NOUVELLE.^ COM P AU AISO:;S
— Comme en un riche écrin qu'avec amour on baise,— JjQê tant vieilles cliansons que les nobles aïeux Apportèrent ici de la terre française.
Soyez loué ! soyez loué, savant ami.
D'avoir su par vos soins arracher au naufrage Tous ces liarmonieux vestiges d'un autre âge, Que l'oubli sul)mergeait dc'-jA plus fiu'à demi, Kt qui sont un si pur et si bel hérita;^»' !
Ils ont, ces vieux refrains, dans leur rusticitr, Comme un vague parfum des pins de l'Armorifiue, Et résument pour nous la légende homérique (^ue la France, la croix toujours à son côté, Ecrivit de «ton sang sur le sol d'Amérique.
Les premier*, ils ont l'ait tressaillir les échos
Du Saint-Laurent sauvage endormi dans sa gloire.
Et, pleurant la défaite ou cliantant la victoire,
Cent ans ils ont suivi le groupe de liéro^
Dont l(\s faits éclatants rein{)Iissent notr<» histoire.
A travers les forêts., sur les mers, dans les champs. Ils ont vil)ré partout, les refrains de la (Jaule : Et nos coureurs des bois, le mousquet à répault\ En ont redit les airs allègres ou touchants. Des sierras du Mexique aux b:\uqnises du [>ôlc.
Ils sout cointnc^ l'écho j)er lu des anciens jours. Kt nous devons toUj<)urs en garder souviMianee. Tarée que, les ayant appris dès leur enfance. Nos ancêtres les ont chantés ihuu leurs amours, D:iiis leur deuil, d.iii •< leur j »ie imi leur désespérance.
Nous ilcvons les 8av»)ir, parce iiue leurs couplets,
Où vibre incessainnuMit um^ note sereint»,
Sont comme les anneaux de rinfran;il>!e chaîne
58 DEUX COrAINS
Qui, malgré l'Océan, doit lier à jamais Notre jeune patrie à la patrie ancienne.
Nous devons les chérir d'un amour immortel, Parce que sur nos bords, où les luttes renaissent, Où deux peuples rivaux souvent se méconnaissent,^ Ils sont pour nous. Français, les notes de rappel Par qui les vrais amis toujours se reconnaissent.
Et puis, bénissons-les, bénissons leur réveil, Parce que ces refrains d'amour ou de vaillance Evoquent dans nos cœurs les heures d'innocence Où nos mères berçaient notre premier sommeil A leur mélancolique et naïve cadence.
Non, ils ne devaient pas mourir, ces vieux accents, Ces souvenirs si chers dont s'effaçait la trace. Grâce à vous, ils ont pris à tout foyer leur place. Et toujours, si quelqu'un me les redit, je sens Dans leur rythme frémir l'âme de notre race.
Et quand parfois, le soir, je feuillette, en rêvant, L'œuvre où vous avez mis tant d'âme et de constance. Je comprends que de ceux qui chérissent la France Personne mieux que vous, ô modeste savant. N'a pour elle gardé l'amour et l'espérance.
W. Chapman.
Je crois avoir fait voir au lecteur assez de com-^ paraisons pour le convaincre que, si je barbouille, je le fais à mes dépens.
Aussi, je n'insisterai pas d'avantage sur le ridicule dont M. Frécbette s'est couvert en essayant de faire croire que je ne puis même barbouiller sans avoir recours à son inspiration, et volontiers je cëde
NOUVELLES COMI'ARAISOXS 5Î>
encore, pour ramiisemeiit du lecteur, la parole au lauréat et à sou truclienieut :
M. Frùcliotto. — Cela est tellomoiit vrai que j'ai dû, quand je les ni mises en recueil, modilicr noiid)re de mes piècespour dépister ce file nr sans pareil. Ainsi ma pièce qui, dans les FleiivH Bormies, porte le titre de Renouvrau, d<?l)Utait originairement par ce vers :
Je j>a8S(iis, Viiutre jour. (Ihhh la I imle déserte.
(^uehiue temps après l'apparition de cette pièce, l'homriie que je plagiais publiait une parodie de ma pièce, qui déltntait j)ar ce pastiche :
L^ autre soir, je iiiarcJiaia .sur la jil'iffe désertr.
