‹ Deux études sur la Grèce moderne: Capodistrias, Le royaume des HellènesChapitre 5 sur 10 · CAP0D1STRIA · texte numérisé non relu

CAP0D1STRIA

Miaulis : fortement maltraités, les Russes se retirent; la goélette mouille sous le fort de Poros.

Les troupes du président n'avaient pas élé plus heureuses que leurs alliés clans la tentative qu'à la faveur du combat naval elles avaient faite contre la ville : une fusillade bien nourrie les avait bientôt forcées de s'éloigner; mais tout n'était pas fini. Les Russes revinrent plus nombreux; toute leur flotte, soutenue par deux corvettes du gouvernement grec» engagea le combat. Ils triomphèrent : victoire plus funeste qu'une défaite. La goélette qui avait causé le premier engagement sauta; la corvette de Miaulis fut désemparée, le fort de Poros mis en cendres, et le vieil amiral grec, voyant ses deux cents hommes décimés, poussé au désespoir, ne voulant se rendre ni au président ni aux Russes, fît sauter la frégate l'Hellas et tous les bâtiments dont il s'était emparé; puis, faisant monter son équipage sur quelques chaloupes, il s'échappa. Les Russes étaient les maîtres; mais, peu consolés par le succès, ils se répandaient en menaces, et ne parlaient de rien moins que d'aller iaccager Hydra. MAI. Viaro Capodistrias et Gennatas ne voulurent pas être témoins de la catastrophe qui paraissait si prochaine; ils s'embarquèrent et retournèrent à Corfou. Le président fît décréter de haute trahison les principaux habitants de l'île rebelle, qui fut en outre déclarée en état de blocus.

Qu'étaient devenus ce bon accord, cette union de toutes les volontés qui avaient si miraculeusement

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soutenu les premiers pas de M. Capodistrias dans le gouvernement du pays? La guerre civile recommençait son horrible tragédie; de tous côtés, le désordre et le pillage; les troupes françaises qui occupaient encore la Morée, ne croyant pas devoir rester spectatrices impassibles des massacres, cherchèrent à s'interposer entre les partis. Mais, comme leurs représentations étaient toutes pacifiques, qu'elles ne tiraient pas le sabre pour soutenir le pouvoir, M. Capodistrias se récria. De peur d'augmenter le trouble, elles restèrent donc dès lors complètement passives, et se contentèrent d'empêcher que le mal ne se fît trop près d'elles. La conduite de l'amiral russe était bien différente. Il parcourait les mers de la Grèce avec son escadre, poursuivant les bâtiments hydriotes, cherchant à venger un peu son déplorable triomphe de Poros, et se mêlant directement dans un débat où il n'aurait dû paraître qu'en pacificateur. On était en septembre; dès les premiers jours de ce mois, le président perdit encore le dernier des chefs grecs qui n'eût pas brisé avec lui. La conversation qu'ils eurent ensemble dura deux heures; vive, emportée comme une explication dernière, elle ne tourna pas à l'avantage de M. Capodistrias. Son interlocuteur l'accabla de reproches : « Vous voilà, lui dit-il, arrivé au fond de l'abîme; les conseils les plus désintéressés, vous les avez méconnus; les vrais amis du pays ont été, par vous, découragés, dégoûtés, éloignés, révoltés. Pour moi, qui, jusqu'ici, ne vous avais point abandonné, mais qui ne

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veux pas vous suivre vers le but où voua tendez, je voua quitte; allez seul! » Un moment, M. Capodistrjaa, reculant toujours devant son partner, fut obligé de rester acculé dans un coin de l'appartement, et de l'écouter sans mot dire.

M. Pierre Mavromichalis, au mépris de toute justice, était toujours écroué au Palamidi. Les Français mécontents, les Anglais dans une défiance sombre, les Russes triomphants, voilà l'état des choses. M. Capodistrias cherchait à ajourner la réunion des députés, réunion qu'il avait si solennellement promise.

