‹ Deux écoles; comédie en quatre actesChapitre 78 sur 168 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

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JOULIN

Et quelle est l’histoire que vous avez racontée ?

LE HAUTOIS

Inutile, elle n’est pas drôle... elle n’est pas drôle ce soir... elle sera drôle demain.

JOULIN

Puisqu’elle a fait rire tous ces messieurs...

LE HAUTOIS

Elle a fait rire ces messieurs parce que je l’ai racontée à un moment où ces messieurs avaient envie de rire. Or, madame n’a aucune envie de rire. Elle ne trouverait pas mon histoire drôle. Vous voyez, elle hausse les épaules.

HENRIETTE

Oui... oui... vous essayez de détourner la conversation.

LE HAUTOIS

Vous désirez que nous revenions à votre mari... Revenons-y; moi je yeux bien.

HENRIETTE

Je vous prie de ne pas m’agacer, n’estce pas? Si j’insiste, c’est que je ne veux pas que vous conserviez la moindre arrière-, pensée. J’ai demandé le divorce, et je suis loin de le regretter, car la vie avec M. Maubrun était intolérable. Mais il n’en est pas moins vrai que mon mari, malgré tous ses' torts, n’a commis envers moi ni action blessante, ni action méchante.

JOULIN

Non... Il n’est pas méchant, il faut lui rendre cette justice.

HENRIETTE

Je suis très heureuse d'être séparée de lui ; tout raccommodement entre nous est

impossible, soyez-en bien convaincu, mais je n’ai pour lui aucun mépris. Nous sommes vis-à-vis l’un de l’autre comme deux adversaires qui se sont battus en duel et qui peuvent parfaitement se serrer la main quand ils se rencontrent... Vous ne vous êtes peutêtre jamais battu en duel ?

LE HAUTOIS

Jamais. Mais je connais cet usage.

HENRIETTE

Par conséquent... et je vais probablement vous étonner...

LE HAUTOIS

Vous allez certainement m’étonner.

HENRIETTE

Par conséquent, si le hasard me faisait trouver face à face avec M. Maübrun, je lui tendrais tranquillement la main, comme je

iGG LES DEUX ÉCOLES

fais à vous quand je vous rencontre ; j’échangerais même quelques mots avec lui le plus naturellement du monde, je m’informerais desa santé comme vraisemblablement il s’informerait de la mienne, et je 11e croirais pas commettre un de ces actes qui mettent une femme au ban de la société. Ceci soit dit pour qu’il n’y ait pas entre nous l’ombre d’une équivoque à ce sujet-là !

Mais il n’y en a pas.

HENRIETTE

Selon vous, j’aurais tort?

LE HAUTOIS

Je n’ai rien à dire.

HENRIETTE

Mais dites tout de même, je vous en prie?

LE HAUTOIS

Vous y tenez?

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