Je dus modifier, et ma pièce se lit maintenant :
Il faisait froid, .r errais dans la lande dé.scrle, etc.
Cette explication est aussi maladroite (pie mensongère ; et je vais, en ce <[ui eoueerne les citations (pi'on vient de voir, rétablir les faits sous leur véritable jour, en copiant en entier la [>ri'mièrc stroplie de la pièce de M. Fréchette, (pli comnu'Ucait par le premier vers transcrit [kw le pai"av(.'nt numéro deux :
Je passais, l'autre jour, dans la lande déserte. Songeant, rèv(>ur distrait, aux Ix^aux jours (>nvclcs ; Do givre ètincelant la route ét;ut (.'ouverte, Et le vent s(M'Ouait les arl«r(s (K'solès.
(Juand la poésie contenant la sti-oplie ei-dessusfut publiée, je dis en badinant à M. l''i*éehette que. \u rex[iression Vinitrr jofir, elle ne pouvait èti'e ration-
nellement déclamée en été, la route à cette saison n^étant guère couverte de givre. Je lui dis aussi, mais sérieusement, que Vexi^ressiou je passais impliquait une idée qui ne concordait pas tout à fait avec le contexte, dans lequel le poète songeait, rêveur iJistrait.) aux beaux jours envolés.
— Tu as un peu raison, me dit M. Fréchette, et si, un jour ou l'autre, je réédite m.Q^ Pensées tV Hivers j'y ferai un changement.
De fait, M. Frécliette a modifié plus tard ses Pensées crHivcr, — qui sont devenues Sursum Corda dans Pêle-Mêle et Renouveau dans les Fleurs Boréales^— mais il a de beaucoup gauchi la strophe qu'on vient de lire en y mettant II faisait froid. J'errais, etc., puisque l'on ne va certainement point, l'iiiver, quand il fait froid, errer et rêver distraitement dans une lande déserte, surtout dans une lande déserte du Canada.
Ce n'est pas le seul changement que M. Fréchette ait fîiit aux Pensées d'Hiver, comme on peut s'en convaincre en lisant d'abord Y Opinion Publique de la première semaine de 1873, et ensuite Pêle-Mêle et les Fleurs Boréa les.
Le lauréat a enlevé do la pièce originaire une strophe, la dernière, ainsi conçue :
D'un nouvel an, demain, va s'éveiller l'aurore ;
XOL'\'KLLKS COMPARAISOXS (j1
Frè:e?, snluons-li par un hymne d'espoir. L'âme la plus en deuil peut relieurir encore. Le soleil luit toujours derrière le ciel noir,
M. Frocliette avait pris l'idée de cette strophe dans la pièce de Loiigfellow intitulée TJi.e R<iiny Day^ dont les derniers vers se lisent :
Tby fate is the conmion l'ate of ail.
Into eacli life f'ome rain must fall.
Be still, sad heart ! and cease repining. Behind the clouds is the sun still shining.
Le poète iKiiional s'était donc borné à traduire le dernier vers du barde américain, puisqu'il avait dit :
Le soleil luit toujours derrière le ciel noir.
Comme on voit, si M. Fréclictte n'avait pas eu besoin pour son dernier A'crs d'une rime masculine, il aurait écrit den-'uTc les midjes au lieu de derrière le ciel noir.
Ayant fait remarquer au futur lauréat qu'une pareille distraction à l'endroit du poète américain pouvait lui jouer un iiniuvais tour, il admit nn\ remarque avec un sourire.
Et voilà pourquoi le soleil de Longfellow brille dans Pèlc-Mch' et les Fleurs Boréales par son absence. Et voilà aussi [)Oiirqu()i le poète national, pour nu^ récompenser du service que je voulais lui reiulre en le mettant sur ses ^*ardes à })ropos du
62 DEUX corAixs
bien d'autrui, me reproche de l'avoir imité, il y a vingt ans, en écrivant cette pauvre strophe :
.L'autre soir, je marchais sur la plage déserte,
Perdu sous l'ombre des bouleaux, Le regard dans les t.ieux, et l'oreille entr'ou verte Aux bruits harmonieux des Ilots.