‹ Deux histoires 1772-1810 (volume 3)Chapitre 31 sur 39 · PROPOSITIONS · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS

— Que ma sœur soit la bien-venue ! dit le chef en sortant de sa cabane ; que ses paroles préservent de tous les malheurs! Qui l'amène au milieu de la nuit? sommes-nous donc menacés de quelque grand danger?

— Je le crains.. Depuis hier les inspirations <jue Mama-Jumboô m'envoie sont étranges. Je n'ose croire a ce que m'annoncent les nœuds mystérieux du serpent sacré Wannakoë... Mon frère est un sage et un guerrier... il aidera peutêtre mon esprit à sortir de cette incertitude... Hier j'ai dit à mon frère : de grands malheurs menacent si les visages pâles ne sont pas sacrifiés avant le coucher du soleil.

— Telles ont été les paroles de ma sœur, et j'ai hâté le moment du sacrifice.

— J'ai voulu, cette nuit, une seconde fois, interroger la destinée; le Grand-Esprit m'a voulu éclairer.

— L'oracle est donc changé ?

— Il est le même.

— Les visages pâles doivent donc mourir ?

— Ils ne doivent pas mourir.

— Je ne comprends pas, ma sœur.

— Mama-Jumboô a dit et dit encore : De grands malheurs menacent si les visages pâles ne sont pas mis a mort. Mais le Grand -Esprit

n'a pas dit que ces malheurs menaçaient la tribu.

— Qui menacent-ils donc?

Après un moment de silence , la magicienne reprit :

— Mon frère se souvient-il des deux guerriers des visages pales qui ont combattu avec les Piannakotaws ?

— Ils étaient braves et fidèles ; ils sont morts ur les rives du lac de Parima.

— Mon frère se souvient-il des prédictions que j'ai faites quand les visages pâles sont venus demander anx Piannakotaws de marcher avec eux contre les Annakoës?

Après quelques moments de réflexion , le chef indien répondit :

— Ma sœur a dit que les Piannakotaws seront heureux dans leurs entreprises ; que deux visages pâles, envoyés par Marna- Jumboë , serviraient à notre tribu ^ parce qu'ils venaient du grand pays des blancs de l'autre côté du lac salé , et qu'ils savaient des choses mystérieuses que les visages rouges ne savaient pas.

— Il en a été ainsi 5 ils nous ont appris a manier les fusils d'Europe , à forger le fer des blancs, et à le rendre dur en le trempant dans la source de l'Oyapok.

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