‹ Deux femmes célèbresChapitre 4 sur 11 · II · texte numérisé non relu

II

A huit heures nous entrons chez nos parens pour leur souhaiter le bonjour et pour déjeuner. En hiver nous mangeons de la soupe à la bière; en été nous buvons du lait; les jours maigres on nous donne une très-bonne panade.

Après le déjeuner nous allons tous entendre la messe dans la chapelle du château. Celte chapelle est charmante.

Quand Tofiice est terminé le chapelain commence à haute voix les prières en latin, nous les répétons ainsi que toute notre suite. Franchement je n'en comprends pas le sens, un jour je le demanderai.

Nous remontons ensuite dans notre appartement et nous commençons nos études.

Madame nous fait écrire, sous sa diclée les

vers du poète français Malherbe. Nous avons un forte piano; un allemand qui dirige Torchestre de notre cour, nous donne des leçons; il reçoit trois cents florins d'appoinlements. Barbe touche assez bien du piano.

Après la leçon de musique le coiffeur du château vient nous coilfer; il commence toujours par l'ainée, si par malheur il nous arrive avec quelques modes nouvelles nous sommes bien sûres qu'il nous mettra la tête en sang.

Ma chevelure est longue et plus épaisse que celles de mes sœurs; quand je suis assise mes cheveux déployés traînent jusqu'à terre; le coiffeur fait tous ses essais sur ma tête; la mode actuelle me plaît infiniment.

C'est une sorte de négligé fort élégant, une partie dos cheveux est réunie et bouclée au

sommet de la tête, le reste tombe en tresse sur le cou et sur les épaules. Le coitFeur emploie une demi livre de poudre pour arranger mes cheveux.

Nous mettons bien deux heures â notre toilelle, mais afin que ce temps ne soit pas entièrement perdu, nous apprenons par cœur des proverbes français ou bien Madame nous fait la lecture d'un ouvrage nouveau tout-à-fait moral et amusant : c'est le Magasin des Enfants parmadame do Beaumonl.

Ces contes, d'une gouvernante à ses enfants, m'enchantent.

A midi , on senne V Angélus, et nous descendons pour le diner, il dure ordinairement deux heures; après le dîner nous allons à la promenade s'il fait beau.

Puis nous nous mettons au travail; nous faisons en ce moment une broderie pour l'église de Piotrkowice.

Quand le jour s'obscurcit on allume les bougies et notre travail n'est pas interrompu. Dans toutes les saisons nous soupons à sept heures.

Après le souper , on ne fait plus rien, on cause ou on joue aux cartes, notre petit iMalhias fait des mines étonnantes quand la bonne carte ne lui arrive pas; il a le don de me faire toujours rire.

Un des chambreurs va tous les huit jours à Varsovie, il en rapporte les lettres ainsi que les journaux qui nous sont lus par le chapelain. Je donne une allenlion particulière à certaines nouvelles.

Mon père nous lit souvent de vieilles chroniques; mais j'avoue que les livres français m'amusent bien davantage. Madame, qui ne sait pas un mot de polonais, nous fait toujours des lectures françaises ; cela me donne l'usage de cette langue. Mon père ne nous fait ses lectures qu'une fois par semaine.

Mais à l'époque du carnaval adieu les lectures ; on ne pense plus qu'à jouer , à danser et à se divertir. A Varsovie, les fêles doivent être bien plus belles que dans notre château. Oh! que je voudrais voir tout cet appareil d'une grande cour!....

Mais j'entends sonner midi , il faut que je dise bien vite mon Angélus, que j'arrange ma coiffure et que je descende ; demain j'écrirai ce que je n'ai pu écrire aujourd'hui.

% JauTlci*, mardi.

Hier j'ai donné trop de temps aux choses intérieures, je veux aujourd'liui ui'occuper des intérêts publics.

Je ne serais pas digne d'être Polonaise si

je ne mettais pas les affaires de notre chère patrie au-dessus de tout. On en parle beaucoup au château, et je prête toujours une vive attention à ce qu'on dit; depuis que j'ai commencé mon journal, je désire plus vivement encore connaître les événements extérieurs.

C'est Auguste III électeur de Saxe qui règne à présent sur la Pologne et la Lilhuanie.

Il y aura vingt-cinq ans le 17 de ce mois que i'évêque de Cracovie a placé sur le iront d'Auguste le diadème royal.

Un parti considérable opposé à son élection voulait élever au trône Stanislas Leszcynski*, Auguste l'emporta et le vertueux Leszcynski, faute d'argent et de soldats se vit forcé d'aller

* rèie do Marie Lcszcynska (jui fui la l'ctumc de Louis XV.

retrouver ses Lorrains qu'il rend fort heureux.

La reine qui encouragea vivement le roi dans la lutte qu'il eut à soutenir avant de parvenir au trône , était, dit>on, digne dêtre reine des Polonais; elle les aimait.

