CHAPITRE II
— Raoul!
— Anacharsis !
Ces deux exclamations échangées , les deux amis s'embrassèrent cordialement.
Raoul de vSurville avait vingt-huit ans environ. Après la bataille de Wagram , il avait quitté son régiment pour revenir auprès de l'empereur, comme aide-de-camp.
Simple cavalier pendant le consulat , nommé officier sur le champ de bataille , il avait été bientôt remarqué par Napoléon qui le prit pour officier d'ordonnance.
Ce premier pas fait, la carrière de M. de Surville fut aussi rapide que brillante ; de grands biens appartenant h sa famille lui furenE rendus. On a vu qu'il justifia tant de faveurs par un courage à toute épreuve. En outre, souvent chargé de missions délicates , il les remplit avec autant de supériorité que de bonheur. Le colonel de Surville était d'une loyauté chevallere^-
que, d'un esprit plein de charme et de gaité; il chantait avec une grâce parfaite, dessinait à ravir et dansait comme on dansait sous les règnes de Trénis et de Vestris; généreux jusqu'à la prodigalité, rempli de goût et d'élégance , il avait, chose rare alors , les manières les plus exquises , précieuse tradition du dernier siècle.
11 devait cet avantage à un séjour de deux ans fait en Touraine pendant sa première jeunesse , chez madame la maréchale princesse de Montlaur, alliée de sa famille, qui, à l'âge de soixante-dix ans, avait conservé toute la vivacité , toute la fermeté de son rare et excellent esprit.
Tant et de si séduisantes qualités, jointes à une figure enchanteresse , avaient assuré de nombreux et éclatants succès au colonel de Surville.
Un des traits les plus saillants de son caractère était une bonté, une délicatesse adorables ; la plus fervente amitié avait toujours survécu à ses passagères amours ; d'une discrétion profonde , nul ne portait plus loin que lui le respect, la reconnaissance , la religion pour les femmes qu'il avait aimées.
Ce qui le distinguait surtout de cette classe vulgaire et méchante des Roués du dernier
siècle , c'était ces sentiments d'honneur et de probité envers les femmes, poussés jusqu'au rigorisme. Sentiments d'autant plus rares , qu'ordinairement les hommes traitent la femme qui leur a tout sacrifié beaucoup plus mal qu'ils n'oseraient traiter un de leurs compagnons de plaisir les plus indifférents , sans autre excuse à cette brutalité que le dévoûment et la faiblesse d'une pauvre créature qui ne peut se plaindre.
M. de Surville croyait au contraire que la femme à qui vous deviez un moment de bonheur devait être sacrée pour vous.
S'il était infidèle , il faisait oublier son inconstance à force de dévoûment ; si on lui était infidèle, il trouvait dans le souvenir de la félicité passée et dans l'espoir d'un plaisir nouveau le moyen d'excuser la déception présente; et puis les consolations ne lui manquant jamais, il ne pouvait avoir de ces rancunes ingrates et impitoyables des gens qui ont plu par accident une fois dans leur vie.
Le colonel était d'une taille moyenne , pleine de souplesse et de grâce.
Ses yeux noirs et brillants donnaient à sa noble physionomie une expression remplie d'esprit et de vivacité. Ses cheveux châtains étaient soyeux et bouclés ; ses lèvres vermeilles, presque
toujours souriantes, laissaient voir des dents d'un émail éblouissant.
Un riche et élégant uniforme d'aide -de-camp de l'empereur , vert et or , faisait encore valoir ce charmant extérieur.
— Gs bon Anacharsis!
— Ce cher Raoul! répétèrent les deux amis , en s'examinant avec intérêt.
— Qu'est-ce donc que ton vieux Dauphin vient de me conter?... Vraiment tu pars?... Et ce soir encore? sans me donner un jour? dit Boisseau.
— Malheureusement, il m'est impossible de retarder mon départ d'une heure... Je viens des Tuileries où j'ai reçu les derniers ordres de l'empereur ; je dois être à Vienne le 3 mars au plus tard , car le prince de Neufchàtel y arrivera le 5 ou le 6! mon pauvre xAnacharsis, si tu savais combien je regrette ce contre-temps! Comment aussi ne m'as-tu pas écrit un mot?...
