‹ Deux histoires 1772-1810 (volume 3)Chapitre 3 sur 39 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La maison habitée par le greffier Hardi était, comme toutes les maisons hollandaises, bâtie do briques avec des clés de fer ouvragées et disposées en manière d'ornements sur une façade élevée en gradins au-dessus du toit; un perron de quatre marches de pierres , toujours soigneusement lavées, conduisait à une porte peinte en vert, garnie de gros clous de cuivre bien luisants.

Lorsque Hercule frappa , dame Balbine , la ménagère ( le greffier était veuf depuis longtemps) vint lui ouvrir.

Cette respectable matrone, au visage pâle et ridé, encadré dans un bavolet et dans une fraise d'une blancheur éblouissante , était vêtue d'une longue robe de bure noire ; elle portait à sa ceinture un trousseau de clés attachées à une chaîne d'argent.

— Eh ! mon Dieu ! comme vous voilà fait! s'écria dame Balbine d'une voix aigre , en voyant la fange qui souillait les habits de Fenseignc ; car

dans sa chute au milieu des lavandières, il s'était couvert de boue noire. Mais , reprit la ménagère, vous n'avez pas le temps de quitter ces vêlements, allez vite, allez vite... maître Hardi vous attend dans son arsenal, comme il appelle toutes les vieilles ferrailles dont il encombre son cabinet... Il vient de recevoir des lettres par le messaçrer de la Haye.

Hercule, agité par un funeste pressentiment^ monta l'escalier pavé de faïence bleue et blanche qui conduisait à l'arsenal du greffier.

Maître Hardi, petit homme brun, à l'œil vif et résolu, aux joues colorées, à l'air pétulant, vêtu de noir, ainsi que l'exigeait son emploi, était assis devant le portrait de son père le capitaine. :

Une foule de vieilles armes, casques, hallebardes , hassegayes , cuirasses , épées , étaient pendues au mur et brillaient çà et là éclairées par le jour d'une fenêtre a petits carreaux encadrés de plomb.

Ne pouvant guerroyer, maître Hardi voulait au moins charmer ses loisirs par la vue constante des armes qu'il lui était interdit de manier. Des gravures de bataille?, anciennes et modernes, complétaient l'ornement de ce musée militaire.

Lorsque Hercule entra dans ce belliqueux

sanctuaire , le greffier mit la lettre qu'il lisait sur une table , se leva et embrassa joyeusement son fils^ en lui disant: Victoire — victoire — mon brave Achille... mon Hercule. Nous avons la

guerre î

Hercule regarda son père avec un ctonnemenl

slup i

— Oh! reprit le greffier, s'abusant complètement , selon son habitude , sur l'expression de la physionomie de son fils, et en interprétant son silence à sa fantaisie. — Oh ! je te vois , tu as l'air indifférent..., parce que tu crois qu'il s'agit tout simplement d'une guerre ordinaire, d'une guerre en Europe... ; mais tu n'y es pas... mon intrépide ! Il ne s'agit pas de périls médiocres... mais de dangers énormes, inouïs, exorbitants! Ah! quelle moisson de lauriers tu vas recueillir! Oh ! que n'y suis-je à la place ! quelle gloire pour la famille ! Tiens , il me semble voir les yeux de mon valeureux père étinceler de joie guen iérc sous la visière de son casque! dit le greffier, en montrant le sombre portrait du capitaine Hardi.

— Dos dangers énormes... inouïs, exorbitants? répéta Hercule, d'une voix timide et craintive.