Marie-Josephine se montra toujours ennemie de l'intrigue , humaine , clémente et pieuse ; elle fut excellente pour son mari et pour ses enfants^ indulgente pour tous , et d'une sévérité extrême dans ses mœurs. On peut dire qu'elle réunissait toutes les vertus désirées dans une femme.

Elle est morte à Dresde, il y a à présent deux ans. Elle avait eu quatorze enfants, dont onze, sept filles et quatre fils, vivent encore.

J'ai gardé le souvenir de la douleur que causa sa mort aux Polonais.

On célébra des services funèbres dans toutes les églises du royaume ; nous fîmes une cérémonie dans notre petite église de Potrokwice, tous les pauvres y assistèrent, ils pleuraient et sanglotaient en priant pour la reine.

Le roi passe pour être d'un esprit facile, et on prétend qu'il se repose entièrement sur son ministre Brûhl *, c'est lui qui gouverne

* Le comte Briihl , chasseur infatigable , paiceque c'«5tait uu moyen sûr de plaire à son maître ; convive agréable, adroit h tous les exercices, avait passé sa vie entière à la corn*, et, devenu ministre, ne fut encore qu'un courtisan. Ce ne fui point un choix du roi qui porta Bruhl il celte place mais uuc faveur qui, s'accroissant de jour en jour, 5kns être fondée «ur aucune estime, til tomber peu à peu toutes les affaires entre ses mains. Jamais respects plus scrvilesne furent rendus à aucun prince, que ceux qu'il rendait à son maîlre avec une perpétuelle assiduité: toujours à sa suite dans les forêts, ou passant les matinées entières en sa présence , sans jamais dire un mot, tandis que ce prince désœuvré se promenait en fumant, et laissait tomber les yeux sur lui, sans le voir, « Bridil, ai-je de l'argent? — Oui, sire.* Ce (ut toujours sa réponse. Mais

véritablemenl la Pologne et la Saxe; ce dernier pays est livré à de grands malheurs; la Prusse, qui n'est cependant qu'un état naissant, fait déjà trembler toute l'Europe.

pour satisfaire chaque jour aux nouvelles fantaisies du prince, il chargea en Saxe la banque de l'Etat de plus de billets qu'elle n'avait de fonds : et en Pologne, il mit à l'encan tous les emplois de la république. Il portait dans les grandes affaires de la politique générale de l'Europe, cet esprit dinlrigues sourdes, de mensonges et de doubles manœuvres qu'on prend si souvent dans les cours; rampant devant son maître, séduisant dans la société par sa grâce et par sa douceur, faible et perûde dans les affaires, et partout ailleurs le plus superbe des hommes. L'excès de sou luxe en tous les genres paraîtrait exagéré dans un roman ; et la vérité passe ici de bien loin toute vraisemblance.

Lucullus, l'étonuement des Roii:aias après qu'ils eurent pille la Grèce et 1 Asie. Lucullus, qui prêta un jour aux entrepreneurs d'un spectacle cinq mille de ses habils, aurait paru au ministre Saxon , dénué de tout et presque nu. Il prétendait que cette folle maguiûcence n'était pas en lui un goût personnel, et qu'il s'y asservissait uniquement pour flatter un faible de son mailre. En effet, Auguste, attaché par indulgence à uue vie simple et privée, mettait de l'orgueil à être servi par

On dit qu'un homme de génie préside à ses destinées.

L'électeur de Brandebourg est parvenu au trône par sa soûle volonté en 1701. La Poloun miniàtre fastueux. Sans mes profusions, disait Briihl, il me laisserait manquer du nécessaire. Et le plus vaiuj le plus superbe des hommes, u'clait encore au milieu de toute cette pompe, que le plus vil des ûaltcurs. On ignora longtemps qu'une secrète dévotion se mêlait dans l'âme de ce ministre à toutes les passions dun courtisan; mais un jour que deux élraugers pénétrèrent indiscrètement dans ses appartements intérieurs, ils l'aperçurent, avec surprise, à genoux, le visage contre terre , devant une table illuminée , comme le sont les tombeaux dans les cérémonies funèbres. Brùhl se levant avec précipitation, leur dit: «Qu'après avoir donné sa journée entière » à son maître temporel, il fallait bien donner quelques mo- » mentsàl'éternîté.ïTels sont les replis du cœur humain ; tels étaient les sentiments qu'il cachait avec soin, sous un désordre qui perdait deux Etals.

Le comte Briihl, d'abord ministre de Saxe, n'était rien eu Pologne, où les étrangers sont exclus de tous les emplois ; mais aussitôt que par son crédit sur l'esprit du roi, il culcommcucé à disposer seul de toutes les grâces, il se douaa hardi-

— signe ne lui confirma pas le titre de roi et aujourd'hui le successeur de l'électeur serait assez puissant pour donner des couronnes aux autres états. Il résiste à l'Autriche, à la Saxe, à la Moskovie, et avec ses seules forces, il agrandit chaque jour son royaume. Il passe pour avoir de grandes connaissances dans l'art militaire et une prodigieuse capacité politique; il est en outre savant et philosophe; c'est un grand caractère.

