruits délicieux, des eaux rafraîchissantes...

I^•TEI;vIE^\' 31

Elle aborde dans l'île aux rives séduisantes En rcjïardaiit le ciel et répétant : '' Allali " !

Elle dort tout un jour au bord de quelque source. Bercée aux trémolos des oiseaux faniilieis, Laissant paître au hasard, à travers les halliers, Les pauvres méharis tout brisés de leur course.

Elle dort sousj'arceau d'arbres toujours en Heur ; Et quand les chameliers, remis de leurs fatigues. Quittent ce paradis plein du parfum des figues. Ils gardent dans leur veine un peu de sa fraîcheur.

Dans le désert des ans, dans cette aride plaine Qu'en suivant notre étoile il nous faut tous franchir. Il est des oasis, où, pour se rafraîclùr. S'arrête quelquefois la caravane humaine.

Ce sont pour nous des jours d'un éclat idéal : De ses rayons divins l'espérance les dore ; Et sitôt que notre œil en voit poindre l'aurore, Nous la saluons tous d'un long cri triomphal.

Demain, nous entrerons, malgré nos froids sévères.

Dans un de ces édens riants et gracieux,

Et là, rangés autour de mets délicieux,

Pour boire au nouvel an nous choquerons nos verres.

Las de marcher toujours en quête de bonheur. Las de courir après tant de chimères vaines, Nous nous reposerons sous des ombres s-reines. Bercés à des refrains qui monteront du cœur.

Nous nous reposerons au bord de sources calmes Dont nul soutHe jamais ne vient rider l'azur ; L'arbre de l'amitié, plein d'un parfum si pur., Au-dessus de nos fronts balancera ses palmes.

DEUX corAixs

Demain, à l>ien des pleurs des chants succéderont ; L'enfance frémira d'une joie infinie ; Aux foyers tout sera paix, lumière, harmonie, Et dans un même élan tous les cœurs s'uniront.

Et quand nous quitterons, l'âme toute ravie,

Ce paradis qui point à l'horizon neigeux.

Nous nous sentirons tous plus forts, plus courageux.

Tour affronter encor le désert de la vie.

Réjouissons-nous donc d'avance au coin du fou.

Et, comme les Bédouins saluant la ramée

De l'oasis ombreuse et toute parfumée.

Levons les yeux au ciel et disons : " Gloire à Dieu ! "

W. Chap.man.

Page 1