. — Que diable veux-tu?., je te ménageais une surprise.,. Tiens, j'aurais dû m'en défier, car les surprises ne m'ont jamais réussi... Te souviens-tu, il y a deux ans, à ton retour d'Italie? Je te prends au débotter, je te dis : Raoul , il faut que je te mène souper chez mademoiselle Nanteuil, première cantatrice du Théâtre de
l'Impératrice : ça sera une charmante surprise , car elle ne m'attend pas.
— Oui, et je me souviens que ce fut au contraire toi qui fus fort surpris de ce que tu vis chez elle... Mais je te croyais en Espagne, en mission...
— Piaoul , dit gravement Boisseau , en montrant ses tempes grisonnantes, vois-tu cette blancheur prématurée ?
— En effet , mon pauvre Anacliarsis , lorsqu'il y a un an je te quittai, rien n'annonçait cet hiver précoce !
— Eh bien ! mon ami , cette gelée blanche , pour me servir de ta comparaison , cette gelée blanche est le fruit d'une nuit, d'une seule nuit... dans un pays terriblement chaud ! ! pourtant.
— Comment cela, Anacharsis?... expliquemoi ce phénomène.., est-ce l'émotion?... l'amour? un jaloux espagnol?... quelque danger?...
— Oui , mon ami , un danger , un grand danger; mais dans lequel il n'y avait, hélas ! pas le moindre amour, pas la moindre jalousie. Voici le fait. Tu sais qu'il y a deux ans je m'ennuyais comme un mort^ malgré mon immense fortune; grâce à ta recommandation, je fus
nommé auditeur au conseil d'état, attaché à la section des affaires étrangères. . . J'assistais h mon tour aux séances que présidait rEmpereur...Un jour le grand homme, après avoir beaucoup parlé , en tailladant à son ordinaire sa table à grands coups de canif, s'était un moment appesanti , comme cela lui arrivait quelquefois en se courbant sur son pupitre et en appuyant sa tète sur ses deux bras ; la discussion avait continué, malgré son sommeil. Il s'agissait des affaires d'Espagne. Au bout d'un quart-d'heure le grand homme se réveille, reprend la discussion où il l'avait laissée... et la question qu'on agitait est résolue... Je te parle du sommeil de l'Empereur, parce que c'est à son assoupissement passager. .. bien pardonnable d'ailleurs dans sa position , que j'attribue l'étrange aberration dont j'ai été victime 1
— AW mon Dieu! tu m'épouvantes...
— Écoute. . . écoute. . . la séance terminée , l'Empereur se retire dans son cabinet ; un quart d'heure après , l'huissier de service vient de la part de S. M. me chercher à la buvette, où on nous traitait , du reste , à merveille. Je me souviens même que je mangeais une aile de bartavelle ; je laisse mon aile sur mon assiette. Je suis l'huissier, et je me trouve en face du
grand homme. J'étais aussi prés de lui que je le suis de toi. Il me regarde de son œil gris, véritable œil d'aigle , en se fourrant trois ou quatre prises de tabac dans le nez. Après m'avoir un instant contemplé en silence , il me dit : « Je ne vous avais pas encore vu , c'est » étonnant ; vous n'avez pas la physionomie » que je vous supposais. » Je saluai profondéiiient, me trouvant très-honoré de ce que le grand homme se fut donné la peine de me supposer une physionomie. Enfin , il me dit de sa Toix brève, en me montrant un paquet cacheté : « Vous partirez à l'instant pour Madrid avec ces » dépêches * cousez-les ; cachez-les bien dans la » doublure de votre habit ; si vous êtes attaqué )> par une guérilla , et que vous y restiez , ces )) papiers ne tomberont pas au pouvoir de l'en-
)) nemi Le roi d'Espagne vous donnera des
» ordres ultérieurs. C'est une mission périlleuse, » très-périlleuse ; mais, ajouta le grand homme » d'un air riant, en me pinçant l'oreille gauche, » cette mission vous va comme un gant ; vous )i êtes un vrai brûlot ; vous avez fait vos preuves » en Tyrol.... »
— Ah ça! quelle preuve avais-tu donc faite en Tyrol?
