‹ Deux histoires, 1772-1810Chapitre 26 sur 63 · M. LE DUC DE BRACCIANO · texte numérisé non relu

M. LE DUC DE BRACCIANO

— Madame la maréchale , dit gaiement Raoul, avouez au moins que .M. de Sottenville serait, je crois, mal venu à dire... Silence, mon gendre, à un pareil gendre !

— Eh ! mon Dieu ! votre empereur croit, en s'allianl avec. l'Autriche, qu'elle lui sera fidèle, vous verrez... vous verrez si, un jour ou l'autre, ce sournois de ministère anglais, que je déteste, car j'ai toujours exécré l'anglomanie qui nous a perdus, ne jouera pas auprès de cette puissance le rôle deCIitandre..., ajouta la maréchale en aspirant de nouveau une forte prise de tabac. Eh ! alors mon pauvre soldat de dire : Tu Vas voulu, Georges Dandin, mais il sera trop tard.

— Vous voyez loin! madame la maréchale, dit le tluc de Bracciano d'un air sérieux et en paraissant frappé des paroles de la princesse de Montlaur.

— C'est que j'ai vu longtemps et beaucoup... » dit celle-ci avec mélancolie'.

Pendant un moment, les acteurs de cette scène demeurèrent muets, absorbés par des pensées différentes.

Le duc de Bracciano rompit le premier le silence, et dit au colonel: « Puisque vous allez à Vienne, seriez-vous assez bon pour vous charger de quelques réclamations auprès de la chancellerie de l'Empire. Il s'agit d'un pauvre garçon que j'emploie comme secrétaire-interprète... Il a été compromis dans je ne sais quelle affaire politique. C'est une tête folle, ardente, un Bru lus de dix-huit ans qui prend ses souvenirs de collège pour des idées, et ses amplifications pour des convictions politiques... un enfant qui

ne rêve que révolutions et régénérations... Tout le. monde a été comme ça... à son âge.

— - Tout le monde? monsieur le duc, dit la maréchale d'un air glacial ; je ne le crois pas.

— Nous sommes convenus, madame la maréchale, de ne jamais parler politique, car j'aurais 4e chagrin de ne pas toujours partager vos idées, dit M. de Bracciano d'un air impassible ; puis il reprit en s'adressant au colonel : Eu un mot, il s'agit de ce pauvre diable d'Herman, que vous avez vu souvent ici ; il est malheureux comme les pierres, orphelin... et je voudrais faire lever l'arrêt qui le proscrit, afin qu'il puisse retourner dans son pays. »

Madame de Bracciano rougit, et Raoul arrêta pour ainsi dire au passage un regard d'étonnement qu'elle jetait à son mari.

La maréchale parut insensible à cette nouvelle, et le duc reprit : « J'en ai déjà dit deux mots à notre ambassadeur, M. de Narbonne. Je ne doute pas que votre recommandation, et peut-être celle du prince de Neufchâtel, ne puisse être utile à mon protégé, qui mérite d'ailleurs tout mon intérêt et à qui madame de Bracciano veut aussi beaucoup de bien. »

Ces derniers mots furent prononcés d'un air si naturel, si simple, qu'ils dissipèrent les soupçons qui s'étaient un instant élevés dans l'esprit du colonel.

«Je ferai mon possible pour vous être agréable, monsieur, reprit-il, et vous pouvez compter sur mon désir de remplir vos vues. » Puis, saluant madame de Bracciano, il allait prendre congé d'elle, lorsque, se souvenant de Boisseau, il lui dit : « Me perm«îttrez-vou8, ma cousine, et vous, monsieur, de vons recomman-

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