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plutôt VOUS êtes après l'enterrer. Il n'a pas volé ce (pli lui échoit, certes ! (Ju'est-ce (pi'il n'a paji fait pour se rendre odieux ! Il suffisait ([UQ (piebprun le regardât un peu de travers pour qu'il bondît sur lui et le déchirât à belles dents. Il se croyait un lion, mais voulait être pris pour un tigre, et il passait son temps à miauler et à grincer des dents, portant la terreur dans les parages où il était certain à l'avance <le remporter des victoires faciles. Vous n'avez pas eu })eur de ce prétendu tigre, vous l'avez saisi à bras-le-corps, vous lui avez arraclié la peau sous laquelle il faisait tant de tapage, et, une fois cette peau arrachée, le public étonné a vu (pie ee grand massacreur n'était (pTun singe.
" Je crois que la fable que je vous envoie est pleine d*à-propos et d'actualité, et serait une bonne r«'ponse à l'apologue qiu^ Frécliette a j.ublié contre vous. Sa publication (hxns un de vos articles lui serait, en tout cas, d'autant plus cruelle (pi'elle a été écrite, comme vous le savez, pur son fétiche le grand Victor.
" tie vous félicite d'avoir su si bien venger les lettres et les gens, et ']o sous prie i\v croire ([Ue tous les hoinmes bien jtciis:nits a})plaudisstMit à votre Tjdiiréut^ et sui-tout à vos (h-rniers articles de la Ycr'di'.
'' Agréez, " etc.
Lisons ninintcnant la fable en ([Uestion :
128 DEUX COrAINS
Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d'une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été méchant ; lui, fut atroce.
Il avait endossé le droit d'être féroce.
Il se mit à grincer des dents, criant : " Je suis
Le vainqueur des lialliers, le roi sombre des nuits."
Il s'embusqua, brigand des bois, dans les épines.
Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines,
Egorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il s'écriait, poussant d'affreux rugissements :
" Eegardez, ma caverne est pleine d'ossements ;
Devant moi, tout recule et frémit, tout émigré.
Tout tremble .* admirez-moi, voyez, je suis un tigre ! "
Les bétes l'admiraient et fuyaient à grands pas.
Un belluaire vint, le saisit dans ses bras.
Déchira cette peau, comme on déchire un linge,
Mit à nu ce vainqueur, et dit : " Tu n'es qu'un singe ! "
Oui, M. Frécliette n'est qu'un singe littéraire, et ce qualificatif lui appartient d'autant mieux qu'il ne peut absolument rien faire sans imiter quelqu'un.
En tout cas, il a, depuis quelque temps, fort piteuse allure, ce pauvre mime, et quelqu'uu, à qui j'ai fait voir la fable qu'on vient de lire, me disait :
— Vous n'avez pas seulement arraché à M. Frécliette sa peau de tigre, mais vous avez à tel point écourté le singe, qu'il ne lui reste plus rien pour. . . s'accrocher.