— Aucune , mon ami , aucune ; mais attends
2h LE COLONEL DE SURVILLE.
la fin... Étourdi de ce que j'entendais, incapable de répondre un seul mot , je balbutiai quelques •paroles inintelligibles ; je saluai de nouveau trèsprofondément , et j'allais me retirer, lorsque l'empereur reprit d'une voix sérieuse , presque émue : a Ah ça ! vous savez bien qu'en tous cas » j'aurai soin de votre mère , au moins ! Je la » consolerai , car je sais que vous êtes un bon » fils... Allez... soyez parti dans deux heures. » Je compte sur vous... Je n'ai pas oublié le » Tyrol... Je n'oublierai pas l'Espagne! »
— Ta mère!... Mais je croyais que tu l'avais perdue il y a long- temps, dit le colonel, de plus en plus étonné.
— Eh ! sans doute , mon cher ami , tout cela était le résultat d'un détestable quiproquo. Le grand homme, sans doute encore sous l'influence de son appesantissement passager , me prenait pour un certain Boitot... un enragé, qui avait été envoyé en Tyrol pour fomenter l'insurrection contre l'Autriche...
— Ah! je comprends maintenant....
— Que te dirai-je , mon cher Raoul, je n'osai pas, tu le sens bien, décliner l'honneur que me faisait l'Empereur ; je pris les diables de dépêches. Je partis , et à vingt lieues de Madrid , une belle nuit , je tombai en plein dans une gue-
rilla... Je ne sais pas si je t'ai confié que je porte un gilet de flanelle sur la peau ?
— Non , mon cher Anacharsis , tu ne m'avais pas encore fait cette confidence ; mais quel rapport?...
— Tu vas voir pourquoi je te donne ce détail hygiénique. Tu sauras donc que je porte un gilet de flanelle ; j'avais très-adroitement caché mes dépêches entre flanelle et chair. Comme ma flanelle est d'un rose tendre , les sauvages l'ont prise pour mon enveloppe naturelle (je ne dis pas cela par fatuité...) Toujours est-il que cette méprise flatteuse sauva mes dépêches , mais faillit me perdre. Furieux de ne rien trouver sur moi , les brigands me mirent une corde au col , et j'allais être accroché à un arbre, lorsque le hasard , ou plutôt la Providence , envoya sur la route un convoi... La guérilla se dispersa; je me joignis au convoi , j'arrivai à Madrid avec mes dépêches; mais l'émotion avait été telle... en me sentant la corde au col, que tu en vois les traces fatales ; mes cheveux en ont pâli.
— Ce pauvre Anacharsis!...
— Je remis mes lettres... Mais quand le roi Joseph me détailla le diabolique métier que je devais aller faire en Portugal pour contreminer la diplomatie anglaise , toujours sous le nom de
cet enragé de Boîtot^ j'expliquai le quiproquo , et comme je ne parus pas sans doute répondre suffisamment aux exigences de la mission qui m'était destinée, toujours sous le nom de Boitot, on me renvoya en France... Cela m'expliqua de reste pourquoi le grand homme ne m'avait pas trouvé la physionomie qu'il s'attendait à me voir lorsqu'il me prena't pour ce déterminé.
— Ah ça! et maintenant quels sont tes desseins ?
— Eh ! mon Dieu ! dégoûté de la carrière diplomatique, je revenais vivre et m'établir toutà-fait h Paris... avec mille projets; mais voici que tu pars... ton diable de voyage vient tout changer , car j'avais une foule de choses à te demander encore.
— Parles veux-tu embrasser une autre
carrière ? dispose de mon crédit , je t'en supplie.
— Pas du tout : l'ambition m'a passé, l'ambition des affaires, des emplois du moins. Il m'en reste une autre.
— Laquelle ?