— Oh! que je te reconnais bien là , digne fils

des Hardi ! s'écria le greffier avec orgueil. Ce qui te touches tout de suite, ce sont les dangers, mon brave ! mon héros!... Et avec quel admirable flegme il vous dit cela de sa petite voix flûtée... des dangers inouïs! exorbitants! mais c*est superbe! s'écria maître Hardi ; et dans son délire, il serra son fils dans ses bras avec effusion, en répétant à chaque embrassade : — Oui, des dangers énormes... oui, des dangers exorbitants.:, oui, des dangers inouïs... Ptéjouis-toi! Dab&rd, l'Océan à traverser, la tempête et le naufrage à braver , — dangers de mer ; — puis , sous le ciel d'airain des tropiques , parcourir des forets immenses et inconnues remplies de lions , de tigres, de serpents à sonnettes, marcher sur un sol mouvant qui ouvre à chaque instant sous vos pieds des gouffres invisibles et sans fond.... Dangers de terre! hum!... Es-tu content, mon insatiable? Mais tu crois que c'est tout , n'est-ce pas? Eh bien ! non ^ non ; cela n'est rien encore ; ce n'est que le cadre du tableau... ce n'est que la trame vierge qui attend la bigarrure des couleurs. Sous ce ciel d'airain, sur ce sol humide, au milieu de ces solitudes remplies de bétes féroces de toutes sortes, grimpantes, rampantes, courantes , bondissantes, il s'agit de faire une guerre acharnée. Et contre qui? me diras-tu, dédai-

^neux Achille? Contre qui? contre des nègres révoltés, ennemis implacables! Tu crois que c'est tout, cette fois? Pas du tout! Lesdits nègres sont renforcés d'une certaine tribu d'Indiens antropopiiagcs, voraces comme des requins... aimant surtout les blancs avec passion , allant à la ijfuerre comme à la chasse , considérant leurs captifs comme du gibier, et leurs prisons comme leur garde-manger. Eh bien ! dis , en voilà-t-îl assez pour te faire sortir de ton insouciance? estu cnfm satisfait? Hercule!

Le fils du greffier, étourdi par ce coup imprévu, ne répondit rien. Il se croyait sous l'obsession d'un affreux cauchemar.

— Es -tu satisfait, morbleu! ventrebleu ! s'écria le greffier d'une voix tonnante , es-tu satisfait?

— Je suis satisfait, murmura Hercule d'une voix faible... avec la résignation du martyr qui se dévoue au supplice.

— 11 est satisfait! s'écria triomphalement le greffier oubliant qu'Hercule ne faisait que répéter ses paroles. Il est satisfait... quand tant d'autres et des plus braves, corbleu ! diraient certainement en pensant à ces dangers... Peste! ! ou au moins diable!! Eh bien! non. Lui vous dit tout naïvement avec son petit air doucereux :

Je suis satisfait I!

— Vraiment, monsieur l'intrépide, vous êtes satisfait. Par ma foi! c'est bien heureux, reprit le greffier en regardant son fils avec passion. Puis, se frappant le front , l'intarissable bavard

s'écria :

— Et moi qui oubliais de l'expliquer comment et pourquoi nous avons la guerre, et où nous avons la guerre. Te souviens-tu de mon vieil ami le major Rudcliop, qui est parti il y a dix ans pour Surinam ?

~ Oui , mon père.

— Eh bien! cette lettre est de lui ; il m'écrit que la Guyane est en feu par suite de la révolte des nègres de la colonie , et qu'on demande des troupes à force... que... mais j'aime mieux te lire ce qu'il m'écrit , ça te mettra tout de suite au fait , et ça te donnera comme un avant-goût des dangers que tu brûles de partager. Ce bon Rudcliop, le meilleur des humains, dit le greffier d'un air attendri , un caractère de l'âge d'or. . . Ah ! plus heureux que moi, tu le verras bientôt. . . mais écoute attentivement. Ton cœur intrépide bondira plus d'une fois d'une belliqueuse ardeur.

Et le grefïier lut ce qui suit d'une voix claire et perçante :

22 AVEiYlURES D'HERCULE HARDI.

a Paramaïbo, 20 décembre 1771.

)) Il s'est passé ici bien du nouveau depuis ma dernière lettre , mon cher ami : je rentre à Paramaïbo après une promenade de trois semaines, dans les forets de la Guyane , pour y faire la guerre aux nègres révoltés et aux Indiens leurs alliés. Pour te donner une idée des divertissements de cette chasse-là, je te dirai que je suis parti pour la faire avec six compagnies de carabiniers^ en tout 900 hommes , et que je suis revenu hier avec 861 soldats de moins , et encore, sur les 39 qui me restent , il y en a une vingtaine d'estropiés qui ne valent pas, comme on dit, les quatre fers d'un chien. Pour ma part , je n'ai pas trop a me plaindre , car cette fois-ci je n'ai reçu qu'une balle dans la cuisse , un coup de hache sur la tête et deux flèches barbelées dans le bras gauche ; seulement^ je ne peux pas encore te dire si les flèches sont empoisonnées ou non , car il paraît que certains poisons de ces sauvages ne lont leur effet que le neuvième jour ( c'est tout comme la rage, tu vois, mon cher), et il n'y a que sept jours que j'ai reçu cette politesse là , de œs canailles de nègres. Si les flèches ont été emj)oisonnécs, ça sera gentil Je commencerai par devenir bien tendre, puis vert moucheté; j*eu