Cependant MM. Constantin et George Mavromichalis, l'un frère, l'autre fils du prisonnier du Palamidi, étaient confinés sans jugement dans l'enceinte de Nauplie, et gardés par deux soldats qui avaient mission de ne les jamais perdre de vue et de les accompagner partout. Les deux suspects pouvaient, et par l'importance de leur famille et par leur conduite personnelle pendant la guerre, être comptés au nombre des personnages les plus remarquables du pays. M. George Mavromichalis surtout, à peine âgé de trente-deux ans, nouvellement marié, était renommé pour sa beauté, son brillant courage, l'ardeur de son patriotisme, et l'élégance achevée de ses mœurs. Comme tous les Grecs, l'imitation des modèles antiques était l'idéal qu'il poursuivait. Profondément touché des malheurs de sa patrie et de la persécution de sa famille, indigné de voir son vieux père, chargé de gloire, l'être aussi d'igno-

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minie, le souvenir d'Harmodius s'empara de sa pensée; il proposa à son oncle d'assassiner le président.

Le premier point était de gagner leurs gardes, ce qui ne fut pas difficile; c'étaient deux soldats, nommés l'un Jean Caraïannis, l'autre André Géorgi, que, par une incurie inexcusable, on avait laissés auprès d'eux depuis quarante jours, au lieu de les changer fréquemment, suivant la règle. Un homme de confiance de la famille Mavromichalis acheta des pistolets, et l'on se tint prêt. Mais le bruit se répandit que l'ancien prince de Maïna allait être élargi. L'amiral russe lui-même avait senti l'odieux de cette détention prolongée. Dans une expédition vers les parages de Liméni, il avait reçu à son bord la femme du prisonnier, et il s'était engagé à intercéder en sa faveur. A peine arrivé à Nauplie, il tint parole, fit de vives remontrances à M. Capodistrias, et finit par obtenir que M. Mavromichalis serait présenté au président le 7 septembre suivant, puis mis en liberté. Malheureusement, un article du journal anglais le Courrier, qui s'exprimait avec véhémence sur les affaires de la Grèce, parvint le même jour à M. Capodistrias, qui, outré de colère et s'emparant du premier prétexte qui se présenta pour laisser éclater son ressentiment, refusa positivement de délivrer M. Mavromichalis. M. Ricord ne voulut pas décourager son protégé, et, à la première entrevue qu'il eut avec lui (car on lui permettait de le faire venir sous escorte à bord de sa frégate), il l'en-

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gagea à prendre patience pendant quelques jours encore. C'était le G septembre; le vieux prince de Maïna quitta le vaisseau russe avec beaucoup de tristesse, et, en traversant les rues de Nauplie, il pria ses gardiens de le laisser passer sous les fenêtres de son fils et de son frère, afin qu'il pût au moins leur adresser quelques mots avant de rentrer dans sa prison. Cette demande fut accordée. Il s'arrêta dans la rue, et, levant les yeux vers la croisée, il s'écria : « Adieu, mes enfants! »

A cette voix, le fils s'élança en disant à son oncle : « C'est le vieillard! » Ils avancèrent la tête et le virent pâle, amaigri par neuf mois de captivité, élevant son triste visage vers eux. Ils lui dirent : « Comment êtes-vous? » Il leur répondit d'un air accablé : « Vous le voyez. » Sans le laisser parler davantage, les soldats le forcèrent de continuer son chemin.

C'en fut assez. George Mavromichalis suivit longtemps des yeux son père, et le lendemain, se levant dès l'aurore avec son oncle, ils allèrent à l'église Saint-Spiridion, où le président avait coutume d'entendre la messe. En entrant, Constantin s'appuya contre un des piliers de la porte à droite. George alla embrasser l'image de la Vierge, puis revint se mettre à côté de son oncle; leurs deux gardes se tenaient derrière eux. George était couvert d'une cape noire; Constantin était enveloppé dans un grand manteau blanc, et de la main droite tenait la crosse d'un de ses pistolets.