Bien des personnes pensent qu'il faudrait à la Pologne un homme de la trempe de

ment pour Polonais, et trouva moyen, dans un procès suscité à dessein, do faire reconnaître par un tribunal une fausse génùalogie. Ce jugement devint un titre qui permit à la faveur de le comWer personnellement de richesses et de dignités.

Le maître et le favori n'avaient point d'autre système politique qu'une ùépeudancc entière de la Russie.

Frécléric-le-Grand; mais comme il ne nous gouverne point el que ses intérêts sont contraires aux nôtres, on craint qu'il ne devienne tôt ou tard la cause de notre ruine.

Dieu veuille que la Prusse qui n'est qu'une fraction de la Pologne ne l'engloutisse pas un jour I

Les hommes qui s'occupent de la chose publique disent, mais bien bas, que les affaires de la république vont mal; ce qui ôle toute es])érance pour l'avenir, c'est que les belles vertus antiques qui faisaient la gloire de la patrie, ont presque disparu pour faire place à l'ambition et à l'intérêt personnel ; les besoins de la mère commune sont oubliés; on ne pense plus qu'à son bien propre; la cause générale est abandonnée.

Les tlîèles s'assemblent et se rompent sans remédier au mal.

La voix de Conarski et celles de ses honorables amis s'élèvent en vain ; ils prêchent dans le désert.

Les mauvaises passions sont les plus fortes et font dévier nos destinées.

Cependant, tous les moyens de salut ne sont pas encore perdus; le trône de Pologne est électif, le roi régnant a déjà soixantetrois ans; si son successeur est doué d*un grand caractère, si ses vertus sont au niveau de sa position, il pourra sauver la république et lui rendre son ancienne prépondérance.

Nos frontières n'ont pas élé entamées, je

mets toute ma confiance dans la miséricorde de Dieu.

Tous les bons et vrais patriotes désirent ardemment un roi digne de commander aux Polonais.

On désigne déjà plusieurs candidats ; les deux qui semblent avoir le plus de chances sont Stanislas Poniatowski^ fils du castellan *

* Castellan, c'est-à-dire gouverneur de château et de ville. Voici ce que dit Rulhière de Stanislas-Auguste Pouiatowski qui fut élevé plus tard au trône de Pologne par Catherine dont il avait été l'amant lorsqu'elle n'était encore que grande-duchesse : • La mère de Ponialowski sœur des princes Czarloriski lui avait inspiré pour lui-même toute l'ambition qu'elle tenait d'eux. Epouse d'un soldat de fortune qui après avoir ébranlé le trône de deux de ses rois était devenu par leur faveur même premier sénateur du royaume, elle ne doutait pas que ses enfants ne fussent destinés aux plus illustres entreprises

Stanislas-Auguste dont nous parlons é!ail le quatrième enfant

né de ce mariage Un aventurier italien, nommé For-

nica, moitié astrologue, moitié alchimiste présent à la naissance de Stanislas Auguste annonça querenfant qui venait de

de Cracovie et Charles, prince royal , fils du roi régnant.

Le père de Poniatowski était le favori de Charles XII, roi de Suède , il fut très-aimé de la princesse Czartoryska.

Je ne sais pourquoi mon cœur penche si

naîli'c serait roi. On le nomma Slanislas-Auguste comme s'il était également né sous les auspices des deux rois ennemis que son père avait servis lour-à-lour. La comtesse Ponia'.owski rappoi'tait à ce présage toute l'éducation qu'elle donnait à son

iils mais la nature n'avait formé le jeune Poniatowski

que pour être un homme aimable, aucune magnanimité, aucune force ne s'annonçaient dans son caractère sa figure

qui presque seule lui a valu cette couronne à laquelle se fixaient toutes ses pensées, était véritabicmcnttrès-belle, quoique la faiblesse de sa vue, jointe au caractère de sa pliysiono* inic laissât toujours dans ses regards quelqac chose de dur, de louche et de sinistre. Ses yeux étaient grands et noirs, ses cheveux noirs et épais; ses traits avaient do l'éclat et de la régularité ; sa taille, sans être grande el même sans élég.incc et sans grâce, n'était pas sans noblesse, et marquait de la force. Il avait dans son air, dans ses manières, dans sa démarche une sorte d'apprêt théâtral et dans ses discours nue touinnte aftec- IL 6

fort pour le prince Charles! Poniatowski est pourtant Polonais, mais on dit que l'autre a des qualités éminentes. Je dirai sur les deux concurrents tout ce que j'ai pu apprendre, puis j'ajouterai mes réflexions.

