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94 mar», mardi.
En dépit du carême mes jours se passent gaîment ; le prince royal nous fait souvent visite, il me répète sans cesse que l'étiquette de la cour lui pèse; il s'y dérobe avec joie; demain je ne le verrai pas. La princesse palatine est dans l'usage de se retirer dans un couvent huit jours avant Pâques pour se préparer à là confession ; toutes les dames pieuses en font autant, il est donc de mon devoir de suivre la princesse au couvent du Sainî-Sacrement. Pendant ces huit jours nous ne verrons que des prêlres, nous ne lirons que des livres de prières, nous ne travaillerons que pour Téghse ou pour les pauvres.
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Je me suis confessée; me voilà préparée à recevoir les sacrements. Je ne me rappelle pas d'avoir été jamais si calme et d'avoir eu l'âme aussi en paix. C'est un bonheur ineffable que d'être réconciliée avec Dieu et avec soimême. Quelles sont graves et douces les cérémonies de notre religion sainte! Quel bonheur que d'être élevée dans ses mystères ! J'ai un très-vénérable confesseur qui se nomme l'abbé Baudoin ; il est fort à la mode parmi les femimes de la cour parce qu'il est Français; mais la mode à part; il serait encore le confesseur de mon choix : c'est un saint et digne homme ; il pratique toutes les vertus enseignées par le Christ ; on suit ses conseils avec respect, sa
religion console , elle vous élève au ciel sans trop vous séparer de la terre; j'ai passé plusieurs heures avec lui , tout en combattant mes passions il a su prendre le chemin de mon cœur ; il m'a fait sentir l'humiliation de mes fautes sans me^fîétrir et me désespérer ; il m'a montré la fragilité des choses humaines, la douleur et le vide des plaisirs de la vanité et que le monde nous offre. En vérité j'ai eu un moment la pensée de me consacrer à Dieu, de me faire sœur-grise dans le couvent dirigé par l'abbé Baudoin ; je mesurais en pensée retondue de la cellule où je voulais m'ensevelir ; je croyais déjà à la force de ma résolution lorsque ma fomme de chambre entra et vint me redire un mot que lui avait dit le chasseur du prince royal... La chaîne de mes saintes pensées fut aussitôt rompue, je cherchais vainement à m'y rattacher, je ne me souvins qiif d'nru' r!)o-f>. c'est que l'ab^^é R 'U-
doin m'avait dit : Qu'on pouvait faire son salut en vivant dans le grand monde, et qu'on était aussi agréable à Dieu en sortant victorieusement d'une lutte difficile qu'en vivant dans la vertu sans avoir combattu. Pourquoi Die serais-je jetée dans ce monde de sacrifices inconnus et peut-être au-dessus de mon courage I Je suivrai ma destinée en gardant la pureté de ma conscience. Oui, je le jure, je ne commettrai jamais aucune action indigne du noui desKrasinski. Si j'ai péché, c'est, hélas! pour trop d'orgueil ; mes vœux montent bien haut ; l'abbé Baudoin ne me condamne point ; il dit que l'ambition n'est coupable que lorsqu'elle éloigne de la vertu; ce que Dieu exige c'est un cœur disposé à tous les sacrifices; c'est la volonté de nous immoler à lui , je me sens dans cette disposition ; j'éprouve une quiétude ineifable, un bien-être dans toute mon âme ; j'ai cru goûter dans
celte semaine un avanl-goût du ciel ; je ne voyais personne que mon confesseur, le seul confident de mes pensées et de mes sentiments , pourtant le temps s'est écoulé sans lenteur et sans tristesse. Je vais aujourd'hui me retrouver au milieu du monde, j'assisterai à la cérémonie du jeudi-saint au palais. Je suis très-curieuse de voir cette solennité religieuse.
10 avril, Teiidredi.
La semaine de Pâques est passée ; je la regrette. Il y avait du bonheur dans cette paix sereine; déjà le trouble et les inquiétudes sont rentrés dans mon cœur et dans mon esprit. Que de péchés j'ai comu:iis ! Faible humanité! Pauvre et débile nature! Malgré mes