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Au bout de quelques minutes, un léger mouvement se fît dans l'assistance. Un bedeau traversa l'église pour avertir le prêtre de monter à l'autel, et le président parut au bout de la ruelle qui faisait face à la porte. Il s'avançait rapidement, suivi à quelques pas de ses deux gardes ordinaires, Dimitri et George, surnommé le Manchot, Candiote. Il aperçoit les Mavromichalis, hésite, se tourne vers la maison habitée par un de ses familiers, puis il se remet et s'avance vers l'église. Constantin et George le saluent en portant la main à leurs bonnets. Il ôte son chapeau; Constantin l'ajuste au front, le coup part; M. Capodistrias chancelle, atteint de deux balles; George se jette sur lui et le frappe de son poignard dans le côté. Jean Caraïannis fait feu, mais la balle va s'enfoncer dans le portail. Des cris affreux éclatent dans toutes les parties de l'église; les deux gardes du président s'élancent vers leur maître; George le Manchot soutient son corps sur son bras unique et le dépose doucement à terre. Dimitri se précipite sur les pas de Constantin qui fuyait vers une montée rapide située en face de l'église; d'un coup de pistolet, il le blesse à l'épaule, mais pas assez grièvement pour le faire tomber; un coup de feu tiré alors d'une croisée par Fotomara, Souliote, abat Constantin, blessé mortellement. La populace, ameutée par les cris de George le Manchot, regarde avec stupeur le blessé, qu'un piquet de cinq soldats transporte au corps de garde, et qui expire en arrivant.

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Son neveu avait suivi une roule différente; manqué deux fois par Dimitri, il se jeta dans une maison appartenant à un lieutenant-colonel du génie, et attenante à l'hôtel du résident de France. Il eut. un instant l'idée de s'y barricader; mais bientôt il changea de résolution, et, sautant par-dessus un mur, il demanda asile à M. le baron Rouen. Sa requête fut accueillie, et, en entrant dans le salon du résident, il détacha son pistolet, le porta à ses lèvres, et le remit au général Gérard, en disant : « Je le confie à l'honneur de la France. »

Cependant le plus grand tumulte régnait dans la ville; on fermait les portes et les boutiques; on se préparait comme pour soutenir un siège, et la populace excitée menaçait d'égorger tous ceux qu'il plairait aux meneurs de désigner comme fauteurs de l'assassinat du président. Les partisans de M. Capodistrias s'écriaient qu'une société d'Hercule, dont on venait de découvrir l'existence, s'était formée à Paris, qu'elle avait pour but de reprendre l'œuvre des hétairistes, et que l'assassinat venait d'elle. On désignait les membres de ce corps prétendu de meurtriers; on voulait des arrêts de mort et des proscriptions. Au milieu de ce désordre, M. Colettis fît prendre les armes aux gens de sa maison, et, suivi de vingt-quatre palikares, se rendit au sénat; il y trouva le président, pleurant à chaudes larmes la mort de son maître. M. Colettis lui fît observer que ce n'était pas le moment de se désoler, et qu'il fallait, au contraire, conserver tout son

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sang-froid pour faire tête à l'orage, maintenir l'ordre, et empêcher de nouveaux malheurs. Il proposa donc de réunir immédiatement le sénat; le président lui répondit que nul sénateur ne voulait sortir de chez lui sans gardes. A l'instant, on leur envoya, à l'un deux, à l'autre quatre des soldats du général; et, les ayant ainsi rassemblés peu à peu, on nomma, vu l'urgence, une commission de gouvernement, composée de MM. Augustin Capodistrias, Colocotronis et Colettis. C'était tout ce qu'il était possible de faire dans un pareil moment et dans un pareil lieu; et, une fois ce pouvoir suprême organisé, on prit des mesures actives pour maintenir le bon ordre.

George Mavromichalis restait renfermé dans l'hôtel du résident de France, et, malgré les cris des égorgeurs, M. Rouen n'avait pas voulu consentir à le livrer; mais lorsqu'on vint le réclamer au nom de la commission administrative, les portes s'ouvrirent. M. le colonel Pélion donna le bras au jeune homme; les soldats du corps régulier l'entourèrent, et il fut transféré paisiblement au Palamidi.

