LE COMITÉ DE SURETÉ GÉNÉRALE
Parmi les attributions normales du pouvoir exéculif, ce fut de la police que la Convention s'empara tout d'abord. Le comité de Süreté générale eut, en effet, pour mission de faire arrêter les citoyens prévenus de complot ou de complicité avec les royalistes ou l'étranger, et en général tous ceux qui pouvaient troubler la tranquillité publique. Ce pouvoir était redoutable, mais il était restreint. Cependant les partis devaient s’en disputer âprement la jouissance. Lorsque le comité fut formé pour la première fois le 17 octobre, les Montagnards y entrèrent en majorité (1).
(1) Hérault, président, Basire, vice-président, Chabot, Montaut, Rovère, Ruamps, Ingrand, Bordas, Brival, Duquesnoy, Legis, Audouix, Lavicomterie, Cavaignac, Bernard (de Saintes), Tallien, Drouen. Six membres seulement représentaient les Girondins : Fauchet, Kervélégan, Couppé (des Côtes-du-Nord), Manuel, Grangeneuve, Duprat.
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Cependant il fut renouvelé par moitié le 9 janvier 1793 ; cette fois-ci les Girondins y conquirent la majorité : treize dés leurs furent élus. Mais le 21 janvier, à la suite du meurtre de Le Peletier de Saint-Fargeau, la Convention décida, sur l’initiative de la Montagne, que le « comité de Sûreté générale n'avait plus la confiance du peuple », et qu'il serait par conséquent immédiatement renouvelé et réduit à douze membres. Sur les douze membres, il y eut onze montagnards et un seul girondin, Lasource. Deux augmentations, en mars eten avril, de six membres chaque fois, ce qui porte à vingt-quatre le nombre des membres au comité de Sûreté générale, ne changèrent pas son esprit. Aussi les Girondins, lorsqu'ils entrèrent en lutte avec la Commune, nommèrent-ils, pour remplacer le comité de Süreté générale, la commission des Douze.
Mais la commission des Douze n’eut qu’une durée éphémère. Le 16 juin, le comité de Sûreté générale fut renouvelé, et le nombre de ses membres porté à 18.
Cependant certains membres du comité de Sûreté générale avaient laissé tiédir leurs Convictions montagnardes ; le 9 septembre, la convention décida de renouveler le comité de Sûreté générale et de le réduire à 9 membres. Seulement les membres qui avaient déplu à la Montagne furent réélus (Chabot, Basire,) Julien (de Toulouse).
La Montagne trouve enfin le moyen d’avoir définitivement la majorité dans ce comité : le co-
mité de Salut public lui appartenait ; elle fit décider que le comité de Süreté générale serait renouvelé sur la présentation du comité de Salut public (43 septembre). On arrivait ainsi à une concentration plus complète du pouvoir exécutif dans les mains de la majorité de la Convention, c’est-à-dire de la Montagne. Le 14 septembre, la Convention adopta la liste de douze membres, présentée par le comité de Salut public, et constitua ainsi le fameux comité de Süreté générale de l'an IT qui, jusqu'au 9 thermidor, partagera avec le comité de Salut public la réalité du pouvoir. Rappelons cependant que ce pouvoir se bornait au pouvoir de police, très considérable d’ailleurs dans ces temps de crise (1).
(1) « Par un règlement adopté dans le courant de brumaire, le comité divisa la France, pour l’exercice de sa surveillance, en quatre régions, comprenant, la première trente départements, la deuxième trente, la troisième vingt-six, et la quatrième Paris ; chacune de ces régions fut placée sous la direction de trois membres au moins, savoir : première région : Vadier, Voulland et Moyse Bayle; deuxième région : Amar, Laloy et Jogot ; troisième région : Dubarran, Louis, Le Bas; quatrième région : Lavicomterie, Panis, David, Rühl. Le 20 Germinal, il se donne une organisation plus complète en augmentant le nombre de ses bureaux, de ses commis et des agents : on peut juger de l'importance de cette organisation, véritable ministère, par ce fait que la somme des appointements annuels à payer au personnel s'élevait, d’après un état dressé le 18 Germinal, an II, à la somme de 385.800 livres ». Aulard, Histoire polilique de la Révolution, p. 329.