aurai pour trois jours à grincer des dents et à me tortiller comme un ver h qui on a coupé la queue, après quoi j'irai chez les taupes : a moins que le poîson ne soit de mauvaise qualité ou éventé, alors j'en serai quitte pour être paralysé de la moitié du corps.

)) A propos de corps 5 je te dirai que ton pays, Dumolard , qui jouait si bien de la clarinette, et qui aimait tant les cravates de batiste brodée . a été fait prisonnier, et ensuite mangé pn? I;^s Piannakotaws , tribu alliée des nègres.

)) Mon sergent Pipper, que tu connais, étaifen ce moment-là prisonnier de ces Indiens ; aprèt, avoir scalpé mon Dumolard, ils l'ont mis rôtir tout entier. Pipper dit que ça s'est trouvé parfaitement, car Dumolard a servi de repas de noces pour le mariage de la fille du chef des Piaunakotaws , le nommé Ourow-Rourow , qui mariait sa demoiselle ce jour-là , une très-belle femme cuivrée, partout tatouée de vermillon et de gros vert , et qui avait à la lèvre inférieure trois pendelocques de dents de tigres , tués par son futur , toujours à ce que m'a conté mon sergent Pipper , qui est la vérité même. Les Indiens ont forcé mondit Pipper à goûter un morceau (îe Dumolard. C'était un morceau de ràble; mon sergent prétend qu'on ne peut pas dire que ça soit

absolument mauvais, mais que c'était trop saisi, et dur en diable. Pipper devait étre^ lui, non pas rôti, mais bouilli , et servi au déjeuner du lendemain ; mais il a eu le bonheur de s'échapper. Il est ici avec moi, et il te présente ses civilités respectueuses. Je te dirai aussi que tu peux prévenir en même temps la famille du père Van Hop , notre trésorier du bataillon , que le digne homme a aussi péri , hélas ! bien drôlement dans notre retraite. C'était à la tombée du jour ; nous étions dans une forêt, le long d'un étang bordé de palétuviers; nous marchions avec précaution dans de grandes herbes, de peur de tomber au milieu d'une embuscade de nègres ou d'Indiens. ((Voilà justement un tronc de goytier, me dit le père Van Hop, en me montrant une espèce d'arbre à moitié caché dans l'herbe ; ma foi je vais m'y asseoir; je suis harassé. La blessure que j'ai à l'épaule est sans doute empoisonnée , car je commence à y sentir un froid de glace ; tant pis! je ne vais pas plus loin. Etre tué par les nègres, mangé par les tigres ou par les Piannakotaws , c'est tout un, mille tonnerres! Que Dieu confonde cette guerre. » — Comme vous voudrez, j>cre Van IIop , lui dis -je ; c'est votre embonpoint qui vous gêne ( car tu sauras que le bonhomme était devenu gros comme un muid);

mais il n'y a rien à faire à cela. SeuIement^, si vous êtes bien décidé à ne pas aller plus loin , rendezmoi un service, faites-moi l'amitié de me donner vos bottes. Depuis trois jours j'ai laissé mes souliers dans le marais; j'ai les pieds en sang et vous m'obligerez. Vous êtes encore bon enfant , me dit ce vieil égoïste de père Van Hop , en criant comme un aigle ; j'aime autant garder mes bottes. Après tout, je peux en revenir et me remettre en route une fois reposé. — Comme vous voudrez, lui dis-je, intérieurement piqué de sa personnalité. Je vous demandais vos bottes, parce que je vous regardais comme fini ; mais puisque vous y mettez cet entêtement-là , n'en parlons plus. Grand bien vous fasse de les garder ! — vos bottes!