Stanislas Poniatowski est jeune et très-joli garçon ; il est prévenant, affable; il a beaucoup voyagé, il a dans ses manières l'élégance des Français, ce qui lui fait obtenir de grands succès auprès des femmes.

tée, singulière et romanesque Dans un voyage qu'il fit

en France la méchauceté de son esprit lui (Tl fermer des maisons qu'il désirait le plus fréquenter. Une galanterie fausse, étudiée, de perpétuelles déclarations d'amour répétées à tontes les femmes anxqucllcs il parlait et qu'un jour trente femmes rassemblées dans une maison de campagne se racontèrent muluclloment, l'exposèrent à d'extrêmes ridicules. • Tel est le prince qui fui l'amiinl de Catherine tel détint plus lard roi de Pologne. Le prince Charles son compétiteur an trône, d'une figure agréable, d'un esprit aimable et souple était le troisième fils du roi Auguste III. Le journal de Françoise Krasinska nous le ffr.i assez ronnailri'.

— SS- II aime les sciences et les savants. Il a séjourné plus de quatre ans à Saint-Pétersbourg en qualité de secrétaire d'ambassade ; il a été rappelé depuis quelque temps, il est en trèsgrande faveur à la cour de Russie. On fonde là-dessus sa fortune à venir.

Le prince royal Charles a vingt-six ans ; c'est le troisième fils du roi; il est aimé de son père et de tous ceux qui l'approchent, on dit que sa tournure est noble, que son visage est plein d'agréments; ses manières sont affables, son abord facile; il plaît, il attire à lui et captive tous les cœurs.

Il habite la Pologne depuis son enfance; il aime beaucoup les Polonais et parle très-bien leur langue.

Elevé au sein de noire république, il n'est

ni fier, ni servile, il sait garder avec chacun une juste ûiesure.

Le roi ayant reconnu dans son fils toutes ces qualités , l'envoya dans les cours étrangères; il commença par celle de Saint-Pétersbourg, il voulut qu'il fit ses premières armes chez celle puissance dont il espérait l'appui.

Il avait encore en vue d'autres projets , il espérait que son fils pourrait être nommé duc de Courlande. Ce duché est tributaire de la Pologne.

En 1757, la Izarine Anne nomma le comte de Biren gouverneur de Courlande, mais quelque temps après, le comte tomba en disgrâce et fut envoyé avec sa famille en Sibérie ; durant plusieurs années le duché resta sans maître,

Notre roi, qui en avait le droit, confia à son fils celte dignité vacante; mais il lui fallait la sanction de la cour de Saint-Pétersbourg; le piince royal, en se montrant, devait obtenir tout ce qu'il désirait, car sa grâce et son aflabilité sont devenues proverbiales.

Il se rendit donc à Saint-Pétersbourg après s'être arrêté quelque temps à Mitteau, capitale de la Courlande, où il sut gagner l'estime et l'affection de tous les habitants. La tzarine ne tarda pas à confirmer la nomination du prince royal.

Son consentement fut annoncé avec solennité au roi de Pologne, l'an passé, au moment où la diète se réunissait. Mais selon l'usage fatal qui dissout les diètes , un nonce de Vollynic, nommé Podhorski, rompit celleci et l'affaire qui intéressait la Courlande n'é-

tant point débattue, il devint nécessaire d'avoir recours au sénatus-consuite.

De vifs débats s'engagèrent dans le sénat ; les princes Czartoriski s'efforçaient surtout de compliquer la question en prétendant que le roi n'avait pas le droit de disposer du duché sans la participation de la diète ; et que lo comte do Biren n'ayant subi aucun procès, n'ayant été ni jugé ni condamné , ne pouvait être frustré de ses droits , que la nomination du prince royal ne serait donc que provisoire et valable pendant la vie de la tzariue.

Une imposante majorité fit raison de ces clameurs insensées; cinq boules noires contre cent vingt- huit boules blanches décidèrent la question en faveur du prince Charles.

11 d déjà reçu le diplôme des mains du

grand-chancelier de la couronne, et c'est aujourd'hui même qu'a, lieu la cérémonie de l'inveslilure.

Varsovie doit être éblouissante de l'éclat des fêtes; la joie est universellcj j'en suis sûre. Le roi est si heureux d'avoir vu réussir ses projets, qu'il est, dit-on, rajeuni de dix ans.

J'ignore si cet événement est très-important pour la chose publique, mais je suis ravie du triomphe du prince Charles. Je me demande à chaque instant d'où vient que cette afi'aire m'a tant préoccupée?

Les destinées de la république dépendront peut-être bientôt de ce prince ; il me semble qu'il est appelé à détourner les malheurs qui menacent la Pologne. Il nous donnera, je

crois, de meilleures lois et un gouvernement plus ferme. Le duché de Courlande lui servira de marche-pied pour arriver au trône.