Les faits étaient trop patents pour donner lieu à de longs débats; le conseil de guerre permanent des troupes légères du Péloponèse, séant sur les glacis de la citadelle, condamna George Mavromichalis, Jean Caraïannis et André Géorgi à être fusillés. Le jugement fut confirmé dans les vingtquatre heures par le conseil de revision, et le lendemain, 10 octobre (vieux style), Mavromichalis fut

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amené sous un platane isolé, entre le bord de la mer et la porte do la ville, où la sentence devait être exécutée. Une population immense, tous les étrangers, officiers et autres qui se trouvaient à Nauplie couvraient la plaine et les escarpements au sommet desquels est construite la forteresse. L'infanterie régulière et un escadron de cavalerie, rangés en bataille sur les routes qui mènent à Epidaure et à Argos, étaient chargés de maintenir l'ordre.

Le bey de Maïna, des fenêtres de son cachot, regardait cette scène lugubre.

George s'avança d'un pas ferme, vêtu d'un brillant costume. Arrivé, il détacha le cachemire qui lui servait de ceinture, et, le remettant à son confesseur, il le chargea de le porter, comme souvenir, à sa jeune femme, à qui il avait déjà fait dire, au moment de son arrestation, de choisir un beau mari pour le remplacer. Alors, élevant la voix et se tournant vers le peuple, il s'écria : « Mes frères, union et concorde! » Il tourna ensuite ses regards vers la citadelle, aperçut son père, se mit à genoux pour recevoir sa bénédiction, et lui fit un signe d'adieu; puis, commandant le feu lui-même, il tomba.

Ici se termine l'histoire de M. Capodistrias; six mois de perturbations et de malheurs suivirent et couronnèrent son gouvernement. Nulle trace de son passage n'était restée sur le sol de la Grèce.

Diplomate plein de mérite, le comte montra, au début de sa carrière, une grande habileté à conduire des affaires difficiles, un grand tact pour se con-

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cilier la bienveillance de ceux qui l'approchaient. Dans l'intimité, on l'aimait; son esprit fin, sa profonde connaissance du monde et des mille détails qui colorent et expliquent la vie des hautes classes à notre époque rendaient sa conversation très intéressante et assuraient sa supériorité dans les salons diplomatiques. Une teinte de mysticité imprégnait son langage, sans que sa raison, disent quelques personnes, l'eût réellement adoptée. Lorsqu'il fut à la tête d'un gouvernement, et que, passant de la théorie à la pratique, son occupation ne fut plus de manier des protocoles, mais des intérêts vivants et présents, l'homme habile disparut. Il sembla prendre à tâche de heurter sans nécessité les sentiments de sa nation. A un peuple joyeux, moqueur, ami de l'indépendance, il voulut imposer les assimilations et les classifications qu'il avait admirées dans le Nord. A l'aide de ses projets, et toujours le nom du Très-Haut à la bouche, il ne sut employer que la violence. Avant de s'être assuré que les notabilités grecques ne pouvaient être gagnées, il les éloigna. Il voulut flatter l'esprit des classes inférieures et oublia que les blesser dans leur respect pour les gloires de la révolution était le pire des moyens. Inébranlable dans son système, il mériterait, par cela seul, des éloges, si ce système eût été rationnel et ne se fût pas appuyé sur les forces insuffisantes de sa famille. Enfin, honorable comme homme privé, intègre, d'un talent reconnu, une fois sorti de l'atmosphère des salons el des bureaux, au

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grand air du commandement véritable, il a mérité l'oubli plutôt que la haine.

Sa physionomie d'homme d'Etat est difficile à dessiner nettement, car tous les résultats de sa carrière sont peu saillants; il est difficile de déterminer avec précision la part qui lui revient dans les transactions politiques de son époque; les faits de sa vie administrative n'ont pas eu le temps de se manifester. Le président de la Grèce a été porté aux nues par ses amis particuliers, par les créatures qu'il s'était attachées en Grèce, et surtout par les partisans de la Russie. Les faits que nous venons de réunir et d'étudier ne nous permettent pas de nous placer à ce point de vue trop favorable. Sans le traiter d'ennemi absolu du pays qu'il gouvernait, nous suspendrons notre jugement au-dessus des deux opinions que nous avons essayé de faire ressortir.