» Je ne croyais pas si bien dire. Tu vas voir comme le trésorier a été puni de son égoïsme que je lui pardonne d'ailleurs de tout mon cœur: je lui parlais encore lorsque deux coups de fusil partent , aviec accompagnement d'une demidouzaine de flèches ; nous étions tombés en plein dans une embuscade. Comme je m'en doutais, les Piannakotaws poussent leurs cris de guerre , et nous attaquent. Nous les repoussons et j'en tue deux pour ma part. L'engagement avait duré un bon quart d'heure , je retourne le

26 AVENTl RES D'HERCULE HARDI.

long (Je rétang pour achever quelques Indiens (jui s'y étaient jetés à la nage. Qu'est-ce que je vois au bord de l'eau? Un énorme serpent boa sur lequel le père Yan Hop s'était assis, prenant le reptile pour un tronc de goytier ; le boa, lové sur lui-même , était engourdi comme ils sont quand ils cherchent à avaler quelque chose de trop gros. Tu vas comprendre cela : après avoir à moitié brisé et broyé mon pauvre trésorier en le serrant entre ses nœuds, le boa s'était ingurgité les deux tiers du père Van Hop^ en commençant par la tête , car les jambes pendaient encore en dehors de la gueule de l'animal. Je fis signe h mon sergent Pipper qui me suivait 5 d'un coup de hache il coupe la tête du serpent , le corps fait des sauts de carpe à n'en plus finir, mais la tête garde le père Van Hop. Il était trop tard , tout ce que mon sergent Pipper a pu en lirer, c'a été les diables de bottes du trésorier (jui m'ont joliment servi et que je porte encore; ce qui prouve , comme tu vois, que le père Van IIop aurait mieux fait de me les donner de bonne grâce, je lui en aurais bien su plus de gré. Tu conçois bien que dans une guerre pareille, on ne devient pas tendre , car dans ce cas là, comme • lit le proverbe, il faut se dépéclier défaire aux autres ce que cous ne voudriez pas qu'ails

K'OiiS fassent. Aussi mes soldats étaient comme (Jes crins. Tous les nègres ou Indiens que nous prenions étaient joliment arrangés , je m'en vante. On les écorchait vifs , on les coupait par quartiers, on les brûlait à petits feux. Enfin on se montrait très-sévères, mais excessivement sévères pour eux , et il faut dire que nous leur rendions bien la monnaie de leur pièce.

)) Mon sergent Pipper a, pour sa part, inventé un supplice qui n'a pas trop mal réussi. Voilà tout bonnement ce que c'est : on plante trèshaut dans un arbre un croc de hamac , on accroche à ce croc un nègre ou un Indien par la peau du ventre , après lui avoir attaché les pieds et les mains, et on laisse là mon gaillard ad vitam œternam , au milieu de la foret. Tu comprends, n'est-co pas? Ce qu'il y avait de bon, c'est que les panthères et les jaguars arrivaient dès que nous étions partis, et sautaient comme des démons autour de l'arbre en poussant des rugissements affreux pour attraper un morceau du nègre. Pas de ça^ Lisette : mais il était trop haut perché, et leur danse continuait comme ça des heures entières , jusqu'à ce que les serpents boa (tu as vu par l'exemple du trésorier qu'ds ne sont pas manchots) eussent monté sur l'arbre et avalé le nègre à la barbe des tigres. Mon ser-

gent Pipper, qui a toujours le mot pour rire , appelle cette mort-là : voir danser les tigres. Entre nous , c'est bien heureux que le soldat ne se démoralise pas et conserve son caractère enjoué dans un brigand de pays comme celui-là.

