‹ Deux écoles; comédie en quatre actesChapitre 13 sur 168 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

inconscience ! c'était merveilleux ! Je ne sais combien de fois, j’ai trouvé sur sa table ou dans ses vêtements des lettres qui étaient l’évidence même. Je les lui montrais, je lui faisais des scènes, je pleurais... Car à ce moment-là j’étaisfolle de lui... Je l’attendais à la fenêtre des heures entières... Est-on bête ! Lui, il m’embrassait bien tranquillement... Et il me racontait des histoires ! Non, quand j’y pense ! Si je t’en disais quelques-unes, de ces histoires, tu te tordrais.

Mrae JOULIN

Non, ma fille, je ne me tordrais pas.

HENRIETTE

Papa se tordrait... Enfin ! j’avais beau le prendre sur le fait, il niait l’évidence comme une femme. Ce qu’ily a de plus fort, c’est que j’en arrivais peu à peu a le croire, je lui pardonnais, on se réconciliait et c’était à recommencer quinze jours plus tard.

JOULIN

Pourquoi ne nous disais-tu rien ?

HENRIETTE

J’espérais toujours que ça changerait. Ça ne changeait pas, au contraire. Je me disais : « Ah ça ! est-ce que je vais devenir idiote ? Est-ce que ça va durer toute la vie ? » Je me sentais partie pour être très malheureuse, et ça ne m’allait pas cette idée-là, ça ne m’allait pas du tout. Il ne faut se résigner à être malheureuse que lorsqu’on ne peut plus faire autrement. Alors, je me suis raidie, j’ai lutté; je ne sais pas comment je m’y suis prise, mais un beau matin, en me réveillant à côté de mon mari, j’ai regardé sa bonne figure souriante d’homme qui a tout à se reprocher, et je me suis aperçue qu’il m’était devenu complètement indiffé^renti

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