‹ Deux copians. Réplique à MM. Fréchette et SauvalleChapitre 10 sur 32 · NOUVELLES COMPARAISONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES COMPARAISONS

Et Toriginal, le niuiUe en avant, tout tremblant, Les quatre pieds cloués sur un mamelon blanc, L'œil grand ouvert, au bml de la savane claire, Fixe depuis longtemps l'auréole polaire Poudroyant de ses feux le céleste plafond, Et son extase fauve en deux larmes se fond.

W. Chapman.

Comparons maintenant deux poésies écrites sur deux augustes ruines de la terre française.

LA CIIArELLE DE BETHLÉEM

Bien souvent je m(> la rappelle.

Dans son pli de coteaux boisés, La vieille et rustique chapelle Qui date du temps des Croisés !

Elle s'appuie, humble et petite.

Sur ses contreforts descellés.

Où des touffes de clématite Brodent leurs festons étoiles.

Les grnn Is chênes phûns de murmures.

Où ronflent les vents assoupis, De leur ombre et de leurs ramures Caressent ses pans déerépits.

Elle est sur le bord de la route <2ui rampe le long du talus ; La chèvre errante y rôde et hroute Sur un seuil où l'on n'entre plus.

Câ et là, sur 1rs |)i('rris plates De sc»s murs ([u'c^llVite le temps, Le chereh(Mir d-'eouvre des dates Vieilhs lie (quatre fois cent ans.

A gaiiclie, là, sous la corniche, Au-dessus d'uu bassin tari, Derrière un treillis, dans sa niche, Une statuette sourit.

Et la pastoure qui fredonne Sa ballade au bord du chemin, En passant devant la madone, Pour se signer lève la main.

Oui, toujours je me la rappelle, Avec ses combles ardoisés.

L'antique et modeste chapelle Qui date du temps des Croisés.

Elle a ses contes, ses légendes, Touchants ou sombres tour à tour, Comme le vieux menhir des landes, Comme le grand christ du carrefour.

Souvent la famille bretonne Mêle son nom aux longs récits Que les anciens, les soirs d'automne, Font près de l'âtreaux murs noircis»

Et, pourtant, à nul auditoire Charmé, tremblant ou curieux, Nul n'a raconté ton histoire.

Petit temple mystérieux.

Quel que soit ce qu'on imagine, Au fond des brumes du passé Le secret de ton origine Se perd à jamais effacé.

Pourquoi cet autel solitaire Au bord de ce profond ravin ?

Quelle est cette énigme, mystère Que l'on cherche à sonder en vain ?

NOUVELLES COMPAKAISONri 40

(Quelle pensée ou quel caprioe, Déroutant l'esprit confondu, Te suspendit, frêle édifice, Au flanc de ce coteau perdu ?

Kx-voto de reconnaissance, Parles-tu d'enfant retrouvé, De deuil cruel, de longue absence, Ou de retour longtemps rêvé ?

Ton portique en pierre jaunâtre, Qui l'a dessiné? qui l'a fait ?

Foulons-nous ici le théâtre De quelque tragique forfait ?

Es-tu la tombe expiatoire Où l'on vint pleurer à genoux (Quelque grand crime dont l'histoire N'a pas retenti jusqu'à nous ?

Et ce nom de Betliléem môme, Que dit-il ? qui te l'a donné ?

Plus on sonde et plus le problème darde son silence obstiné !

Mais, ô temple ! à te mieux connaître (Qu'importe qu'(jn soit impuissant.

Si ton aspect pieux fait naître In espoir au ccour du passant !

C^ue tes nmrs tapissés de mousse (Janlent leur éteriK^l secret ; (Qu'importe, si ta vue ( st douce Au pauvr(^ von agcur cHstniit.

Jadis, fatigué de ma course, Etranger égaré là bas, Au bord de (»»u niilitiue sourcr, Souvent je suspendis nus p;is.

Enivrement des solitudes !

Au seuil du vieux portail fermé, L'aile des douces quiétudes Rafraîchissait mon front calmé.

Adieu, chagrins et pensers sombres ?

Je sentais — ô ravissement ! — Comme un essaim de chaste sombres Penché sur mon isolement.

Et quand vers la madone sainte Mon regard montait plein d'émoi, A ma lèvre expirait la plainte ; L'espoir se réveillait en moi.

Oh ! c'est qu'alors — heures trop brèves ! — • A travers l'espace incertain, Un rêve, le plus saint des rêves, M'emportait au foyer lointain.

Charme sacré de la prière, Le temps plus vite s'écoula...

J'aime à retourner en arrière Pour revivre ces moments-là !

Oui, souvent je me le rappelle.

Dans mes souvenirs apaisés, La bonne petite chapelle (^ui elate du temps des Croisés !

Louis Fréchette.

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