Je me sens triste au fond de Tâme de n'être pas aujourd'hui à Varsovie, j'aurais assisté à de belles fêtes , j'aurais vu la cour et le prince Charles!.... Mais puisque cela ne se peut, je dois me contenter de boire à sa santé à noire table.

Hier, au milieu des toasts, au bruit de la musique et des décharges de nos dragons, tandis que nous célébrions ainsi l'invesliture du duc de Courlande, le chambrear envoyé à Varsovie est revenu avec des lettres qui nous annoncent que la cérémonie est retardée à cause de l'indisposition du prince royal; elle est remise au huit janvier. « C'est de mauvais «augure, a dit le petit Mathias : la couronne

«ducale lui échappe, la couronne royale lui » échappera aussi. »

Me voilà inquiète... mais plusieurs visites sont venues me distraire ; après le dîner nous avons eu madame l'échansonne Dembinska, avec ses fils et ses filles , le pannelier Jordan, avec sa femme et son fils, M. Swidzinski, palatin de Braclaw , avec son neveu le jésuite Vincent; ce dernier est venu plusieurs fois à Maleszow : c'est un homme très-pieux ; mes parents l'aiment et l'estiment beaucoup : quoiqu'il soit jeune , nous lui baisons les mains comme à un ministre de Dieu.

Barbe est tout-à-fait dans ses bonnes grâces, il lui a donné un rosaire et la Joarnée du Chrétien.

Au souper, on l'avait placé auprès d'elle,

il lui a adressé deux fois la parole; c'est tout simple, Barbe est si bonne, puis elle est l'aînée : on doit lui faire plus de politesses qu'à ses cadettes.

Ce 5 janvier, vendredi.

Le palatin et son neveu le jésuite sont toujours au château; nous attendons encore de nouveaux hôtes

Le palatin, veuf depuis plusieurs années, a

deux fils i l'aîné est slaroste de Hadom, le cadet, colonel des armées du roi.

II a aussi deux filles : l'une mariée à Granoswski, palatin de Rawa ; et l'autre récemment à Lanckoronski , casleJlan de Polanièc. Je suis bien curieuse de voir les fils du palatin; ils ont fait leur éducation en France, à Lunéville; ils doivent avoir un aulre air et d'autres manières que les Polonais.

Le bon roi Stanislas, quoiqu'il habite un pays étranger , n'a pas cessé de s'intéresser à ses compatriotes : plusieurs jeunes gens font leurs études à Lunéville, aux frais du roi Stanislas ; ils y reçoivent la meilleure instruction.

Les fils de nos premières familles briguent cet honneur; pour l'obtenir ils se disent tous parents éloignés du roi. Us ont

bien raison de désirer celte éducation, car lorsqu'on peut dire d'un jeune homme : il a fait ses études à Lunéville et il est allé à Paris, cela lui est très-utile pour faire son entrée diins le monde.

On sait à l'avance qu'il aura de nobles manières, qu'il saura le français, cl qu'il dansera avec grâce le menuet et les contredanses. Tous les jeunes gens qui ont été en France obtiennent les plus grands succès et sont trèsrecherchés des dames.

En vérité, je suis bien impatiente de connaître les deux fils du palatin.

Ce 6 jau¥ter, «amedl.

Enfin, ils sont arrivés hier après dîner, mais ils ne rëponrlent pas à l'idée que je m'en étais faite, monsieur le slarosle encore moins que son frère.

J'avais pensé voir un tout jeune homme élancé, aimable, tel en un mot que le prince Chéri des contes de madame de Beaumont , et ne s'exprimant qu'en français; mais je me suis bien trompée, M. le staroste est loin d'être jeune; il a trente ans, il est gras, il n'aime pas la danse et ne dit pas un mot de français.

De temps en temps il lance des phrases latines comme fait mon père.

Le colonel m'a plu davantage; il porte Tuniforme, il est jeune et sait au moins quelques paroles françaises.

C'est aujourd'hui la fêle des Rois, jour fixé pour l'émancipation de Michel Chronowski.

On prépare à l'office un énorme gâteau qui contiendra une fève. Qui donc sera roi? Si

j'allais être reine, bon Dieu ! on ceindrait ma tête d'une couronne pour toute une soirée, et je commanderais en souveraine dans le château... c'est alors qu'on danserait, j'en réponds! mais on dansera de toute manière car la foule des visiteurs se presse depuis ce malin; nos gens murmurent, le garde de la vaisselle se fâche en voyant arriver cette file de calèches et de carrosses sur la place de l'église de Piolrkowice, il dit que c'est un surcroit de besogne pour lui ; pour moi , je saule de joie : c'est ainsi dans ce monde, les uns se félicitent de ce qui fait le tourment des autres.

Ce 7 janvier, dimanche.