L'ami d'Alexandre, l'admirateur des idées genevoises, si goûtées par son maître, le serviteur dévoué de la Russie, le fonctionnaire qui, dans sa solitude helvétique, conservait de si actives relations d'amitié avec son ancien souverain, le gouvernant, enfin, qui, dédaignant tout autre appui que celui de Pétersbourg, cherchait à plier son peuple à des formes moscovites, M. Capodistrias peut être accusé sans injustice d'avoir rêvé une union plus intime de la Grèce avec l'empire russe.

D'un autre côté, celte volonté persistante de réunir tous les pouvoirs dans ses mains ne pouvait-

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elle pas provenir d'une ambition plus personnelle? Etait-ce pour frayer un chemin facile aux futurs préfets de l'empereur qu'il essayait avec tant de soin d'annihiler les chefs grecs? Les agents qu'il attirait par bandes de Corfou devaient-ils, à un signal donné, déguisés en Grecs qu'ils étaient déjà, endosser un nouvel uniforme, ou plutôt n'étaient-ils pas les soutiens nés de leur compatriote? Le dénouement de cette singulière énigme n'aurait-il pas déconcerté l'amiral Ricord plus encore que les commandants de l'escadre anglo-française? C'est là une série de questions que l'on doit poser, mais qu'un seul homme peut résoudre.

Il avait un magnifique rôle à jouer. Il pouvait rendre la vie au peuple grec expirant et peut-être tenir dans ses mains l'avenir de cet Orient tiraillé par les ambitions occidentales. S'il avait compris la grandeur de sa position, et qu'au lieu de s'abandonner aux chimères d'une ambition étroite, il eût tenu les yeux fixés, non sur le pouvoir absolu dans Nauplie, mais sur l'entrée d'un citoyen, chef d'autres citoyens, dans Constantinople régénérée; un Tite- Live, un Tacite, un Machiavel, eussent été fiers plus tard de raconter ses actions. Vienne le jour où la France bien inspirée se souviendra que la révolution grecque attend, l'arme au bras, son signal pour continuer sa route! et le monde entier verra qui doit l'emporter du bon droit ou de la rapacité des vainqueurs de Beyrouth et de Saint- Jean d'Acre.

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Sans projets ambitieux sur des pays que leur position géographique enlève à sa sphère d'action, la France ne peut que désirer les voir, libres et florissants, échanger avec elle les produits de l'industrie et du commerce. Elle n'a que faire, comme la Russie, d'aller chercher la vie sur les rives du Bosphore; comme l'Angleterre, elle n'a pas besoin de se frayer la route de l'Inde, mais elle a besoin de ne pas donner les cent vingt mille matelots de la Turquie et de la Grèce à une puissance qui peut en user contre elle, et y joindre les autres richesses de ce vaste territoire; elle a besoin de soutenir le travail de régénération qui germe dans l'Egypte, et d'empêcher qu'on ne l'étouffé. La France, protectrice née des petits Etats, doit vouloir que chacun reste chez soi. Qu'on jette les yeux sur la Grèce en ce moment. A quel état l'a réduite la diplomatie européenne! Son commerce extérieur, cerné par les douanes anglaises, autrichiennes, turques, est annulé par mer; les marins d'Hydra, de Spetzia, de Psara, sont ruinés. Par terre, les montagnes et les fleuves derrière lesquels on l'a cachée, sous prétexte de la défendre, l'emprisonnent, et, bien que l'état intérieur se soit amélioré, que la population se soit considérablement accrue par l'influence d'une législation nouvelle, les regards d'envie que jettent les Grecs sur le territoire ottoman disent assez haut leurs désirs et leurs craintes. En effet, la Grèce ne peut échapper à la domination russe que par un changement radical dans sa délimitation.

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