ACTE DEUXIÈME
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JOULIN
Et quelle est l’histoire que vous avez racontée ?
LE HAUTOIS
Inutile, elle n’est pas drôle... elle n’est pas drôle ce soir... elle sera drôle demain.
JOULIN
Puisqu’elle a fait rire tous ces messieurs...
LE HAUTOIS
Elle a fait rire ces messieurs parce que je l’ai racontée à un moment où ces messieurs avaient envie de rire. Or, madame n’a aucune envie de rire. Elle ne trouverait pas mon histoire drôle. Vous voyez, elle hausse les épaules.
HENRIETTE
Oui... oui... vous essayez de détourner la conversation.
LE HAUTOIS
Vous désirez que nous revenions à votre mari... Revenons-y; moi je yeux bien.
HENRIETTE
Je vous prie de ne pas m’agacer, n’estce pas? Si j’insiste, c’est que je ne veux pas que vous conserviez la moindre arrière-, pensée. J’ai demandé le divorce, et je suis loin de le regretter, car la vie avec M. Maubrun était intolérable. Mais il n’en est pas moins vrai que mon mari, malgré tous ses' torts, n’a commis envers moi ni action blessante, ni action méchante.
JOULIN
Non... Il n’est pas méchant, il faut lui rendre cette justice.
HENRIETTE
Je suis très heureuse d'être séparée de lui ; tout raccommodement entre nous est
impossible, soyez-en bien convaincu, mais je n’ai pour lui aucun mépris. Nous sommes vis-à-vis l’un de l’autre comme deux adversaires qui se sont battus en duel et qui peuvent parfaitement se serrer la main quand ils se rencontrent... Vous ne vous êtes peutêtre jamais battu en duel ?
LE HAUTOIS
Jamais. Mais je connais cet usage.
HENRIETTE
Par conséquent... et je vais probablement vous étonner...
LE HAUTOIS
Vous allez certainement m’étonner.
HENRIETTE
Par conséquent, si le hasard me faisait trouver face à face avec M. Maübrun, je lui tendrais tranquillement la main, comme je
iGG LES DEUX ÉCOLES
fais à vous quand je vous rencontre ; j’échangerais même quelques mots avec lui le plus naturellement du monde, je m’informerais desa santé comme vraisemblablement il s’informerait de la mienne, et je 11e croirais pas commettre un de ces actes qui mettent une femme au ban de la société. Ceci soit dit pour qu’il n’y ait pas entre nous l’ombre d’une équivoque à ce sujet-là !
Mais il n’y en a pas.
HENRIETTE
Selon vous, j’aurais tort?
LE HAUTOIS
Je n’ai rien à dire.
HENRIETTE
Mais dites tout de même, je vous en prie?
LE HAUTOIS
Vous y tenez?