Quelle foule élégante ! que le château est gai, animé, bruyant! nous nous sommes singulièrement amusés.

Je n'ai pas été reine. C'est Barbe qui a eu n. 7

la fève : au moment oii elle l'a découverte dans sa part de gâteau, elle a rougi jusqu'au blanc des yeux.

Madame^ qui était placée à côté d'elle, a pioclamé cette nouvelle. Aussitôt toute la société et tous les gens de service l'ont accueillie par des vivats.

Le petit Mathias a dit en riant : « Celle qui a la fève épousera M. Michel. » C'est un proverbe polonais qu'on répète le jour des Rois.

On dit encore qu'une jeune fille qui a la fève se marie avant la fin du carnaval. Dieu veuille que les proverbes ne mentent pas, nous aurions des noces et des danses!

Je ne puis me faire à M. le starosle, son air grave ne me plaît pas; hier il n'a voulu dansei- que dos danses polonaises.

Il parle à peine de Paris el de LUnéville; puis, comprend-on qu'il ne fasse pas la moindre attention aux jeunes filles? il ne nous adresse jamais de ces paroles de galanterie qui sont la monnaie courante de la bonne compagnie; il ne s'entretient qu'avec les grands parents, il joue aux cartes et il lit les gazettes. Je répète que son frère vaut mieux; au moins il est sociable, il parle de Paris et de Lunéville, enfin il est plus jeune.

Mais en faisant mes observations , j'oublie de raconter la cérémonie de l'émancipation de Michel Chronowski ; elle m'a fort amusée : toute la société s'est assemblée dans la grande salle du château ; mon père s'est placé sur le siège le plus élevé, puis on a ouvert les deux battants de la porte, et le maître d'hôtel, suivi de quelques courtisans, a introduit le jeune émancipé vêtu d'un habit neuf fort riche.

II s'est mis à genoux devant mon père, qui, après lui avoir touché légèrement la joue en signe de protection, lui a attaché le sabre à la ceinture, a vidé une coupe de vin avec lui et lui a fait présent d'un beau cheval avec son palfrenier également bien monté et bien équipé.

Les deux chevaux piaffaient dans la cour du château. Mon père a demandé à Chronowski s'il aimait mieux courir le monde ou rester auprès de lui : Chronowski a répondu d'une voix timide qu'il se trouvait à merveille au château, mais qu'il désMait voir du pays, et il a sollicité une recommandation auprès du prince Lubomirski, palaîin de Lublin, beau-frère de mon père.

Sa demande lui a été accordée; mon père lui a mis dans la main un petit rouleau do

vingt ducats en or, en l'invitant à passer le reste du carnaval au château.

Chronowski a paru enchanté de cette proposition ; après avoir déposé ses hommages aux pieds de ma mère et de mon père il a baisé la main à toutes les dames; dès ce moment il a été admis dans notre société et a dansé de son mieux la mazourka et la Cracovienne avec Barbe ; il faut convenir qu'il danse fort bien : ma sœur ne lui cède pas en grâce : c'était délicieux à voir!

Ce S Janvier, lundi.

La prophétie s'est accomplie. Barbe se marie à la fin du carnaval; elle épouse réellement M. Michel, c'est le nom de M. le staroste Swidzinski.

Hier» il a demandé la main de Barbe à u)% mère, et demain se font les fiançailles,. y ^ „.,

,i;>oi8 Cette pauvre Barbe était toute éplorée çn

nous apprenant la grande nouvelle ; elle redoute le mariage, et la pensée de quitter la maison paternelle l'attriste. .

Pourtant elle n'aurait pu refuser ce parti puisque mon père et ma mère .^^U^eut qu'elle sera très-heureuse.

M. le staroste me paraît uji hgmu^e pieux, doux, honnête ; sa famille est noble, ancienne et riche. Que faut-il de plus? L,es trois frères Swidzinski, Alexandre, Michel et iVntojf^j^j moururent en braves, près de Chocim, sousj les ordres du célèbre Chodkiewez; leur iljys? tration rejaillit sur ceux qui vivent. ^^ ,^^^

Les parents du staroste lui ont déjà donné

en toute propriété le château de Sulgostow; en outre le roi lui a accordé une starostie considérable, et avant peu de temps il sera nommé castellan.

M. le palatin Swidzinski est revenu au château avec l'abbé Vincent pour hâler le mariage ; ils le désirent tous deux vivement.

Barbe plaît au palatin et il l'aimera plus encore quand il la connaîtra mieux.

Les noces seront célébrées au château de Maleszow, le 25 février. Nous allons donc avoir des fêles magnifiques, des bals, des concerts ; nous danserons jusqu'à en perdre haleine. Barbe va donc devenir madame la starostine; j'aurai de la peine à ne pas l'appeler Barbe tout court.

J'éprouve du remords d'avoir si maltraité le

starosle dans mon journal; pourtant je crois n'avoir rien dit de très-ofFensant.