» J'ai oublié de te dire comment la révolte a commencé : il y a une dizaine d'années que des nègres marrons s'étaient réfugiés dans les forêts de Surinam vers la partie supérieure des rivières de Gopémane et de Sarameka (cherche cela sur une carte de la Cuiane). Peu à peu tous les mauvais nègres de la colonie vinrent se rallier à ces canailles , et ils firent de teh tours qu'on fut obligé d'envoyer contre eux plusieurs détachements de troupes et d'habitants; mais habitants et troupes furent battus ; enfin les choses en vinrent au point que, pour avoir la paix, et dégoûtés de voir leurs habitations ravagées, incendiées, les colons traitèrent avec les nègres, et leur permirent de rester sur la rive gauche de la Sarameka , à condition qu'ils ne passeraient jamais celte rivière. C'est comme si on avait fait promettre à une bande de loups de respecter les bergeries; les nègres traversèrent la Sarameka, vinrent faire des descentes dans les plaines. Aussi, depuis le temps que ces maraudeurs sont établis

sur les bords de la Sarameka , cet endroit est le refuge de tous les voleurs de la Guyane ; pendant dix ans , les habitants ont été continuellement obligés , soit de guerroyer, soit de payer des impôts à ces brigands. Mais depuis le commencement de Tannée dernière, leur che^ Za?n- Zcun est devenu si redoutable, ses courses si désastreuses , que j'ai été chargé , il Y a trois semaines, d'aller saisir ce brigand-là au milieu des forêts, des marécages et des fausses savanes, ou biri-biri. J'ai fait une école ; j'ai perdu plus de 800 hommes sur 900. J'espère bien que celte fois-ci , que je connais mieux cette guerre et le pays, que je ne perdrai que les deux tiers de mon monde. — A propos des biri-biri, ces fausses savanes sont des espèces de lacs de boue liquide , recouverts d'une croûte de tourbe sur laquelle croit la plus jolie petite herbe du monde. Si vous avez la bêtise d'y mettre le pied , vous y faites votre trou, et vous disparaissez ad patres. (C'est étonnant comme mon latin me revient, je me crois encore au colléofe de La Hâve.) Ces gueux de nègres ont un instinct incroyable pour reconnaître les fausses savanes des vraies. Mais nous, qui ne possédons pas ce bel avantage, nous y avons laissé engloutis beaucoup de monde, et le tout pour rien ^ car je n'ai pu joindre Zam-

30 AVENÏLRES D'HERCULE HARDI.

Z:im, nprés trois semaines de campagne. J'ai fliil la guerre en Europe, mais cette guerre-ci n'y ressemble pas. Les nègres ne font jamais de prisonniers , ou bien si les Indiens Arrakoës vous gardent, c'est pour approvisionner leur gardenianger. Nos troupes coloniales rechignent en diable à aller contre Zam-Zam, et nous comptons sur nos recrues d'Europe, qui ne se doutent de rien , pour donner la chasse à ce brigand.

)) Le vaisseau qui te portera cette lettre porte des dépêches de notre gouverneur; il demande des renforts et il a raison, car Surinam et Paramaïho sont menacés. Nous n'avons ici que 1 ,800 hommes de troupes de la marine ; tu vois que c'est une jolie guerre. Si ton fils (écoutez Lien ceci, Hercule), si ton fils est toujours aussi enragé que lu le dis dans tes lettres, tu n'as qu'à me l'envoyer , j'en aurai soin comme de mon propre enfant, et il aura toujours la première place à l'attaque et la dernière à la retraite. Puisqu'il est, comme lu me Tannonces, un vrai glouton de dangers, il aura ici, pardieu, de quoi choisir et de quoi s'en donner, et ça rendra ser- >ice à la colonie; car il faut pour celte guerre, non des hommes, mais des diables incarnés. (Vous entendez, Hercule.)

» Quant h moî, j'aimerais autant batailler autrement. Mais je suis là, il faut bien que je gagne ma solde et que je défende ma peau ; ce qui fait que je tape comme un sourd. II se peut (|uc cette lettre soit la dernière que tu reçoives (fe moi ; car les flèches barbelées ont peut-être été empoisonnées, et je puis laisser mes os dans une sortie contre Zam-Zam.

» En tous cas^ je te fais mille amitiés, mon cher Hardi. Pense quelquefois à ton vieux camarade qui va boire une pinte de vin de Bordeaux à ta santé et à la sienne. Et pour finir en vrai soldat, crèvent les poltrons et vivent les lurons I mille noms d'un diable ! . . . — Avec lequel je

t'embrasse.

)) Le major Rudchop. »

ôl

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