— Celle de voir le grand monde , le grandissime monde... Je voudrais me lancer... et j'avais compté sur loi... Marquis de l'ancien régime, colonel de l'empire , tu connais les deux aristocraties, celle d'autrefois et celle de nos jours...
J'espérais donc que , grâce à toi , je pourrais me faufiler dans ces sociétés si brillantes, si recherchées.
— Sans doute, sans doute, reprit Raoul , qui semblait réfléchir depuis quelques moments. Je puis t'ouvrir la porte de ces deux mondes... en le présentant avant mon départ chez une femme de mes amies, de mes parentes, qui tient à l'empire par son mari, et à l'ancien régime par sa naissance. Une fois reçu chez elle et recommandé par moi.... comme le meilleur, comme le plus ancien de mes amis , peu à peu le cercle de tes connaissances s'agrandira, et tu verras bientôt la société que tu veux connaître... Mais, dis-moi... N'es-tu pas antiquaire, ou quelque chose d'approchant?
— Voilà comme je fus antiquaire ; Il y a trois ans, me trouvant à Naples, je m'intéressai particulièrement à la prima dona du théâtre de San Carlo... J'ai toujours eu du goût pour le théâtre... Un certain lord Williams Clark trouva plaisant de m'cnlever ma Diva... Bien!... Huit jours après , j'apprends que mon dit lord convoitait une riche collection de médailles et de camées, je donne un 'tiers au-dessus de la valeur, et , à mon tour, je lui souffle ses médailles !
— Jusqu'à présent, mon pauvre ami, vos en-
lévements mutuels me semblent tout uniment des débarras....
— Tu as peut-être raison , car une fois possesseur de ces diables de médailles , je n'en savais que faire. Aussi, par désœuvrement^ je me suis cru obligé de feuilleter Winckelman.
— A merveille! à merveille!.. Écoute-moi!.. Tu me connais, Anacharsis. . . Tu sais si j'attache la moindre vanité à la naissance ?
- — Ah! mon cher Raoul... à qui dis- tu cela?
— Eh bien ! tu veux aller dans un certain monde ; si l'on ne s'y présente pas comme gentilhomme ou comme soldat , on y est , sinon mal vu, du moins sans signification... En t'y présentant, au contraire, comme antiquaire, comme savant, ça te classe tout de suite. Tu n'as plus de prétentions aux succès de cœur ?
— Aucune... aucune... Je ne prétends jamais qu'au cœur de quelque Diva... française ou étrangère , et j'ai tout ce qu'il faut pour appuyer ces prétentions là...
— De mieux en mieux , tu es antiquaire. Tu te donnes quarante ans; tu étales tes précoces cheveux gris, tu entres immédiatement dans la catégorie des oncles, des chaperons, des tuteurs, des confidents et même des complaisants de
charmantes femmes, ce qui n'est pas un rôle à dédaigner.
— A dédaigner^ je le crois bien ! dis donc que c'est un rôle à ambitionner au contraire! On se rend nécessaire, et quand on a le bon esprit de ne vouloir rien autre chose que d'être agréable aux autres , on s'assure une fort bonne position.
— Je te vois dans les meilleurs principes; maintenant, je te garantis le plus grand succès...
— Dis-moi^ Raoul, je vais avoir l'air de te dire une bêtise énorme , mais il me semble que pour ce monde là , j'ai un nom bien vulgaire ? Heim! Boisseau ! ... J'avais eu l'idée, pour donner à mon nom un petit air étranger , d'y ajouter un double w et d'en faire Boisseaw... Mais ça se prononçait la même chose... D'un autre côté, me faire nommer de Boisseau ou Saint-Boisseau , çà ne signifiait pas grand'chose non plus, j'y ai renoncé et pourtant cela m'inquiète...
— Mais tu es fou!... archi-fou ! N'es-tu pas antiquaire ? n'es-tu pas savant ? Est-ce que Monge, Chaptal , Denon , Bcrthollet, ont des noms aristocratiques? N'as-tu pas cinquante mille écus de rente.... Avec cela... te dis-je, avec ton caractère prévenant et obligeant , ta
position est bonne, crois-moi,... tranquiilisetoi...