Pourvu que Barbe soit heureuse! Je pense qu'elle le sera ; elle m'a toujours dit qu'elle n'aimait pas les très-jeunes gens : le staroste est dans la catégorie des hommes raisonnables et , de l'avis de ma mère, ce sont là les meilleurs maris : puisque ma mère le dit, ce doit être vrai ; ce qui ne m'empêche pas, je l'avoue , d'avoir plus de goût pour les jeunes gens aimables et gais; il n'est pas défendu d'avoir ses préférv?nces.

Je n'ai pas oublié que c'est aujourd'hui que doit avoir lieu la cérémonie de l'investiture du prince royal au duché' de Courlande. Sa santé est rétablie.

M. le colonel Swidzinski qui connaît beaucoup le prince en fait le pius grand éloge ;

mais le palatin et son Bis aine ne désirent pas qu'il succède à son père; ils disent que la couronne doit revenir à un noble polonais.

Ce 10 jjiiiTler, mercredi.

Les fiançailles ont été célébrées hier ; on a servi le dîner à l'heure ordinaire.

Lorsque Barbe a paru dans le salon, ma mère lui a donné selon l'usage du pays une

pelote de soie à défaire; Barbe était rouge comme la braise ; elle tenait ses yeux baissés, tandis que tous les regards étaient fixés sur elle. M. le staroste ne la quittait pas ; le petit Malhias souriait avec son air malin; il lançait mille plaisanteries qui divertissaient toute la compagnie : on riait aux éclats; moi, je ne comprenais pas le sens et la finesse de ces plaiàanleries, mais je riais plus que les autres.

Après diner, Barbe s'est placée dans l'embrasure d'une croisée et a repris son ouvrage; monsieur le staroste s'est alors approché d'elle et lui a dit à haute voix :

0 Est - il vrai , mademoiselle , que vous daignez consentir à mon bonheur? » Barbe a répondu en tremblant, d'une voix basse : a La volonté de mes parents a toujours été

pour moi un devoir sacré. > Leur entretien

s'est terminé là.

i * Lorsque les cliambreitrs, les gens de service

et les domestiques se furent retirés, le palatin

et l'abbé Vincent ont conduit monsieur le

staroste devant mon père et ma mère qui

étaient assis sur un sopha.

Le palatin a adressé à mon père le petit dis* cours suivant :

« Mon cœur est pénétré de la plus sincère » affection et du plus profond respect pour » l'illustre maison de Corvins Krasinski; mon » vœu le plus ardent a toujours été que les mo- » desles armes de Ponkozice fussent réunies » aux armes radieuses de Slepowron, et mon «bonheur est comblé puisque vos illustrissi- > mes seigneuries veulent bien m'accorder cet » honneur.

• Votre fille Barbe est un modèle de vertus et de charmes; mon fils Michel est » l'orgueil et la consolation de ma vie, daignez

• consentir à leur union, daignez me confirj» mer votre promesse. Voici l'anneau que je

• reçus autrefois de mes parents, je le plaçai

• moi-même au doigt de ma femme bien-aimée » qui n'est plus, hélas, mais qui ne cessera de » vivre dans mon cœur, permettez que mon fils

• l'offre aujourd'hui à votre fille comme un

• gage de son amour et de son dévouement «inaltérable. •

En achevant ces paroles, le palatin mit sur un plateau que portait l'abbé Vincent une bague enrichie de diamants.

L'abbé prononça aussi son discours, mais il l'entremêla de tant de latin qu'il me fut impossible de le comprendre.

Mon père répondit en ces termes aux deux discours :

t Je suis heureux de confirmer la promesse

• que je vous ai faite, je consens à l'union de »ma fille et de M. le staroste; je donne à ma » fille ma bénédiction et remets à votre ho- > norable fils tous mes droits sur elle.

• — Je partage toutes les volontés et toutes «les intentions de mon mari, ajouta ma mère.

» Je donne à ma fille cette bague, c'est lebi- «jou le plus précieux de notre maison; mon

• père Etienne Humiecki l'a reçue des mains

• d'Auguste 11 pour avoir conduit à bonne fin » le traité de Garlowitz, par suite duquel le fort xde Kamiéniec-Podolski fut rendu aux Polo- )> nais par les Turcs.

• Cette hague, dont la mémoire est si glo- » rieuse, a servi à mes fiançailles; je la donne »à ma fille aînée en y joignant ma bénédiction »et les -vœux sincères de mon cœur : qu'elle »soit aussi heureuse que je l'ai été moi-même » depuis mon mariage. »

Elle plaça alors sur le plateau une bague ornée de superbes diamants et de la miniature d'Auguste IL

» Barbe, approche-toi de moi, lui dit mon père, » mais la pauvre enfant était si confuse et si troublée qu'elle pouvait à peine se soutenir; je ne comprends pas comment elle parvint à faire ces trois ou quatre pa,s : enfin elle se plaça près de mon père, et l'abbé Vincent donna aux deux fiancés la bénédiction nuptiale en latin.

