‹ Deux femmes célèbres (volume 2)Chapitre 5 sur 7 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

« Le peuple est une bête changeante et grossière qui ignore ses forces et supporte les coups et les fardeaux les plus lourds; lise laisse guider par un faible enfant qu'il pourrait renverser d'une seule secousse.

« Mais il le craint et le sert dans tous ses caprices ; il ne sait pas combien on le redoute

et que ses maîtres lui composent un philtre qui l'abrutit.

« Chose inouïe! il se frappe et s'enchaîne de ses propres mains, il se bat et meurt pour un seul de tous les car Uni * qu'il donne au roi.

ft Tout ce qui est entre le ciel et la terre est à lui ; mais il l'ignore , et si quelqu'un l'en avertit, ii le terrasse et le tue. »

Vaincu , enchaîné sur cette galère espagnole qui le conduisait à Na})les, que ne souffrit pas alors Campanella! Il avait perdu sa destinée, c'éfail plus pour lui que d'avoir perdu la vie.

Comme Moïse, comme Numa , comme

* Pelile inoiaiaic napolitaine.

• Mahomet et mémo coirtin« le Christ, «dit un auteur contemporain, il avait es|)ér(^ élre le législateur d'un peuple. — Il avait échoué ! et, peut-être, horrible idée, il ne laisserait aux hommes que la mémoire d'un aventurier. Hélas ! il ne prévoyait pas qu'un long martyre réhabiliterait sa gloire dans la postérité.

Lespreiiiiers jours de Tannée 1600, de celle même année où Gien:d«}no Bruno* fut brûlé vif publiquement à Rome , Campanella était

* Giordano Bruno était 116 à Nola II enlra tout jeune chez les Dominicains; des doutes religieux et philosophiques lui firent quitter son ordre et fuir l'Ilalie. Après qu'il eut par-

conduit à Naples et incarcéré an château de TŒuf, roclie consacrée aux tyrannies secrètes ^ comme il le dit lui-même dans ses vers. La plupart des conjurés ariêlés étaient des prêtres et des moines; ils dépendaient de la juridiction ecclésiastique et ils demandaient à

couru l'Europe, conféré avec Théodore de Bèze et Calvin, le désir de revoir l'Italie l'attira à Venise. Il fut livré, en lôgS. a rinqnisiliou, transféré à Rome, condamné comme hérétique et brûlé le 17 février 1600.

Bruno a laissé un grand nombre d'ouvrages philosophiques et littéraires écrits eu latin et en italien ; quelques poésies fort remarquables se trouvent mêlées à ses œuvres en prose.

Voici deux sonnets qui donneront une idée de cet esprit à la fois sérieux et railleur :

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