— Mais quelle est donc cette femme de tes amies ou de tes parentes qui doit m'ouvrir les battants de ces grands deux mondes ?
— Madame la duchesse de Bracciano...
— La jeune duchesse de Bracciano... qu'on dit si ravisamment belle... Ah scélérat!... archiscélérat ! . . .
— Tu te trompes, mon pauvre Anacliarsis...
— Ta , ta , ta , je me trompe ! on sait ta discrétion , mais on sait aussi tes étourdissants succès... Crois-tu donc qu'on soit si fort relégué dans la banque et dans la bourgeoisie , qu'on n'ait pas entendu dire que le colonel de Surville était la coqueluche des plus jolies femmes de la cour?
— Je te le répète , mon cher Anacharsis , tu te trompes.... tu verras par toi-même la fausseté de tes soupçons — Bien plus, un certain service que j'aurai peut-être à te demander te prouvera mieux encore que je ne puis avoir aucune prétention sur le cœur de ma cousine.
— Un service ! je suis à toi.
• — Je ne puis encore m'expliquer.... Je dois voir ce matin madame de Bracciano... En allant lui faire mes adieux, je lui parlerai de ta présen-
talion; si elle l'accueille , comme je l'espère.... alors, mon ami, je te dirai tout.
— Et le duc de Bracciano , quel homme est-ce ?
— Ancien conventionnel^ il s'appelait Jérôme Morisson pendant la révolution; c'est un homme de haute capacité, l'Empereur l'a employé dans de grands emplois civils. Dernièrement , il l'a nommé duc et lui a fait épouser ma cousine , mademoiselle Jeanne de Souvry , fille du vicomte de Souvry et nièce de la maréchale princesse de INIontlaur.
--- Pur mariage de convention, alors, à moins que le duc ne soit un homme aimable.
■ — C'est tout un roman d'héroïsme et de dévoûment que celte union de la part de ma cousine , bien entendu. Quant au duc, c'est un homme de cinquante ans, sombre, taciturne, d'un esprit ironique et morose, mais d'une rare intelligence et d'une fermeté qui approche quelquefois de la dureté. Il s'est montré impitoyable dans le gouvernement de plusieurs provinces étrangères; par cette froide énergie, il a rendu beaucoup de services. L'Empereur fait grand cas du duc de Bracciano , quoiqu'il ne ressente pour lui aucune sympathie... Il l'emploie comme un excellent instrument , et disait un jour , en
parlant de lui , dans son langage pittoresque : « ...J'aime Bracciano , comme on aime une » bonne barre de fer qui ferme bien une porte , )^ ou qui soutient bien un toit. )>
— Grand homme ! comme il vous peint cela d'un trait, dit Anacliarsis. Ah ça ! et tu ne veux pas que je t'appelle scélérat , quand tu es le parent, l'ami intime d'une jeune et charmante duchesse qui a pour mari une si vilaine barre de fer?
— Non, te dis-je... ce soir, peut-être^ tu sauras comment je ne suis que l'ami.... mais l'ami le plus dévoué... le plus vrai de madame de Bracciano, car elle ne m'a jamais aimé, elle ne m'aime pas et ne m'aimera jamais autrement!
— Et elle, est-elle aussi spirituelle que belle?
— 11 est impossible d'avoir un esprit plus charmant, plus naturel, une éducation plus cultivée , plus de talents , plus de savoir même , et moins de prétention à une supériorité qui lui est acquise à tant de titres ! Mais tu dois avoir besoin de repos , Dauphin veillera h ce que rien ne te manque. Je verrai tantôt madame de Bracciano 5 en revenant , je te dirai le résultat de mon entretien avec elle, et peut-être, je le répète, aurai-je à mettre ta discrétion et ton amitié à l'épreuve.
Vers les deux heures , le colonel se rendit à lôtel de Bra( Saint-Honoré,
l'hôtel de Bracciano , situé rue du Faubourg-