Un des anneaux a été remis à M. le sta-

rosie et raulre à ma sœur : c'est son fiancà qui le lui a placé au pelil doigt do la main gauche appelé cordial', après quoi il a baisé la main de Barbe; celle-ci, à son tour, lui a offert la bague qui lui était deslinée, mais avec tant d'émotion qu'elle n'a pu la faire entrer aubout de son doigt. M. le slaroste lui a alors baisé la main encore une fois, puis il s'est jeté aux pieds de mon père et de ma mère en leur promettant de se consacrer au bonheur de leur fille bien-aimée. M. le palatin a embrassé Barbe sur le front; le colonel et l'abbé Vincent ont fait assaut de mille compliuienls tous plus gracieux les uns que les autres.

Mon père a rempli une immense coupe de vieux vin de Hongrie; il a porté le toast des nouveaux époux, et tous les assist:mls ont bu à la ronde dans la même coupe.

Tout cela s'est passé avec tant de solennité

et (le tendresse que je ne pouvais m'empô' IL ^ * ë

cher âo pleurer. « INe pleurez pas, petite Fran- » çoîse, m'a dit Malhias qui était présent, dans » un an au plus tard ce sera votre tour. »

Dans un an ! c'est trop tôt, mais si c'était dans deux ans je n'en serais pas fâchée.

Toute la famille de Swidzinski est pleine d'atterlion pour Barbe; pour la première fois, mon père et ma mère l'ont embrassée au visage lorsqu'elle est venue leur souhaiter le bonsoir; depuis hier, tontes les personnes du château lui montrent des égards infinis, on lui adresse de tous côlés des félicitations, enfin on l'accable d'hommages et de compliments. Chacun parmi nos serviteurs aurait désiré faire partie de la composition de sa mai-on, Mon père a remis à ma mère mille ducalsde Ilollunde en lui disant de faire pour sa fille tout ce qu'elle croirait convenable. Ils se sont longlems cOnsullés sur le trousseau qu'on lui donnerait.

Mademoiselle Zawislowî^'ka part demain pour Varsovie avec monsieur le commissaire pour faire des emplettes; c'est une personne fort respectable que celle demoiselle Zawislowska, elle a été élevée au château depuis son enfance, et elle a aujourd'hui trente ans.

Dans le garde-meubles se trouvent quatre grands coffres d'argenterie qui nous sont destinés à mes sœurs et à moi; mon père s'est fait apporter celui de Barbe, et après l'avoir ouvert, l'a examiné attentivement. Ce coffre doit être envoyé à Varsovie où l'on nettoiera l'argenterie.

M. le palatin et M. le slaroste se rendent nu château de Sulgostow pour y disposer la réception que l'on doit faire à Barbe.

Mon père a fait préparer les lettres de part et les a fait porter par nos ckambreiirs dans plusieurs parties de la Pologne. Le premier de nos cltambrcurs , suivi d'un écuyer riche-

ment équipé, part dans deux jours pour remettre des lettres au roi, aux princes ses fils, au primat et aux principaux sénateurs. Mon père leur annonce le mariage de sa fille et les prie de lui accorder leur bénédiclion, s'il ne les invile pas précisément à la noce, il leur fait comprendre qu'il serait fort honoré de leur présence. Ah ! si un des princes pouvait venir

ici, le prince de Courlande, par exemple

Quel éclat cela jetterait sur ce mariage ! mais ils se contenteront d'envoyer leurs représentants comme c'est l'usage en pareille circonstance.

On déploie une activité étonnante dans le château, on fait les préparatifs des festins que nous allons donner.

M. le staroste est d'une munificence sans égale, il nous a fait à toutes de charmants cadeaux : j'ai reçu une épingle en turquoise; Sophie une croix en rubis ; Mario une chaîne

de Venise; mon père et ma mère ont aussi daigné accepter des présents: une coupe en vermeil admirablement ciselée a été offerte à mon père et un étui en nacre de perle monté en or à ma mère. Madame n'a pas été oubliée, elle a trouvé ce matin sur son lit un mantelct en blonde ; elle porte aux nues la générosité des seigneurs polonais, mais c'est la seule qualité qu'elle leur accorde , aussi ne puis-jc aimer Madame^ son injuslice envers mes compatriotes y met obstacle.

Il y a eu hier un grand souper d'apparat, la musique a joué pendant tout le temps, on a porté de nombreux toats au couple heureux et les dragons on tiré force coups de carabine. Le capitaine avait donné pour mot d'ordre Michel et Barbe.

Barbe commence à reprendre conlenance, elle ne rougit plus que lorsqu'elle regarde sa bague , aussi la cache-t-elle autant qu'elle

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