PROPOSITIONS
Après d'assez longues réflexions , Jaguarctte alla trouver Baboùn-Rnify.
— Ma mère... vous aimez votre fille?...
La magicienne leva ses yeux au ciel , ses yeux qui se remplirent de larmes.
Vous pouvez empêcher Jaguarette de mourir... vous pouvez rendre la tribu des Piamaakotaws la plus puissante tribu des montagnes Bleues... vous pouvez vous montrer généreuse et rendre à l'a liberté la fille de Sporterfigdt, qui a traité votre fille comme sa sœur...
— Que dis-tu? s'écria la magicienne.
— L'Ourow-Rourow a dit que le lion superbe était un grand chef! Il est le plus vaillant des visages pales. Tous nos guerriers admirent son courage. Eux toujours sans pitié... ils ont vu pourtant les apprêts de son supplice avec peine. Cela est-il vrai, ma mère?
— Cela est vrai... l'Ourow-Rourow a dit que
PHOPOSITIONS. Jli»
jamais guerrier n'a affronté plus brarement la mort.
— Le vieillard que j'ai sauvé m'a raconté qu'autrefois deux visages pâles avaient combattu avec notre tribu.
— Jusqu'à leur mort , dit la magicienne , ils ont été pour nous de braves et fidèles alliés.
— Eh bien ! que ma mère dise à l'Ourow- Kourovi^ de sauver le lion superbe, pourvu que le lion superbe devienne un de nos guerriers et qu'il prenne Jaguarette pour femme.
— Ma fille a perdu la raison, s'écria la sorcière. L'Ourow-Rourow admire le courage du lion superbe j mais il veut son trépas... J'ai anr nonce à la tribu les plus grands malheurs , si le lion superbe n'était pas sacrifié.
' — Les paroles de ma mère sont des ordres pour les Piannakolaws. Elle a fait retarder le supplice de l'Européen, elle peut changer les chants de mort en chants de joie.
— Jamais l'Ourow-Rourow n'y consentira.
— Si vous lui ordonnez au nom de Mama- Juraboë de prendre le visage pâle pour allié , le chef obéira. Jaguarette heureuse... bien heureuse, ne vous quitterait plus alors, dit l'Indienne d'un ton suppliant. Vous qui n'avez vu votre fille que triste et en larmes, vous la verriez calme
et gaie. Hélas! ma mère, vous vous plaignez de ce que mon amour pour vous est froid; oh! ne croyez pas cela j le malheur pèse si cruellement sur mon cœur, que ma tendresse pour vous ne peut se faire jour... Les roses caraïbes ne fleurissent pas sous les ronces... ma mère!
La magicienne se sentit profondément émue, elle contemplait avec une résignation douloureuse le charmant visage de la petite Indienne , le chagrin y avait déjà laissé de cruelles empreintes.
Cette vue réveilla toute sa colère , toute sa haine contre Hercule, qui rendait sa fille victime de ses maléfices. Elle s'écria impétueusement :
— Non... non! cet infernal enchanteur a fait perdre la raison à ma fille ; qu'il meure... qu'il meure !
— Adieu , ma mère , s'écria Jaguarette en laissant éclater ses sanglots, et en se jetant dans les bras de la magicienne.
Désespérant de calmer l'exaltation de sa fille, la sentant capable de se tuer si Hercule mourait, la magicienne consentit, après de pénibles hésitations^ à tenter de le sauver.
Elle se rendit près du chef indien.
Le guerrier qui veillait h la porte de l'Ourow- Kourow alla le réveiller.